‹ Curiosités esthétiquesChapitre 4 sur 123 · DERNIÈRES PAROLES DE MARC-AURÈLE · texte numérisé non relu

DERNIÈRES PAROLES DE MARC-AURÈLE

Marc-Aurèle lègue son fils aux stoïciens. — Il est à moitié nu et mourant, et présente le jeune Commode, Jeune, rose, mou et voluptueux et qui a l'air de s’ennuyer, à ses sévères amis groupés autour de [ui dans

des attitudes désolées.

Tableau splendide, magnifique, sublime, incompris. — Un critique connu a fait au peintre un grand tloge d'avoir placé Commode, c’est-à dire l'avenir, dans Ja lumière; les stoïciens, c’est-à-dire le passé, dans l'ombre; — que d'esprit! Excepté deux figures dans la demi-temte, tous les personnages ont leur portion de lumière. Cela nous rappelle ladmiration d'un littérateur républicam qui félicitait sincèrement le grand Rubens d’avoir, dans un de ses tableaux officiels.de la galerie Médicis, débraillé l’une des bottes et le bas de Henri IV, trait de satire mdépendante, coup de griffe libéral contre la débauche royale. Rubens sans-culotte! 6 critique! 6 critiques!.…

Nous sommes ici en plein Delacroix, c’est-à-dire que nous avons devant les yeux l’un des spécimens les plus complets de ce que peut le génie dans la

peinture.

. Cette couleur est d’une science incomparable, i il n'y a pas une seule faute, — et, néanmoins, ce ne

sont que tours de force — tours de forces invisibles à lœïl inattentif, car l'harmonie est sourde et profonde;

la couleur, loin de perdre son origmalité cruelle dans cette science nouvelle et plus complète, est toujours ,Sanguinaire et terrible. — Cette pondération du vert et du rouge plaît à notre âme. M. Delacroix à même introduit dans ce tableau, à ce que nous croyons du moins, quelques tons dontil n'avait pas encore l'usage habituel. — Ils se font bien valoir les uns les autres. — Le fond est aussi sérieux qu'il le fallait pour un pareil sujet.

Enfin, disons-le, car personne ne le dit, ce tableau est parfaitement bien dessiné, parfaitement bien modelé. — Le public se fait-il bien une idée de Ia difficulté qu'il y a à modeler avec de la couleur ? La difficulté est double, — modeler avec: un seul ton, c’est modeler avec une estompe, la difficulté est simple; — modeler avec de la couleur, c’est dans un travail subit, spontané, compliqué, trouver d’abord la logique des ombres et de [a Iumière, ensuite [a justesse et harmonie du ton; autrement dit, c’est, si l'ombre est verte et une lumière rouge, trouver du premier coup une harmonie de vert et de rouge, l’un obscur, l’autre lummeux, qui rendent l'effet d’un objet monochrome et tournant.

Ce tableau est parfaitement bien dessiné. Faut-il, à propos de cet énorme paradoxe, de ce blasphème impudent, répéter, réexpliquer ce que M. Gautier s’est donné la peine d’ expliquer dans un de ses feuilletons de l'année dernière, à propos de M. Couture — car M. Th. Gautier, quand les œuvres vont bien à son tempérament et à son éducation littéraires, commente

bien ce qu'il sent juste — à savoir qu'il y a deux genres de dessins, le dessin des coloristes et le dessin des dessinateurs? Les procédés sont inverses; mais on peut bien dessiner avec une couleur effrénée, comme on peut trouver des masses de couleur harmonieuses, tout en restant dessinateur exclusif.

Donc, quand nous disons que ce tableau est bien dessiné, nous ne voulons pas faire entendre qu'il est dessiné comme un Raphaël; nous voulons dire qu'il est dessiné d’une manière impromptue et spirituelle; que ce genre de dessin, qui a quelque analogie avec celui de tous les grands coloristes, de Rubens par exemple, rend bien, rend parfaitement le mouvement, la physionomie, le caractère insaississable et tremblant de la nature, que le dessin de Raphaël ne rend jamais. — Nous ne connaissons, à Paris, que deux hommes qui dessinent aussi bien que M. Delacroix, l'un d’une manière analogue, l’autre dans une méthode contraire. — l’un est M. Daumier, le caricaturiste; l’autre, M. Ingres, le grand peintre, ladorateur rusé de Raphaël. — Voilà certes qui doit stupéfier les amis et les ennemis, les sérdes et les antagonistes; mais avec une attention lente et studieuse, chacun verra que ces trois dessins différents ont ceci de commun, qu'ils rendent parfaitement et complétement le côté de la nature qu'ils veulent rendre, et qu’ils disent juste ce qu ils veulent dire. — Daumier dessine peut-être mieux que Delacroix, si l’on veut préférer les qualités saines, bien portantes, aux facultés étranges et étonnantes d'un grand génie malade de génie; M. Ingres,

si amoureux du détail, dessine peut-être mieux que tous les deux, si lon préfère les finesses laborieuses à l'harmonie de l’ensemble, et le caractère du morceau au caractère de la composition, mais............ :

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aimons-les tous Îles trois.

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