‹ Curiosites et anecdotes italiennes--Chapitre 26 sur 53 · L'AVANT-DERJYIER DOGE DE VENISE · texte numérisé non relu

L'AVANT-DERJYIER DOGE DE VENISE

Paul Renier, l'avant-dernier doge de Venise, savant helléniste , habile négociateur à Vienne et à Constantinople, s'était aussi distingué comme un des deux procurateurs de Saint-Marc, arbitres incorruptibles, à la justice desquels recouraient même les étrangers, et qui parfois étaient choisis pour tuteurs aux enfants des grandes maisons des premières villes de l'Italie. Bien différent de son triste successeur Manin , Renier tenta avec courage d'arrêter la décadence de la dignité suprême dont il était revêtu. On regrette que M. Daru ait aussi faiblement esquissé cette austère et noble physionomie. Lorsqu'il était question d'introduire dans le gouvernement quelque nouveauté, Renier la combattait d'ordinaire par ces mots : « Le grand conseil , le sénat , le conseil des Dix, le conseil du doge, le doge lui-même , regardent comme funeste une telle proposition. » Un soir, à une fête brillante, de jeunes patriciens discutaient sur l'admission d'une débutante au théâtre de la Fenice , lorsque l'un d'eux s'avisa plaisamment de la combattre par la formule du doge : « Le grand conseil , etc. » Mais celui-ci , de la table de tarocco, peu éloignée, où il était assis, fit partir un redoutable Signori! annonçant qu'il avaittout entendu, et le groupe , consterné , se tut et se dispersa.

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