ET DES CHANTEURS
se plaire. L'argent , toujours l'argent ! voilà le but de tous nos artistes : jamais celte pensée dominante n'a rien produit de grand.
Les conditions du chant français diffèrent à certains égards de celles du chant italien. Une .voix pure et sonore , une prononciation nette et régulière, et de l'expression dramatique, est à peu près tout ce qu'on a désiré en France dans un chanteur pendant long- temps. Un préjugé déraisonnable avait fait considérer les traits et les ornemens comme peu convenables à notre langue. Peu à peu l'opéra-comique s'est affranchi des entraves qu'on lui opposait sous ce rapport ; mais l'opéra avait résisté jusqu'ici : il vient de céder enfin à l'empire de la mode, et il a bien fait.
Cependant il faut se garder de tomber d'un excès clans un autre : il est bon de conserver à la musique d'un pays sa physionomie particulière. Une imitation servile n'est jamais une conquête. L'usage raisonnable des ornemens est utile, l'excès serait nuisible. Il y a dans nos habitudes théâtrales un penchant à la raison qui exclut ces morceaux de placage qui n'ont d'autre but que de montrer la flexibilité d'un gosier. Admettons les traits et toute espèce «l'ornemens,
jqS du chant
mais ne bannissons pas nos formes dramatiques , auxquelles il ne manque souvent que des chants plus faciles et plus élégans. Ne multiplions pas trop le récitatif; mais n'oublions pas qu'il y a telle phrase de Gluck qui est plus susceptible d'effet que cent points d'orgue. En un mot, n'ayons point de système.
On sent combien le domaine du chanteur français s'agrandit par la fusion des formes italiennes avec les nôtres , et combien son art devient plus difficile. Nous avons eu un modèle de la perfection de ces genres réunis : ce fut Garât. Mon dessein n'est point de m'étendre ici sur le mérite de ce chanteur étonnant ; trop d'artistes et d'amateurs l'ont connu pour que je ne sois pas compris en me bornant à le citer. Un grand chanteur français sera celui qui aura la mise de voix de Garât, sa flexibilité, sa justesse; qui phrasera, qui respirera, qui prononcera comme lui; qui aura son goût, sa fécondité dans les ornemens , et surtout qui sera doué d'un sentiment aussi profond et aussi vrai.
Quand l'École royale possédera des voix, il faudra s'attacher de préférence aux sujets chez qui la mue se sera opérée de bonne heure; car il est rare qu'un homme pris à vingt ans de-