‹ Curiosités historiquesChapitre 10 sur 15 · UN DES JEUNES GENS · texte numérisé non relu

UN DES JEUNES GENS

Monsieur, c'est une de nos dévotes que nous amenons au Catéchisme.

l'intrus.

Bon, bon, allons, pas tant de tapage; nous sommes dans le lieu saint.

(Pendant ce tetns-lày quatre ou cinq jeunes gens vont se poster à la porte de l'église^ pour empêcher la dévote d'en sortir. Celle-ci est forcà de prendre place dans un banc)

l'intrus, s avançant vers elle, lui dit d'un ton doucereux,

Qu'avez-vous donc, ma fille? Pourquoi avezvous peur de moi ? Je ne suis pas un loup.

LA DÉVOTE

Tout le monde n'en convient pas. Monsieur.

Il y a loup et loup comme il y a brebis et brebis.

l'intrus.

Oh ! vous êtes savante !

LE CATÉCHISME d'uN CURÉ INTRUS.

LA DÉVOTE

Monsieur, il ne faut pas être savante pour savoir que moi, par exemple, je suis par la grâce de Dieu une de ses brebis, et que quelqu'un qui viendroit pour dévorer mon âme, pourroit bien être appelé un loup pour le spirituel.

l'intrus.

Je suis donc un loup selon vous, qui vietit pour dévorer votre âme !

Je ne dis pas cela. Monsieur, mais je pourrois bien le penser.

l'intrus, faisant semblant de rire.

Allons, allons, vous êtes une méchante.

(// se fait un murmure dans l'assemblée.}

l'intrus, frappant sur son bonnet carré.

Allons, qu'on se taise, s'il vous plaît (j)uis il continue de parler à la fille) : Vous voyez, ma

38 LE CATÉCHISME d'uN CURÈ INTRUS.

bonne enfant, que je ne suis pas fait autrement qu'un autre; je porte les mêmes habits que votre ancien curé.

LA DÉVOTE

Monsieur, il y a long-tems que mon père m'a appris que l'habit ne fait pas le moine. La soutane et le surplis pourroient bien aussi ne pas faire le curé.

l'intrus, avec un ton de colère.

Vous êtes une babillarde.

LA DÉVOTE

Monsieur, on pou voit bien me laisser chez moi, et vous, vous pouvez bien ne pas m'interroger. Je réponds à ce que vous me dites.

l'intrus, s adoucissant.

Tout beau, tout beau; ne nous fâchons pas.

(// retourne vers l'enfant et continue ses interrogations.^

Hé bien, mon enfant, qu'est-ce que l'Église ?

l'enfant.

L'Église est TAssemblée des fidèles qui font profession d'une même foi, sous la conduite des pasteurs légitimes, et surtout de notre Saînt-Pèfê le Pape. .

l'intrus, s' adressant à la dévote.

Hé bien, grande fille, vous voyez bien que je n'ai pas un autre Catéchisme que votre curé*

la dévote.

Monsieur, après le reproche que vous venez de me faire, je ne sais trop s'il vous fera encore plaisir que je parle.

l'intrus.

Vous pensez encore à cela! Bon, dites, dites.

LA dévote.

Je ne sais plus trop ce que Monsieur me demandoit.

40 LE CATÉCHISME d'uN CURÉ INTRUS.

l'intrus.

Je vous disois que vous pouviez voir que je n*ai pas un autre Catéchisme que M. Le Noir, votre curé d'avant moi.

LA DÉVOTE

Non, le Catéchisme n'est pas différent; savoir s*il en sera de même des explications.

l'intrus.

Qpe voulez-vous dire avec vos explications?

la dévote.

C'est, Monsieur, que quand M. Le Noir nous expliquoit Tarticle que vous venez de demander, il s'adressoit à quelqu'un de nous et nous demandoit ce qu'il falloit entendre par Pasteurs légitimes; et il nous faisoit répondre que les Pasteurs légitimes étoient ceux qui nous étoient donnés par l'Église.

l'intrus.

M. Le Noir vous disoit cela pour vous détourner de m'écouter quand je viendrais en sa place.

LE CATÉCHISME d'uN CURÉ INTRUS. 4I

LA DÉVOTE

Bon, Monsieur, il y a plus de dix aos que M. le Curé nous disoit cela; et, il y a dix ans, on ne pensoit guère à vous. Dieu merci. Mais il parloit alors des Protestans qui ont il y a long-tems, chassé leurs vrais Pasteurs pour s'en donner eax*mèmes de leur façon. Il nous disoit donc que nos Évèques d'aujourd'hui avaient été faits Évêques par les Évêques d'avant eux, suivant les loix de l'Église, et qu'ils avoient ainsi été envoyés par l'autorité de l'Église, et que nous remontions ainsi jusqu'aux Apôtres. Que par rapport aux Curés, ils étoîeiit envoyés dans les Paroisses par les Évêques légitimes, et qu'ainsi tant les évêques que les curés étoient pasteurs légitimes, parce qu'ils étoienttous

envoyés par l'Église Au lieu que les Protestans

avoient rompu la chaîne en se faisant à euxmêmes des pasteurs selon leur fantaisie; qu'ainsi notre Église étoit Apostolique et que la leur ne l'étoit pas.

l'intrus.

Oh ! C'est que les Protestans n'ont pas l'Ordination.

42 LE CATÉCHISME d'uN CURÉ INTRUS.

LA DÉVOTE

M. le Curé nous distinguoit tout cela fort clairemeiiLll distinguoit deux défauts dans la mission des ministres Protestans : le premier est le défaut d'Ordination, en ce qu'ils ne sont point ordonnés ; ou, ce qui est la même chose, en ce qu'ils n'ont point pour la plupart reçu le Sacrement de l'Ordre institué par Jésus-Clirist. Le deuxième est le défaut d'autorité dans ceux qui les envoyent, en ce qu'ils sont séparés de l'Église qui a seule cette autorité.

l'intrus.

Oh! il y a bien huit jours que M. Le Noir vous a appris tout cela.

Monsieur^ je puis bien vous montrer tout cela toit de ma main, tel que je pouvois le retenir, il y a au moins dix ans.

l'intrus.

Quoi ! vous écriviez tout cela de mémoire ?

LE CATÉCHISME d'uN CURÉ tKTRUS. 43

LA DÉVOTE

Oui, Monsieur, et je n^étois pa$ k seule.

l'intrus.

Votre curé vouloit donc faire de vous des savons et des savantes?

LA DÉVOTE

Au moins, il ne négligeoit rien pour nous bien instruire des principes de la Religion, et il étoit secondé par une demoiselle fort instruite ellemême, qui nous formoit dès l'âge le plus tendre.

l'intrus.

Vous m'en direz tant !

UN JEUNE HOVME.

Il est certain, Monsieur, que si nous sommes dans l'ignorance, ce n'est point la faute de M. notre Curé. Au reste, toutes ses peines ne sont point perdues. Je ne pouvois pas, moi, vous dire tout cela aussi bien que Mademoiselle, mais je me

44 LE CATÉCHISME d'uN CURÉ INTRUS.

souviens très bien qu'il nous l'a expliqué ainsi, lors de notre première communion, que nous avons faite ensemble.

LA DÉVOTE

Je regarde donc comme certain, Monsieur, d'après l'autorité de ce bon prêtre qui ne disoit rien à la légère, que ce qui manque aux ministres protestans n'est pas seulement d'avoir été ordonnés, mais bien aussi d'avoir été envoyés par l'Église, au lieu que nos Pasteurs nous sont venus jusqu'ici par son autorité. C'est à vous à voir maintenant si vous ressemblez aux pasteurs protestans ou bien à ceux que nous avions avant vous.

l'intrus.

Je ressemble à ceux qui vous ont gouvernée avant moi; je suis prêtre comme eux.

LA DÉVOTE

Oui, mais êtes-vous envoyé comme eux par l'Église?

LE CATÉCHISME d'uN CUEÉ IITTRUS.

MAiTRE PIERRE.

Voilà le nœud.

l'intrus.

J'ai été envoyé par notre Évêque.

LA DÉVOTE

Et votre Évêque, Monsieur, qui Ta envoyé ?

l'intrus.

Il a été sacré par TÉvêque d'Âutun qui lui a

donné sa mission.

LA DÉVOTE

Mais, qui avoit donné à un simple Évêque, qui encore s'étoit démis, le pouvoir envoyer d'autres Évêques partout ? Car un Évêque particulier 'n*a jamais eu ce pouvoir.

l'intrus.

Est-ce que vous ne savez pas qu'il avoit été député à cet effet par T Assemblée NatioQâle ?

LE CATÉCHISME d'u\ CURÉ INTRUS.

LA DÉVOTE

Oh ! Je savoîs bien que vous aviez beau reculer, qu'il foudroit enfin en revenir à cette Assemblée Nationale. C'est donc, Monsieur, de T Assemblée Nationale que vous avez reçu vos pouvoirs? Mais, esKe à FAssemblée Nationale que Jésus- Christ a donné le pouvoir de donner des Ministres à son Église ?

l'intrus.

Mais étiez-vOQs mieux quand c'étoit les Rois qui nommoient, souvent à la recommandation de,..

LA DÉVOTE

Monsieur, vous ne m'amuserez pas avec cela.

C'étoit le Roi qui nommoit, et cela, par le consentement de rÈglise; mais c'étoit le Pape qui confîroioit la nomination du Roi, et qui établissoit les Évèqties. Quant à ce que vous voulez dire des mauvais choix qui se foisoient par des recommandations, en sommes-nous mieux aujourd'hui avec tous les beaux choix de vos Électeurs ?..-

Pour dire que nous sommes encore pis, cela ne valoit pas la peine de tout renverser. C'est une permission de Dieu qu'il y ait toujours eu de bons et de mauvais Prêtres... C'étoit à vous, Monsieur, d'être un bon prêtre dans l'Église de Dieu, et à nous de prier Dieu de diminuer les scandales qûi désolent l'Église, sans nous mêler de ce qui û'est point à notre charge... Tout ce que je sais, c'est que nos anciens Prêtres étoient de vrais Pasteurs envoyés de l'Église, et que vous. Messieurs, vous n'êtes envoyés que parles hommes.

l'intrus.

Oh ! oh ! vous parlez comme un livre,

LA DÉVOTE

Monsieur, je parle comme on me l'a appris.

Notre Curé, qui étoit un très bon Prêtre, à qui je défie de rien reprocher, gémissoit bien autant que personne qu'il y en eût de mauvais; mais il ne nous commandoit pas, au contraire, il nous défendoit de juger les autres. Il nous disoit que le mélange des bons et des mauvais est dans les

Goo^l^

48 LE CATÉCHISME d'uN CURÉ INTRUS.

desseins de Dieu, toujours adorables, et que ce mélange se trouve parmi les prêtres comme parmi les fidèles; mais il nous disoit aussi que les mauvais Prêtres n'étoient mauvais que pour eux, si Ton ne suivoit pas leurs mauvais exemples; et qu'un inauirais Prêtre donnoit de bonnes absolutions, parce qu'il étoit revêtu de l'autorité de Jésus- Christ.

l'intrus.

Hé bien ! Nous sommes aussi revêtus de l'autorité de Jésus-Christ.

LA DÉVOTE

Cela seroit bon, si vous étiez entré par la porte, si vous aviez reçu votre commission de l'Église. C'est là qu'il en faut revenir. Du reste, que les Pasteurs se conduisent bien ou mal, c'est un article à part, et de ce côté-là nous vous en dirions encore plus que vous n'en voudriez entendre.

l'intrus.

Mademoiselle, si votre Évêque revient, il faudra qu'il vous fasse son Grand-Vicaire.

LE CATÉCHISME d'uN CURÈ INTRUS.

LA DÉVOTE

Monsieur, si notre Évêque et notre Curé revien-

nent, ce sera une très bonne chose. Je les écouterai avec beaucoup de respect, comme les vrais et légitimes Pasteurs, les légitimes Ministres de Jésus-Christ, et il ne faudra pas me traîner par force pour m'avoir à leurs Catéchismes.

l'intrus, avec un ris forcé.

Allons, allons, vous en savez long. Mademoiselle.

MAITRE PIEF.RE, tout bos à SOtî Voisitl,

Diantre, cette dévote-là lui donnera du fil à retordre.

Allons, mon enfant, continuons. Qui est le chef de rÉglise ?

l'enfant.

Notre-Seigneur Jésus-Christ.

l'intrus, à V enfant.

Hé bien ! Pourriez-vous me dire ce que c'est qu'un chef?

l'intrus, à Venfant.

50 LE CATÉCHISME d'uN CURÉ INTRUS.

(Venfani r^arde par terre et ne répond pas.') l'intrus.

Il faudra donc demander cela à quelque personne plus avancée. Allons, qui est-ce qui répond à cela?

(Personne ne répond,)

LE MAGISTER

Monsieur, il fetit demander cela à notre dévote. l'intrus.

Hé bien! Répondez, vous, Magister.

MAXT&B PIERRE, tout bas à SOU voisin.

n n*ose plus revenir à sa dévote. Il a peur qu'elle ne le mette à Quià.

LE MAGISTER

Un chef, Monsieur, c'est celui qui est à la tête d*une maison, d'un atelier, d'un corps, et qui régit et commande. Un général d'armée, v, g., est chef de Tarmée, et moi, je suis chef de. mon école.

LE CATÉCHISME d'uN CURÉ INTRUS.

L*IîîTRUS.

Pouquoi dites-vous donc que Jésus-Christ est le Chef de son Église, puisqu'il n'est plus là pour la conduire?

LE MAGISTER

Il me semble avoir lu quelque part que Jésus- Christ est le Chef de son Église, parce que c'est lui qui Ta établie et qu'il la conduit intérieurement par son Esprit-Saint,

l'intrus.

Mais vous dites qu'un Chef est celui -qui commande. Comment Jésus-Christ commande-t-il à son Église, puisqu'il n'est pas sur la terre ?

LE MAGISTER

Vous m^en demanderez tant qu^à la fin je ne saurai plus ^op que vous répondre*. • Allons , aidez-moi» Mademoiselle Gertmde.

L*mTRUS.

Qui est cette demoiselle Gertrude?

52 LE CATÉCHISME d'uN CURÉ INTRUS.

LE MAGISTER

C'est notre dévote. Monsieur.

l'intrus.

Hé bien ! Voyons donc, Mademoiselle Gertrude?

LA DÉVOTE

Vous demandiez, Monsieur, si... comment...

l'intrus.

Je demandois. Mademoiselle Gertrude, comment Jésus-Christ commande à son Église?

LA DÉVOTE

Monsieur, il ne lui commande pas par luimême, sinon par les Commandemens qu'il lui a laissés avant de retourner au Ciel. Mais il lui commande par les hommes qu'il a établis et à qui il a donné le pouvoir d'en établir d'autres jusqu'à la fin du monde. De là vient que ceux qui comme les Protestans, n'ont point de Pasteurs établis par l'Église, ne sont plus commandés par

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Jésus-Christ et ne peuvent pas dire qu'ils ont Jésus-Christ pour Chef.

MAITRE PIERRE, baS,

Attrape encore cela en passant.

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