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WELLCOME LIBRARY {6 LA SEMAINE DENTAIRE

Travaux Originaux

URIOSITÉS HISTORIQUES & ANECDOTIQUES

Dents et Dentistes à la Cour de France Par le Dr. CABANES

DE François Ier À Louis XIV

Il ne semble pas qu'il ait existé une charge de dentiste à la Cour de France, avant le règne de Louis XIIT ; du moins | c'est ce qu'affirme un historiographe de la médecine, qui à pratiqué pendant de longues années des recherches dans les Archives, “en quête de comptes royaux EL QUI ASSUTeNN y avoir rien découvert qui se rattache à notre sujet.

Il y avait, à côté des archiâtres, ou premiers médecins, toutes sortes d’emplois subalternes, notamment des re-

François Ier noueurs et des rha-

billeurs qui, en dé-

pit de la guerre que leur fit la médecine officielle, réussirent à se maintenir jusqu'à la Révolution.

« Ils avaient, nous dit Ach. Chereau (1), leur place dans le palais des Rois de France, frôlant les plus célèbres chirur-

(1) Union Médicale, 26 février 1865.

giens, mangeant à la même table que ces derniers, participant aux mêmes faveurs, jouissant du même crédit. »

De dentiste on n’en voit apparaître à la cour que sous FrRANGÇoIs Ier; encore n’était-ce que l’arracheur de dents de Sa Majesté. Il n’était pas appointé ; on sait seulement son nom, mentionné sur un registre de l’an 1522. Il s'appelait Guillaume Coureil.

Au début du XIVe siècle, 1l existait cependant à Paris des barbiers qui s'étaient, si l’on peut dire, « spécialisés » dans les dents. La Taille de 1313 mentionne un certain Martin le Lombart, qui irait (e) les denz ; et dans le Ménagier de Paris de cette même époque, ou presque (1393), on voit recommander contre l’odontalgie des gargarismes avec une‘décoction de feuilles de sauge. Mais à cela paraît s'être bornée la science des dentistes durant lout le moyen âge. Une autre preuve, au surplus, que ceux-ci ne connaissaient guère que l’avulsion, par des procédés plus ou moins barbares, nous la trouverions dans ce fait, que nous avons ailleurs relaté : lorsque CHARLES VIT commença à ressentir les premiers symptômes de la maladie qui devait l'emporter, on fit venir un dentiste, pour lui extraire la dent qu’on supposait être la cause de la fluxion de la joue qu'il présentait, Le mal poursuivit néanmoins son évolution ; il se déclara un abcès, qui s’accompagna d’une vive inflammation de la bouche et des premières voies digestives. L’infection dentaire fut-elle la cause déterminante de la mort, par ses complications ; ou le roi succomba-t-il à une phtisie plus ou moins rapide ? Nous ne le rechercherons pas à nouveau, ne voulant retenir de l’incident que cette particularité, qu'un dentiste avait paru à la Cour pour y exercer son art, mais ne recevait pas de gages réguliers.

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Au cours de recherches sur l’enfance des princes de la Maison de France, nous avons eu la bonne fortune de découvrir quelques détails sur les premières dents d’un des fils de Louis XI, vraisemblablement CHARLES VIII.

L'’ombrageux monarque avait confié la garde de ses enfants à un gouverneur, le sieur Guillaume Gouffier, seigneur de Boisy et d'Oiron, qui était chargé de veiller sur leur santé, avec les deux gouvernantes et trois officiers de service. Dans une épître, qu'ils envoyaient à Char:otte de Savoie, la seconde épouse de Louis XI, pour lui donner des nouvelles de son enfant, — on présume qu'il s’agit du futur Charles VIII, — ils lui mandaient, entre autres choses, que, malgré la «rache » du visage, probablement quelque éruption de nature prurigineuse qui lui était venue en plus grande abondance que de coutume, 1l n’en continue pas moins à «tetter, à dormir et à faire bonne chère », et ils ajoutent que les médecins croient que bientôt « les denz luy perceront, par les apparences qu'ils y voyent. » Ils pensent qu'on lui pourra donner de la bouillie, mais ils ne chanseront rien toutefois à son régime sans l’agrément du roi et de la reine. |

Trèsrespectueusement ils pressaient L. L. M.M.deleur envoyer des instructions, et « le plus tostsera lemyeulx, affin que. le commancement (de la nourriture) luy ayt esté faict avant que le mal de ses dens luy donne assault ; quar, (ajoutaient-ils) il ne seroyt pas tems, quand les dens luy commenceront à mal faire, de luy en commancer à donner... » Quelques jours plus tard, les mêmes correspondants faisaient savoir à la reine, «qu'iln’y a pas dechangement notable dans la santé du poupon royal ; que toujours, Dieu merci, il (le Dauphin) est en si bon point qu'il ne pourroyt myeulx, ses gensives de dessus luy sont enflées et monstrent tous signes que ses dens luy veullent saillir ; et luy apparait la forme de ses dens en la gensive. » Ils pensent

CHARLES VIII enfant

qu'elles ne tarderont pas à faire saillie au dehors, bien qu’à maintes reprises, ils l’aient espéré sans que cela se soit produit. Au surplus, «il dort et tette et mange sa bouillye et fait auxi grande chère qu'il fist jamès. » (1).

De pareils documents, qui nous introduisent dans la vie intime des Cours, sont, est-il besoin de le dire, tout à fait exceptionnels, et nous devons savoir gré au modeste et laborieux chercheur qui nous les a fait connaître.

Dans la longue période qui s'étend de Charles VIIT à HenRr1 IV, nous devons nous résoudre à confesser une lacune que des découvertes ultérieures aideront peut-être à combler.

Alors qu'il n’était que roi de Navarre, nous savons, par un de ses comptes de dépenses, que le Vert-Galant faisait une consommation | assez considérable de curedents ; ils sont portés pour vingt sols par mois, «grosse somme pour une Cour Si besogneuse (2). »

Sur le même registre, en l’an 1581, se trouve portée cette mention : « or pour plomber les dents du Roy, 15 livres 15 sols. » Les gens du commun se contentaient de liège ou de plomb, Ambroise Paré nous renseigne très explicitement sur ce point : « si les dents sont creuses, écrit-1l, on doit remplir le pertuis de liège ou de plomb bien accomodé. » Seul, le roi pouvait s'offrir le luxe de l’or pour un plombage.

Henri IV

(1) IMBERT, Les premières dents de Charles VIII (Revue de l’Aunis, de la Saintonge et du Poitou, 5° année, 25 juin 1868).

(2) ALF. FRANKLIN, La vie privée d’autrefois : Variétés Chirurgicales, p. 129. |

Henri IV avait un « opérateur des dents » attaché à sa personne, et qui faisait partie du service habituel de la Maison du Roi. Il fut alloué à l’argentier de la Cour, dans une circonstance, « 15 livres 15 sols, pour un cautère d’or, qu'il a fait faire pour cautériser les dents du roi, cautère pesant 5 écus et la façon 15 sols, lequel a été mis ès mains de Me Pierre, chirurgien ». Henri IV était, paraît-1l, assez sujet aux maux de dents et aux fluxions dentaires (1).

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