‹ Curiosités des traditions, des moeurs et des légendesChapitre 8 sur 68 · DIVINATION PAR LA BIBLE · texte numérisé non relu

DIVINATION PAR LA BIBLE

vîd , a6a de troaver , en Fouvrant, quelque verset qui m'apportât de la consolation. J'y irouvai ceci : « Il les meoa pleins d*espërance, et leur ôta toute crainte, leurs «ooemis ayant été couverts par la mer ^. »

Les pèlerinages à Jérusalem furent très-souvent entre* pris à la lecture du passage d'Isaîe : El eril sepulchrum ^u8 gloriosum *,

Au dix-septième siècle, la divination par la Bible était encore en usage ', et au milieu du dix-huitième siècle, elle fut remise à la mode chez les méthodistes an<>lai8, parTun de leurs chefs, Whitefield, mort en 1770 ^.

On sait quelle importance, dans certaines occasions, les anciens attachaient aux paroles prononcées devant eax. Souvent, au moment de s'engager dans une entreprise périlleuse, ils sortaient de leur maison, pour recueillir des paroles tombées de la bouche d'un passant, ou ils envoyaient an esclave écouter ce qui se disait dans la

1 Grégoire de Tours, I. y, ch. SO.

« Voy., ponr saint Pétroc, abbé en Cornonailles au sixième siècle. Bollmidutes^}u.\n, 1. 1, p. 401 ; et pour saint Poppon, abbé dans la Gaule beigiqae au onzième sièrle, iHid.^ janvier, 35, p. S39,

s Voy. d'Israeli, AmetUlies of ii/erature, t. ii, p- 3tî. On raconte que, dans une visite à la bibliothèque d'Oxford, lord Falkland et Charles I^ consultèrent les «0r/« pir^{//f»9. Les passages de VÉnéide sur lesquels ils tombèrent (1. iv, vers 014; 1. xi, vers 152) offrirent une coïncidence remarquable avec la situation présente du roi et les malheurs qui devaient ie frapper.

^ Voy.., sar les sorts des saints, le glossaire de du Gange, v<> Sortes, ^t ane dîsseriaiion de l'abbé du Resnel, Recueil de i*Académie iee <nseriplioTu, in-12, Mémoires, t. xxxi, p. 98. — Un célèbre artiste italien du seizième siècle, F. Marcoiini, publia, en 1540, in>folio, an Livre des Jtorts qu'il avait orné de flgures sur bois. Les réponses en tercets asx questions que contenait le livre ont été composées par Louis Dolce.

rue, et de ces mots ils cherchaient à tirer un présage pour l'avenir *.

Au moyen âge, cet usage, quelque peu modifié, sub* sista encore pendant longtemps. Glovis, au moment de marcher contre Alaric, roi des Wisigoths, envoya des députés à la basilique de Saint-Martin de Tours, en leur disant : a Allez, et vous trouverez peut-être dans le saint (( temple quelque présage de l:i victoire. » A près leur avoir donné des présents pour orner le lieu saint, il ajouta : (( Seigneur, si vous êtes mon aide, et si vous avez résolu (( de livrer en mes mains cette nation incrédule et ton* ((jours ennemie de votre nom, daignez me faire voir tf votre faveur à l'entrée de la basilique de Saint-Martin, (( afin que je sache si vous daignerez être favorable à (( votre serviteur. » Les envoyés s*étant hâtés, arrivèrent à la sainte basilique, selon Tordre du roi ; au moment où ils entraient, le premier chantre entonna tout à coup cette antienne : a Seigneur, vous m'avez revêtu de force pour (( la guerre, et vous avez a'battu sous moi ceux qui s'éle- (( vaient contre moi, et vous avez fait tourner le dos à (( mes ennemis devant moi, et vous avez exterminé ceux (( qui me haïssaient. r> (Psaume 17, v. 59-40.) Ayant entendu ce psaume et rendu grâce à Dieu, ils présentèrent les dons au saint confesseur, et allèrent pleins de joie annoncer au roi ce présage •.» •

« J'entendis un jour un possédé, qui vivait dans la maison de ma mère, dit Guibert de Nogent, prononcer les paroles suivantes, au milieu de je ne sais quelles autres folies que lui inspirait le démon qui le tourmen-

1 Voyez Recueil de l'Académie des in»cripiioru, in-IS, Hiilo're,\.\^ p. 69.

s Grégoire de Tours, I. n, ch. 87.

ORACLES. 2t

tait : « Les prêtres loi ont mîs la crois sur le dos. » Et, certes, il ne pouvait rien dire de plus vrai, bien que je ne comprisse pas bien le sens de ces paroles. Car ce ne fut pas d*une seule croix, mais d'une multitude de croix que ma mère chargea son corps dans la suite ^.»

Les oracles païens se consultaient aussi au moyen de' lettres cachetées que Ton déposait sur l'autel. Ce mode, qui prêtait si bien à la fourberie, fut aussi employé plus d'une fois par les chrétiens latine ou orientaux.

« Comfne le duc Gontran-Boson, qui s'était réfugié dansla basilique de Saint-Martin à Tours, était accusé de la mort de Tbéodebert, dit Grégoire de Tours, le roi Chilpéric envoya des messagers avec une lettre écrite atr saint. Dans cette lettre, il le priait de lui mander, par sa réponse, s*il lui était permis ou non de tirer Gontran d& la basilique. Le diacre Beaudégésile, chargé de cette lettre, la mit avec une feuille de papier blanc sur le saint tombeau ; mais, après avoir attendu trois jours sans re* cevoir aucune réponse, il retourna vers Chilpéric *. »

« L^empereur Alexis, dit Anne Gomnène, ayant appris que les Gomanes avaient passé le Danube, tint* conseil avec ses proches et ses capitaines, pour savoir s'il devait marcher contre eux. Tous s'étant trouvés de cet avis, il ne voulut pas dire son opinion ; mais il remit la décision de l'affaire au jugement de Dieu même. Il manda les plus considérables du clergé et de Parmée, et se rendit avec eux, vers le soir, dans la grande église, où les attendait le patriarche Tricotas: puis, il écrivit sur deux Ubiettes quelques lignes où il demandait s'il fallait atta-

' L. I, cb. 14.

• L. V, ch. U.

quer ou ne pas attaquer les Gumanes , et donna les deux •tablettes au Gorypliée, pour les mettre sur l'nutel. Après •que toute la nuii eut élé passée à prier et à chanter des psaumes, le Coryphée reprit les tablettes, les ouvrit et les lut. L'empereur recul ce qui y était contenu, comme un oracle prononcé par la bouche de Dieu même, et se prépara à Taitaque '. »

Ënfm, pour terminer ce chapitre, citons un procédé de •divination si sinj^ulier, que nous le croyons unique dans «00 genre. Théodat, roi des Goths, étant assiéj<é dans Naple< par Bélisaire, «comme il avait rbabitude de con* sulier les devins et d'ajouter foi à leurs réponses, dit Procope, il deman'ia un jour à uii Hébreu qui passait pour un grand magicien, quel serait le résultat de la gueire. L*Hëbreu répondit que, pour le savoir, il fallait enfermer trois d zaines de porcs dans trois étables, et imposer le nom des Goths à la première dizaine, le nom des Homains à la seconde, et le nom de soldats de Tempereur à la troisième, puis entrer un certain jour dans les •étables. Gela avant été fait, et Théodat étant entré dans les étables le jour fixé, ils trouvèrent que Icj porcs qu'ils avaient nommés les Golbs étaient morts, à la réserve de deux; que ceux qu'ils avaient nommés soldats de l'empereur vivais nt presque tous, et que cinq de ceux qu'ils avaient nommés Romains étaient morts, et les cinq :autres avaient perdu toutes leurs soies. Théodat, jugestnt par ce présage du succès de h guerre, crut que la fortune des Romains serait détruite, qu'ils perdraient la moitié de leur armée et de leurs richesses; que les Goths seraient réduits à un petit nombre, et que l'empe-

i AicMiadê, 1. x, ch. 8.

PROPHÉTIES ET PRÉBIGTIONS. 25

reur remporterait une victoire facile. Cette imagioalioo Jiii abattit de telle sorte le eourage^ qu'il a osa diMr oer la bataille ^ »

Pendant les premières années du christianisme, les oracles sibyllins, que Ton savait si bien altérer au besoin^ purent suffire à satisfaire cet ardent désir de connaître Tavenir qui était réservée au monde. Mais après la destruction de Tempirc romain, ils ne furent plus guère invoqués, en Occident du moins, que pour 1 apologie du cbristia- Dîsme. L estime et r influence dont ils avaient joui passèrent aux prophéties de Merlin. — (( Les vers où d'anciens poètes cambriens avaient exprimé avec effusion d'âme leurs vœux et leur attente patriotique, dit M. Augustin Thierry, étaient regardés comme des prédictions mystérieuses dont on cherchait à trouver le sens dans les grands événements du jour. De là vint la célébrité bizarre dont Myrdbin, barde du septième siècle, jouit cinq cents an&

après sa mort, souslo nom de renciianteur Merlin

les livres de ce petit peuple étaient si remplis de poésie, ils avaient une si forte teinte d'enthousiasme et de conviction, qu'une fois traduits dans les autres langues,

1 Guerre des Golhs, 1. ii, ch, 9, trad. franc, de Cousin.

s Aa quinzième si' c!e, Léonard de Ctaio rappoitail que îa prise dc^ CoDstanttoople avait été prédite par la sibylle d'Erythrée. Yoy. plus bas. p. 57.

ils dcvinrenl pour les étrangers la lecture la plus allachante et le thème sur lequel Uis romMUîiers ^u moyen âge bâtirent le plus volontiers leurs fictions ^ »

Jusqu'au quinzième siècle, ces chants, qui, par le vague et Tobscurité de l'expression, se prêtaient si bien aux interprétations les plus diverses, furent regardés par les peuples de l'ouest de TEurope comme des oracles dont la certitude ne pouvait être mise en doute. Au douzième siècle surtout, il ne se passa guère d'événement un peu important que les chroniqueurs ne retrouvassent annoncé 4lans les prophéties de Merlin '.

(( Le sauvage devin Merliti, qui a vu et prédit avec détail, cl d'une manière si étonnante, les événements qu on doit voir, dans la suite des si^Sles, se passer en Angleterre, dit l'abbé Sugcr, a publié dans tout ruiûvers et <îonsacré la supériorité du roi Henri 1°' (d'Angleterre) par <des éloges magnifiques, mais aussi vrais que délicats ; •c'est pour le célébrer que, à la manière des hommes inspirés, il a fait entendre ces accents d'une voix prophétique : (( Au trône succédera le lion de la justice ; à <( ses rugissements trembleront les tours gauloises et les (( dragons insulaires. Dans sou temps on extraira l'or du ^ lis et de l'ortie ; l'argent découlera du pied des animaux {i mugissants , les bcies à poil frisé revêtiront des toisons (( diverses, et leur extérieur fera connaître ainsi leurs (( dispositions intérieures ; les pieds dès chiens seront < coupés; les animaux sauvages jouiront d'une douce* <( paix ; les hommes réduits à supplier, souffriront ; les (( formes du commerce changeront; la moitié d'un tout

i Histoire de la conquête d'Angleterre^ 45ôG, t. iv, p. 31. s Voy. MaUiico l'âris, aux «noées 1 133 et 1189; et GuniosiT^s bio- «RAPHiQCES, p. 61, la prophétie relative ù Louis VIII.

PROPHETIES ET PREDICTIONS. 25

«deviendra ronde; les milans perdront leur rapacité; € les deois des loups s'émousseront; les petits des lions « seront transformés en poissons de la mer, et l'aigle b&- « lira son nid sur les monts de TArabie. » La totalité de cette prophétie ancienne et merveilleuse s^applique jusqa ici avec tant de justesse à la vigueur personnelle du roi Henri et à Tadministration de son royaume, qu'il ne s'y trouve pas un mot qui contredise ce rapport ; ce quf est dit à la Gn sur les petits du lion s*est manifestement vérifié dans les fils et la fille du roi, qui, noyés dans un naufrage et dévorés par les poissons de la mer, ont ainsi changé physiquement de forme et prouvé la certitude jde la prophétie ^ »

Souvent le même texte recevait simultanément les interprétations les plus contraires.

Guillaume, roi d'Ecosse, étant tombé au pouvoir des Anglais en 1174, fut enfermé au château de Richmond. « Cette circonstance, dit Mathieu Paris, fut regardée comme Taccomplissement d*une prophétie de Merlin ,. conçue en ces termes : « On lui mettra aux dents un' « mors forgé sur les rives du golfe armoricain. » Le golfe armoricain doit s'entendre du château possédé héréditai» rement et depuis un temps immémorial par des seigneurs de l'Armorique *. » — Quelques mois auparavant, on avait appliqué la même prophétie à Henri II, qui, lors de la révolte de ses fils, avait été serré de près par les Bretons, auiiliaires de ces dermers.

1 Vie de Louis le Gros, ooUeclion Gaizot, t. yiii, p. 56-57. Le fait auquel Snger fait allasion ici est le naufrage des deux fils.et de la flile de Henri V% naufrage qui eut lieu au mois de décembre IISO, près des rochers appelés aujourd'hui ras deCattevilIc.

t Grande chronique, année 1474.

Gomme le nom de ce priace se trouve plasieurs fois dans les prophéties de MerliQ, on voit que les oracles du 't)arde gallois Q*aTaieiit pas plos échappé aux interpolalions que ceux de la sibylle aïKique ^

Jearaie d'Arc, on le sait, fut prédite par Merlin *, et ^11 fallait en croire les mémoires de Martin du Bellay, la crainte, de voir se réaliser un oracle du célèbre encbanteiir causa la mort du duc de Glarence. « Le Toi d'Angleterre, Edouard IV, dit l'historien français, avait deux frères, Tun nommé Georges, l'autre, Richard, duc de (rlaoeesire. Or est-il qu'il eut opinion de voir les [H*opbéiicsde Merlin, pour savoir ce qu'il devoit advenir à sa postérité; qui est une superstition, laquelle, règne cii Angleterre dès le temps du roi Aiihus. Voyant lesilifes prophéties, par l'interprétation qui lui en fut farte (car ce sont comme les oracles d* Apollon, où il y a toujours double intelligence), fut trouvé que l'un de ses frères, duquel le nom se commenceroit par un G, ôteroit la couronne hors des mains de ses enfarrts. Or est-il qu'il avoil deux fils et deux filles : le duc de Clarance (comme j'ai dit) se nommait Georges, par quoi il eut opinion que de lui parloit la prophétie ; à cette occasion le lit prendre, et, sans forme de justice, le fit naourir en une pipe de Malvoisie, se persuadant que, par sa mort, la prophétie ne sortiroit son effet, n'ayant égard que son autre frère étoit duc de Glaucestre, duquel la première lettre du nom de son duché commençoit par G '. »

1 Voy. Augaslin Thierry, t. iv, p. 25.

s Voy., sor les prophéties relatives à la PoceHe, I. Qnicherat, Froeès (te condamnation et de rchal/ilitation de Jeanne d'Arc, 1645, in-8, t; m, p. S404MI, et le procès de Jeanne d'Arc, dans le Pantkén littéraire^ <p. 545.

3 Mémoiret de Mariin du Be//a^,'colIection MIehaud-PoQjoiilat, V^ se-

An seizième siècle, Merlin, tombé !très-ft>rt en discrédit, Uii remplacé par Michel Nosiradamus (mort eu 1566) dont les propbéiies, à peu près inintelligibles, jouirent longtemps d*une vogue immense*.

(( En 1576, dit d'Aubignë, les jésuites eurent le soin de^ - semer, dans toutes les bonnes villes de la France, gens de leur société, ou autres instruits de mesme... Ceux-ci avoient charge d'eialter la venue de Jean d'Austrie (don Juan d*Âutriehe) en Ffandre, et monstroient des centuries de Nosiradamus et autres prédictions, par lesquelles ils donnoient espoir que cetlui là. qui avoit deflait les Turcs de voit aussi mettre à néant les huguenots, comme victoire à lui réservée du ciel *. »

Disons, en passant, qu^ le fils de Nostradamus vonlnt aussi se mêler de prédire raveuir; mais il lui en arriva malheur, ainsi que le raconte d*Aubigné '.

rie, t. f, p. 119. Le doc de Clarence mourut à la Tour de Londres, le 46 février 1478; mais le genre de sa mort ii*a jamais été bien constaU'^ Voy. Ling rd, tradact. de W'aiIIy, t. a. p. 601.

1 La première édition compUte de ses prophéties, publiées d*abonl en 1555, <st de 456S, Lyon, in-8. Elles furent réimiiritices un irès-grand. nombre de fuis, entre autres chez les Elzévirs, 1660, in-13. On a fait les. Ters suivants sur leur aateur :

Mostra damns rum verba damns, nam fallere nostrum esl; Et cum \ei ba damas, nil nisi nostra damus.

1 Bistoire universelle. Maillé, 1616, in-fol., t. ii, I. ni, cb. 4, p. fi'O. c Quand les Thoto^ans, dit-il aileurs, n*eorent plus de quoi sVsmonvotr pour la crainte de leurs voisins, ils la cherchèrent en eiix-mesmes, sur des prédictions de Nos(radamu<.)> (T. i, 1. m, ch. 18, fi. 178.)

• La ville du Pouzin (Langue toc), ayant été assiégée en 4574 par lescatholiques, fut, après une vigoureuse résistance, abandonnée de ses babitauts. a Elle fu! exposée au pillage, et mesmes au feu p*r un m>iien. bien neuve m. II y avoit à t^rraée un jeune Nostradanius, flis de Mlebel. Saint-Luc (qui commandait leê catholiques), lui demandant que derleoé

ItS CURIOSITES DES TRADITIONS.

Les chroniqueurs sont remplis de prédictions de tout fenre, auxquelles on ne manquait jamais d* ajouter la foi la plus entière. Nous en avons recueilli un grand nombre, mais nous ne parlerons que de celles qui nous ont paru offrir quelque particularité remarquable.

« En ces jours-là, dit Grégoire de Tours, il y avait à Paris une femme qui dit aux habitants : « Fuyez de la « ville, et sachez qu'elle va être consumée par un incen- « die. » Beaucoup en riaient, et croyaient qu*ellc disait cela d*après quelques présages obtenus en jetant des sorts, ou bien qu'elle Tavait rêvé, ou qu'elle parlait par l'inspiration de quelque démon du midi ; elle répondit : « Ce n'est rien de ce que vous dites, mais je vous parle en « vérité. J'ai vu, pendant mon sommeil, sortir de la ba- 41 silique de Saint-Vincent *■ un homme lumineux, tenant (( à la main un flambeau de cire, dont il embrasait Tune « après l'autre les maisons des marchands. » Trois mois après le jour où cette femme avait parlé ainsi, à l'entrée du crépuscule, le feu prit en effet à une maison, et dévora une partie de la ville *. »

a Lorsque Gerbert était à la tête d*une école, raconte

droit le Poussin, le pronostiqoenr (après y avoir pensé profondément) respondit qu'il périroit par le fea; et le mesme fat trouvé comme on pilloit 11 ville^ mettant le feu partout : Saint-Lur, le lendemain le rencontrant, lui demanda : Or ca« nostre maistre, ne vous doit-il point aujourd'hui arriver d*aceideotT Le devinenr n'eust pas si tost responda non, que Tantre lui donne de la baguette par le ventre, et le cheval sor qui il estoit ( fait à celi ) lui enfonça li rate d'un coup de pied ; paiement de sa meschaaceté. > {Histoire universelle ^ t. ii, 1. ii, ch. 9, p. 155- 154.)

i Ai^onrd'hni SaintrGermain des Prés.

* Grég. de Tours, l.*vin, ch. 35, tndad. de la collection Guixot, 1. 1, p. 4M.

Orderic Vital, il eut, dit-oo, un entretien avec le diable, et lui demanda ce qui devait lui arriver un jour. Le malin esprit lui Gt entendre sa réponse par un vers dont le sens était: « Gerbert passe de R à R, puis il devient pape gouvernant R ^ » Cet oracle de rinfernal caméléon fut alors trop obscur pour être compris. Cependant, etc.*. »

Le fait suivant pourra donner une idée de la conBance sans bornes que Ton avait à la même époque dans les prédictions des sorciers.

a Pendant les guerres des Normands dans la Pouille, quelques sorciers, dit Orderic Vital, s*a visèrent à Rome de rechercber quel serait le pape qui succéderait à Hildebrand, et découvrirent qu après sa mort, ce serait un pontife du nom d'Odon qui occuperait le siège de Borne. A cette nouvelle, Odon, évéque de Bayeux, qui, de concert avec le roi Guillaume, son frère, gouvernait les Normands et les Anglais, faisant peu de cas de la puissance et des richesses des Etats d'Occident, s'il ne dominait au loin et sur tous les mortels par le droit de la papauté, envoya des délégués à Ron^e ; il y Gt acheter et orner à grands frais et même en objets superflus un palais, et se concilia, à force de présents, Tamitié des sénateurs du peuple romain. Il réunit Hugues, comte de Ches-

1 Transit ab R Gerbertas ad R, post papa regens R.

Gerbert/ avant d*êlre pape sous le nom de Silvestre II, occupa sncce»sivement les sièges de Reims et de Ravenne. Cr. Helgaud, ?ie de Robert.

> Ordenc Vital, 1. i, collection Gnizot, t. xiv, p. ISS. Gerbert, le premier, conçut ridée des cro sades, et en 999 adressa à l'Église universelle, au nom de TÉgiisede Jérusalem désolée, une lettre dans laquelle 11 implorait fassisiance des chrétiens contre l'oppression des Sarrasins. Ce fut probablement à cette occasion qu*un lui prédit qu'il mourrail à Jérusalem; prédiciion qui se trouva, ditron. vériQée : car il mourut dans une chapelle qui portait le nom de la viile sainte.

ter, et une troupe considérable des chevaliers les plus distingnés, les pria de passer avec lui en Italie, et leur prodigua de grandes promesses à Tappui de ses prières ^. » Les intrigues et les préparatifs de Tévéque excitèrent Tinquiétude de Guillaume, qui Tarréta lui-même dans Tile de Wight, et le fit conduire dans la tour de Rouen, où le crédule prélat resta emprisonné pendant quatre ans.

« L'an du Seigneur 10B0, dit Mathieu Paris, le pape Hildebrand (Grégoire VII), par une prétendue révélation divine, prédit qu'un faux roi mourrait cette année. Sa prédiction se vérifia, mais trompa ses espérances : car il entendait désigner ainsi l'empereur Henri, et ce faux roi fut Rodolphe, tué par ce même empereur Henri avec une foule de seigneurs , dans une sanglante bataille livrée aux Saxons révoltés ^. »

Lors de la grande coalition formée contre Philippe- Auguste, -coalition qui fut brisée parla victoire de Bouvines, la comtesse Mathilde, veuve de Philippe d'Alsace, et tante de Ferrand, comte de Flandre, l'un des chefs des coalisés, « désirant, dit Guillaume le Breton, être instruite des choses de l'avenir, suivant l'habitude des habitants de l'Espagne ^, consulta les sorciers qui pratiquent un art inconnu. Elle-même cependant n'ignorait pas, à ce que je pense, les prestiges que Tolède la devineresse a coutume d enseigner aux Espagnols. S'étant donc fait tirer le sort, elle mérita d'être séduite par cette réponse problématique, où la vérité se cachait sous des paroles ambiguës : a Le roi, renversé de cheval « par une grande foule de jeunes guerriers, sera écrasé

f Histoire de Normandie, I. vu, collect. Gnizot, t xxvii, p. 163 et suit. « Tnducl. Huiilar.l-Bréholles, t. i, p. 42.

8 Mathilde était fille du roi de PortHgal.

PROPHETIES ET PREDICTIONS. 51

^ sons les pieds des chevaux, et il ne sera point inhumé ; f à la suite de la bataille, le comte, trahie sur Hn char, M sera accueilli, au milieu de bruyants applaudissements, « par le peuple de Paris ^.J» Celte prédiction à double S4>ns reçQt en effet son aceomplissemcnt. Philippe-Auguste fut renversé de cheval pondant la bataille et foulé aux pieds des clievaux, et Ferrand, tombé au pouvoir du vainqueur, fut emmené en triomphe à Parts.

A peu près à la même époque, au moment où Jean-sans- Terre, auquel ou appliquait une prophétie de Merlin*, était en guerre avec ses barons, soulevés contre loi, « il se trouvait dans la province d'York un ermke, nommé Pierre, qui jouissait d'une grande réputation de sagesse, parce qu'il avait souvent prédit Tavenir. Entre autres choses qui lui avaient été révélées sur le roi Jean par Fespril de prophétie, il afûrmait et proclamait hautement, paiJiquement et devant tous ceux qui* voulaient reolendre, que Jean ne serait plus roi à rAscension prochaine ni pkis lard; et que, ce jour-là, la couronne d'Angleterre serait transférée à un autre. Le roi, ayant été in£6rmë des paroles de Termite, se le lit amener, et lui demanda : « Est-ce que je dois mourir ce jour-là? Par <t quel moyen perdrai-je mon irôiie? » Celui-ci se contenta de répondre : a Sachez, pour sûr, qu au jour que « j*aidit, vous ne serez plus roi; et si je suis coo^aiocu de « mensonge, (aites de moi ce qu*il vous plaira. » Alors, le roi lui dit : « Je te j^énds au mot. » Et il le donna en garde àGaiilâuined'Harcourt, qui renferma à Corfe ; et le malbeuieux attendit, sous bonne garde et chargé de fers,

* PMUppide, t]aaA x, eolieetion Gaizot, t. xil, p. 807. t Voy. Guiilaame le Breton, Vie de Philippe- Auguste, ibid., t. xi, p. 295.

que révénement eût prouvé s*n avait dit vrai. Sa prophétie se répandit bientôt dans les provinces les pluséloignées, et tous ceux qui en eurent connaissance y ajoutèrent autant de foi que si c*eût été parole venue du

ciel Mais lorsque le jour fixé se fut écoulé, et que le

roi se vit sain et sauf, il fit attacher Termite à la queue d'un cheval, le fit traîner par les rues dans le bourg de Warham, et pendre à un gibet ainsi que son lils^ »

Ce fut à une devineresse que Philippe le Hardi eut recours pour savoir à quoi s*cn tenir sur les causes de la mort de son fils aîné, Louis*, que Pierre de la Brosse prétendait avoir été empoisonné par la reine.

<{ Si li ( le roi ) fn dit et conté qu'il avoit à Nivelle une devine qui merveille disoit des choses passées et à venir, et estoit en habit de béguine et se conlenoit comme sainte famé et de bonne vie ; et si avoit à Laon un autre devin, qui 'estoit vidame de Téglise de Laon, qui part d 'ingromance savoit choses secrees; et plus avant vers Àlematgne estoit un convers qui avoit esté sarrasin, qui grant maistre et sage se faisoit de liex besoingnes, et moult disoit des choses qui sont à venir. « Par Dieu, disi « le roy, aucun trouvera uen qui nous dira nouvelles de (( ce fait? » Si appela son clerc qui bien estoit privé et homme de secré, et li pria qu1l alast vers Laon et à Nivelle et enquist et demanda le plus sagement qui! pot lequel estoit tenu au plus sage de tel besoingne. Si trouva que la béguine estoit l:i plus renommée que les autres, et quelle estoit trop miex creue que les autres de ce qu'elle disoit. Au roy de France s*en retourna et

I Math. Paris, année laiS, tradact. de Haillard-Bréholles, t? ii, p. 410 et 462.

t Mort en 1376.

PROPHETIES ET PREDICTIONS. 35

coûta tout ce qu'il avoit trouvé. Le roy manda l'abbé de Saint Denis qui avoit nom Matyou, car il se fioit moult en luy, et Pierre, evesque de Biiyeux, qui estoit cousin de la Broce de par sa femme, et leur commanda qu'il alassent a celle béguine et qu'il enqueissent de céste besoigne diligaument de son (ils ^. » Les envoyés n'ayant apporté aucune parole satisfaisante, Philippe envoya un second message à la béguine, qui fit alors savoir au roi qu'il ne devait croire aucune des accusations calomnieuses dirigées contre sa femme.

« En ce temps (1360), dit Froissart, avoit un frère mi- Beur, plein de grand clergie et de grand entendemenl, en la cité d'Avignon, qui s'appeloit frère Jean d« la Rochetaillade, lequel frère mineur le pape Innocent VI faisoit tenir en prison au châtel de Bagnoiles, pour les grandes merveilles qu'il disoit, qui dévoient avenir mêmement et principalement sur les prélats et présidents de sainte église, pour les superfluités et le grand orgueil qu'ils demènenl ; et aussi sur le royaume de France et sur les grands seigneurs de chrélienlé, pour les oppressions qu'ils font sur le commun peuple. Et vouloit ledit frère Jean toutes ces paroles prouver par TÂpocalypse et par les anciens livres des saints prophètes, qui lui éioient ouverts,. P^r la grâce du Saint-Esprit, si qu'il disoit ; desquelles moult en disoit qui fortes éloient à croire; si en voit- on bien avenir aucune dedans le temps qu'il avoit annoncé. £t ne les disoit mie comme prophète, mais il les savoit par les anciennes Écritures et par la gr^ce du Sainl-ËspHt, ainsi que dit est, qui lui avoit donné entendement de déclarer toutes ces anciennes troubles, prophéties et

* yie de Philippe llf, par Guillaame de Nangis, Recueil des historiens ieFraiice,t.îx,p. 503.

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