LE GENERAL H4XO ET LA FORTERESSE DE
Parmi les Français qui se rattachent à l'Italie par leur séjour, leurs études et les travaux qu'ils y ont laissés, j'aime à rappeler le général Haxo, un des hommes qui, dans notre siècle de batailles, a le plus honoré le caractère militaire français, grand ingénieur, patriote comme son digne modèle Vauban *, l'ami, le camarade, l'éditeur de Paul-Louis Courier, et qui, à la cour et au quartier-général de Napoléon , pratiqua avec un peu plus de mérite les maximes d'indépendance du pamphlétaire vigneron de la Chavonnière. Invité un jour à l'insigne faveur de chasser avec l'Empereur, il s'excusa : l'habit vert avec boutons et glands d'or, prescrit par l'étiquette, lui paraissait sentir la livrée, et il dit qu'il ne connaissait que l'uniforme de son arme. Comme on insistait , il repartit : « Je sers le prince dans ses affaires; je ne le suis point dans ses plaisirs. »
L'intéressant éloge historique prononcé à la Chambre des Pairs , le 25 mai 1839, par M. Aubernon , rapporte le fait suivant. Peschiera qui, vers la fin du gouvernement de Venise , n'était plus qu'une bicoque, fut réparée par Haxo , alors chef de bataillon du génie. Mais dans ce modeste grade il ne craignit point de combattre l'avis de Napoléon , qui la qualifiait de simple place de campagne et ne devant être fortifiée que pour permettre à une armée de manœuvrer quelques jours dans sa sphère. L'Empereur revint plus tard au
* Le mot patriote n'est point une création de la langue révolutionnaire, comme on pourrait le croire; il remonte au siècle de Louis XIV, et il est employé par Saint-Simon, qui dit de Vauban : « Patriote, comme il Tétait, il avait été toute sa vie touché de la misère du peuple. > Mém., t. V, 28/i. Le Traité sur les Partis, de Boîingbroke, a été traduit dès 1750, par de Bissy, sous ce titre : Lettres sur l'esprit de patriotisme 9 sur l'idée d'un roi patriote, etc.