PERSISTANCE DES SUPERSTITIONS
s «crie amèrement Ton des esprits les plus éciuirés du neuvième siècle, Agobard, que maintenant les chrétiens ajoutent foi à des choses dont Tabsurdité aurait révolté les païens ignorant le vrai Dieu. » Il raconte que, de son temps, le peuple croyait à Tciiistence dans les nuages d*une contrée nommée Magonie, où arrivaient des navires apportant les fruits abnttus ici-bas par la grêle et les tempêtes. Les habitants de ce pays, appelés Tempestaires (Tempestarii), achetaient les fruits aux hommes monlés sur ces navires merveilleux. « JVi vu, dit Agobard, des hommes tellement aveuglés par la sottise, qu'ils amenérent un jour devant moi, comme tombés de ces navires, trois hommes et une femme ; on les avait retenus plusieurs jours en prison, et on les conduisit en ma présence comme méritant d'être lapidés. » Ce ne fut qu'après de longs efforts qu Agobard parvint à arracher ces malheureux au supplice qui les menaçait ^.
L'emploi des remèdes superstitieux pour préserver les bestiaux de maladies fut sévèrement prohibé par divers conciles, entre autres, par celui de Rouen, en 878. Ces remèdes consistaient la plupart du temps à faire prononcer par des pâtres et des chasseurs des vers mystérieux sur des herbes et des amulettes, que l'on cachait dans un arbre ou que l'on jet:iit sur les carrefours des routes. — Le concile de Londres, en 1075, défendait de suspendre en certains lieux des os de bêtes, dans le but d'éloigner les épizooties.
l'église de Diea pour aller iovoqaer des anges et tenir des aisemblées déreDdttCs. Si donc oo trouve quelqu'un attaché à cette idoifttrie cachée,* qu'il soit anathème, parce qu'il a laissé Notre-Seigneur Jésus-Ctirist, fils (le Dieu, pour s'abaudunner à l'idolâtrie, p » Opora Agobardi, 1606, in-8, p. «7 et 464, Liber de Grandine,
Une des superstitions qui subeiMa le plus longtemps, et qui niéiae encore aujourd'hui a cours parmi les classes igDoranles, est celle des jours heureux et malheureux. Elle est, on peut le dire, aussi ancienne que le monde ^. Voici, à ce sujet, un fait assez bizarre qui se passa au milieu du seizième siècle.
£n 15â0, Pierre van Bruhesen, médecin flamand, publia à Bruges un grand ei perpétuel almanmch, dans lequel il Indiquait avec le plus grand soin, d'après les principes de Tastrologie judiciaire, quels étaient les jours oà Ton pouvait se puiger, se baigner, se Caire saigner, raser, etc. Son livre causa un grand énMÛ àBruges, et fit une telle impression, qn^ l'autorité municipale défendit à tous les barbiers de Bruges de raser pendant les jours désignés comme fatals par van Bruhesen. Celte c^rdonoance eseila une polémique entre divers médecins de la ville , parmi lesquels Bruhesen trouva des défenseurs*.
Certains rites du judaïsme se conservèrent aussi assec longtemps. En ^53, le concile d'Orléans excommnma, par son 20" canon, les chrétiens qui mangeraient des viandes immolées , ou la chair des aiMnaux mis à mort par la morsure d'autres bêtes, ou morts de maladies ou d*accidents. — Qudques années plus tard, en S38, UN concile tenu dans la même ville, tout en défendant de travailler le dimanche, s'élevait contre cette croyance du peuple qui, suivant les prescriptions de la loi mosaïque, n'osait ce jour-là ni voyager avec des che-
i Vof . Anla-Gelle, 1. ▼, ch. 47.
« F. Rupaert polilia contre Bmhesen Mij^Mj» êi pêrpetunm aimmaek^ seu âmiririeontm et medieoftrorum HatH^am, ISSI, io-4a. Pierre lias> chaert répondit à cet ouvrage par te Clfpeug oëtrelêphns «mira fla^hm êtirologoTMM Fnmekci Bopardi^ ISflB, in-fS.
PÈLrERINÂGES. im
vanx, d€S iMSufs m des voitares, ni préparer à manner, ni se livrer daas l*tolérte«r des nnisoDS à aseun son do* mestîqiie '.
DES PELERINAGES *.
La conlame des pèlerinages, qui se retrouve dans toutes les religions anciennes et modernes, fut adoptée par les premiers fidèles. La contrée qui avait été le théâtre de la vie et de la mort du Christ fut pour Yes !!• dèles Tobjet d*tfne vénération particulière, et la ville «aînte des Juifs, Jérusalem, devint nussi la ville sainte des chrétiens. L'empereur Adrien fit en vain élever une statue de Jupiter sur le lieu de la résurrection, et une statue de Vénus sur le Calvaire ; il fit en vain planter à Bethléem un bois en Thonneur d* Adonis ; ces profanations ne purent refroidir lé zèle des chrétiens que la piété attirait en foule vers la Judée. Leur affluence s*acerot encore après le triomphe définitif du christianisme, lorsque sainte Hélène eut accompli son célèbre voyage à Jérusalem, et que son fils Constantin eut remplacé par la magnifique église du Snint-Sépulcre un temple de Vénus que les païens y avaient bâti. « On y accoprt de toutes les parties de Tunivers, dit saint Jérôme, la cité est remplie de toutes les races d*hommes. » Mais ce concours immense de voyageurs entretenait dans le pays une af-
1 Voy. encore le S* canon do concile d*Aquitée, en 791.
t La plapart des faits contenus dans ce chapitre sont extraits d*on mé- «oh-e qae noas avons pnblîé dans la Bibliolkèque de Vécole des chartes^ 4* série, t. II, p. I.