Les Livres de Cardan, déjà cités, p. 165 et suiv
parle tonnerre, veu qu’aucune personne n’en a esté touchée qui porte le yacint. Par semblable miracle, il délivre ceux qui habitent en l’air pestiféré. Tiercement, il fait dormir : ce qu’Albertus Magnus confesse avoir expérimenté. Coustumièrementj’en porte un très-grand, et semble estre quelque chose ; toutesfois il ne sert moult à concilier le dormir ; mais le mien n’est de couleur rouge et du bon gerre, ains il est jeune comme l’or et est fort loing du très-bon car le très-bon est de couleur rouge, qui rarement surmonte la magnitude d’une plenticule...
» Or que les pierres nous gardent de péril, quand nous tombons, comme l’on dit de la pierre erano , dicte turquoy.se laquelle portée en un anneau, si l’homme tombe de dessus son cheval, est estimée recevoir tout le coup, et estre rompue en pièces, l’homme sauvé : cecy a la cause moins difficile, néanmoins qu’elle soit grande: aucuns adjoutent qu’il faut que cette cause soit reçeue par grâce divine. Cette pierre de couleur perse et de ciel est translucente et reluit. Cette pierre est approuvée, pource qu’elle semble estre verdâtre durant la nuict, que la partie qui est sus terre est noire, qu’elle reçoit veines en la part inférieure, qu’elle est douce et n’est fort froide, et que fmablement, la chaux destrempée,etmise sus ceste pierre, semble estre perse, et reçoit la couleur d’une pierre précieuse. Et quand la turquoyse sera telle, elle ne sera perspicue ne translucente, ni pierre précieuse, car elle peut estre pulvérisée de la lime... Et les peuples où ceste pierre est
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engendrée estiment qu’elle n’a autres vertus qu’encontre les empoisonnements et contre linfatiqucs. Si donc la turquoyse engarde que ceux qui tombent de dessus un cheval, ne soint blessez, cecy adviendra par l’homme qui n’est pressé : car, pour mesme cause, nous ne sommes en danger, quand les chevaux pauvres et maigres tombent. Or, que la pierre reçoive le coup, c’est chose incrédible : peut estre qu’elle est tant molle, qu’elle est plus tost blessée que celuy qui monte le cheval. J’ay une turquoyse qu’on m’a donnée ; toutesfois je n’ay expérimenté ce qui est susdict, et n’ay tant estimé de vouloir le savoir, que je voulsisse l’expérimenter.
»Par moindre miracle, les pierres précieuses liy ena et l’ émeraude , font cognoistre les choses futures, si font cecy d’aventure : car je ne veuil maintenant disputer de ce qui faict, mais de ce qui peut faire, et pourquoy, et comment. Car la pierre précieuse portée en un anneau, ou pendue au col, qui est chose plus valide, ou retenue souz la langue, ce qu’elle peut faire lors principalement, elle confirme l’opinion de la chose future, et oste de l’esprit l’opinion de la chose qui ne doit advenir...
» Les pierres précieuses retenues, souz la langue peuvent faire la devination, en augmentant le jugement et la prudence et la devination est principalement du jugement et de prudence, comme j’ay enseigné en mes livres de Sapience. Aucuns disent qu’ils ont cogneu, par expérience, que l’esmeraude est aucunes fois rompue au coït vénérien. En telle
sorte qu’il en soit, l’émeraude est la plus fragile de toutes les pierres précieuses... l’haleine fréquente et la sueur aucunes fois survenante monstrent que le corps est moult échauffé au coït vénérien, et la chaleur s’imprime davantage, pource qu’elle n’est dissoulte petit à petit comme aux excitations. L’émeraude beue résiste grandement aux venins, pource que par nature elle est surmontée de mollesse, plus que toute autre pierre précieuse; l’abondance de l’humeur cuit récrée l’esprit par sa perspicuité; elle profite à la nature de l’homme et repousse la nature du venin, et pource que c’est une pierre elle retient la vertu stabile...
» Le propre de 1 ' escarboucle est d’exciter l’esprit et le rendre joyeux, car les couleurs délectent les esprits. Et son utilité est cachée, quand elle est vicieuse ou petite, ou que celuy qui la porte est inconstant, comme un enfant, ou qu’il est vehé de grand soing, comme sont les princes et les sages...
» Le saphir récrée l’homme, et quand il est beu, il profite aux mélancholiques, et au coup et morsure des scorpions et serpens. Albert le Grand récite avoir expérimenté deux fois que le saphir, par son seul touchement, guarit un anthrac, vulgairement dit un clou. 11 est très-utile qu’il soit grand; il faut qu’il adhère longtemps à la chair...
» Aucuns estiment que Yastroite rend l’homme qui le porte au col, victorieux...
» Si le jaspe est vert et droictement pendu sus le ventricule, Galenus escrit qu'il conforte grandement
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le ventricule. Aussy, j’y veu qu’il arrête le sang coulant de toutes parts, principalement du nez, et n’est de merveille, entendu qu’il a sa vertu grandement astringente...
» On estime que le chrijsolithus réprime grandement la paillardise, s’il est porté touchant la chair... Mis souz la langue des fébricitans, il appaise la soif : laquelle chose, quoiqu’elle soit commune au chrystal et à plusieurs pierres, non toutefois tant évidemment qu’au chrysolithus. »
On trouve, dans un curieux manuscrit de l’Arsenal h la manière de faire des amulettes avec les psaumes de David, correspondant à différents Génies ou Intelligences, et à différents caractères magiques; par exemple :
« Pseaume 16. David composa ce pseaume, lorsque Saul le poursuivoit; comme plusieurs autres en pareil cas, il est bon pour les tourments du corps et de l’esprit, et a les mêmes vertus que le précédent (pour les maladies); il sert aux voyageurs pour voyager heureusement; si on le porte écrit, avec son Intelligence et le caractère, sous l’aisselle gauche, et le dire neuf fois, on ne fait aucune mauvaise rencontre et on sera agréable à tout le monde. Nom de l’Intelligence : Scema. »
« Pseaume 18. David, en celui-ci, exprime la
1. Œuvres de Picatrix; la Clef des Clavicules ; les Caractères de tous les Génies et Esprits, et les soixante-douze noms de Dieu avec les versets des pseaumes qui y répondent , Sc. et A., n° 86,
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grandeur de Dieu et de sa loy ; il est bon pour acquérir la grâce de Dieu; si un prédicateur le dit trois fois avec son Intelligence et le caractère il ne manque point à son sermon; il facilite les accouchements des femmes, en prenant un peu de terre de chemin, puis l’écrire jusqu’au verset : Es tu quem spiritus , avec son Intelligence et caractère, et mettre le tout sur le corps de la femme, puis le dire trois fois; elle enfantera aussitôt, et aussitôt qu'elle aura accouché, ôtez-le. Nom de l’Intelligence : Mechel. Il est bon pour donner de l’esprit; pour cela, prenez un verre de vin et de miel, et dittes dessus sept fois le pseaume, et à chaque fois dire : « Mechel, je te » conjure de me donner bon esprit et entendement. » Amen. » En tout art, étude et science, le dire le mercredy ou vendredy, au soleil levant, et le donner à boire à qui vous voudrez. »
« Pseaume 32. Il acquère la grâce de Dieu, il chasse les tentations, empêche la stérilité des femmes. Il est propre pour faire lever le siège d’une place, en prenant un vase de terre plein d’huile d’olive, et dire le pseaume trois fois le jour dessus, le matin, à midy et au soir, avec son Intelligence; et avec cette huile, marquer le nom de l’Intelligence et le caractère, contre toutes les portes de la ville, place ou maison, et ferez sept fois la même chose, et après les sept fois on sera délivré et le siège sera levé au bout de sept jours. Nom de l’Intelligence : lola. »
« Pseaume 43. Si on le dit tous les matins, il fait
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obtenir de Dieu les grâces qu’on lui demande ; il est bon pour la femme, affin qu'elle soit aimée du mary; celui qui le dira dévotement sera délivré de mort violente et honteuse, le disant devant un crucifix à genoux. Il est bon pour l’amour, le disant le vendredy matin, au soleil levant, au croissant de la Lune, avec l’Intelligence, et écrire le caractère au milieu de la main gauche et dire : « Je te prie, Se » fava , qu’un tel ou une telle m’aime sincèrement » et fasse toutte ma volonté. » Tâcher de toucher ce jour-là cette personne avec la main gauche, ou, du moins, lui faire voir. Nom de l’Intelligence : Se fava. »
« Pseaume 70. Il redonne la vigueur à un vieillard, si on l’écrit, avec l’Intelligence et le caractère, sur une peau d’ours. L’envelopper dans un morceau de toile neuve, puis le porter pendu au col dans une petitte boitte d’or, et le dire tous les dimanches et jeudy matin; il semblera que l’on renaît, si on le dit favorablement avec beaucoup de confiance en Dieu, admirant sa bonté el sa clémence infinie ; il sera aidé et obtiendra sa bénédiction sur lui et sur toutte sa famille et en tous leurs biens. Nom de l’Intelligence : Fevel. »
L’abbé Bordelon 1 rappelle les faits suivants :
« Grégoire de Tours dit que sous le règne de Chilpéric on trouva, dans les fossez de Paris, une plaque de cuivre, sur laquelle étoit gravée la figure
1. De l’Astrologie judiciaire, entretien curieux, par l’abbé Bordelon. Paris, 1689, in-12, p. 65.
d’un rat, d’un serpent et d’une flamme de feu ; que, peu de temps après qu’on eût ôté cette plaque, qui étoitun talisman, on vit dans Paris une quantité prodigieuse de rats et de serpents, et qu’il se fît, dès le lendemain, un embrazement considérable dans la ville.
» Il y avoit, dans la boucherie de Naples, une mouche d’airain qui empêchoit que les autres mouches n’y entrassent. On disoit que c’étoit Virgile qui l’avoit fait.
» Une figure de scorpion préservoit la ville de Hamptz des scorpions; de même une ville d’Égypte se préservoit des crocodiles par la figure en plomb d’un de ces animaux; de même une cigogne à Constantinople, un serpent d’airain dans la même ville, et le fameux serpent d’airain de Moïse. »
Suivant les Curiositez inouyes de Gaffarel 1 , Scaliger fils, d’après un Cosmographe arabe, parle du « talisman qui se void aux contrées de Hamptz, dans la ville du mesme nom, et n’est autre chose que la figure d’un scorpion, gravée sur l’une des pierres d’une tour, qui a ceste puissance de ne laisser entrer dans la ville aucun serpent ou scorpion ; et si par plaisir on y en apporte quelqu’un des champs, ils ne sont pas plustost à la porte, qu’ils meurent soudainement. Ceste figure a encore ceste vertu, que lorsqu’on est piqué de quelque scorpion, ou mordu
1. Curiositez inouyes sur la sculpture talismanique des Persans. Paris, Hervé du Mesnil, 1629, in-8°, p. 250.
de quelque serpent, il ne faut qu’imprimer l’image de la pierre avec de l’argille et l’appliquer sur le mal, qui est guary à mesme temps. Que si on ne veut croire à ce Cosmographe, qu’on croye à mons. de Brèves, comme tesmoin oculaire, qui dit, en la relation de ses voyages, qu’en Tripoli de Syrie, dans le mur qui joint la porte de la marine, se void une pierre enchantée, sur laquelle est taillée en relief la figure d’un scorpion, laquelle y fut mise par un magicien, pour exterminer les bestes venimeuses qui infectoient ceste province, comme à Constantinople le serpent d’airain ou Hippodromos, et au-dessus de la ville se void une caverne de carcasses et ossements de serpents qui moururent lors. »
Le même auteur 1 pense que quand des figures d’animaux sont représentées naturellement dans les pierres ou marbres, elles peuvent se changer en animaux véritables, et il explique ainsi la présence du crapaud vivant enfermé dans une pierre, comme celui trouvé par Gorropius, à Anvers, « dans un marbre scié, fort espais et sans aucune fente ou ouverture, car la figure d’un crapaut, dit-il, ayant esté représentée au dedans de ces pierres, il arriva que, par quelque propriété du lieu, elle fut changée en crapaut naturel. Le mesme peut-il arriver des autres figures, si on en excepte l’humaine, dont la forme est une œuvre de la seule main de Dieu. Elles ne sont pas pourtant représentées en vain et sur les