‹ Curiosités esthétiquesChapitre 80 sur 123 · LEE · texte numérisé non relu

LEE

est une chose moderne et qui tient à des causes tout à fait nouvelles.

Que le peuple des coloristes ne se révolte pas trop; car, pour être plus difficile, la tâche n’en est que plus glorieuse. Les grands coloristes savent faire de a couleur avec un habit noir, une cravate blanche et un fond gris.

Pour rentrer dans la question principale et essentielle, qui est de savoir si nous possédons une beauté particulière, inhérente à des passions nouvelles, je remarque que la plupart des artistes qui ont abordé les sujets modernes se sont contentés des sujets publics et officiels, de nos victoires et de notre héroïsme politique. Encore les font-ils en rechignant, et parce qu'ils sont commandés par le gouvernement qui les paye. Cependant il y a des sujets privés, qui sont bien autrement héroïques.

Le spectacle de la vie élégante et des milliers d'existences flottantes qui circulent dans les souterrains d’une grande ville, — criminels et filles entretenues, — Ja Gazette des Tribunaux et le Moniteur nous prouvent que nous n'avons qu'à ouvrir les yeux pour connaître notre héroïsme.

Un ministre, harcelé par la curiosité impertinente de l’opposition, a-t1l, avec cette hautaine et souveraine éloquence qui lui est propre, témoigné, — une fois pour toutes, — de son mépris et de son dégoût pour toutes les oppositions ignorantes et tracassières, — vous entendez le soir, sur le boulevard des Italiens, circuler autour de vous ces paroles : «Etais-tu à la

Chambre aujourd’hui? as-tu vu le ministre? N.:. de D...! qu'il était beau! je n’ai jamais rien vu de s fier!»

Il y a donc une beauté et un héroïsme modernes!

Et plus loin : «C’est K. — ou F. — qui est chargé de faire une médaille à ce sujèt; mais il ne saura pas la faire; 1l ne peut pas comprendre ces choses-là!»

Il y a donc des artistes plus ou moins propres à comprendre la beauté moderne.

Ou bien : «Le sublime B...…. ! Les pirates de Byron

qu'il a bousculé l'abbé Montès, et qu'il a couru sus à la guillotine en s'écriant : «Laissez-mot tout mon «courage |»

Cette phrase fait allusion à la funèbre fanfaronnade d'un criminel, d’un grand protestant, bien portant, bien organisé, et dont la féroce vaillance n’a pas baïssé la tête devant la suprême machme!

Toutes ces paroles, qui échappent à votre langue, témoignent que vous croyez à une beauté nouvelle et particulière, qui n’est celle ni d'Achille, nt d'Agamemnon.

La vie parisienne est féconde en sujets poétiques et merveilleux. Le merveilleux nous enveloppe ét nous abreuve comme l'atmosphère; mais nous ne le voyons pas.

Le nu, cette chose si chère aux artistes, cet élément nécessaire de succès, est aussi fréquent et aussi nécessaire que dans la vie ancienne : — au lit, au ban, à l'amphithéâtre. Les moyens et les motifs de la pein-

ture sont également abondants et variés; mais il y a un élément nouveau, qui est la beauté moderne.

Car les héros de lIliade ne vont qu’à votre cheville, Ô Vautrin, ô Rastignac, 6 Birotteau, — et vous, ô Fontanarès, qui n’avez pas osé raconter au public vos douleurs sous le frac funèbre et convulsionné que nous endossons tous ; — et vous, à Honoré de Balzac, vous le plus héroïque, le plus Snpulier, le plus romantique et le plus poétique parmi tous les personnages que vous avez tirés de votre sein!

LE MUSÉE CLASSIQUE

DU

LE MUSÉE CLASSIQUE

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