‹ Curiosites et anecdotes italiennes--Chapitre 33 sur 53 · LES TABATIÈRES DU CARDINAL C0NSALV · texte numérisé non relu

LES TABATIÈRES DU CARDINAL C0NSALV

Le salon de la duchesse de Devonshire fut l'hiver, pendant six années, la réunion la plus agréable, la plus littéraire , la plus artistique de Rome , de cette ville que M.me de Staël, amie de l'illustre Anglaise, appelait avec esprit et justesse le salon de l'Europe. A l'un de ses célèbres jeudis, le cardinal Consalvi, qui avait bien voulu consentir à revoir la nouvelle traduction italienne du Voyage d'Horace à Brindes , que la duchesse faisait splendidement imprimer, afin de la consoler des critiques qu'avait encourues la première, annonça que des ordres étaient donnés pour faciliter le plaisir de la chasse aux nombreux Anglais que l'on attendait. Là-dessus un des plus ingénieux habitués de cette société cosmopolite , notre compatriote M. le chevalier Artaud, l'historien, le biographe érudit des plus illustres Italiens, raconta l'histoire d'un jeune loup élevé comme un chien par M. de Courteil, et qu'il fallut tuer d'un coup de fusil dans le salon, parce qu'il avait subitement failli dévorer le bras d'un enfant. Cette conversation de chasse produisit un singulier effet. Un Anglais attaché à la duchesse, qui passait toutes les soirées chez elle, mais n'y ouvrait jamais la bouche et n'y paraissait guère qu'une sorte de meuble , rompit pour la première fois son opiniâtre silence. Au moment où le cardinal se retirait et était presque à la porte du salon , il se jeta au devant de lui et l'interpella pour lui demander comment il se faisait que tant de façades des églises de Rome étaient restées inachevées. Le cardinal surpris de cette brusque attaque , répliqua : « Monsieur, parce

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