DE LA PERSISTANCE DE QUELQUES SUPERSTITIONS PAÏENNES
«D faut se garder, écrivait le pape Grégoire le Grand aux missionnaires qn*il envoyait, au comntencement du septième siècle, convertir les Anglo-Saxons, il faut se garder de détruire les temples des idoles ^ il ne faut détruire que les idoles, puis faire de Feau bénite, en arroser les temples^ y construire des autels et y placer des reliques. Si ces temples sont bien bâtis, c'est une chose bonne e(
i Maurs des «hrétiens^9P v^rticth, 1S.
> Yoy. plas baut, p. a et 4.
PERSISTANCE DSS SDPEBSTITIONS. I&S
utile qu'Os passent du calle des démons au service d« vrai Dies; car, tant que la nation veira subsister ses an^ dens Heux de dévotion, elle sera ptus disposée à s'y rendre, par un penchant d'Iialniude, pour adorer le vrai Dieu.
«c Secondement, on dit que les hommes de cette nation 4Mit coutume d*immoler des bœufs en sacrifice; il faut que eetusa^e soit tourné ponr eux en solemilé chrétienne, et que, le jour de la dédicace des temples changés en éghses, ainsi qu'aux fêtes des saints dont les reflqves j seront placées, on leur laisse construire, comme par le passé, des cabanes de feuillage autour de ces même églises, qu'ils y amènent leurs animaux qui alors seron tséspar eux, non phis comme offrande au diable, mais pour des banquets chrétiens, an nom et ea Thonnenr de IHeu, à qui ils rendront grftce après s'être rassasiés. Cest en réservant aux hommes quelque chose pour la )6ie extérieure, que vous les conduirez phis aisément i goâter les joies intérieures ^ v
c Ne supprimez pas, leur disait-il encore, ne supprimez pas les festins que font les Bretons dans les sacrifices qu'ils offrent à leurs dieux ; transportez-les seidement le jour de la dédicace des égKses on de la fête des saints martyrs, afin que, conservant quelques-unes des joies grossières de l'idolâtrie, ils soient amenés plus aisément à goûter les joies spirituelles de la foi chrétienne * . i
Cette politique adroite , dont les jésuites firent usage eu Chine au di;c-septième et au ^x-hnirîème siècle , le
^ Voy. Àiigostin Ttiierry, BUUIrt ieU ewqw&e ie CAnfUtenepmr m» KçrmmU, 1. 1, année SOI, ff4i, 1. 1, p. <7.
> Lettres de Grégoire le Grand, 1. ix, lettre 71.
clergé avait dû l'employer nou-sculemeot vîs-à-vis des peuples baf bares, mais à Tégard des autres nations p]«s civilisées de l'Europe chrétienne. — Ainsi la fête de la Chaire de. saint Pierre à Rome fut placée le 22 février, parce que ce jour-là les païens célébraient eu l'honneur des morts une fête nommée carislia ou cara cognatio, et portaient des viandes sur les tombeaux ^. Dans Timpuissance où Ton était de déraciner cette superstition, on permit aux chrétiens de faire ce jour-là des agapes eu rhpnneur de saint Pierre ; cette fête en reçut le nom de banquet de saint tierre *.
Un motif analogue fit placer au 1*^' août la fête de saint Pierre aux Liens.
C'est surtout dans les décrets rendus par les conciles et dans les ouvrages des Pères que Ton peut voir combien de temps persistèrent certains usages du paganisme. Nous allons eu extraire les détails suivants, qui compléteront ce que nous avons déjà dit à ce sujet dans les chapitres précédents.
i Aarélios, évêqae de Carlhage, ayant, par le conseil de saint Ançostin, aboli l*asage des repas qui se faisaient sur les tonibeaoi des martyrs et en mémoire des morts, avait ordonné que l'argent destiné à ces reiias ' serait donné aux pauvres. Le peuple n'ayant tenu aucun compte de celte injonction, le concile de Carihagc, en 598, excommunia, par son 95* canon, comme meurtriers des pauvres, ceux qui rernseraicnt on feraient seaiement quelque difQculté de remettre aox églises les obtaiions poor le soulagement des défunts. Ces oITrandes pour les morts devinrent, comme on sait, l'une des sources les plus fécondes de la richesse du clergé.
1 Festum epularum saticli Pétri. — Le 29* canon du concile de Tours, en 866 ou 567, ordonnait de chasser de l'église ceux qui, à la fête de la Chaire de saint Pierre, offraient des viandes aux mânes des morts, et qui, de retour chez eux après la messe, mangeaient de ces viandes consacrées aux démons.