EFFETS DE LA NAVIGATION A LA VAPEUR
EN ITALIE
L'immense développement de la navigation à la vapeur nous paraît, appliqué à l'Italie, devoir entraîner de graves inconvénients sur-tout pour les artistes , et contribuer à leur faire infiniment moins bien connaître le pays que l'ancienne et lente manière de voyager. L'artiste qui , il y a cinquante ans 5 cheminait à petites journées, vers Rome , par son voiturin de la rue Gîtle-Cbeur , était à même d'observer en détail les villes de second et de troisième ordre de cette riche contrée , et d'étudier leurs monuments, comparables parfois à ceux des capitales. Il pouvait s'arrêter et dessiner à son aise ; il apprenait la langue et s'imbibait, ou comme dirait beaucoup mieux l'italien, s' immedesimava, par degrés, des mœurs du pays. Il dégorgeait insensiblement ses préjugés des ateliers de Paris. David, avant son départ pour l'Italie , était partisan de Boucher : « Soyons Français, » répondait-il fièrement à ceux qui lui vantaient la supérioriété de l'école italienne; il ne fut ébranlé et converti qu'à l'aspect des fresques du Corrège à la coupole de Parme. C'était ainsi que pérégrinaient le modeste, le judicieux, l'excellent Percier, le David de l'architecture, et son habile, son probe, son inconsolable ami1. Cette initiation progressive aux merveilles de l'Italie manque au voyageur de la vapeur.
Aujourd'hui, voyageur-ballot, l'artiste est expédié de Marseille à Naples, et y tombe dans l'auberge française de Martin. Il court en Parisien la ville et les environs,
' v. l'art. XL, p. 414.