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HISTOIRE

On sait que les études critiques de Baudelaire, restées de son vivant éparses dans des périodiques, ont été recueillies dans les tomes II et III de la première édition de ses œuvres complètes parue, peu de temps après sa mort, chez Michel Lévy. Les essais de critique picturale forment le tome Il (CURIOSITÉS ESTHÉ- TIQUES, 1868) et le premier tiers du tome III (L'ART ROMAN- TIQUE, 1869) principalement composé d’études littéraires. Cette division a été établie, comme le texte, par Charles Asselineau et Théodore de Banville, s’aidant des notes laissées par l’auteur. — Nous reviendrons là-dessus dans nos commentaires sur L'ART ROMANTIQUE.

Mais Baudelaire lui-même, et de très bonne heure, s'était préoccupé de réunir son œuvre critique. On en trouve des traces abondantes soit dans sa correspondance, soit dans les annonces accompagnant la publication de ses articles. Il y a donc une histoire des CURIOSITÉS ESTHÉTIQUES, qui consiste en somme dans celle des groupements successifs par lui envisagés(), et des circonstances qui y présidaient. C’est elle que nous allons essayer

(1 Pour l’histoire des éléments qui devaient entrer dans Îes groupements, voir nos notes sous le titre de chacune des divisions du livre.

de retracer ici. Mais le lecteur doit être averti qu'elle ne laisse pas de présenter quelque aridité, en raïson tant de la longue,période sur laquelle elle porte (1845, date du premier Salon=1868; date de la publication posthume) que des ouvrages qu'elle évoque, dont il ne nous est parvenu que des pages inachevées, ou quiont plusieurs fois changé de titre.

Le premier livre de BAnHelRIreS son Salon de 1845, annonçait sur le deuxième plat de la couverture, comme «sous presse» De la Peinture moderne, et, «pour paraître prochainement» : De la Caricature. — David, Guérin, Girodet, *

Aucun de ces ouvrages n’a jamais paru. Du moins furent-ils écrits ? Il faut distinguer. Sans même étudier de très près le Salon de 1846, on y découvre sans peine un compte rendu d'actualité introduit dans un traité didactique. Il y a donc grande apparence que de nombreuses pages en ont été tirées de l’essar annoncé l’année précédente sous le titre : De la Peinture moderne "et qui serait demeuré inachevé. L'écriture particulièrement soignée de ce morceau des CURIOSITÉS, les vues philosophiques qu'on y trouve et qui en font un essai si différent du Salon de 1845, les jugements d'ensemble qui y sont portés sur les artistes du premier plan et leurs écoles, sont autant d'arguments dans le même sens.

David, Guérin, Girodet par contre n’a vraisemblablement corres: pondu qu'à un projet tôt abandonné. Baudelaire, en somme, n’éprouvait, tout au moins à l'égard de Guérin et Girodet, qu'une sympathie très modérée : il a parlé d’eux avec respect et considération sans doute, mais en Jouant surtout l’heureuse réaction due à leur influence. Or c’est un fait que Baudelaire n'a jamais consacré des études d'importance qu'à des artistes qu il admirait profondément : Edgar Poe, Delacroix, Constantin Guys en sont la preuve.

Quant à l'ouvrage annoncé sous le titre : De la Caricature, il semble bien qu'il ait dû être poussé beaucoup plus avant que ne le laisseraient supposer les trois fragments recueillis dans les Cu- RIOSITÉS ESTHÉTIQUES, savoir : De l'Essence du Rire, Quelques Caricaturistes français, Quelques Caricaturistes étrangers.

C’est en 1847 (4 décembre) qu’on le trouve mentionné pour la première fois dans la correspondance du poète :

Il y a près de huit mois que j'ai été chargé de faire deux articles importants qui traînent toujours, lun, une Histoire de la Caricature, l’autre une Histoire de la Sculpture. fêrars représente six cents francs... Or ces matières-là pour moi sont un jeu.

De l'Histoire de la Sculpture, 1 ne sera plus jamais question). Par contre l'essai sur les Caricaturistes reparaîtra maintes fois dans les Lettres. Le 30 août 1851, Baudelaire mande qu'il est sûr de le placer; en 1852, il le propose à Dhs pour le Pays, et l'annonce à Antonio Watripon, sous Île titre : Le Salon des Caricaturistes, comme devant paraître chez Michel ae Le 26 mars 1853, il en écrit même comme d’un ouvrage, pourrait-on croire, terminé; c'est à sa mère, à propos du premier volume de ses traductions de Poe, que Lecou devait publier :

Ce livre était le point de départ d’une vie nouvelle. Il devait être suivi de la publication de mes poésies, de mes SALONS, réunis à mon travail sur LES CARICATURISTES, resté chez l'abominable créature dont je te parlais, et sur lequel j'ai reçu plus de deux cents francs de la

Revue de Paris.

Mais il y a un texte plus probant encore : c’est une page isolée, dont nous avons nous-même grossi naguère, d’après l’autographe, les ŒUVRES POSTHUMES publiées au Mercure de France :

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