Hist. crit. des pratiques superstitieuses, t. II, p
jusqu’à une porte qu’on ne pouvoit ouvrir sans la permission de M. le juge... Celui-ci fait ouvrir la porte. Aymar entre, et, guidé par la baguette, il va vers quatre fripons qu’on avoit enfermés depuis peu de jours. Il les fait ranger sur une ligne, met son pied sur le pied du premier : la baguette ne remue point ; il le met sur le pied du second : la baguette tourne. Aymar assure que c’est là le voleur, quelque serment qu’il fît pour se disculper. On passe aü troisième, la baguette ne se meut point, mais elle tourne rapidement sur le quatrième. » Les deux voleurs avouent enfin et déclarent qu’ils ont porté les objets volés dans une ferme hors de la ville : « On y va, et les fermiers, interrogés, ne donnant pas la satisfaction qu’on souhaitoit : la baguette découvrit sur-le-champ ce qu’ils avoient caché avec soin. Le magistrat (M.‘ Basset) qui étoit présent, et qui m’a fait ce récit, est d’un mérite si reconnu et il examine toutes choses avec tant de discernement et d’exactitude, qu’il ne m'est pas possible de douter du fait. »
On doit à P. Garnier 1 la narration d’une histoire dans laquelle Aymar fit découvrir des meurtriers, à l'aide de sa baguette :
Le 5 juillet 1692, sur les dix heures du soir, un vendeur de vin et sa femme furent égorgés à Lyon dans une cave et leur argent fut volé dans une bou-
1. Dissertation physique sur la Baguette , par P. Garnier. Lyon, 1692, in-12, p. 78.
ALCHIMIE
ttH
tique qui leur servaitjde chambre. Un nommé Jacques Aymar, né le 8 septembre 1662 à Saint-Véran, qui trouvait avec une baguette fourchue la source et le cours des fontaines, les bornes, l’or et l’argent cachés, fut appelé à Lyon par le lieutenant-criminel et le procureur du roi ; sa baguette tourna rapidement dans les deux endroits de la cave où les cadavres avaient été découverts ; il suivit les rues où les assassins avaient passé, entra dans la cour de l’archevêché, sortit de la ville par le pont du Rhône et prit à main droite le long du fleuve ; il arriva dans une maison où il désigna une table et trois bouteilles comme ayant été touchées par les meurtriers : ce fait fut certifié par deux enfants qui les avaient vu se glisser dans cette maison. De là Aymar suivit les traces des meurtriers jusqu’à l’endroit où ils s’étaient embarqués. Au camp de Sablon, il hésite et retourne à Lyon ; il avait cru signaler les assassins, mais la crainte des soldats l’avait arrêté. Quand il revint au camp, les criminels étaient partis. A Beaucaire, il en signala un dans la prison ; c’était un bossu, enfermé là pour un petit larcin. De là il se dirigea sur Nîmes avec le bossu, derrière lequel il ne pouvait marcher sans des maux de cœur. La baguette le ramena vers Beaucaire, à la porte delà prison dans laquelle le bossu avait été trouvé, mais les meurtriers en étaient sortis et avaient passé la frontière. Le bossu avoua tout et fut condamné à être roué.
Depuis cet événement, des expériences furent
faites, et huit personnes purent faire marcher la baguette divinatoire, à l'imitation d’Aymar.
Un vol avait été commis chez le lieutenant général de police, et la baguette ^d’Aymar signala également dans sa chambre la place où le vol avait été commis.
P. Garnier 1 donne l’explication de ce dernier fait :
« Pour pouvoir concevoir, dit-il, pourquoy cette baguette tourne entre les mains de cet homme sur la piste d’un meurtrier ou d’un voleur, tandis qu’elle ne tourne point entre les mains d’un autre homme, il ne faut que sçavoir quel peut estre le corps en mouvement qui peut communiquer du mouvement à la baguette... et pourquoy ce mouvement de la baguette est plutôt circulaire que de quelque autre façon. »
Voici comment je pense que cela se fait :
1° Dans tous les lieux où les meurtriers ont passé, il est resté une très-grande quantité de corpuscules, sortis, par la transpiration, du corps de ces meurtriers...
2° Le meurtrier n’agissant jamais de sang-froid, ces corpuscules sont disposés autrement qu’ils ne l’étaient avant le meurtre...
3° Ces corpuscules agissent très-vigoureusement sur le corps et spécialement sur la peau d’Aymar.
4° De là, des syncopes, convulsions, etc.
5° Il sort de son corps une quantité de corpuscu-