DE LA CARICATURE ET GÉNÉRALEMENT DU COMIQUE DANS LES ARTS
Voici [a troisième fois que je recopie et recommence d’un bout à l’autre cet article, enlevant, ajoutant, remaniant et tâchant de me conformer aux instructions de M. V. de Mars) ,
0) Pour les mêmes raisons que j'ai dites à propos de David, Guérin, Girodet. Baudelaire a pu parlér du «rôle divin» qu'a Joué la sculpture jadis, mais il ne voyait en elle, au total, qu'un art complémentaire, d'ailleurs en pleine décadence. Et je répète qu'on ne l'a jamais vu mener à terme une étude critique de quelque ampleur, à moins que l'admiration ne le soutint dans son effort.
@) Secrétaire de la Revue des Deux Mondes.
Le ton du début est changé : les néologismes, les taches voyantes sont enlevés. La citation mystique de Chennevières est transformée: L'ordre est modifié. Les divisions sont augmentées. II y,a des passages nouveaux sur Léonard de Vinci, Romeyn de H6och, Jean Steen, Breughel le Drôle, Cruikshank le père, Thomas HO Callot, Watteau, Fragonard, Cazotte, Boilly, Debucourt, Langlois dusPont de L’Arche, Raffet, Kaulbach, Alfred Réthel, Tôpfler, Bertall, Cham et Nadar. L'article qui concerne Charlet est très adouci. J’aimajouté une conclusion philosophique conforme au début. — Programme de l’article.
Or qu'on veuille bien comparer le texte donné par les CURI0- SITÉS ESTHÉTIQUES à celui que Baudelaire analyse ici lui-même. Romeyn de Hooch, Jean Steen, Eragonard, Boiïlly, Debucourt, Langlois du Pont de L’Arche, Tôpffer, Bertall, Cham, Nadar ny sont pas seulement nommés!
Aïnsi donc, s'il n’y a point de doute que l'ouvrage ne fut jamais achevé, — comme il est consigné dans une note placée au bas de Quelques Caricaturites français (p. 403 de cette édition), —="lest non moins certain qu'il en a existé une leçon plus importante que celle des CURIOSITÉS. Nous tenons, dès le début de cette note bibliographique, à la signaler au zèle des chercheurs.
On vient de voir qu'en 1853 Baudelaire avait envisagé de réunir chez Lecou, en un volume, ses Salons de 1845 et 1846 à ses Caricaturistes dont les divers morceaux () ne devaient pourtant paraître que plusieurs années après. Ce projet peut être considéré, en somme, comme la première forme revêtue par le recueil qui devait devenir les CURIOSITÉS ESTHÉTIQUES.
Une annonce parie dans le Portefeurlle en 1855 (8 juillet) té-
moigne d’un second état du même projet : grossi des articles sur
1) Tout au moins Quelques Caricaturistes français et Quelques Caricaturistes étrangers. Pour De l’Essence du rire, il est possible par contre que ce morceau
ait paru dès 1853. Voir nos notes, page 490.
l'Exposition universelle de 1855, et baptisé PEINTRES, STATUAIRES ET CARICATURISTES, le livre devait paraître chez Michel Lévy.
Enfin, en 1856, il semble que l'heure de Ia réalisation ait sonné. Baudelaire signe avec Poulet-Malassis le traité par lequel il s’engage:à lui livrer dans un court délai le manuscrit de son livre d'essais critiques.
L’abondance des matières nous avait empêché d'accueillir le texte de ce traité dans les notes accompagnant le volume des FLEURS DU MAL), qu'il n'intéresse pas moins. C’est ici le lieu de le rétablir :
Entre MM. Poulet-Malassis et Eugène de Broïze (sic); imprimeurs libraires à Alençon, d’une part, et M. Charles Baudelaire, littérateur, d’autre part,
À été convenu ce qui suit :
M. Ch. Baudelaire vend à MM. Poulet-Malassis et Eugène de Broïze deux ouvrages, l’un, Les Fleurs du Mal, l’autre : Bric-à-brac esthétique. M. Charles Baudelaire livrera Les Fleurs du Mal le 20 janvier prochain et le Bric-à-brac esthétique à la fin de février.
Chaque tirage sera de mille exemplaires. Pour prix de cette vente, M. Ch. Baudelaire touchera par chaque volume tiré, vendu ou non vendu, vingt-cinq centimes, soit un buitième du prix marqué sur le catalogue de MM. Poulet-Malassis et Eugène de Broize. M. Ch. Baudelaure s’interdit la reproduction, sous quelque forme que ce soit, de tout ou partie de la matière contenue dans ces deux volumes.
M. Ch. Baudelaire ne pourra offrir ces ouvrages, ou l’un de ces ouvrages, à un autre libraire qu’au cas où MM. Poulet-Malassis et Eugène de Brorze, n'ayant plus en magasin qu’un très petit nombre d’ exemplaires, se refuseraïent à les réimprimer.
Fait double, à Paris, le trente décembre mil huit cent cinquante-six.
Aug. Pourer-MaLassis.
Ch. BAUDELAIRE.
On a remarqué ce titre : Bric-à-brac esthétique, C'était un pisaller. D’autres étaient discutés aussi bien : Le Miroir de l'Art, Le
( Nous l'y avions résumé du moins (p. 308).
Cabinet esthétique, un troisième peut-être encore que nous ne con: naïissons pas et à propos duquel Baudelaire ironisait :
.. Votre nouveau titre est détestable. Il est digne de l’esprit raison: nable et modeste d’Asselineau. J'aime les titres mystérieux et les titres pétards.
Comment, après cette profession de foi, Baudelaire s’arrêta-til finalement (9 mars 1857) à celui de Curiosités Esthétiques, banal entre tous, et qui l'était plus particulièrement encore à l'époque, les libraires Paulin et Chevalier venant de publier précisément toute une série de Curiosités? Question qu'on s'étonne d'avoir à poser. C’est un fait qu'il devait s’en tenir longtemps à ce titre-là, quitte à l’augmenter occasionnellement d'une légère variante Variétés et Curiosités Esthétiques, annoncera (comme en ce moment sous presse) le Rabelais des 30 mai, 3, 10 et 13 juin 1857.
Il faut reconnaître d’ailleurs que le choix d’un bon titre, qui est toujours délicat, s’avérait en l'espèce particulièrement difficile: En effet le volume ne devait plus seulement comprendre des essais sur les arts plastiques, mais aussi des matières très diverses, telles que La Morale du Joujou (voir L'ART ROMANTIQUE) où un ar ticle sur" opium (voir LES PARADIS ARTIFICIELS) et peut-être aussi, — mais ce n'est qu'une hypothèse, quelques pages de critique littéraire. Il suit de là que le titre devait, avant toute chose, offrir une particulière souplesse.
Baudelaire avait abordé la préparation du livre avec une ardeur très vive, semble-t-il :
Ne croyez pas que, quand j'ai une heure à perdre, je la perds, écrivait-il à Poulet-Malassis (7 mars 1857). Je commence à jouer des ciseaux et des pains à cacheter pour votre deuxième volume:
Mais on sait le temps que devaient réclamer la mise en tram et l'impression des FLEURS DU MAL). D'ailleurs son impécuniosité chronique obligeait l'auteur à trouver d’abord dans des revues le
{3 Voir notre histoire des Fleurs du Mal dans le tome 1 de cette édition. — Détail piquant : Les Fleurs du Mal, mises en vente le 25 juin 1857, annonçaient, sur le deuxième plat de leur couverture (la bonne): Pour paraître
placement des pages encore inédites de son livre. Puis encore, bien qu'il niât l'inspiration et prétendit en faire son esclave, Baudelaire ne poussait pas l'application de sa doctrine jusqu’à fuir les sujets nouveaux qui sollicitaient son esprit, et cette période étant celle de sa plus grande fécondité, les occasions d’infidélité au plan arrêté de ses travaux ne lui manquèrent pas. Enfin, à mesure que son bagage s’amplifiait, il-lur fallait bien en remanier la distribution.…..
Ses lettres nous permettent au reste de le suivre dans ses retards, leurs causes et leurs effets, comme dans Îles transformations qu'il fait subir à son livre, malgré l'impatience parfois non déguisée de son éditeur.
En mars 1857, il avait annoncé à celui-ci qu'il ne manquait que trois articles : Caricaturistes, Opium, Peintres raisonneurs. Un mois plus tard (7 avril), il lui mandait qu'il le rejoindrait bientôt à Alençon (Poulet-Malassis y avait son imprimerie) «avec les Curiosités complètes». Mais à l'heure de partir il s’apercevait (27 avril) que décidément 1 lui fallait remanier encore le premier morceau (Salon de 1845), remanier également les Caricaturistes, et confectionner deux morceaux nouveaux déjà nommés : les Peintres raisonneurs (voir L'Art philosophique dans L'ART ROMANTIQUE), et Excitations artificielles (autre titre de l'Opium).
Treize mois plus tard, il ne montrait pas moins d’assurance : «Je suis sûr maintenant que les Curiosités seront au complet le 15 du mois procham» (16 mar 1858). Mais au commencement de 1859 il manquait toujours un morceau, les Peintres idéalistes, ou Peintres raisonneurs, auquel il ténait particulièrement, voulant y dénoncer une des folies du siècle, «la confusion hérétique du bien avec le beau». D'ailleurs le cadre des Curiosités devenait bien étroit, si l'on y faisait entrer, comme il en était question, les deux grosses études sur Théophile Gautier et Edgar Poe (février-mars 1859), et l'Opium menaçait de le faire éclater complètement.
juin 1857 : CURIOSITÉS ESTHÉTIQUES, par Charles Baudelaire; in-12 sur papier d'Angoulême collé. — La deuxième couverture, plus véridique, devait se contenter de les annoncer comme «en préparation».
Baudelaire décidait alors d’écarter lOpium dont on feraitune «brochure» particulière (voir LES PARADIS ARTIFICIELS): «... Nous déchargeons d'autant les malheureuses CURIOSITÉS, qui se trouvent ainsi composées généralement d'articles ayant trait aux Beaux-Arts, et qui n’attendent plus pour être réimprimées que l'apparition du Salon de 1859 (fini et que je livre ce soirou demain), des Peintres espagnols) et des Peintres idéalistes que Je-ferai en mai» (29 avril 1859).
Décision fort heureuse, puisque, comme le remarque judicieusement Baudelaire, son livre y devait gagner une unité quilui avait fait défaut jusqu'alors. Poulet-Malassis s’empressait de sy ranger, offrait même, pour en faciliter l'exécution, d'imprimer tout de suite un second volume de critique, celui-là composé uniquement de morceaux purement littéraires. Baudelaire refusait d'abord, se méfiant de la faculté d'absorption du public en telle matière; pourtant il cédait bientôt, et un nouveau traité intervenait :
Entre les soussignés Ch. Baudelaire, homme de lettres, demeurant à Honfleur (Calvados), et Poulet-Malassis et de Broïse, Imprimeurs éditeurs à Paris et à Alençon (Orne) :
M. Charles Baudelaire vend à Poulet-Malassis et de Broïse un tirage de quinze cents exemplaires des quatre volumes suivants :
Fleurs du Mal (2° édition augmentée de vingt pièces nouvelles);
Opium et Hascbiscb ;
Opinions littéraires;
Et ce, pour la somme de trois cents francs par volume, payables moitié à a livraison du manuscrit de chaque volume, moitié au Bon à tirer de la dernière feuille.
M. Baudelaire, ayant reçu précédemment deux cent cinquante francs d’avance et, d'autre part MM. Poulet-Malassis et de Broïse lui devant trente francs pour [a brochure Théophile Gautier, Ia somme que M:Bau-
0) Cet article ne semble pas avoir été jamais écrit. IL devait avoir trait aux nouvelles acquisitions des Musées impériaux.
@) Cette division des œuvres critiques de Baudelaire avait d'ailleurs été déjà annoncée sur la couverture de l'étude sur THÉOPHILE GAUTIER, parue en novembre 1859 : sous presse... : CURIOSITÉS ESTHÉTIQUES, 1 vol., et en préparation : NOTICES LITTÉRAIRES, 1 vol.
delaire aura à recevoir pour l’ensemble des productions littéraires cidessus énumérées se réduit à neuf cent quatre-vingts francs.
M. Baudelaire accorde aux éditeurs deux ans pour l'écoulement du tirage de chacun de ces volumes, à partir du jour de la mise en vente. A l'expiration de ce délai, le présent traité sera renouvelé dans les mêmes conditions, et, au refus des éditeurs, M. Baudelaire rentrera de plein droit dans sa propriété. Si l'écoulement de ces volumes se faisait avant les deux années spécifiées, le traité serait renouvelable de plein droit le jour où il ne resterait plus d'exemplaires aux éditeurs.
Le présent traité annule les précédents passés entre MM. Poulet- Malassis et de Broise et Ch. Baudelaire, notamment celui relatif aux CURIOSITÉS ESTHÉTIQUES.
Fait double entre les parties. 1° Janvier 1860.
Cette fois 1l semblait bien que rien ne fût plus de nature à retarder beaucoup la publication du volume. Tous les morceaux qui devaient prendre place dans les CURIOSITÉS de 1868 avaient paru, ct, des deux que Baudelaire voulait y joindre et que recueillera, après sa mort, L'ART ROMANTIQUE : Monsieur G., peintre de mœurs (le Peintre de la vie moderne), et L'Art enseignant (autre titre des Peintres raisonneurs()), le premier était déjà achevé et [e second à l’état de notes. Il ne restait en somme à l’auteur qu'à terminer celui-ci, à Île faire passer, comme celui-là, dans quelque revue, et à remanier ses Salons. Mais il faut croire que le guignon qui poursuivait cet ouvrage depuis plus de dix ans n'avait pas épuisé sa malice : sur la fin de cette même année, les affaires de Poulet-Malassis prenaient un tour désespéré, si bien que l'éditeur, autant sans doute pour se libérer d'engagements dont l'exécution devenait aléatoire que dans l'espoir de rentrer tout de suite dans une partie de ses avances, priait son'auteur de revendre à un tiers ses œuvres critiques !
L'histoire des Curiosités Esthétiques, de ce jour jusqu’à l'année 1865, où elle se confondra avec l'histoire générale des œuvres
0) Nous reparlerons de ces articles dans nos notes sur L'ART ROMANTIQUE (tome III des ŒUVRES COMPLÈTES).
complètes, que nous avons déjà esquissée, à l'occasion des FLEURS pu MAL (voir le tome Î de cette édition, p. 389-393), neva plus être faite que des vaines démarches que Baudelaire ,-direc tement ou indirectement, à Paris ou de Bruxelles, tentera pour placer le volume, dont la destinée est particulièrement, associée à celle des Notices littéraires, baptisées nouvellement Réflexions sur quelques-uns de mes contemporains,
En décembre 1860, les Lettres nous les montrent offertes à Hetzel dont on ne tire que l'avis de changer le titre qui, affirme-t:il, «contient un bouillon, la matière fût-elle très amusante».
En 1861, Michel Lévy les refuse ct Didier pareïllement malgré que, suivant le conseil d'Hetzel, Baudelaire ait pris la précaution de les leur présenter sous la forme du tome ] des Réflexions.
Pour les deux années suivantes, la correspondance est muette sur les négociations dont elles peuvent être l'objet, mais il yena certainement, car Îa lettre à M*° Aupick du 3 juin 1863 nous apporte cet aveu mélancolique : «Je n'ai pu vendre à personne la collection de mes articles critiques (peinture et littérature.»
En 1864, Lacroix-Verboeckhoven (Bruxelles) n’en veut pas, et cette même année, en compagnie des PARADIS ARMIFICIELS, (livre alors épuisé) et du sommaire de Pauvre Belgique, elles font antichambre, chez les éditeurs parisiens, dans la serviette d'un agent littéraire. -
1865 rend quelque espoir au malheureux auteur. Il vient de rentrer dans la pleine propriété de ses œuvres d'imagination, qu'il avait eu la faiblesse, un jour de gêne atroce, d'aliéner entre les mains d'Hetzel en 1863. Maintenant il lui semble impossible qu'appuyés sur LES FLEURS DU MAL et LE SPLEEN DE PARIS ses volumes de critique ne trouvent acquéreur. Un peu de la confiance qu’il avait, aux bons jours, dans la valeur de son œuvre, lui revient. Il charge un nouvel agent, Julien Lemer, de négocier pour lui la vente totale de ses livres, et, concernant son œuvre critique, 1l écrit :
RÉFLEXIONS SUR QUELQUES-UNS DE MES CONTEMPORAINS. Divisées en deux parties ou deux volumes. Ceci n’est pas... un pa
quet d'articles de journaux. Bien que ces articles, mconnus pour la plupart, aïent paru à dé très longs intervalles, ils sont reliés entre eux par une pensée unique et systématique. J'ai une assez vive envie de montrer ce que j'ai su fare en matière de critique. (23 février 1865.)
Ce même jour 1l fixe comme suit [a composition du tome [ :
BEAUX-ARTS. — David au Bazar Bonne-Nouvelle. —- Salon de 1846. — La critique, le dessin, la couleur, le chic, le doute. — Comment l’emporter sur Raphaël, ete. — Delacroix à l'Exposition Universelle. — Ingres à l'Exposition Universelle, — Méthode critique. — Salon de 1859.— L’artiste moderne et la photographie. La critique la reme des facultés. Le public moderne, ete. — De l'essence du rire. — Caricaturistes français. — Morale du Joujou. — Peintures murales d'Eugène Delacroix. — L'œuvre, la vie et les mœurs d’Eugène Delacroix. — La pemture didactique (Chenavard, Kaulbach, Janmot, Réthel). — Le peintre de la Modernité (Constantin Guys de Sainte-Hélène).
1866. Les négociations engagées par Julien Lemer avec les frères Garnier n’ont pas abouti. Baudelaire les reprend à son compte par l'intermédiaire d’Ancelle, tentative qui a laissé sa trace dans la correspondance, sous forme d'une note pour les éditeurs (6 février).
Bien qu’on puisse n’y voir, après tout, qu'un simple résumé du texte antérieur, nous reproduisons ici cette nouvelle présentation , car, pour nous, il nous semble y trouver un effort à masquer le défaut du livre, savoir ce caractère de recueil qui en rendait le placement difhaile, et que Baudelaire se proposait sans doute d’effacer si le rétablissement de sa santé le lui permettait. On rcmarquera que dans le nouveau texte une seule mention occasionnelle subsiste : «exposition universelle», et que toute date a disparu
Quelques-uns de mes contemporains, artistes et poëtes, 2 volumes.
Le Dessin (Ingres). La Couleur (Delacroix). Le Chic (Vernet). L'Éclectisme et le Doute (Scheffer et Delaroche). La Beauté moderne.
Méthode de critique. Delacroix et Ingres à l'Exposition Universelle.
— La reine des facultés. — Le public et la photographie. — L'artiste moderne, etc. — L’essence du rire. Caricaturiëtes français. — Morale du Joujou. — Le peintre de la modernité (Constantin Guys de Sainte: Hélène). — L'Art didactique, écoles allemande et lyonnaise). — La vie et les œuvres de Delacroix. >
Mais on sait comment allait s’évanouir ce dernier espoir, et nous ne pourrions que répéter ici ce que nous avons déjà longuement exposé dans les notes qui accompagnent notre texte des FLEURS DU MAL : Baudelaire ne devait plus trouver d’éditeur — qu'au lendemain de sa mort.
Ajoutons seulement qu'après le refus définitif de la maison Garnier il en était venu, dans son désarroi, à admettre l'idée de tirer de son œuvre critique «de mignonnes brochures faites dans le
système de la Bibliothèque originale» (lettre du 5 mars 1866).
Les CURIOSITÉS ESTHÉTIQUES furent annoncées sous le n° 10833 du Journal de la librairie, le 9 décembre 1868.
Voici la description de l'édition originale :
Bibliothèque contemporaine || CHARLES BAUDELAIRE || Œuvres complètes [| I || CURIOSITES || ESTHÉTIQUES || édition défini-
tive || précédée d’une notice par Théophile Gautier et ornée d'un beau portrait gr avé sur acier.
Couverture grise, avec cadre au trait double et cartouche aux ini: tiales M.L. En bas : Paris || Michel Lévy frères, éditeurs || rue Vivienne, 2 bis, et boulevard des Italiens, 15 || A Ia Librairie Nouvelle, 1869. Au verso, en bas : Poissy. — Typ. Arbieu, Lejay et C“.
Prix de mise en vente porté au dos : 3 fr.
Faux titre avec, au verso, la mention de l'imprimeur, J. Claye; titre avec la date 1868, et 440 pages numérotées dont 4 de table.
Quand le volume parut, Poulet-Malassis, dans une lettre à Charles Asselineau, l’apprécia sévèrement, écrivant que c’était là une simple réimpression, que Lévy aurait pu éviter des erreurs, et qu'il ne l'avait pas fait pour n’avoir pas «à compenser l'emploi du temps».
Ces reproches étaient-ils fondés?
Il est exact que le correcteur de Lévy a péché par négligence; il a laissé passer — on en trouvera la preuve dans nos EÉtclairaissements, — une vingtaine de coquilles, interpolations ou solécismes aussi variés qu'incontestables.
Par contre, nous ne voyons pas comment Poulet-Malassis pouvait s'étonner que les CURIOSITÉS ne constituassent qu’une simple réimpression.
Eh oui! c'est bien vrai qu'à cent lignes près le texte de 1868 est identique au texte préoriginal. Mais dépendait-il d’Asselineau ou de Lévy ou de personne qu’il en fût autrement?
Ouvrons les LETTRES :
« Je vais remanier les Contemporains (en m’appuyant uniquement sur ma mémoire, hélas! car le manuscrit est chez Lemer)», écrit Baudelaire le 30 janvier 1866.
Ainsi donc, ces remaniements qu'il avait vingt fois envisagés n'étaient pas opérés deux mois avant que la paralysie le terrassât. Or nous savons que depuis fort longtemps «son impuissance au travail était absolue», c’est précisément Poulet-Malassis qui nous Ja dit. Ÿ at-il apparence dès lors qu'il les ait effectués, et de mémoire, au cours de ces deux mois-l1? Évidemment, non!. Donc, à moins qu'Asselineau ne prit sur lui de couper, de recoudre, de
() On lit chez Yriarte, Portraits cosmopolites (Lachaud, 1870) : « J'ai eu entre les mains le dossier complet de tout ce que Baudelaire a dispersé de volumes, d'articles de revue, de journaux, de brochures, tous relus par lui quelques jours avant sa maladie et annotés avec un soin extraordinaire; il donnait sur chaque fragment, même le plus insignifiant, des remarques qui indiquaient la plus incroyable minutie. »
Ce renseignement est fort précieux en ce qui concerne l'état des manuscrits laissés par Baudelaire. Mais Yriarte se trompe assurément quant à la date des annotations, au moins pour les éléments des Contemporains; les lettres de Baudelaire en date des 4 juillet 1865 et 30 janvier 1866, complétées par l'article de Julien Lemer dont nous allons bientôt parler, établissent formellement en effet : 1° qu'il n’y eut jamais qu'un manuscrit des Contemporains; 2° que ce manuscrit resta aux mains de Lemer des premiers jours de juillet 1865 jusqu'après la mort de Baudelaire.
retoucher, en un mot de se livrer sur l'œuvre de son ami à cette malpropre besogne que certains éditeurs peu scrupuleux appellent «faire la toilette d’un livre», il ne pouvait nous donner au total qu’une simple réimpression.
La mauvaise humeur qu'a témoignée Poulet-Malassis dans son billet s'explique par deux raisons : d’une part il avait été sur les rangs pour l'édition des Œuvres complètes; d'autre part illavait à se
plaindre de la parcimonie de Lévy, celui-ci — le fait est établi par une lettre inédite de Gharles Asselineau — ayant refusé de
l'indemniser des emprunts faits aux ÆEpaves. Mais il semble. quil lait marquée un peu fort en la circonstance, d'autant qu'à pourfendre Lévy il risquait d’attemdre le metteur en œuvre deWlédition, son ami Charles Asselineau.
Celui-ci, nous l'avons dit et nous tenons à le répéter, a apporté dans l’accomplissement de sa pieuse tâche cette haute probité lit: téraire qui a décoré sa vie entière. Un dossier de lettres médites, dont copie nous fut jadis donnée par le regretté Maurice Hourneux, témoigne que son premier som fut de se faire remettre par M°° Aupick tous les papiers rapportés de Bruxelles. Julien Lemer, dans son article Quelques autograpbes intimes de Baudelaire (LE LIVRE, 10 mai 1888), article où il ne se montre rien moins que bienveillant envers les éditeurs des Œuvres complètes, a convenu cependant que les manuscrits demeurés entre ses mains lui avaient été réclamés en temps utile. Le rapprochement des textes fait apparaître enfin que les corrections ou ajoutés de l'auteur ont été mis à profit par Asselincau. Nous ne voyons vraiment pas à quelles sources où précautions supplémentaires il eût pu recourir. On est en droit de regretter seulement qu'il n'ait pas revu les épreuves avec plus de soin.
Il nous resterait à apprécier la composition de ce volume, telle qu'elle fut arrêtée en 1868 non sans s'écarter sensiblement des intentions dernières de Baudelaire. Mais c’est là une question qui ne touche pas moins à l'ART ROMANTIQUE qu'aux CURIOSITÉS. Afin d'éviter des répétitions, nous croyons devoir en renvoyer l'examen au tome prochain. Que le lecteur veuille bien se contenter pour aujourd'hui d'observer que nous avons suivi Asselineau dans
sa distribution des matières comme dans son texte, ce qui implique tout au moins une acceptation du fait accompli, — nous bornant, pour toute modification importante, à rétablir en tête des œuvres critiques ce titre commun de QUELQUES-UNS DE MES CONTEMPORAINS, que leur voulait l'auteur, afin d'affirmer leur unité profonde.
Si Baudelaire, en tnt qu’auteur des FLEURS DU MAL, jouit à l’heure actuelle d’une gloire auprès de laquelle pälit celle des plus grands poètes du siècle dernier, Hugo compris, sa réputation, par contre, en tant que critique, malgré qu il ait apporté dans cet autre Tate de la sensibilité les mêmes dons prodigieux, jomts à une sûreté divinatrice dont la postérité a confirmé tous les arrêts, ne semble pas dépasser le cercle restreint des artistes, des philosophes, des esthéticiens professionnels (),
() Bien rares sont les contemporains qui rendirent justice à Baudelaire sous ce rapport. En dehors de ceux dont on trouvera les noms au cours de ces éclaircissements, nous ne voyons guère à citer que Banville (Galerie contempo= raine, 1867), Ch. Yriarte, Les Portraits cosmopolites (1870), Swinburne, qui, dès 1862 (Le Spectator), écrivait des Salons que Baudelaire y montrait «un jugement si admirable, une telle vigueur de pensée et de style, que la valeur de ses ouvrages futurs sur Part aurait pu être prédite dès lors», et Daumier peut-être (voir notre note pour la page 21). Th. Gautier, par contre, na rien vu de la valeur prophétique de Baudelaire-critique et l'on a le droit de trouver qu'Eugène Delacroix s’est montré bien avare de louanges envers un admirateur qui lui en accordait de si magnifiques.
Quelques modernes se sont employés fort heureusement à réparer cette injustice. — Voir entre autres R. Bouyer, Baudelaire critique d'art (Revue bleue, XVIIT, novembre 1902); V-E. Michelet, Figures d'évocateurs (1913); Émile Bernard, Charles Baudelaire, critique d'art et estheticien (Mercure de France, 16 octobre 1919), et les ouvrages de MM. Gonzague de Reynold et Camille Mauclair, parus sous le titre uniforme de Charles Baudelaire. M. Camille Mauclair, notamment, a parlé de Baudelaire-critique de façon toute magistrale.
Cela tient sans doute d’abord à ce que la foule ne s’enthoustasme guère que pour des œuvres dites d'imagination, ne concevant point que [a part du génie puisse être aussi grande dans les autres; et peutêtre encore à ce que les essais critiques de Baudelaire, pour être plernement compris et goûtés, réclament souvent une contention d'esprit, voire des connaissances techniques qui sont de luxe pour beaucoup. Mais à coup sûr cela tient aussi, en grande partie, à ce que ces pages, écrites à l’occasion évenements contemporains, mêlent forcément aux vérités éternelles, lumineuses et toujours vivantes dont elles sont pleines, de menus faits, des noms, des allusions que le fil du temps a dépouillés de leur signification ou de leur intérêt.
Il ne dépendait pas de nous d’abattre toutes ces barrières. Nous nous sommes du moins appliqués, dans ces notes, à éclairer quelques points devenus obscurs.
BAUDELAIRE Durays || SALON DE 1845 |] Paris, Jules Labitte, éditeur, || 3, quai Voltaire, || 1845.
72 pages In-12, titre compris, pas de table.
La couverture, jaune, est identique au titre au verso duquel, en bas, on lit, sous un trait : Imprimerie Dondey-Dupré, rue Saint-Louis, 46, au Marais.
Sur le deuxième plat : Sous presse du même auteur : DE || ZA PEINTURE MODERNE. || Pour paraître prochainement : || DE LA CARICATURE. || DAVID, GUÉRIN ET GIRODET.
Annoncée dans la Bibliographie de la France sous le n° 2523, à la date du 24 mai 1845, cette plaquette dut être mise en vente sensiblement plus tôt. Baudelaire, dans une lettre à sa mère, mentionne qu’elle paraîtra le 9 [avril], jour de sa naissance.
Les exemplaires de ce Salon sont fort rares.
Champfleury, dont nous ne retenons ici le témoignage peu brenveillant que pour le renseignement bibliographique qu'il apporte, écrit dans ses Souvenirs et Portraits de jeunesse :
Le manque de personnalité faisait tellement souffrir Baudelaire que, sans doute par crainte de certains rapports d'idées avec Heine et Stendhal, il détruisit tous les exemplaires qui restaient de sa première brochure sur les arts,
un Salon de 1845 qu'il lui coûtait de reconnaître. L'utopie de cet artiste bizarre était de ne se présenter au publie que maître de lui-même, dans toute sa force, et il faut l’estimer pour le respect qu'il eut de son œuvre.
Drujon, dans son Essai bibliographique sur la destruction volontairedes livres, rapporte un témoignage de Monselet dans le même sens, etqui s'étend aussi au Salon de 1846.
Baudelaire eût-il, finalement, fait entrer le Salon de 1845 danssses Curiosités Esthétiques? On peut en douter. Fin 1856, quandil traite avec
Malassis pour l’impression de ce recueil, on le voit bien écrire qu'il P P que
remaniera «considérablement, ses Salons de 1845 et 1846, et en 1860 (4 février) confirmer sa résolution; mais sur la liste des morceaux qu'il mentionne, dans ses lettres à Julien Lemer et Ancelle en date du 3 février 1865 comme devant composer le premier volume (Beaux Arts) de ses RÉFLEXIONS SUR QUELQUES-UNS DE MES CONTEA PORAINS, le Salon de 1845 ne figure plus, et Poulet-Malussis, dans une lettre (inédite) à Charles Asselineau, s’étonnera, lors de [a publi: cation des CURIOSITÉS, de retrouver cette œuvre de jeunesse dans l'édition définitive, n’excusant son ami de l’y avoir comprise que parce qu’«elle y fait série».
Quelques articulets dus à des amis saluèrent la plaquette à son ap: parition. M. Henri Falk (Comaædia, 16 décembre 1911) à publié we
sujet un billet adressé par Baudelaire à Champfleury :
Monsieur FLEURY, aux bureaux du Corsaire.
Si vous voulez me faire un article de blague, faites-le pourvu que cela ne me fasse pas trop de mal.
Mais, si vous voulez me faire plaisir, faites quelques lignes sérieuses, et parlez des Salons de Diderot.
Il vaudrait peut-être mieux les deux choses à la fois.
En suite de quoi on put lire dans le Corsaire-Satan du 27 mai1845 la note anonyme suivante :
Revue du Salon de 1845
PAR M. BAUDELAIRE- DurFays.
C'est une brochure in-dix-huit. Vous ne l'ouvrirez pas au premier abord, tant elle est modeste. N'avez-vous pas [u tous les feuilletons de Salon, n'en avez-vous pas été assaillis, ennuyés, hébétés? Eh bien! ce petit volume est une curiosité, une excentricité, une vérité. M. Baudelaire-Dufays est hardi
comme Diderot, moins le paradoxe; il a beaucoup d’allures, de ressemblance avec Stendhal, qui [sont] les deux hommes qui ont le mieux écrit : peinture.
Cette brochure sera attaquée et traitée de folle, de furieuse, de jeune. Tant mieux. Ceci prouvera qu'elle est raisonnable, de sang-froid et müre. Les temps ne sont pas encore venus où l’on puisse dire sa véritable opinion : M. Baudelaire-Dufays a eu ce courage. Bravo! — Ce petit livre est un spirituel lever de rideau, qui précédera heureusement les prochains ouvrages sur les beaux-arts du même auteur. ,
Dans la Silhouette du 20 juillet 1845, Auguste Vitu donnait lui aussi, et sous sa signature, quelques lignes très favorables :*
.… I possède es allures franches, naïves, la bonhomie cruelle de Diderot, dont il a certainement étudié l'œuvre critique; d’un autre côté il procède de l'aplomb magistral et quelque peu gascon de Théophile Gautier. Ce qui revient à dire que M. Baudelaire-Dufays n’a pas encore bien arrêté sa forme littéraire. Les tendances de son style étant d’ailleurs simples, logiques et naturelles, je crois à un écrivain d'avenir.
.. Ce qui frappe le plus dans ces pages si courtes et si pleines pourtant, c'est une grande conscience, en ce sens que l'auteur n’obéit qu'à ses instincts impérieux.… une franchise rude sans être affectée, à ce point que nul des artistes blessés par cette critique n’a eu la pensée d’une récrimination hostile ‘ou amère... à peine une ou deux lettres injurieuses ont-elles averti M. Baudelaire qu'il s'était créé d’irréconciliables inimitiés.
Vitu louait encore en son auteur une «sûreté d’expression tout à fait supérieure» et concluait :
M. Baudelaire-Dufays va publier un livre sur la peinture moderne : nous tiendrons nos lecteurs au courant de cette importante publication.
Dans son Charles Baudelaire où l’on a d’autant plus le droit de puiser que les exemplaires s’en font rares, Asselineau a très bien mis en relief la valeur de cet essai de début :
Dans sa première brochure (elle a soixante pages) se trouvent déjà les qualités qu'il manifesta toute sa vie, de pénétration et d'exposition; l'horreur des transactions et des ménagements, le ton autoritaire et dogmatique. Delacroix n'est pas discuté; il est affirmé. Nul appel au sentiment, nul appareil de phrases poétiques ni d’éloquence conciliante : une démonstration rigoureuse d'un style net et ferme, une logique allant droit à son but, sans souci des objections, n des tempéraments.
Le Salon de 1845 avait été ouvert au Musée Royal (Louvre) le 15 mars.
Page 3. «Depuis M. G. Planche...» — Planche s'était fixé en Italie cinq ans auparavant.
On peut s'étonner de trouver ici son éloge si l’on se souvient. du canevas d’un article que Baudelaire, quelques années plus tard,sse proposait de lui consacrer : «Gustave Planche, éremtement radical, nullité et cruauté de l'impuissance, style d'imbécile et de magistrat» (ŒUVRES POSTHUMES, p. 401).
Page 4. «Il n’y a plus de bourgeois. le bourgeois est fort respectable, etc.» — Baudelaire renchérira encore sur cette thèse dans son Salon de 1846, et il ira même dans son Musee classique jusqu'à écrire que «l’épicier est un homme céleste». Maïs son mdulgence pour M. Prudhomme auquel il convient d’alleurs de remarquer qu'il opposait alors les républicains," ces «ennemis acharnés du luxe et des beaux-arts», ne survivra guère à sa prochaine et passa gère conversion démocratique. Voir notamment son apostrophe féroce à l'Ame de la Bourgeoïsie, p. 325.
—— «…. car il faut plaire à ceux aux frais de qui l’on veut vivre.»
— Les mots en italique sont omis dans le texte origmal.
Page 5. «C'est avec le même mépris de toute opposition et de toutes. criailleries systématiques...» — 1845 : de toute opposition et criailleries systématiques.
«D'abord il faut un jury...». — La question était débattue; la révolution de 1848 allait le supprimer bientôt, mais il devait être rétabli dès 1849.
= «... le Musée Espagnol, le Musée Standish, le Musée de Versailles, le Musée de Marme...» — 1845 : le Musée de Versailles et celui de Marie.
Le Musée Standish, logé au Louvre en 1842, au-dessus du Musée de Marine, tirait son nom de son ancien propriétaire, lord Standish, qui en avait légué les pièces à Louis-Philippe. — Le Musée Espagnol cessa lui aussi d'exister en 1848, la République ayant rendu à la famille d'Orléans les tableaux qui le composwent.
Page 8. «M. DELACROIX n’est pas encore de l’Académie...» — Delacroïx s’y était présenté dès 1837. Il attendit son élection pendant vingt ans!
—— «M. Delacroix a envoyé cette année quatre tableaux.» — En-
tendez : M. Delacroix est représenté cette année par quatre tableaux, car il en avait envoyé cinq, en réalité, les quatre ic mentionnés et une Sainte-Anne de Nobant, qui avait été refusée.
Page 10. Le feuilleton de Gautier : la Presse, 28 mars 1844.
Page 11. «DAUMIER, Ingres, Delacroix...» — A l'audace de ce rapprochement on peut juger de l'admiration que Baudelaire portait au caricaturiste. Mentionnons à ce sujet que celui-ci n’en nourrissait pas une momdre pour son panégyriste, témoin cet articulet paru au Petit Figaro du 24 juillet 1868 sous le titre : Croquis de Charles Baudelaire :
Les dessins de Baudelaire sont célèbres parmi ses amis et parmi les artistes. Daumier qui en conserve quelques-uns — particulièrement un portrait de l'auteur par lui-même, qu'il compare pour Îa netteté et l'esprit aux portraits français du xvi° siècle de la collection du Louvre, — à dit plus d'une fois que si Baudelaire eût appliqué à la peinture les facultés qu'il a consacrées à la poësie, il eût été aussi grand peintre qu'il a été poëte distingué et original.
Page 14. WiicrAM HAUSSOULLIER. — Baudelaire, dans son Salon de 1846, dit n’avoir rien à retrancher des éloges violents qu'il lui avait décernés l’année précédente (voir notre note, p. 88). Haussoullier, élève de Paul Delaroche, est fujourd’hui plus connu comme graveur que comme peintre.
Un succès à la Saint-Symphorien, c’est-à-dire comparable à celui que Ingres avait obtenu avec son Martyre de saint Sympborien.
Page 15. «Puisse son succès aller toujours croissant.» — 1845 : s'élargissant,
Page 16. «... les tons violents du premier plan, qui en acquièrent encore plus de vigueur.» — 1845 : qui acquièrent.
«La fontaine, que quelques critiques trouveront peut-être un peu Sérapbin. . .n — On sait qu'il y avait alors un Théâtre Séraphin qui racolait son public au moyen d’aboyeurs et qui avait la spécialité des exhibitions sensationnelles.
Page 18. DECAMPS. «...voire les Crochets et les Cimbres. ..» — Lire : la Défaite des Cimbres et le Supplice des Crochets.
Page 19. «la, avec un esprit...» — Titre exact de [a suite dontil va être question : Histoire de Samson.
Page 24. «Les critiques et les journalistes...» — Cette ponte pour: rat bien être dirigée contre Gautier qui, l'année précédente.(la Presse, 28 mars 1844), avait accordé de grandes louanges à [a Naï sance de Henri IV pour mieux mettre en reliefla médiocrité dela Résurrection du Christ, la plus récente œuvre d’E. Devéria:
Page 26. Mazeppa (Victor Hugo, LES ORIENTALES, XXXIM):
BorssArD. — Firmin Boissard était des amis de Baudelaire et son colocataire à l'hôtel Pimodan. Voir la notice de Théophile Gauter (en tête de l’édition Lévy des FLEURS Du MAL), pret 6
Page 28. DEBON «Bataille d'Hastings.» — 1845 : La bataille d'Hastings.
Page 29. Vicror ROBERT. «...nous y trouvons même la recherclie de tons nouveaux...» — 1845 : des tons nouveaux.
«les plus dignes d'attention du Salon...» — 1845 : les plus dignes de l'attention du Salon.
Il faut se reporter au livret du Salon pour concevoir la cocas serie de cette allégorie. Voici quelques lignes de Ia description analytique : !
La France, confiante dans sa force, est assise, la main appuyée sur une épée. À ses pieds l'Espagne sommeillant... L'Écosse debout sur les mers:. l'Irlande inclinée sur sa harpe... Ia Suède enveloppée avec [a Norwege d'un même manteau, [a Laponie couverte de neige... Sur le devant, la Grèce sortant du linceul et renvoyant la lumière; derrière elle, la Turquie s'éloigne effrayée… ;
1868 : L'Apocalypse et l’Envie. — Erreur typographique, car il s’agit de deux toiles distinctes : L'’Apocalypse de Saint-Jean (1838) ct L'Envie (1839).
Page 31. Moucy. «... Saint-Gervais ou Saint-Eustache...n — La toile décrite ne se trouve dans aucune de ces deux églises.
Page 35. «... Pierre de Cornélius.» — 1845 : Pierre Cornelus. —— «Ces dessins nous ont attiré...» — 1845 : attirés.
Page 37. MATOUT. «D'une œuvre laborieusement faite il reste tou: jours quelque chose.» — 1845 : il èn reste.
JANMOT. «... dont le dessin fin et [a couleur un peu crue rappellent...» — 1845 : dont le dessin fin, et la couleur un peu crue
rappelle .…
Page 39. Léon Cogniet et non Coignet comme l'imprime depuis cinquante ans la maison Lévy.
Page 42. Le Musée Curtius était le Musée Grévin de l’époque. Page 43. «la princesse Belg...» — Lire : Belgiojoso.
Page 49. LEPOITEVIN. «Sujets à la Henry Berthoud (voyez le livret).» — Henry Berthoud avait exposé une Nature morte, dans une cave. Lepoittevin, lui, avait encore forcé la note anecdotique. On en peut juger par les titres de ses tableaux : Van-der-Velde étudiant l'effet du canon que son ami Ruyter fait tirer dans ce but. — Bachuysen se faisant raconter des faits de piraterie par les pécheurs de Schweringen. — Déjeüner
au mont d'Orléans, dans la forét d'Eu (4 septembre 1843).
GUILLEMIN. — Î[ avait exposé notamment Un tableau sous lequel on lisait cette légende empruntée à M. Augustin Challamel :