INVRAISEMBLANCES HISTORIQUES
CHOSES QUI n'ont PU EXISTER.
: « En quelles mains était l'histoire en ce temps-là ! dit le prince de Ligne parlant des mensonges qui couvrent
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les livres à propos du duc d*Albe; elle fait périr par la main du bourreau dix-huit mille gentilshommes dans les Pays-Bas : il n*y en avait pas deux mille dans toute leur étendue. »
Le maréchal de Villars dictait à un secrétaire la relation d'un combat qui venait de se donner entre un gros détachement de son armée et un corps qui faisait partie de celle des ennemis, et dans lequel les Français avaient eu tout l'avantage.
Après avoir dit au commencement de cette relation que le détachement des ennemis était de trois mille hommes, il disait à la fin qu on en avait tué quatre mille. Le secrétaire lui ayant fait remarquer cette eireur de calcul : — Tu as raison, lui dit-il; tu n'as qu'à mettre qu'on en a tué deux mille cinq cents.
Le général Beurnonvilie avait obtenu, en 1791, le commandement d'un corps d'armée. Il eut avec les Autrichiens plusieurs affaires, qui ne furent pas toutes â son avantage, notamment celle de Pellygen et celle de Grew-Machen. Dans le rapport qu'il fit de ce dernier combat, il affaiblissait ses pertes d'une manière si dérisoire, qu'on crut qu'il obéissait servilement à des ordres ministériels.
« Après trois heures d'une action terrible, disait-il, et dans laquelle les ennemis ont éprouvé une perte de dix mille hommes, celle des Français s'est réduite au petit doigt d'un chasseur. »
Cette singulière gasconnade amusa beaucoup tous les clubs de Paris. On en fit une chanson dont le refrain était:
Hélas! citoyen Beurnonvilie^ Le petit doigt n*a pas tDut diL
Les soldats eux-mêmes, commentant Thyperbole, ajou-talent que « le petit doigt perdu s'était retrouvé. »
« Les Espagnols, lisons-nous dans les Recherches de Paw sur les Américains \ ont dit que Montézuma égorgeait annuellemenf \ingt mille enfants, et quil baignait de leur sang les idoles du Mexique. Ici Tcxagération est si grossière et si sensible qu'on ne doit pas s'attacher à la démontrer. On offrait des victimes humaines dans tous les temples de Mexico, et il y avait^ dit Antonio de Solis, deux mille temples dans cette capitale. La vérité est qu'il n'y avait qu'une seule chapelle, bfttie en amphithéâtre, dans toute cette ville barbare : or> avait, à la dédicace de celte chapelle par Ahuizol, immolé,, dit Herrera, soixante-quatre mille hommes : on trouva cent et trente mille crânes de personnes dévouées et sacrifiées» en différents temps, dans cette boucherie sacrée, où lori respirait un air cadavéreux et dont les murs étaient enduits de sang caillé depuis les lambris jusqu'au plafond. II est constant que Herrera a multiplié le nombre desvictimes presque dans la même proportion que Solis a multiplié le nombre des temples, et que l'un et l'autre a moins pensé à instruire la postérité qu'à excuser les grandes et infâmes actions des Espagnols.
» C'est ainsi que Tite-Live, dans l'espérance d'indisposer son lecteur contre les ennemis de Rome, rapporte sérieusement qu'Hannibal faisait distribuer et manger de la chair humaine à ses soldats pour les encourager. Si les Carthaginois avaient à la fois sacrifié des enfants à Saturne, mangé des hommes en Italie, et tourmenté leurs prisonniers jusqu'à la mort en Afrique, il faudrait
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qu'ils eussent conservé au sein de la vie sociale les trois véritables caractéristiques des mœurs sauvages , ce qui n'est pas vraisemblable, ou du moins ce serait un phénomène sans exemple, dont on pourrait exiger d'autres preuves que le témoignage des auteurs romains. »
Le baron de Trenck , sur lequel on s'est tant apitoyé, ne nous a fait souvent pleurer que sur de gros mensonges et sur de lamentables invraisemblances. Les uns ei les autres sont ainsi réfutés dans un livre trés-curieux ayant pour titre : Souvenirs d'un homme du monde *.
H est y dit :
« Im vie de Frédéric, baron de Trenck, écrite par luimême, et traduite de V allemand en français par M. te Bock, membre de la noblesse immédiate de l'empire, aux cantons de Kocher en Souabe et du haut Rhin, lieutenant des maréchaux de France, gouverneur pour le roi ée la ville de Sierck, etc. ; à Metz et à Paris, 1778, ^ vol. ift-12, avec approbation et privilège, offre quel- -ques inwaisemblances que l'éditeur aurait pu faire disparaître.
» La sœur du baron, expirante de douleur, accablée des affreux traitements qu'éprouve son frère, auquel elle avait été condamnée à bâtir une horrible prison, se porte néanmoins assez bien, quoique expirante; a l'âme assez calme, quoique désespérée à en mourir, pour épouser en secondes noces le colonel de Pape.
» La commisération du landgrave de Hesse-Cassel, gouverneur de Magdebourg : « L'intérêt que mes mal* » heurs, dit le baron de lui-même, ma constance et mes * talents, avaient inspiré au landgrave de Hesse-Cassel,
» engagea ce prince humain à faire monter un fourneau » dans le vestibule de ma prison, il ordonna de plus » qu*on rouvrit la fenêtre de mon cachot, qu'on m'ôtât » le carcan que j'avais au cou, et me fit donner du papier B et des plumes, i»
9 Croira-t-on qu*aIors le baron de Trenck manquât d'encre et dût se tirer du sang pour en écrire ses œuvres?...
■ Le baron arrange, aiguise la barre qui séparait ses mains et en fait comme une pince, dérive ses menottes, ouvre des anneaux de sa chaîne, et quand des serruriers et des officiers font une visite exacte de ses fers, ils n'aperçoivent aucun changement!
» Ailleurs , il a sauté une palissade, s'y est accroché par un pied, et reçoit un coup de baïonnette au visage : on conçoit difficilement quelle était sa position.
» A qui persuadera- t-il qu'on avait ordonné de le ré-* veiller à tous les quarts d'heure? Quel motif aurait eu cet ordre gratuitement barbare?
> On pourrait relever quelques autres distractions, mais le récit d'événements éloignés est rarement d*unc fidélité rigoureuse ; il est naturel de supposer qu'ils se sont un peu confondus dans une imagination toujours agissante, toujours brûlante, indomptée, et si longtemps bouleversée par l'excès du malheur; mais Tinvraisemblance nuit à l'intérêt. »
« Je disois un jour à un Anglois, écrit Tabbé de Longuenie : — Vous avez manqué la France autrefois ; elle Ta échappé belle. — Le plus grand malheur qui pouvoit nous arriver, me répondit-il, étoit de conquérir la France. Notre roi, devenu roi de France, n'auroit pas manqué d'y faire son séjour an commencement, par nécessité, et ensuite les enfants qui y seroient nés, par inclination. Ils auroient oublié qu'ils étoient Anglois d'origine. L'Angleterre seroit devenue province du royaume de France, et ses rois n'y auroient été de temps en temps que pour prendre notre argent et le faire sortir de notre île. L'Anjou a-t-il été plus heureux quand ses comtes sont devenus rois d'Angleterre, et l'Ecosse aussi, que nous traitons comme vous voyez , quoique ce soit le sang de ses rois qui nous gouverne * ? »
« J'ai ouy raconter que peu de temps avant l'élection du palatin à la couronne de Bohême, ce prince et son épouse étant à table , on leur produisit un joailUer qui étala des pierreries d'entre lesquelles la princesse s'en destina pour environ cent mille écus, qu'elle coroptoit que son époux alloit faire payer sur-le-champ au vendeur.
» Le prince, qui trouvoit cette somme un peu forte,
* Longueruana, 100-101.
dit à sa femme que leurs finances n*alloient pas jusqu'à pouvoir faire sur Theure un si gros payement; sur quoi, piquée , elle le traita injurieusement de betel-furst, en françois, gueux de prince. »
S*il fallait en croire le Duchat, Christophe Colomb eût été Français quand il dota l'Espagne d un monde; et nous pounions revendiquer ainsi, comme une conquête française, la découverte de l'Amérique.
< Christophe Colomb, lisons-nous dans le Ducatiana*^ étoit,en 1474, capitaine de quelques navires pour le roi Louis XI; et comme, en ce temps-là, les Espagnols avoient fait une in^uption daus le Roussillon, il crut que, par représailles et sans contrevenir à la paix contre les deux couronnes, il pouvoit courre sus aux vaisseaux espagnols. Il attaqua donc et prit deux galères de cette nation chargées pour le compte de divers particuliers. Sur les plaintes de cette action au roi Ferdinand, ce prince prit le parti d'en écrire à Louis XL Sa lettre est datée du 9 décembre 1474; Ferdinand y qualifie Chris* Cophe Colomb de sujet du roi Louis XI : c'est que, comme on sait, Colomb étoit Génois, et que Louis XI étoit seigneur souverain de Gènes, quoique cette ville et celle de Savone fussent tenues de lui en fief par le duc de Milan. »
Dans le concile de Reims, en 1148, anqnel prési* dait le pape Eugène lll, on condamna un gentilhomme de Bretagne, nommé Éon , espèce de bn qoî se disait le
fiU de Dieu, pour avoir lu dans la formule qu'on emploie pour les exorcismes : Per eum qui venturtis estjudicare vivos et mortuos; « Par celui (en latin, eum) qui doit venir juger les vivants et les morts. » Il mounit en pri^r son, et laissa une foule de sectateurs que les supplices ne pyrent désabuser ^
* Tyr fut entièrement détruite par un des sultans, Mamelus Bondocdar, à la fin du treizième siècle, pour empêcher les Francs de s*y nicher, comme ils avoient fait auparavant. Des gens qui y ont été m*ont dit n*y avoir vu que trois colonnes; que quand on voudroit les rétaWir, on le feroit inutilement, le port étant comblé ^ »
« Strabon dit que, de son temps, on voyoit encore les restes de Sodome, et on reconnoissoit la tour, soit que ce fussent les restes de la véritable Sodome , soit que ce fussent ceux des autres villes à qui l'on donnoit le nom de Sodome. Quelqu'un me voulut soutenir qu'il y avoit eu depuis une église à Sodome (qui, par conséquent, auroit été rétablie), et qu'on trouvoit un évoque de Sodome dans les souscriptions des conciles. Ce discours m'étonna fort, et ayant cherché quel fondement il pouvoit avoir, je trouvai que cet enragé d'Isidore Mercator avoit forgé un évéque de Sodome, et Tavoit mis avec un saint Nicolas parmi les pères du concile de Nicée =*. »
Boileau a immortalisé, par un vers du Lutrin, le siège que soutinrent dans leur couvent les religieux augustins
* J.-L. Mosheim, Hi$t, ecclésiastique, III, p. 133.
* Longueruana, p. 105.
*/Wd., 174-175.
de Paris contre le guet à pied et à cheval. Ce fameux siège méritait saQs doute d'être recommandé au souvenir de la postérité; mais enfin les religieux n'avaient fait qu'une guerre défensive, et il est bien plus curieux de voir des religieuses prendre l'offensive contre des moines, leurs voisins, les chasser par deux fois de leur couvent, qu'elles voulaient envahir, et n'être que trèsdifficilement réduites à la raison par un bref du pape, soutenu d'un détachement de trois cents hommes de troupes réglées.
Les religieuses hospitalières des Incurables de Naples avaient prié les pères de TOratoire, dits de Saint-Jérôme, de leur rendre un terrain contigu à leur hôpital, et avaient été refusées avec hauteur. Elles prirent le parti de s'en rendre maîtresses par la force. Dans la nuit du 4 au 5 novembre 1728, elles firent enfoncer les portes du couvent de Saint-Jérôme, chassèrent les religieux de leurs cellules et de tout l'intérieur de leur maison, et ne leur permirent pas d'en emporter la moindre chose.
Le lendemain, elles firent murer les portes de ce couvent pour l'unir à leur monastère. Effrayés d'une pareille obstination, les pères de l'Oratoire portèrent plainte à l'officialité; mais l'official ne voulut prendre aucun parti sur cette affaire sans l'avoir communiquée au pape et sans avoir reçu ses ordres.
Cependant on autorisa les religieux à rentrer provisoirement dans leur maison, attendu qu'il semblait dur qu'ils couchassent en plein aie, tandis que les religieuses hospitalières auraient deux couvents pour une seule communauté.
Ils s'y croyaient en sûreté, lorsque, le 13 du même
mois (novembre), les religieuses, ayant pris le temps où les pères de Saint-Jérôme étaient au réfectoire, firent enfoncer les portes de la maison et les en chassèrent une seconde fois. Ensuite, pénétrées du principe qu'il faut ôter à Tennemi tous ses moyens de défense, et surtout lui couper les vivres, elles enlevèrent toutes \e$ provisions de la maison.
Informé de cette seconde violence, et voyant qu'il fallait enfin joindre les armes temporelles aux armes spirituelles pour réduire des guerrières aussi opiniâtres, le vice-roi fit marcher, vers les deux heures après midi, un détachement de trois cents hommes. L'officier qui le commandait voulut d'abord ramener les religieuses à la raison par les voies de la douceur, mais toutes les exhortations furent inutiles; elles se moquèrent de lui et l'invitèrent à aller prêcher les brigands de la Calabre, en assurant qu'il avait assez d'éloquence pour les convertir. Il fut donc obligé de faire saisir les plus mutines et de les faire enfermer dans l'intérieur de leur monastère ; après quoi, il fit rentrer les religieux dans leur couvent, où il laissa une garde de soixante hommes commandée par un capitaine et un lieutenant. Cette garde y resta six ou sept jours, et les religieuses anciennes paraissant soumises aux ordres du gouvernement, on crut, an bout de ce temps, pouvoir rendre la liberté à celles qui avaient été enfermées.
Bientôt après arriva le bref du pape, que l'official avait attendu pour se déterminer ; il était favorable aux pères de Saint-Jérôme. Les religieuses de l'hôpital des Incurables, qui les avaient chassés deux fois de leur couvent» furent condamnées, pour la plupart, à jeûner pendant plusieurs mois au pain et à l'eau, au silence le plus ri-
goureux et à plusieurs autres pénitences canoniques. Celles qui avaient joué un rôle plus actif dans la révolte furent déclarées incapables de posséder aucune charge dans leur monastère.
Il semble, du reste, qu'à cette époque Tesprit d'insubordination et de vertige ait été plus particulièrement répandu parmi les religieuses d'Italie. Un des couvents de femmes de Viterbe en donna un autre exemple presque aussi singulier.
Les religieuses qui occupaient cette maison voyaient avec peine que l'on élevât dans leur voisinage un bâtiment qui devait leur ôter une partie de la vue dont elles jouissaient. Elles firent diiférentes représentations à ce sujet, et, voyant qu'on n'y avait point d'égard, elles sortirent processionnellement de leur maison, ayant la prieure à leur tête, et employèrent la force pour chasser les maçons et autres ouvriers; ensuite elles dépêchèrent un exprès à Rome pour obtenir l'absolution des censures qu'elles avaient encourues en violant les lois de la clôture.
il faut du temps avant que l'opinion publique parvienne à renfermer chaque homme dans lesTonctîons de son état.
Sous le règne de Louis XIII, premier sujet d'un prêtre, le cardinal de Richelieu était grand maître de l'artillerie; le cardinal de la Valette était général d'armée, commanda en Lorraine, en Allemagne, en Flandre, en Italie, et Turenne servait sous lui; Sourdis, archevêque de Bordeaux, était amiral.
Sous le règne de Heuri IV, les présidents Chevalier et de Marcilly eurent un démêlé violent. Le roi ayant voulu
en être instruit, le duc de Montpensier fut chargé de lui en faire le rapport. Ce prince entendit les deux parties; Marcilly s^avoua coupable, et lui remil le projet d*une satisfaction telle qu'il entendait la faire à Chevalier, en présence de telles personnes que celui-ci voudrait nommer, et de la manière qui lui serait le plus agréable.
Chevalier ne semblait pas trop content de la réparation, mais le roi la trouva suffisante, et ordonna au duc de Montpensier de réunir les deux parties pour qu'elle s'effectuât, avec injonction à Chevalier de la recevoir.
Chevalier et Marcilly, se trouvant donc vis-à-vis l'un de l'autre, la volonté du roi, qui était confirmée au jugement des maréchaux de France, des seigneurs et gentilshommes de la cour, auxquels le tout avait été communiqué, leur fut intimée, et Marcilly, s'y soumettant en présence des personnes ci-dessus désignées, et tête nue, fit à Chevalier la réparation suivante :
« Monsieur, il y a quelque temps que, étant sur le chemin de Gentilly, où je vous attendois de propos délibéré, accompagné de plusieurs des miens qui étoient comme moi à cheval, avec armes et tout avantage, je courus à vous, qui étiez dans votre carrosse, en pourpoint, sans armes, avec madame votre femme et ses servantes seulement, et vous outrageâmes, moi et les miens par mon commandement, de paroles et de coups d'épée; etoultre, je vous frappai d'un bâton , vous ne m'en ayant donné aucun sujet, n'ayant pour lors aucun moyen de vous en venger; et vous, m'ayant prié de vous faire au moins donner l'épée d'un des miens pour vous faire raison de ce que je prétendois avoir à vous demander, et que je vous refusai; même, je voulus vous contraindre de vous mettre à genoux; et que vous ne voulûtes le faire, ains
me dites que je vous pouvois bien tuer avec Tavantage que j'avois sur vous, mais non pas vous faire mettre à genoux; qu il n y a homme de bien au monde, lequel étant en Télat ou vous étiez, ne puisse recevoir un tel outrage.
» Je reconnois vous avoir fait cette offense de propos délibéré, contre toute raison et la façon de procéder des gens de bien et d'honneur qui est due à ceux de votre qualité et mérite. Je voudrois savoir le moyen par lequel je vous en puisse faire satisfaction suffisante; si je lésavois, je le ferois, quand il y iroit de ma vie même : fiétoit l'arrêt que je connois avoir été donné, contre moi, au parlement, et VexéciUion ignominieuse qui s'en est suivie, je me soumettrais* à recevoir de vous, à votre discrétion, pareils coups que je vous ai donnés ; je vous supplie de me pardonner et intercéder pour moi envers le roi et messieurs dudit parlement, pour faire arrêter le cours desdites punitions que j'ai méritées; que je demeurerai votre ami et votre serviteur, vous assurant que si telle chose m'étoit arrivée, je me contenterois d une satisfaction pareille à celle que je vous fais, laquelle recevant, f avoue que vous me donnez la vie, »
Chevalier répondit ce qui suit :
« Monsieur, puisque le roi a trouvé la soumission et satisfaction que vous me faites suffisante , et que vous , Monseigneur (de Montpensier), et Messieurs qui sont ici près de vous le jugent tel, et que Sa Majesté me commande si expressément de m'en contenter, je veux bien vous pardonner. »
Âpres cette déclaration, le duc de Montpensier remontra au président de Marcilly Ténormité de sa faute, et l'exhorta de se mieux comporter à l'avenir.
Au bas de la réparation, il fut encore écrit:
« Je confesse à tous qu'il appartiendra avoir fait la soumission et satisfaction susdite à M. Chevalier, en la forme susdite, et en présence que dessus, ce douzième jour de décembre 1604. »
Signé, Deschamps-Marcilly.
Il fut signé un autre acte signé du duc de Montpensier, des maréchaux de France, des chevaliers du Saint-Esprit et des autres seigneurs et gentilshommes qui avaient assisté à la réparation.
Depuis le milieu du règne d'Elisabeth, on brûlait tous les ans à Londres, le 17 novembre, jour anniversaire de la naissance de la reine, une effigie du pape. En 1679, après la découverte du prétendu complot connu sous le nom de medl tuh plot, cet auto-da-fé se fit avec plus de pompe que jamais. Voici les détails que nous trouvons à ce sujet dans une brochure fort rare, intitulée: Thebuming ofthe pope at Temple-Bar in London , et dans une feuille tout aussi introuvable citée par W. Scott dans le sixième livre de son édition de Dryden :
t Le 17 novembre au soir, le cortège se mit en mouvement et se rendit de Moorgate à Bishopsgate-street, Houndsditchet Albgale, etc., par Cheapside i Temple^ Bar. La procession suivait cet ordre :
» Six fifres (whistlers) ouvraient la marche, en jaquette rouge, av^c des bonnets de pionniers.
» Après eux venait un sacristain qui faisait sonner une cloche, et s'écriait de temps à autre, d'une voix lamen* table : Remember jmtice Godfrey.
» Puis l'on voyait un cadavre qui représentait Godfrey,
en habit noir, pâle, sur un cheval blanc, avec des taches de sang sur les mains, la poitrine, et sur les vêtements et ses gants blancs; derrière lui se trouvait l'un de ses assassins, qui le soutenait pour Tempécher de tomber.
» Ensuite venait un ecclésiastique dont le surplis était brodé de squelettes et de têtes de morts. Il promettait indulgence pléniére à quiconque tuerait des protestants.
» Il était suivi d'un autre ecclésiastique qui portait une grande eroix en argent, de quatre carmes, de quatre moines gris et de six jésuites, armés de poignards ensan*
» Puis venaient quatre musiciens avec des instruments à vent, appelés watts; puis quatre évéques vêtus de pourpre, ayant des croix d'or sur la poitrine et la crosse a la main ; puis quatre évéques en habits poniifieaux, la mitre sur la tête; ensuite six cardinaux vêtus d'écarlate; et entin le médecin du pape, tenant d'une main de la poudre de jésuite, de l'autre un verre à urine * . Le pape fermait la marche; il était assis sur un magnifique char de triomphe, qui formait une espèce de trùne, recouvert d'écarlate, richement brodé et garni de franges, de croix et de globes d'or. A ses pieds se trouvaient deux enfants de chœur, portant d'une main un drapeau de soie blanche, parsemé de croix rouges et de poignards sanglants, de l'autre, un encensoir. Le pape était vêtu d'une longue robe écarlate, bordée d'hermine et garnie de cordons d'or et d'argent. Sa tête était ornée d'une tiare en or; sur sa
* Ce personnage représentait Georgewa Keman, médecin de répouse de Charles II. Il était catholique et s*éta^t trouvé im< pKqué dans le complot des papistes ; on l'avait condamné à mort; mais, sur la déposition de quelques conjurés, il fut acquitté plus tard.
poitrine brillait un riche collier en pierreries, avec les clefs de saint Pierre et une grande quantité de chapelets, i^Agntis Dei, et4*autres insignes catholiques. Derrière le saint père, on voyait le diable qui l'embrassait et qui Taccablait de caresses , lui parlait à Toreille , et de temps en temps lui conseillait à haute voix d'exterminer le roi, de forger un complot protestant et d'incendier une seconde fois la ville ; à cet effet, il avait un brandon allumé à la main.
» Plusieurs milliers de flambeaux éclairaient cette bizarre procession. Une foule immense l'accompagnait en poussant des cris de joie : les balcons et les fenêtres des maisons étaient garnis de spectateurs, dont le nombre peut être évalué, pour le moins, à 200,000. Le cortège se rendit dans le plus grand ordre à Temple-Bar, où Ton tira des feux d'artifice pour divertir les spectateurs. La statue de la reine Elisabeth, à Temple-Bar, était ornée d'un laurier doré, et portait un superbe bouclier, avee cette inscription : « La religion protestante, la grande » Charte. »
Après qu'on eut chanté une chanson satirique analogue à la cérémonie, on alluma un grand feu, vis-à-vis la porte intérieure du temple; enfin Sa Sainteté, après avoir fait quelques façons, fut jetée dans les flammes : le diable , en vrai jésuite, partit d'un éclat de rire en voyant le malheur de son favori.
Depuis Tavénement de la troisième race au trône de France jusqu'à la proclamation de la république en 1792 , c'est-à-dire dans un espace de 805 ans , la couronne a été portée par trente rois, qui tous ont été mariés.
Les reines sont au nombre de 50. De ces mariages, il est sorti 198 enfants, divisés en nombre égal pour chaque sexe, 99 garçons et 99 filles. Mais , outre ces 198 enfants, nos rois en ont eu encore 3*8 d*illégitimes, un peu plus d'un par tête, ce qui porte à 236 le chiffre total de leur progéniture.
Les souverains appelés au trône d'Angleterre doivent, suivant un ancien usage, payer 100 livres sterling au doyen du chapitre de Westminster le jour de leur couronnement. Lors de celui de Georges I®', un chanoine se présenta devant lui et développa la liste de tous les souverains qui avaient acquitté cette redevance. Georges remarqua que Jacques II (le détrôné) n'y figurait pas: « aussi, dit le chanoine, en a-t-il eu pour son argent. »
On pourrait former un volume assez curieux des adresses présentées à divers souverains-de la Grande-Bretagne, et des réponses qu'ils ont faites.
L'adresse des bourgeois de Coventry h la reine Elisabeth mérite d'être citée la première :
We, men of Coventry, Are very glad to see Your gr.acious Majesty.
Good lord ! how f air you be.
« Nous, habitants de Coventry, sommes fort joyeux de voir Votre Gracieuse Majesté... Bon Dieu! que vous êtes belle! »
Réponse de la reine.
My gracious Msgesty Is very glad to see You men of Coventry.
Good lord 1 how fools ye be.
« Ma gracieuse majesté est fort joyeuse de vous voir, messieurs les habitants de Coventry. Bon Dieu! que vous êtes sots ! »
Au dix-septiéme siècle, la question de savoir si les biens particuliers des rois de France doivent retourner à la couronne avait déjà été agitée, et, comme il arriva de nos jours, lorsqu'on la renouvela en de graves circonstances, qu'il serait oiseux de rappeler, elle avait été résolue affirmativement par les uns, négativement par les antres.
« Lorsque Henri IV, lisons-nous dans les Mémoires d'Amelot de la HoussayeS donna le duché de Vendôme à César, son Gis naturel, pour le tenir aux mêmes droits que l'avaient tenu les ducs précédents, ses pères, le parlement fit difiiculté d'en vérifier les lettres, disant que c'était une aliénation contraire aux lois du royaume ; mais le roi répondit en colère qu'il avait apporté un assez grand patrimoine a la couronne pour avoir la liberté d'en donner une petite partie à son fils aîné. A quoi le parlement se rendit, se contentant d'apposer à la vérification cette clause : Sans tirer à conséquence pour les autres biens patrimoniaux du roy.
> Quand Louis le Grand eut acheté le palais d'Orléans,
* T. III, p. 86,
366 CURIOSITÉS HISTORIOUES.
autrement dit le Luxembourg, il dit au procureur général du Harlay, aujourd'hui premier président, que c'était pour remplacer le Palais-Royal, qu'il avait donné à M. le duc de Chartres, son gendre. Ce magistrat lui demanda en quel nom il l'avait acheté? — Au mien, répondit le roi. — ^Tantpis, Sire, répliqua le procureur général, car tout ce que vous acquerrez en votre nom appartient à la couronne , et, par conséquent. Tachât du Luxembourg ne remplace pas Taliénation que vous avez faite pour assurer la possession du palais-Royal à M. le duc de Chartres ; il fallait acheter le Luxembourg en son nom, pour en faire échange avec le Palais-Royal. »
L'abbé de Longuenie soutenait la thèse contraire. On lit dans le curieux ana qui porte son nom, et qui est la fleur éruditc des conversations où brillait si bien sa merveilleuse mémoire :
« Ils disent au palais que les biens possédés par nos rois avant leur avènement à la couronne s*y réunissent de droit. Où ont-ils pris cela? Où en est la loi? Ils ne sauraient la montrer. Le prouveront-ils par les faits? Les faits leurs sont contraires. Louis XII ordonna que ses biens passeraient à ses filles, et Tordonnance en fut enregistrée au parlement.
» Jusqu'à Charles IX, le comté de Bloîs n'était pas censé réuni à la couronne, puisque c'est lui qui en fit la réunion. Henri IV regardait M. de Rohan comme son héritier et le nommait tel, pour les biens de sa mère, si lui et sa sœur, Catherine de Bourbon, mouraient sans laisser d'enfants ; et quand il donna le duché d'Albret à Henri H, prince de Condé, ce fut comme disposant d'une terre qui lui appartenait de son chef. »
Jacques l^', se rendant d'Edimbourg à Londres, où il allait régner, atteignit, le vingt-deuxième jour de son voyage, vers le soir, la maison d'Hinchinbrook, où Tonde du fameux Cromwell, nommé lui-môme Olivier CromwelU faisait sa résidence d*été.
La manière dont il. y fut reçu fit grand plaisir à Jacques, et, par la suite, il retourna souvent à Hinchinbrook. Les visites royales causaient tant de dépenses à ceux qui en étaient honorés, qu elles ruinaient beaucoup de familles : aussi le monarque allait-il voir de préférence les grands, dont il voulait affaiblir la puissance.
Ce n*était sans doute pas dans des intentions aussi amicalement hostiles qu'il venait chez Olivier; toutefois ces nombreuses visites obligèrent celui-ci à se défaire successivement de tous ses domaines. Vers l'époque où Charles l^' monta sur le trône, il se vit forcé de vendre môme sa terre de Hinchinbrook. Il n'en resta pas moins fidèle à ses rois, et môme, lorsque son neveu fut parvenu au faîte de la puissance, il ne déserta pas la cause des Stuarts. Cela nous explique pourquoi le protecteur, bien qu il témoignât toujours le plus grand respect pour son oncle, lui fit enlever son argenterie et ses armes, sous prétexte de les employer au service de l'État; et lorsque, à l'âge de quatre-vingts ans, le malheureux vieillard se fut retiré à Ramsey, son implacable neveu frappa la ville d'une contribution considérable, avec menaces de l'incendier en cas qu'elle refusât de payer. L'oncle de Cromwell envoya mille louis au protecteur et fournit quarante chevaux de montures; mais, peu satisfait de ces sacrifices, son neveu mit toutes ses propriétés sous séquestre. Malgré toutes ces persécutions, Olivier Cromwell persista dans son attachement à la fille de ses souverains ; il mourut â
l'âge de quatre-vingt-treize ans, dans la plus profonde misère. Il fallut Tenterrer furtivement pendant la nuit, de peur que les créanciers ne s*emparassent du corps comme d'un nantissement.
Les fortunes gigantesques de quelques particuliers ne sont pas choses nouvelles et propres à notre seule époque. Les siècles antérieurs ont eu leurs Rothschild ; nous pourrions citer Ango de Marseille, Jacques Cœur de Bourges, et mille autres ; nous aimons mieux nous en tenir à une seule de ces'opulentes familles, celle des Fugger ou des Fouckres d'Âugsbourg, comme rappelle Rabelais.
Elle descendait de pauvres tisserands, et devint en moins de cent cinquante ans, de 1300 à 1450, Tune des plus riches et des plus illustres de la Souabe. C'est par le commerce et par la banque qu'elle s'enrichit et s'ennoblit.
Augsbourg était son principal comptoir. Rien de ce qui touche au négoce ne lui était étranger : expéditions de marchandises, comptoirs d'escompte, fournitures des palais impériaux, exploitation des mines, les Fugger s'entendaient et réussissaient à tout.
Au commencement du seizième siècle, leur fortune fut a son comble ; c'est alors qu'ils vinrent souvent en aide au trésor épuisé des empereurs. Maximilien les en récompensa en 1510. Il érigea en baronnie les terres considérables qu'ils possédaient dans le diocèse de Constance. Plus tard, ils devinrent comtes de l'empire, comme on l'apprend par les observations de Sainte- Marthe sur les lettres de Rabelais.
Charles-Quint fut souvent leur débiteur ; il logea plus d'une fois dans leur maison. Un jour, en sa présence,
ils mirent, dit-on, dans la cheminée un fagot de cannelle, substance fort rare alors, qu'ils allumèrent avec le reçu d'une somme très-importante qu'ils lui avaient prêtée.
Âugsbourg fut dotée par eux de magnifiques monuments et d'établissements philanthropiques sans nombre.
Ulric , Jacques et Georges Fugger, tous trois frères, mirent à son apogée la fortune de la famille. Ulric fut le premier qui entra en aflTaires avec les empereurs. Maximilien lui avait engagé pour une somme considérable le comté de Kirchberg et la seigneurie de Weissenhom ; ces terres , données en nantissement , restèrent dans la famille ; elles forment même encore le fief de l'une des branches qui en subsistent aujourd'hui.
Le fils d'Ulric, que le pape Paul III fit son camérier, titre dont il s'honora jusqu'à ce qu'il se fût fait protestant, aimait les arts et les lettres ; c'est par lui que les œuvres d'Albert Diirer commencèrent à être connues en Italie ; il encouragea Henri Estienne et l'aida de son argent pour la publication du Trésor de la langue grecque; on dit même que ses énormes dépenses en manuscrits forcèrent sa famille de lui retirer l'administration de son bien. Il mourut à Heidelberg, en 1584, à l'âge de cinquante-huit ans y léguant sa magnifique bibliothèque à Télecteur palatin.
Ce furent Antoine et Raimond, fils de Georges, et par conséquent neveux d'Ulric, qui furent les banquiers et les hôtes de Charles-Quint. En reconnaissance des sommes énormes qu'ils lui avaient prêtées pour son expédition contre Alger, ils obtinrent de lui le droit de battre monnaie. Charles-Quint avait une si haute idée de leurs immenses richesses que, visitant à Paris le trésor de la couronne, il dit : « II y a un tisserand à Augsbourg qui,
avec son or seul , pourrait payer tout cela comptant. » Antoine, chez lequel il logeait de préférence, notamment en 1530, pendant la célèbre diète d'Augsbourg , laissa à sa mort six millions d*écus d*or en espèces, une immense quantité de joyaux et de bijoux, et des biens immenses dans toute TEurope et jusque dans les Indes.
Aujourd'hui, en outre de la branche de Kirchberg, dont nous avons parlé , il reste encore de la maison des Fugger la branche des Babenhausen, élevée au titre de Tempire par François II en 1807. Il a paru un beau recueil de portraits des membres de la famille des Fugger sous ce titre: Fuggerorum et Fuggerarum imagines, 1598, 1620.
« Des mœurs étonnantes, introduites depuis plus de sept cents ans chez les chrétiens, permettaient que des prêtres fussent seigneurs temporels et guerriers. Louis XIV soudoya Tarchevôque de Cologne, Maximilien de Bavière, et ce même Van-Galey, évêque de Munster, abbé de Corbie en Westphalie, comme il avait soudoyé le roi d'Angleterre, Charles II. Il avait précédemment secouru les Hollandais contre cet évéque , et maintenant il le paye pour les écraser.
» C'était un homme singulier, que l'histoire ne doit point négliger de faire connaître. Fils d'un meurtrier, et né dans la prison où son père fut enfermé quatorze ans, il était parvenu à l'évéché de Munster par des intrigues secondées de la fortune. A peine élu évoque, il avait voulu dépouiller la ville de ses privilèges. Elle résista, il l'assiégea, il mit à feu et à sang le pays qui l'avait choisi pour son pasteur. Il traita de même son abbaye de Corbie. On le regardait comme un brigand à gages.
qui tantôt reeevaît de l'argent des Hollandais pour faire la guerre à ses voisins, tantôt en recevait de la France contre la république K »
M. d^ Lévis, dans ses Sotivenirs ', après nous avoir parlé de 4*agitation'« qui régnait continuellement à Genève, petite république, dit-il, où Ton avait de temps immémorial autant de goût pour la controverse que d'aversion pour les voies de fait , » ajoute en note : « Dans un voyage que je fis à Genève, en lîf82, on me montra la rue où, dans une de leurs nombreuses révolutions, on s'était battu pendant deux heures avec des seringues chargées d*eau bouillante. Plût à Dieu que cette ridicule artillerie eût été la seule arme employée dans nos dis-^ cordes civiles ! »
Dans une note officielle, publiée par M. F. Schœll, indiquant le nombre des cadavres d'hommes et de chevaux qui ont été brûlés en Russie après la retraite de l'armée française, on trouve le résultat suivant :
Cadavres. Chevaux.
Dans le gouvernement de Minsk, jusqu'au 15 janvier 1813 18,797 12,746
Dans le même, il restait à brûler, à la
môme date 30,106 27,316
Dans le gouvernement de Moscou , jusqu'au 15 février 49,754 27,859
Dans le gouvernement de Smolensk, jusqu'au 20 février 70,735 50,430
Dans le gouvernement de Wilna 72,203 9,407
Dans le gouvernement de Kalouga 1,017 4,384
Total 242,612 132,142
• Voltaire, Siècle de Louis XIV, chap. x.
372 QURIOSITÉS mSTORIQUES.
A eeC efliroyable déDombranent, b Gazette de SmtU-' Pàenbourg ajoute qo'il est loio d'être complet, parce que les gouverneurs des provinces avaient déjà fiût brûler un grand nombre de cadavres avant d'avoir reçu l'ordre d'en faire le relevé.
• Le 2 pluviôse an 5, on célébrait sur la place publique de Toul la cérémonie civique de c haine i la royauté. > Un général de division de l'armée firaoçaise qui traversait Toul voulut assister à la cérémonie avec les troupes sous ses ordres. Après le serment prêté par les autorités civiles et par la garde nationale, ce général s'avança au milieu du carré formé par les troupes, et prononça d'une voix forte la formule suivante : « Je jure haine à la royauté et fidélité inviolable à la république; » puis il signa le procès-verbal de la cérémonie, dont l'original se conserve dans les registres des délibérations de l'hôtel de ville. Ce général, dont la ville de Toul garde ainsi l'autographe dans ses archives, était J.-B. Bernadette, depuis roi de Suéde et de Norvège sous le nom de Charles-Jean XIV '.»
M. de Kolli, baron piémontais, avait formé, en 1810, le projet de faire évader le roi Ferdinand VII et la famille royale d'Espagne de leur prison de Valençay, et de les amener sur la côte de France, où une petite escadre anglaise, commandée par l'amiral Cockburne, les attendait. Muni des instructions et des pouvoirs du marquis de
* Revue de bibliographie, i. Il, p. 333.
Weilesley, le baron de KoUi se rendit de Londres à Paris pour]rpréparersesmoyen$d*exécution. Arrêté le 24mars, au moment même où il se disposait à partir pour Valençay, il fut conduit devant Foucher. Ce ministre, n'ayant pu l'engager à convertir sa mission en une trahison déguisée, pour attirer Ferdinand Vil dans le piège que lui tendait Bonaparte, fit jeter Kolli dans les cachots de Vincennes, où il devint le compagnon d'infortune de MM. de Polignac. Pendant qu il était en butte dans sa prison aux séductions, aux menaces et aux vengeances muettes de la police, Fouché et Desmarets se procurèrent un individu, nommé Albert, d une ressemblance suffisante avec le baron deKolli; on lui remit les lettres de créance qu'on avait enlevées au baron, et on lui donna Tordre d'aller parodier auprès des princes espagnols le rôle du personnage qu'il devait y représenter. Mais le roi Ferdinand, soit qu'il fût en garde contrôles embûches de Bonaparte, soit que la résignation ne lui permit pas même alors l'espoir de sa délivrance, refusa tout contact direct avec l'agent de la police, empêcha qu'il n'approchât des infants don Carlos et jdon Antonio, et fit connaître sans détour ce qui se passait par la voie de M. Damezapa, son chambellan, à M. Bertheim, commandant du château.
Le faux Kolli, malgré le bruit semé alors à dessein, et consigné dans les journaux, de prétendues poursuites contre lui qui n'ont jamais eu lieu, en fut quitte pour ne pas toucher les 12,000 francs qui devaient être le prix de sa perfidie.
Cependant le vrai Kolli, après avoir gémi quatre ans à Vincennes, où le mauvais succès d'une tentative d'évasion et le délabrement de sa santé avaient singulièrement aggravé ses maux, fut transféré enchaîné au château
374 CURIOSFTÉS HISTORIOUES.
de Saurour, d'où il ne s(HrUi qu*mi retour du roi, le 16 avril 1814.
L'alliance de rAutriche et de la France au dix-huitiéme siècle démentait toutes les prévisions et toutes les traditions de la politique européenne : c'est M. de Kaunitz qui la prépara.
Cet homme si futile dans ses goûts, si profond dans les affaires, comme disait Frédéric II, était encore jeune et cachait sous les apparences de la légèreté des talents de premier ordre. Dès le congrès d'Âix-la-Chapelle, il avait jeté en avant des ouvertures qui donnèrent plus tard une grande consistance aux propositions de l'impératrice. « Si Louis XV, disait-il, voulait obliger Frédéric II a restituer la Siléaie, Marie*Thérèse céderait la Flandre et leBrabantà la France. » Ces offres semblaient vaines, car au moment où il les faisait, la liaison du cabinet de Versailles et du monarque prussien était trop intime pour qu'il y fût accordé la moindre attention. L'abaissement de la maison d'Autriche était encore le programme de tous les honun^ d'État français, et H. de Puysieux, plénipotentiaire de Lonis XV, jugea superflu de transmettre à son souverain les adroites insinuations de Kaunitz. Harie-Thérèse, cependant, renouvela les mêmes ouvertures à Blondel, chargé d'affaires à Vienne, et plus tard au marquis d'Hautefort, ambassadeur de France.
En outre, elle envoya Kaunitz à Paris, où il travailla sur la môme donnée avec une persévérance et une adresse qu'on ne saurait trop admirer. « Il répétait sans cesse, dii le dernier historien de Louis XV, que Frédéric II avait
payé de la phis noire ingratitttde les services de la France ; il ajoutait que les États du second ordre tendent toujours à tout iNToniller pour s*arrondir, et que Innion des grandes puissances pouvait seule les contenir et assurer une paix durable. Ces paroles ébranlaient peu à peu les préjugés anciens. >
Eh attendant qu'elles eussent produit l'effet qu'il en pouvait attendre, Kaunitz s'appliquait à gagner les bonnes grâces de la &vonte. Elle avait sur le cœur les sanglantes épigrammes que le philosophe de Sans-Souci se permettait contre son firére de Versailles, le roi trés-chrétien, adultère au premier chef et champion zélé de l'Église. Louis XV, inspiré par elle, haussait Frédéric 11, infldéle allié, monarque irréligieux et libre penseur, qui se moquait en .même temps du pape et de madame de Pompadour. Choiseul et Bemis aidaient la favorite, dont ils étaient les créatures, et tons trois, après tout, obéissaient, instruments dociles, i l'impulsion secrètement donnée par Kaunitz; Starhemberg, qui remplaça ce dernier comme ambassadeur en France, lorsqu'il fut placé à la tête de la monarchie autrichienne, n'eut qu'à suivre pas à pas les errements de son habile prédécesseur.
Une fois à Vienne, et possédant toute la confiance de Marie-Thérèse, Kaunitz sut la décider i ces démarches humiliantes, mais justifiées par la raison d'État, qm lui gagnèrent définitivement le cœur et l'assistance de la maîtresse royale. • J'ai bien flatté Farinelli le chanteur, > disait l'impératrice à Kaunitz, qui crut devoir s'excuser du sacrifice auquel il conviait sa souveraine. L'événement prouva que le calcul était juste. Le crédit de la marquise balança l'autorité du conseil, dont on résolut de se passer, certain que la majorité ne sanctionnerait jamais l'alliance
projetée. Les négociations entre l'Autriche et la France, entamées à Babiole par Starhemberg et Remis, se continuèrent an Luxembourg chez Thistoriographe Dnclos, et le roi finit par qommer une commission spéciale pour discuter cette grande affaire, c'est-à-dire en réalité pour en assurer Tissue.
Sans parier des autres avantages que Marie-Théirése allait devoir à Tappni si peu attendu de la France, elle bouleversait le système entier de la politique européenne, brouillait Louis XV avec ses alliés naturels, l'entraînait dans une guerre continentale où s'absorbe* rent des richesses que, mieux inspiré, il eût exclusivement consacrées au développement de la marine française; enfin, elle faisait descendre au second rang des nations l'altière rivale qui, depuis tant d'années, toujours menaçante et armée, contenait l'Autriche dans ses frontières si souvent envahies. L'agrandissement de la Russie, le partage de la Pologne, étaient en germe dans ces cofubinaisons, qui tout d'abord amenèrent la guerre de sept ans.
Et tout cela parce qu'un roi spirituel et goguenard s'était raillé d'un roi libertin, d'une favorite femme forte et bas bleu, d'un ministre bel-esprit, M. de Remis, qu'il n'appelait jamais que Babet la bouquetière. Cet épisode eût dû rentrer dans notre chapitre des Petites causes et des petits moyens.
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