‹ Curiosités historiques & anecdotiquesChapitre 3 sur 4 · L< OCT · texte numérisé non relu

L< OCT

Son fils, Louis XTIT, y fut non moins sujet ; son médecin Héroard passait des nuits entières à le veiller, accoudé sur le bord de son berceau, tenant la main droite de l’enfant dedans la sienne (2), cherchant à le distraire et à apaiser ses Cris. :

À l’âge de 9 ans, le Dauphin perçait sa vingt et unième dent (3). Sa nourrice ayant voulu regarder dans sa bouche, l’enfant royal le prit très mal et se mit à battre la nounou, pour avoir pris cette liberté. L'année suivante, il éprouva un assez fort mal de dents, qui le força d’interrompre ses jeux ; le Roi seul parvint à le calmer.

On sait que Louis XIII fut atteint de bonne heure de bégaiement. L'enfant avait-il un défaut naturel dans la conformation de la langue; la disposition de ses dents y était-elle pour quelque chose (4) ? Toujours est-il que lors-

(1) Journal de Jean Héroard, sur Lette el la jeunesse de Louis XIII, t. 4, p.142:

(2) Journal de Héroard, 13 avril 1602.

(3) Journal de Héroard, 30 janvier 1606.

(4) Notons, à ce propos, qu'’onasignalé l’association du bégaiement avec l’implantation vicieuse des dents, la forme ogivale de la voûte palatine, etc. L'évolution dentaire est souvent irrégulière chez les bègues : absence des dents de sagesse, comme dans le cas de la famille de Villiers, dont parle la marquise de Créquy, dans Ses Souvenirs. (Elude crilique sur la parenté morbide du bégaiement avec les lics et les crampes fonclionnelles, par le Dr. Louis Bonnet : thèse de Bordeaux, 1906). Parfois, l'accident d’une dent cassée détermine le bégaiement. C’est ce qui arriva au peintre David, pendant qu'il était élève au Collège des Quatre-Nations : une pierre, lancée avec force par un de ses camarades, l’atteignit au visage et lui brisa une dent ; il en résulta une tumeur, qui déforma ses traits et lui causa un bégaiement dont il ne parvint jamais à se défaire.

qu’il commença à prononcer quelques mots, on remarqua qu'il bégayait en parlant et il se fâchait de ne pouvoir articuler nettement. Et plus il s’impatientait, plus il bégayait |

Il n'avait pas atteint sa troisième année, lorsqu'on s’en aperçut pour la première fois. [Il bégayait en jouant la comédie, et c’est surtout lorsqu'il était ému ou qu'il se

Jean HÉroarD, médecin de Louis XIII

mettait en colère que le Dauphin « mâchait sa grosse langue ». Pour nous servir d’une expression vulgaire, à la lettre 1l « bafouillait ».

On lui avait coupé le filet à l’âge d’un an, parce qu'il avait peine à têter. On crut que son embarras de parole tenait à ce que la section du filet avait été incomplète ; il fut question de renouveler l’opération, mais celle-ci ne fut pas jugée nécessaire par la Faculté. Le malheureux prince croyait qu’on voulait lui couper la langue, lorsqu'on lui commandait de la tirer. « Comment me la veut-on cou-

per ? (T)», gémissait-1l, et il se mettait à pleurer toutes les larmes de son corps.

Son infirmité semble avoir persisté assez longtemps. II parvint toutefois à la rendre intermittente par un effort de sa volonté (2). Ainsi, la veille du jour où il devait aller à la Cour du Parlement, pour se déclarer majeur, C1l prononça son discours hautement, fermement et sans bégayer (3) ».

A propos de l'influence que la dentition peut exercer sur la vie d’un homme, celui-ci fut-il roi de France ou de Navarre, peut-être n’est-1l pas téméraire d'avancer qu’une des causes de l’humeur morose de Louis XIII et de la sujétion dans laquelle le tint, jusqu’à un certain point, Richelieu (4), doit être recherchée dans la difficulté qu'il éprouvait à s'exprimer. Après tout, cette conjecture n'est pas si paradoxale que de prime abord elle apparaît.

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