‹ Curiosités des traditions, des moeurs et des légendesChapitre 27 sur 68 · CURIOSITES DIIS TRADITIONS · texte numérisé non relu

CURIOSITES DIIS TRADITIONS

freuse corruption, et, suivant Faveu du même Père, « la ville sainte était devenue pire que Sodome. »

Aussi la coutume des pèlerinages rencontra dans quelques hommes éminents des adversaires déclarés. Saiut Grégoire de Tïysse, enire autres, après avoir visiié Jérusalem, fut effrayé de la dépravation qui y régnait ; et, plus tnrd, consulté à ce sujet, il écrivit une lettre où, retraçant vivement les graves désordres qui résultaient ordinairement de ces lointaines excursions, il nous donne une triste idée des mœurs de son siècle :

« Une femme, dit-il, ne peut entreprendre on si long voyage sans avoir avec elle quelqu^un pour la proléger. La faiblesse naturelle à son sexe exige qu on Taide à se placer sur sa monture, qu*on Taide à en descendre. Il faut nécessairement qu*on la soutienne dans les passages difGciles. Que ce soit un ami ou un mercenaire qui lui rende ces services, elle ne pourra pas éviter le blâme ; et, qu'elle se livre à l'étranger ou au serviteur, elle violera les lois de la chasteté... Groii-on donc que le Saint- Esprit abonde chez les habitants de Jérusalem, et qu il ne puisse venir à nous?... Quant à moi, la seule chose que j'aie rapportée de mon voyage, et que j'aie apprise par comparaison, c'est que nos contrées sont bien plus saintes que les pays éloignés. Vous donc qui craignez le Seigneur, louez-le là où vous habitez ^ » .

1 Ilepl Tciv àTTiovTuv 8Î; i6pc<70Auu.ft, Opp. S.Grcgorii, 1658, in-fuU t. III, p. 6SI. Cette lettre a été réimprimée dans les Ataxta de Coral. —Telle était aussi l'opininn de saint Angastin : < LeSeignear, s'écriait-il, n'a pas dit: Va m Orient, et cherche la justice; navignc jasqa'à l'Occident poor recevoir le pardon de tes fautes. j> Et ailleurs : a Ne mi'dite pas de longs voyages... La charité seule, rt non une traversée, te mènera vers celui qui est partout. »

PELERINAGES. 169

Saioi Jérôme ëiait loin de partager ropinîon de Grégoire de Nyssé, et lui qui, habitant Beibléein, n*élaît pas par conséquent tout à fait désintéressé dans la question, il repoussa avec son emportement habituel les attaques du Gaulois Vigilance. Ce dernier soutenait qu'au lieu d'envoyer des aumônes à Jérusalem ^, les fidèles feraient mieux de soulager avec cet argent les misères de leur propre pays. <r Si je réponds à ces choses, lui disait saint Jérôme , tu aboieras aussitôt, et tu me diras que je plaide ma propre cause, et que si tu n*étaîs venu à Jérusalem pour y répandre ton argent et celui de lis patrons, nous antres, nous serions tous morts de faim '.)»

Malgré les invasions des barbares, malgré les conquêtes des Sarrasins, les pèlerins continuèrent à se rendre en foule en Palestine. Les relations amicales de Charlemagne avec le calife Haroun-al-Rasebid, les bienfaits dont il combla Téglise et les chrétiens de Jérusalem, donnèrent plus tard naissance aux traditions qui le représentèrent comme ayant entrepris lui-même une expédition eu Palestine '.

Ce fut surtout à partir de Tan 1000 que les pèlerinages en Orient devinrent plus fréquents que jamais, et Tafiluence des peuples de rOccident vers ces contrées lointaines prépara les esprits aux croisades, qui eurent lieu cent ans plus tard *.

* Cet usage remontait au temps du judaïsme, ainsi que le prouve une lettre par laquelle Auguste autorise les Juifs de toutes les provinces de rempire à faire parvenir dans cette ville de l'argent pour le service de Difo. Voy. Josèptae, Antiquités Judaîquet, 1 xvii, cta. 10.

* Liber contra Vt^t/an/iam, Opp. Vérone, t. u, col. S09-400.

s Voy. Recueil de TAcadémie des inscriptions, Histoire^ vol. ixi, p- 149 etniv.

* En 999, Tannée roème ou il fut élevé an pontificat, sous le nom de

ilù CURIOSITÉS DES TRADITIONS.

Au onzième siècle, les pèlerinages devinrent tout à fait k la mode. On vit des rms, des frtnces, des préiato et les plus puissants seigneurs se rendre, avec une suite nombreuse, les uas à Rome ou à Sajai-Jacques de Compostelle, les autres à Gonsiantinople, pour gagner de là Jérusalem ^. Ainsi, vers 4014», le roi de France Robert, et vers 40S0, le roi d'Angleterre et de Danemark Kaut, allèrent visiter les tombeaux des np6tres. Ce dernier écrivit même à ses sujets une lettre, d*où nous extrayons le fASsage suivant:

« Je vous iai» savoir que je suis allé à Rome pour la rédemption de mes fautes et pour le salut de mes royaumes. Je remercie très-bumblement le Dieu toutpuissant de ce qu'il m'a octroyé une fois eu ma vie la grâce de violer en personne ses irès-sainis apôtres Pierre et Paul, et tous les saints qui ont leur demeure soit en dedans des murs, soti au dehors de la cité romaine. Je me suis déterminé à ce voyage parce que j'ai ap^is de la beucbe des sages que Pierre Tapèlre possède une grande puissance de lier et de délier, et qu'il est le porte-defs du royaume céleste*. »

SyivetiK U. ie téiëbn Gerbeit adressa à rEgttse oniTenelle, su mm de TEgnse de Jérusalem désolée, une lettre foucbante, dans laquelle il inplomit Taide des chrétiens contre la tyrannie et L'opiiression des infidèles. Cette lettre eut an grand retentissement, et son résultat immédiat fat d'encourager puissamment les aitaqnes dirigées par les Pisans eonire les Sarrasins d'Afrique. Ce fut donc une voixfrancaise qui, la première, appela rEornpe k la délivrance de la Terre-Sainte. Vof. MeneU deê hiMarieuie Frmee, t. x, p. 43S.

i Yo^M à la Sn de notre mémoire, la liste dos penonnafes imporluts qni. ont fait le pèl^rinaiie de Jémsaleu avant ks croisades.

t Voy. Augustin Tliierry, Histoire de la c.nqvéte d^ Angleterre, Wl^ Ul,p.47l.

PELERINAGES. 474

fiakeai-Bismrillab, calife d*E)rypte, ayant fait, en 4010, détruire l'église du Saint-Sépukre, « alors, dit RaoalGlaber, on Tit, de tontes les exirémités de la terre, accou* rfr à Jérusalem dlnnosibrabfes fidèles qui contriboaient à Fenvi, par lenrs offrandes, à restaurer la maison dn Seignenr... Les Normands, dit-il ùlleurs, envoyaient presque dans runivers entier les anm^nes les plus magnifiques aux saintes églises. On voyait même tous les ans des moines du célèbre mont Sina venir à Rouen et s'en retourner comblés d*or et d*argent. Richard, denxième du nom, envoya à Jérusalem cent livres d^or pour le sépulcre du Sauveur, et tous ceux qui, pardévotion, désiraient y faire un pèlerinage, il les aidait de riches présents.» Plus loin il ajoute : «r Jamais on n*àuraît pu s'attendre à une affluence si prodigieuse vers le saint sépulcre ; d*abord, la classe inférieure du peuple, puis la classe moyenne, ensuite les rois les plus puissants, les comtes, les prélats, enfin, ce qui ne s'était jamais vu, beaucoup de femmes nobles ou pauvres entreprirent ce pèlerinage^. ^

La conversion des Hongrois et de leur roi Etienne au christianisme, conversion qui eut lieu avant Tan 4000, donna vers la même époque une nouvelle impulsion à ces lointains voyages, «c A partir de ce moment, dit Raoul Ghber, tous les pèlerins d*Halie et des Gaules, qui voulaient vittter le sépulcre du Seigneur, renoncèrent à s'y rendre par mer, comme ils avaient coutume de le faire auparavant, et passèrent par les Etats d^Etienne. Ce prince rendit bientôt la route très-sûre. H accueillait comme des frères tous ceux qui se présentaient, et leur faisait des présents magnitiques. Aussi des noUes et des honmies

i Raool Glabcr, 1. lU, rh. 7 ; 1. 1, cli..tt; t. iT,cta. 0.

nâ CURIOSITES DES TRADITIONS.

du peuple se décidèrent en foale à entreprendre le pèlerinage de Jérusalem ^ »

Parmi les pèlerinages célèbres effectués au onzième siècle, nous citerons ceux de Guillaume Taillefer II, comte d'Angoulême, avec une suite nombreuse de seigneurs et d'abbés; de Foulques Nera, comte d'Anjou ; de Robert le Magnifique, duc de Normandie; de Robert le Vieux, comte de Flandre, etc. Les chroniqueurs se sont plu à entourer de circonstances fort singulières le séjour de Foulques à Jérusalem, lors de son premier voyage *. Suivant eux, le comte ne put obtenir de visiter le saint sépulcre qu*au moyen d'une étrange supercherie. « Le comte , dit la chronique des comtes d'Anjou, offrit grand somme d or pour le laisser entrer, mais les Sarrasins ne. voulurent consentir, sinon que le comte fit ce qu'ils disoient faire faire aux autres princes chrétiens. Le comte pour le désir qu'il avoit de y entrer, leur promit qu'il feroit tout ce qu'ils voudroient. Lors lui dirent les Sarrasins que jamais ne souffriroieut qu'il y entrât, s'il ne juroit de pisser et de faire son urine sur le sépulcre de son Dieu. Le comte, qui eût mieux aimé mourir de mille morts (si possible lui fust) que l'avoir fait, voyant toutefois que autremcut ne lui scroit permis de entrer à voir le saint lieu , pour la Visitation duquel il étoit par tant de périls et travaux de lointains pays là arrivé , leur accorda ce faire, et fut convenu par entr'eux qu'il y entreroit le lendemain. Le soir se reposa le comte d'Anjou en son logis , et au lendemain malin prit une petite fiole de verre assez

* R. Glaber, 1. in, fh. 4.

• Il alla trois fois en Palestine, en 4015. en 4036 et en 1099. Il moarol à Metz, ao reiour de ce t^oisi^nle voyage.

PELERINAGES. 4T5

plate, laquelle il remplit de pure, uettc et redolente eau de rose (ou viu blauc, selon l'opinion d'aucuns), et la mit en la braye de ses chausses, et vint vers ceux qui rentrée lui avoieiit, promise: et, après avoir payé telle somme que l^s pervers infîdelles lui demandèrent, fut mis au vénérable, de lui tant désiré, lieu du suint sépulcre, et lui fut dit que accomplit sa promesse, ou que on le mettrait dehors. Alors le comte, soi-disant prêt de ce fiiîre, détache une esguillette de sa braye, et feignant pisser, épandit de cette claire et pure eau rose sur le saint sépulcre ; de quoi les payens cuidanl pour vrai qu'il eut pissé dessus, se priorent à rire et à moquer, disant Tavoir trompé et abusé ; mais le dévot comte d'Anjou ne songeoit en leurs moqueries, estant en grands pleurs et larmes prosterné bur le saint sépulcre... Adonc il s'approcha pour le baiser, et lors la clémence divine montra qu'elle avoit le bon zèle du comte pour agréable, car la pierre du sépulcre, qui dure et solide estoit, au baiser du comie devint molle et ilexible comme cire chauffée au feu. Si mordit le comte dedans ot en apporta une grande. pièce à la bouche, sans que les infidèles s'en aperçussent, et puis après tout à son aise visita les saints lieux ^. »

Un vœu prononcé dans un accès de dévoiion ou dans uu danger imminent', comme nous Tavons dit plus haut,

i Cité par Michaad, nut. des Croisades, 1. 1, pièces justificatives.

t Les vœux faits par un père étaient soavent accomplis par ses enfants: tel fat, par exemple \ le pèlerinage effertaé après l'année 954, sons Lothaire II, par un clievalier nommé Jusselin. Son père, baron puissant de la province viennoise, avait fait vœa d'aller en Palesline ; mais, n'ayant pu exécuter son dessein, il chargea, à sa dernière heure, Josselin d'acqoiiter sa promesse. Celui ci, malgré sa piété, avait toujours négligé d'obéir aux ordres de son père, lorsque, blessé grièvement en combat'.ynt

ni CURIOSITÉS DES TRADITIONS.

ane vision, la lecture d'on passage de la Bible que Ton considérait comme na avertissement du ciel, le désir de rapporter des reliques, tels étaient en général les motifs qui décidaient les pèlerins h entreprendre le voyage de Terre-Sainte.

Parmi les hommes qn'mie piété sincère entraiiDait en Palestine, plusieurs y allaieiA dans l'espoir d*y trouver la mort; quelques-uns pourtant, perdant courage enebemin, se hâtaient de revenir dans leur pays ; d^aufres, sur le point de souffrir le martyre qu'ils avaient toujours ambitionné, étaient saisis'd'nne terreur subite, et chercliaiéDt à se dérober au danger. Saint Udalric, après s'être baigné dans le Jourdain, n'avait pas encore eu le temps de revêtir ses habits, lorsque! vit accourir à grands cris me troupe menaçante de Sarrasins, c Le serviteur du Christ, <r dit rfaagiographe, désirait dans son cœur la palme du « martyre; cependant, la fragilité humaine remportant, € îl s'enfuit à toutes jambes avec ses compagnons ^. i

Mais, on doit le dire, la plupart des pèlerins que la dévotion attirait en Orient savaient supporter gaiement les misères et les privations qui les attendaient sur cette terre inhospitalière. — Quand les compagnons du Hessois saint Heimerad, qui effectua son pèlerinage avant t(H9, venaient lui dire : «Que mangerons-nous anjourd*liui?lfos besaces sont vides, et demain il nous Êiudra jeûner ; v le

contre les peaples de I*HelYétie, et laissé pour mort sur le cbamp debi* taille, il fol déposé dans ane chapelle consacrée k saint Antoine. U, le saint lai apparat, lai reprocha son manque de foi, et, l'ayant rappelé â U ^ie, lai ordonna d'aller chercher ses reliques en Orient et de les rapporter en France. — Ce pèlerinage est raconté longuement dans le recaell des Boliandistes, janvier 47, t. it, p. 453.

1 Boliandistes, Juillet, t. m, p. f 57.

FELfiUiNAGES. f»

8ttiit,<ii( l'àagîograpb<% avait coulmnedc leur répondre: t Je(kiOiisdoitc aujourd'luii, nous mangerons demain ^» Baottl Glaber uoii& a laissé on curieux exemple du religieux délire qui animait parfois les pèlerins. « Un Bonrgoigaon, nommé Lethbaud, dit-il, se rendit en Palestine avee plusieurs autres. Quand il vit les lieux saints, et qu'il fit au haut du mont des Oliviers, il se prosterna la face eontre terre, les bras étendus en croix. Il versa un torrent delarmes, et sentit sonftme pleine d'une extase ineifable <|u relevait à Dieu. Il se releva quelque temps après, Ina ses mains vers le ciel, faisant tous ses efforts pour se soulever et se somtenir dans les airs, et exprima en ces BOAS les désirs de sou âme ; a Seigneur Jésus, disaitr cil,vous qui avez daigiié descendre du trône de votre s majesté sur la terre, pour sauver les hommes , vous (( qui, de ces lieux présents à mes regards» avez quitté le

< noade sous une forme humaine pour retourner dans les « eteux d*oà vous étiez venu, je vous en supplie, au nom d de votre bonté loute-puissanie, si n^m âme doit se se* ( parer cette année de mon corps, (aites-moi la grâce de <i nepasm'éloigner d'ici, pour que je puisse mourir à la « vue des lieux qui forent témoins de votre ascension; t ear, de même que mon corps a voulu vous suivre en ( venant, visiter votre tombeau, mon âme serait pent-ètre

< assez heureuse à son tour pour pouvoir vous suivre sans ( obstacle dans le paradis, j» Après cette prière, il reyinl avec ses compagnons chez leur hôte. On allait dîner. Les aaires se mirent à table ; pour lui, il alla gaiement se ntettre au lit pour prendre quelque' repos, car il parais* sait accablé parole sommeil, et ne tarda pas à s'ondor-

* UAbHi, BifUM kruMwietnt, êcripi., l, i, p. 67.

mir. On îguore ce qui lui apparut alors, mais il s'écria aussitôt: «c Gloire à vous, Seigneur! Seigneur! gloire à vous ! )» Ses compagnons Tentendirent et voulurent le iaire manger avec eui ; mais il s'y refusa, se tourna de l'autre c6té, et commença à se plaindre de quelque indisposition. Il resta ainsi couché jusqu'au soir. Il fit appeler alors ses compagnons de voyage, reçut en leur présence le saint viatique et rcucharistie vivifiante, salua doucement les assistants, et rendit l'âme. Certes celui-là n'avait pas fait le voyage de Jérusalem par vanité, comme tant d'autres qui ne Fentreprenncnt que pour s'en faire honneur à leur retour ; aussi Dieu le Père ne lui refusa pas ^ la grâce qu'il lui demandait au nom de Jésus son fils. Noos avons recueilli ces détails de la bouche même des compagnons de Leihbaud , qui nous les racontèrent quand nous étions au monastère de Bèze '. d

Les pèlerinages n'étaient pas tous volontaires. Ils étaient souvent imposés par l'Eglise en expiation de quelque forfait. Il y en avait de deux espèces : les uns (majores) étaient ceux de Jérusalem, de Rome et de Saint- Jacques de Compostelle; les autres (minoreM) étaient les pèlerinages accomplis dans l'intérieur de la France.

Le premier pèlerinage en Palestine qui, à notre connaissance, ait été imposé canoniquement à un habitant des Gaules, le fut à l'un des persécuteurs de saint Léger, à Waimer. duc de Champagne. — En voici encore quelques exemples.

Vers 1052, un parent de Godwin (père du roi Harold), nommé Siiv'cyn, ayant enlevé une religieuse et commis un

t Raoal Glaber, l.iv, cU. 6, coUeci. Galiot, t. iv, p. 315 et saW.

PELERINAGES. IT7

meurire dans un accès de colère, se condamna lui-même, eo expiation de ce double crime, à faire nu-pieds Je voyage de Jérusalem. 11 accomplit ce pèlerinage, mais mourut peu de temps après son retour.

En H 74, Henri II ayant abandonné les meurtriers de Thomas Becket au jugement des cours spirituelles, ceuxci se rendirent auprès du pape Alexandre III, qui leur enjoignit de faire un pèlerinage à Jérusalem, et, suivant Guillaume de Nangis, quelques-uns, sinon tous, moururent daos ce voyage.

Lorsque la paix se conclut, en 1250, entre Louis IX et ses barons révoltés, a les barons stipulèrent d'un commua accord, dit Mathieu Paris, que le comte de Champagne, principal auteur de la querelle, prendrait la croix, et partirait pour la Terre-Sainte, afin d*y combattre, avec cent chevaliers, contre les ennemis de Jésus crucifié. » Ce fui seulement en 1259 que le comte accomplit cette pénitence.

Guillaume de Nogaret ayant été excommunié pour sa conduite envers Boniface YIII, que, en 1503, il avait arrêté à Agnaui, fut plus tard déchargé par Clément V des sentences portées contre lui. « Le pape, dit Guillaume de Naugis, lui enjoignit pour pénitence Tobligation de s'embarquer en propre personne avec ses armes et ses chevaux pour secourir la Terre-Sainte dans la première expédition générale qui s'y ferait, et d*y relier à perpétuité, à moins d'obtenir dans la suite, de la grâce du pape ou de ses successeurs, que cet exil fût abrégé. On lui enjoignit aussi d'accomplir pieusement certains pèlerinages qu'il s'était imposés. Ainsi le pape le déclara absous de toutes les violences faites au pape Boniface, à condition qu'il accomplit dévotement ces pèleri-

iro CURIOSITES DES TBADITIONS.

ii»(^ taul qu'il viV'Taitf et que, à Ht mort, il fil le pa^ 8M1 hérliier^. »

An seizième siècle, les pèlerinsges étaîent. eMOce considérés comme, des. expiations des grands crimes, et, sirivam Brantôme, Montgomraery, le. meurtrier invokuilaîse de Henri U, « aoroit dû travener et percer dix cm douze fois le pays barbare, rmaiit cl imde des Grisons os autre, poar y faire pénitence, plustôt que. de vivi^sidélicieuseraeflt à Venise et terre des Yétuli«is> douées et plaisantes habitations *. «

l'autorité ecclésiastique imposa souvent des pèlerinages à Jérusalem dans un but politique, pour éloigner le» perturbateurs du repos publie, ou les seigneurs turbulents qui étiiient sans cesse en querelle avec leurs évè* ques. G était la peine dont on frappait les infracteurs de la trêve de Dieu ; et, certes, le lieu d'exil était bien choisi ; car on ne revenait guère de cette contrée lointaine, qui, suivant Texprcssion d'un chroniqueur aillais, avaii U privUége- de dévorer ses habUanU-; et si Tezilé parvenait à survivre aux fatigues et aux dangers dJua premier voyage, il succombait ordinairement dans unse^ cond, ou mourait épuisé en remeUsintie pied sur la t^sre natale.

L'exil en Terpc-Sainle était, dans certaines localités, aggravé par une pénitence singulièce, qui existait de toute antiquité chez les peuples du centre de la Frauce, soi^ vaut la relation des miracles de saint Floriao et de saint Florent,.et devait probablement tirer son origine de quelque coutume religieuse des Gaulois. Quand un homme avait tué par le fer Tua de ses proches parents,, et s^était.

*' Gainsune de Niingis, année tSfO.

t L. II, ohi 7St à&t. ds PttiUliéw, 1. 1, p; SIS*.

PELBBFf^AGES; 479

eonlessédefioii crime, l'évéque^âieclti matière du glaive qoiavailsenrî au meortpe, faisait forger des ehatne&qee ToD attachait au eou, à la ceifltiire et aux bras du coupable ; puis on dïassait hors du pays te malheureux, qui» pour dlMenir son pardon, devait, sans quitter ses fiers, visiter successivement Jérusalem, Rome, ou d'autres lieux consacrés. Sous les deux premières races, à une époque où les liens du sang étaient si peu respectés, où les haines de famille étaient si fréquentes, cette pénitence, digne d'im temps de barbarie, dut être fréquemment appliquée. On rencontre en effet, dans un capitu- &Hre, la défense formelle de hisser vagabonder « ces hommes nus, chargés de fers, qui prétendent qu'il leur a été prescrit d'errer ainsi. S'ils ont commis quelque crime grave et insolite, dit le législateur, H vaut mieux «pi'ils restent 4ans un même endroit, travaillant, servant et accomplifôant'la pénilence qui leur aura été imposée caDoniquenient.?)

Vers 8^, un «eîgneur franc,'nommé Frotmond, ayant, avec l'aide de sesjfirères, assassiné deux personnes de .sa fimille, fut condamné, amsi que ses complices, à être chaîné de èbafaes et à errer dans le monde entier. Pendant sept ans, il parcourut Tfiurope, l'Asie, que partie de TAfrique, visita trois fois Rome et deux fois Jérusalem, et finit pasr revenir expirer au monastère de Redon, près deRemes.

La fréquence des pMenoages entraînait avec elte de nombreux désordres, et amenait de graves perturbations dans les affaires defamitie. 11 arrivait fort souvent ^ue . des pèlerins qui «valent fiait k réiranger un séjour un peu prolongé, trouvassent à leur retour leur femme remariée. Le cas où rbomiBe «e remariait pendani rab-

sence de sâ femme se présentait plus rarement, car une femme n'osait guère sans son mari s*exposernux dangers d'un tel voyage. Pour remédier autant que possible à ces inconvénients, le concile teuu à Rouen, en 1072, rendit un décret par lequel il déclarait excommuniée, jusqu'à satisfaction sufGsanie, la femme qui, pendant l'absence de son mari parti en pèlerinage, se serait remariée avant d*avoir eu (chose fort difficile à établir à celte époque) la certitude de la mort de son premier mari.

Le ll^' canon du concile de Londres, en 4200, défendait aux personnes mariées d'entreprendre un long pèlerinage, à moins qu'elles n'en eussent fait publiquement la déclaration.

La morale publique recevait encore d'autres atteintes de cette fréquence des pèlerinages. Dans une lettre qui rappelle celle de Grégoire deNysse, saint Boniface se plaignait amèrement, en 7i7, à Guihbert, évéque de Canlorbéry, qu'on permit aux femmes et aux religieuses les fréquents voyages à Rome. «Je ne puis vous taire, dit-il, ce qui dcplait ici à tous les serviteurs de Dieu. L'honnêteté et la pudeur de votre Eglise est décriée, et Ton y pourrait remédier si un concile et vos princes défendaient aux religieuses et aux femmes les voyages à Rome. La plupart d'entre elles succombent, et bien peu reviennent avec leur chasteté. Il n'y a guère de ville en Lombardie et en Gaule où Ton ne trouve quelque Anglaise adultère ou prostituée. C'est une honte et un scandale pour toute l'Eglise ^ »

Il est bon de remarquer que, dès celte époqoe, les habitants des Iles Britanniques avaient déjà cente humeur

â Efiat, 105. Lahlif, CoUection des conciles, t. ti, col. 150».

PELERINAGES. iSI

vagabonde qui les disperse chaque année sur toute la surface du globe, a L'habitude de faire des pèlerinages, dit un ccrivaîn du neuvième siècle, Walfrid Strabon, est devenue presque une seconde nature chez les Ecossais. »

Les autorités ecclésiastiques et civiles cherchèrent à s'opposer à ces déplacements continuels, si propres à favoriser le vagabondage, qui devait avoir tant d*attraits pour les classes inférieures d*une société constituée comme Tétait celle du moyen âge.

D'après \eiV canon du concile tenu à Ghalcëdoine, en 451, les pauvres et les pèlerins devaient, pour recevoir l'hospitalité sur leur route, être munis d'une letlre de pair, qui attestait que le porteur appartenait à la commanion catholique ^. On trouve, dans un recueil de formules qui, comme celles de Marculfe, paraissent être du septième siècle, la teneur de Tune de ces lettres dont voici la traduction :

« Aux saints, apostoliques et vénérables pères en Jésus- Christ, rois, comtes, évêques, abbés, prêtres, clercs, et à tous les chrétiens servant Dieu dans les monastères, les cités, les bourgs et les campagnes, moi, intendant de là maison, me nommant en Dieu N, j'adresse cette lettre. Que Votre Grandeur (ou Votre Sainteté) sache que notre frère nommé N, votre serviteur, nous a demandé la permission d'aller prier pour ses fautes ou pour nous à la basilique de ^aint Pierre, votre père. C'est pourquoi nous vous adressons ces lettres par son intermédiaire, et le chargeons de salutations pour vous, afin que, pour

1 Voy. sur ces lettres Sozomène, Histoire ecclésiastique^ 1. vi, ch. 16. — Suivant le 6^ eanon du concile de Tours, en 566, les évéqnes seuls pouvaient donner ces lettres de recommandation.

ramour de Dieu et de saint Pierre, il reçoive de tous hospitalité, secours et consolalion, et puisse aller et reyenir sain et sauf, etc. ^ »

L*un des canons du concile tenu k CbàloD-8ur*Sa6ne, un an avant la mon de Gbarlcmagne, en 813, contient le passage suivant :

« Ils se trompent grandement les hommes qui, sans léfieiton et alléguant des raisons de piété, se rendent à Borne, à Tours ou ailleurs. D est des prêtres, des diacres et d*aulres membres du clergé qui vivent dans le désordre, et croient se purifier de leurs fautes et s^acquiltenle leurs devoirs^ s'ils visitent des lieux de sainteté; il est encore des laïques qui, ensilant y prier, espèrent y iroa* yer Timpunîté de leurs péebés. Il est des hommes poissants qui, prétextant un voyage à Rome ou à Toiiis, lèvent des tributs, amassent des richesses, oppriment les pauvres, et ce qu*ils font dans un but unique de cttpî«dité, ils le colorent d*un motif pieux. »> Enfin, comme les pèlerins se recrutaient aussi parmi les voyageurs et les gens sans ave», le même canon ajoute: s II esijusqu^à des pauvres qui donnent, les mêmes raisons, afin de trouver plus de facilité à mendier. ... Il faut demander au seigneur empereur le moyen de remédier à ces abos^.i

D*après le 8^ canon du concile de Rouen, en 1189i aucun clerc ne devait sortir de sa paroisse pour aller étudier ou faire un pëerinage, sans la pernûssiou de son éyêque.

Tout e» essayant de réprimer le vagabondage, on cher^ ehait aussi à protéger les véritables pèlerins* « Que per-

iChm-t» traeturiâ^ MarcalS monebi fonrate vêtent, 4fes, ia-l» f, SS8. Voy. encore p. 124, TrgeiiHrittpn Ukmêfen§miê$,

PÈLER1I9AGES. 161

•ODoe, dit la loi des Savarois, D*ose inquiéter les étnan gers ou leur faire du tort, parce que les bds voyagedt pour Dieu, les autres pour leur nécessité, €t oepeadsmt me néme paix lenr est nécessaire, v

Le 4* canon du concile ée Metz, en 756, défendait d'exiger aucune espèce de tribut, soit pour eux, soit pour leur bafage, des pèlerins qui se rendaient à Rome en aittenrs, de les arrêter au passage des pools, des échtses, des bacs; celui qui leur ferait quelque donnaai^ devait payer -gO sous d'amende, dont la moitié serait adjugée an pèlerin , l'autre moitié à la chapelle du roi. Le eancile de Narbonne , en 4054 , renferme à peu près les mêmes prescriptions.

Le W canon du concile de Latran, en 4 IÎ3, excom* mnniait ceux qui os^^icnt piller ou vexer par des exai^ HoBS qoekonques les pèlerins qoi se rendraient à Heoie ou^bns d'autres lieux de dévotion.

€e6 «esures durent rarement être très-efficaces. Les renies, qui, smis la ferme administration de Gharlemagne, avaneiit pn offrir quelque sécurité, devinrent après lui OMis sâres qnc jamais; et Ton sait trop qnels horribles brigandages se eomnûrent pendant une Kmgne suke de sièckB, poinr que nous ayons besoin d'insister sur ce pwni. Citons seolement le h\i enivant, rapporté par Goibert de Nogent. « Il y avait, dit-il, nn certain Tend»gand , homme profondément scélérat, serf de Téglisc de SaiM-Vincent, à Laeo. Longtemps officier, et préposé d*Engnerrand de Ooncy à la recette du péage exigible pour le passage du pont de Sourdes , il pillait souvent les pauvres voyageurs, et, après les avoir dépouillés de tout ce qu'ils portaient snr eox, fl les précipitait et les engloutissait dans le fleuve, pour les mettre hors d'état

d'élever des piainteâ contre lui. Diea seul sait eombieo de fois il Ot pareille chose ^. »

(( Les hommes revêlus de fer , dit Jacques de Vitry, infestaient les routes publiques et n'épargnaient ni les pèlerins ni les religieux. Ne craignant point le jugement de Dieu, ils se faisaient corsaires et pirates, dépouillaient sur mer les marchands et les pèlerins, et après avoir brûlé leurs navires, ils les précipitaient eux-mêmes dans les flots '. »

Les pèlerins, la plupart du temps, partaient sans argent et sans provisions ; aussi les dangers et les obstacles de toutes sortes qu'ils rencontraient sur leur route, les fatigues auxquelles ils étaient exposés, avaient nécessité de bonne heure la fondation d'établissements destinés à leur offrir le gite et la nourriture. Un hospice était annexé à tous les monastères un peu importants, auxquels des donations étaient faites uniquement dans ce but ; et il leur fut maintes fois prescrit expressément par les conciles et les capiiulaires d*accucillir avec charité ks voyageurs et les pèlerins. « Les prêires doivent savoir, dit un capitulaire, que les décimes et les offrandes qu'ils reçoivent des fidèles sont la solde des pauvres, des étrangers et des pèlerins, et qu'ils doivent en user, non comme de leur bien propre, mais comme d'un dépôt qu'on leur aurait confié '. »

L^hospitalité donnée dans les couvents rappelait beancoup rhospitalité antique. — Suivant Grégoire de Tours, Sunniulphe, abbé du monastère de Bandan, à Glerniom

1 De Vita 8ua , I. m, eh. 9.

t Historia occidentaUt, ch. S, IS96. in-8, p. 366.

< Voy. Canciani, Leffcs barbarorum antiquœ^ t. m, p. 150 et 515.

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{Auvergne), lavait et essuyait lui-même les pieds des étrangers, a Que Ton ne néglige pas, dit la rcg'e Je la célèbre abbaye de Fulde , que Ton ne néglige pas de recevoir les pèlerins et de leur laver les pieds. Mais quand ils se présenteront, que, suivant la règle et la coutume ie nos ancêtres, on les accueille avec bonté, et que tous les frères s*occupent de leur laver les pieds ^. »

Les hospices étaient ordinairement placés, soit en dehors des villes, pour que le voyageur attardé pût y trouver un asile, soit sur le bord des fleuves, aux endroits où il n'existait pas de communication d'une rive à Fautre, soit dans les montagnes, aux passages les plus fréqtientés. Tels sont encore aujourd'hui les établissements du grand et du petit Saint-Bernard, du Simplon, du Mont-Genis, etc., doj^l la fondation remonte à une haute antiquité. Ainsi, au huitième siècle, Adrien P' recommandait vivement à la générositéde Charlemagne les hospices qui étaient situés dans la chaîne des Alpes. Au siècle suivant, l'hospice du Mont-Cenis fut fondé par Louis le Débonnaire, qui le dota de riches revenus, et Louis II, envoyant dos députés en Italie, ordonna, par un capitulaire daté de s.'iS la restauration de tous les hospices bâtis dans les montngnes ou ailleurs'. Geux des Alpes furent surtout d'un grand secours aux pèlerins qui, venant de la Gaule, voulaient soit visiter Rome, soit gagner quelque port de l'Italie, où ils pussent s'embarquer pour l'Orient ; mais pour les pèlerins qui se dirigeaient vers la Terre-Sainte, la route de terre jusqu'à Gonstantinople fut préférée, lorsque cette

' Cauciani^ t. m, p. S60.

« Mttralori, AtUiquitates Ualiœ medii œvi, disserlalio xiwii, De hospilaUhus peregrinorum^ X, m, p. 553 et suiv. '

voie leur fut ouverte par la ooDTersion des Hongrois. 'Us trouvèrent alors des hospices presque jiisqu*à la OKçitalc de Femplrc grec, où, entre autres ëtablisBemeiilS'de ce genre, était l'hospice de Samson, qui existait dès le sixième siècle.

L'ne fois arrivés en Asie, les pèleriiis, en proie aux iih ligues ei aux plus cruelles privations, étaient encore exposés de la part des infidèles ii toutes sortes .de ^rosations et de dangers. Au huitième siècle, saint Guâlebmd et sept autres pèlerins, ses compagnons de veyaffe, lurent arrêtés comme espions à fimesse et jetés en pnson. Délivrés à grand*peine, grâce à rinlervcntk>ii de deux chrétiens, habitanls du pays, ils furent obligés de se séparer et de voyager deux à deux, comme le portaient les lettres de sauf-conduit que leur avait accordées le gouverneur de la yMle. Il fallait absolument pourvu de ces passe<^orts qui donnaient le signala des pèlerins, et indiquaient le but de leur voyage. Ceux qui, sans en être munis, se préseittaient devant mie certaine forteresse du mont Liban, étaient arrêtés et eondotls àTvr.

La relation du pèierînage entrepris en 870 pur le mcine français Bernard, contieni d'autres détails snr ces lettres.

« A Bari (ville alors au pouvoir des Sarrasins), ooob nous procurâmes, ditril, rautorisalîon de naviguer, an moyen de deux lettres dont la tenem' portait hi descriplîen de notre visage, et exposait au prince d'Alexandrie et de Babylonie le but de notre voyage, d Arrivé devant Alexandrie, Bernard dut pajer six pièces d'or au capitaine du navire pour obtenir d*ê(re débarqué ; puis lui et ses compagnons furent obligés, moyennant treize de-

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uiers, de se pro€iirer de Dowreauï passe-ports, qui, à fiabyloae (le vieux Caire), ne les empéclièreul pas d*éire j^s en prison. Ils furent délivrés au bout de six jours, après avoir de nouveau payé, chacun treize deniers ; et, bien qu'on leur donnât ensuite de nouvelles lettres qui prescrivaient formeilcnient de les laisser circuler sans lien exiger d*eux, ils n*eA furent pas moins rançonnés (bas la plupart des villes qu'ils traversèrent, et. où on les forçait, soit d'acheter une nouvelle lettre, soit de payer Tappositiun d'un sceau sur uue ancienne^.

Ces vexations étaient fort peu de chose, en coinpaniisoQ des nombreux dangers qui menacèrent les pèlerins, lorsque la Palestine fut soumise aux califes Fati* mites d'Egypte, puis aux Turcs Seldjoucides ; et la peioiare qui en fut faite par Urbain II, au concile do Qennont, remua profondément le cœur des assistants* f.Qtte dirais-je, s'écria-t*il, de ceux qui, privés de tout et se confiant en leur pauvreté, entreprennent ce voyage parce qu'ils semblent n'avoir rien à perdre que leur corps. Les infidèles les soumettejit à d'horribles supplices pour leur arracher l'argent qu'ils n'ont pas, ils leur de» chirent les talons pour chercher si sous la peau il n'y aurait pas quelque pièce d'or cachée. Ils les forcent à boire delà scammonée pour provoquer le vomissement et leuriairc rendre l'or ou l'argent qu'ils aur;Ment pu avaler. Avec le fer, ils leur ouvrent le ventre pour y fouiller jnsqae dans les replis les plus secrets de leur corps* Rappelez-vous tant de millions d'hommes qui ont ainsi péri de k manière la plus affreuse < . d

' Voy. Mabillon, Acta SS. ordinis S. Bénédictin sscalum m, pars ii, * Giiibertde Nogent, Gesia Dei perFraneos^ 1. ii, ch. 4.

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