‹ Curiosités des traditions, des moeurs et des légendesChapitre 7 sur 68 · DIVINATION PAR LA BIBLE · texte numérisé non relu

DIVINATION PAR LA BIBLE

On aura une idée de rimportance que l'on attachait «n pareille circoDStance à la significaiioa des passages de rÉvaugile, par le £iit suivant. En 1115, des discussions s'étani élevées à propos de l'élévation de Hugues de Montaigu àrépiscopatd'Auxerre, le différend fut porté devant Pascal II, qui donna lui-même la consécration au prélat. « Une remarque qui fut faite par ceux qui étaient i^ortés pour lui, dit Tabbé Lebeuf, est qu'à Touverture du Jwve d'où Ton tirait les pronostics sur le sort des prélats, on trouva ceç paroles de l'ange : Ave^ JUariay gratia pkna ; ce qui fut pris pour un bon augure touchant sa chasteté, son humilité, etc. ^. »

La même pratique avait lieu souvent à Tinstallation des abbés ou des chanoines.

« Le jour de mon entrée dans le monastère, ditGuibert, abbé de Nogent, un moine qifi avait étudié les livres divins désira, àceque je présume, lire dans mon avenir ; au moment donc où il se préparait à partir avec la procession pour se porter à ma rencontre, il plaça à dessein sur Tautelle livre de l'Évangile, dans rintenlion de tirer un pronostic d'après le hasard qui guiderait mes yeux sur tel ou tel chapitre. Or, ce livre était écrit, non par pages, mais par colonnes. Le moine arrêta ses regards sur le milieu d*une troisième colonne, où il trouva le* passage suivant : « L'œil est la chandelle du corps. » Puis il ordonna au diacre, qui devait me présenter FEvangile,) d'avoir soin, après que j'aurais baisé l'image d'argent qui était appliquée sur la couverture, de tenir la main sur le pas- 'Sage qu'il lui avait indiqué, et de regarder ensuite attentivement, aussitôt qu*il aurait ouvert le livre devant moi,

i Bisioire ecelésiMtique éPAuxtrre^ 2" partie, ch. 7, t i, p. 263.

sur quelle partie de la même page mes regards se fixeraient. Le diacre donc oovrit le lt?re, après que j'eus, selon Fusage, imprimé mes lèvres sur la couverture, et tandis qu il observait avec curio»îië où se portera lent mesregards, mon œil et moiA esprit ne se dirigèrent ni vers le haut , ni vers le bas de la page, mais précisément sur le verset qui avait été désigné d avance. Le moine,, qui avait cherché par là ses conjectures, voyant que mon action avait concordé sans préméditation avec ses intentions, vint à moi quelques jours après, et loe raconta ce quil avait fait, et comment mon premier mouvement s'était merveilleusement rencontré avec le sîen^. »

Suivant le cérémonial usité dans l'ancienne ép;lise de Térouanne, lors de la réception d*on chanoine, on ouvrait au hasard le livre des Evangiles, après que le doyen Tavait aspergé d'eau bénite, et on avait grand soin d'écrire, dans les lettres de prise de possession du récipiendaire, le premier verset qui se présentait aux regards. Cette coutume subsistait encore au dernier siècle dans l'église de Boulogne ; et de Langle, évéque de cette ville, mort en 172^, avait inutilement tenté de l'abolir..

Dans les circonstances importantes de la vie, c'était toujours à la Bible que Ton recourait pour y chercher soit des consolations, soit des conseils.

Le comte Leodaste, ayant commis plusieurs violences dans la ville de Tours, « lorsque j'appris ces choses, dit un chroniqueur, j'étais, triste de cœur, dans la maison épiscopale; j'entrai plein de trouble dans mon oratoire, j'y pris le livre des psaumes de Da-

1 De yUa sua^ 1. u, cb. S, traduct. de la collection Gnizot, t. is, p. 490.

Page 1