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peu, dit Rayle,sur h conduUe inégale que saint Âugusiin reproche aux païens. II faut reconnaître là Tun des effets les plus ridicules de la prévention. Les directeurs de la religion païenne avaient repu d'une infinité de fables Tespritdu peuple pendant plusieurs siècles, et ils n'eussent pu souffrir qu'on examinât si elles étaient possibles, ou qu'on les traitât d'incroyables. Nais quand on lenr proposa les miracles des chrétiens, ils firent les philosophes, ils alléguèrent des impossibilités, ils se retraochèrent dans tous les raisonnements qu'on put opposer au cours d'une sotte crédulité, et ils se moquèrent fièrement de ceux qui crurent. Quel disparate ! quel travers! quelle inégalité ! et quelle biznrrerie ! Les communions chrétiennes font paraître les unes contre les autres une partie de cet esprit. Que TEglisc grecque se vante de quelque prodige capable de faire voir que le schisme de T^^csiorius déplaît à Dieu , les Nesloriensse barricadent de toutes parts, et s'arment de toutes pièces pour repousser celte attaque. Mais quant aux prodiges qui sont propres à convaincre d'injustice l'Eglise grecque , ils les croient aveuglément et sans examen, et ils trouvent fort étrange que leurs adversaires fassent là-dessus les difficiles. Tout le monde sait la facilité avec laquelle les catholiques romains se laissent persuader un nombre infini de miracles. Ils croient pieusement mille et mille contes qui se débitent tous les jours, et ils regardent comme des raisons d'hérétiques obstinés les raisons les plus spécieuses de ceux qui s'inscrivent en faux. Mais s'ils apprennent que le parti protestant fait courir quelque miracle, ils se revêtent d'un tout autre esprit. Ils recourent à tons les lieux communs par lesquels les incrédules se défendent. Ils nient le fait, ils querellent les témoins, ils
leuc reprochent ou l'imposture, ou une maladie de cerveau. S'ils ne peuvent point nier le fait, ils Texpliquent par des causes naturelles, et compilent dans les naturalistes et dans les relations des voyageurs mille événements semblables. En un mot, ce qu'ils appelaient chicanerie, obstination, révolte contre le bon sens, devient une réfutation très-solide et très-raisonnable d*une fausseté ; car ils se servent des mêmes lieux communs que les protestants avaient employés contre les moines. Partout il y a des gens qui croient sans peine à ce qui les llatle, et qui sont les plus malaisés du monde à persuader quand une chose ne leur plaît pas. Allèguent-ils des raisons dlDcrédulité, ils ne peuvent souffrir qu'on les prenne pour mauvaises ; leur oppose-t-on ces mêmes raisons en un autre temps, ils ne peuvent souffrir qu'on ne leur permette pas de s*en moquer. Ainsi se passe la vie humaine ; c'est un effet presque inévitable de la préoccupation ; double poids, double mesure ^ »
Les faits rapportés dans ce chapitre et dans les précédents réduisent à leur juste valeur un argument souvent invoqué en faveur de l'authenticité des miracles du christianisme, nous voulons parler de la conversion du monde païen. 11 semblerait que les apôlres et leurs successeurs ont eu alfaire ù dos populations éclairées cl sceptiques que piilconvaincrerévidcnoe seuledcs merveilles opérées par cu\. En raisonnant ainsi, on oublie quel esprit de crédulité et d'ignorance régnait alors dans Funivers entier ; on oublie qu'a celle époque, comme l'a si bien dit Tabbé fleury, « tout étant plein de charlatans qui se vantaient de prédire Ta venir... de guérir des maladies... et fai-
' Ba>Ic, art. Junas, note B.
saieot même des choses surprenaotes pour tromper les yeux, soit par art, soit par opération du démoo... on ne s'éUmnail pai trop d^enUndre des miracles^ ni même d'en voir '. » Oa oublie que ceux qui croyaient à la réalitédes miracles chrétiens, croyaient aussi, comme saint Jârôme et saint Augustin* , aux fables du paganisme, à la magie, aux sorciers, aux exorcîsmes, aux songes, aux présages, et à tantd'aulres superstitions dont les rituels nous offrent de si nombreux exemples. Quelle autorité peut donc avoir leur témoignage sur lequel repose loute la tradition ? Aujourd'hui, les chrétiens éclairés ne croient pkis guère aux swciers, k la magie, etc.; ils croient encore aux miracles. Il faut Tavouer, ils masquent de logique, et c*est là une inconséquence qu*il nous a paru bon de signaler.