L*INTRUS
Il faut avancer. — Voyons, mon enfant.
L'Église n'a-t-elle pas sur la terre un Chef visible ?
l'enfant.
Oui, le Pape est sur la terre le Chef visible de l'Église et le Vicaire de Jésus-Christ-
l' INTRUS, croyant embarrasser la dévote.
Hé bien! notre savante, dites-moi, je vous prie, est-ce que les Évêques et les autres Pasteurs ne sont point aussi les Vicaires de Jésus-Christ?
Je ne me pique point d'être savante, Monsieur, mais puisqu'il faut vous répondre, je vous répéterai avec simplicité ce que m'ont appris mes
54 CATÉCHISME d'uN CURÈ INTRUS.
Pasteurs : L'Évêque est Chef de son Diocèse; le Curé est Chef de sa Paroisse. Ils sont Tun et l'autre Vicaires de Jésus-Christ dans la portion de l'Église qui leur est confiée, parce qu'ils y tiennent sa place*
l'intrus.
Comment donc ne donne-t-on le nom de Vicaire de Jésus-Christ qu'au Pape?
LA DÉVOTE
Parce qu'il est son Vicaire par toute TÉglise, et qu'il la gouverne avec une souveraine autorité, ' suivant les paroles de plusieurs Conciles; au lieu que rÉvêque ne gouverne qu'une partie du Troupeau dans la dépendance du Pape, et le Curé une portion encore plus bornée dans la dépendance de l'Évêque.
l'intrus.
Voila de la Théologie vraiment! Ah! ma bonne enfant, il y auroit bien des choses à dire à tout cela.
LE CATÉCHISME d'uN CURÈ INTRUS.
MAITRE PIERRE, touf h&S.
Que ne les dites-vous donc ?
l'intrus.
Mais il suffit que vous conveniez que je sois Vicaire de Jésus-Christ dans ma Paroisse, comme le Pape Test dans toute l'Église.
LA DÉVOTE
J'en conviendrois si vous étiez Pasteur légitime. Encore ne le seriez-vous que sous la dépendance du Pape d'abord, et ensaiie de FÉvêque. — Mais permettez-moi de vous faire une petite question : Pourquoi êtes-vous si jalous: 4e cette qualité de Vicaire de Jésus-Christ dans votre Paroisse ?
l'intrus.
C'est qu'étant Vicaire de Jésus-Christ ét tenant sa place, vous devez m'écouter comme vous écouteriez Jésus-Christ et m'obéir comme vous obéiriez à Jésus-Christ.
LA DÉVOTE
Je suis bien aise de vous entendre dire cela, Monsieur, mais puisque le Pape est le premier et le plus grand Vicaire de Jésus-Christ, vous devez, et à plus forte raison, aussi l'écouter et lui obéir, comme vous feriez à Jésus-Christ lui-même.
l'intrus.
Qjii vous dit le contraire ?
LA DÉVOTE
Mds il me semble que c'est vous. Monsieur, car vous dites à tout le monde que vous n'avez pas £iit mal en jurant. N'est-ce pas cependant faire mal que de jurer de désobéir à quelqu'un à qui on reconnoît devoir l'obéissance? Choisissez donc, ou de dire que vous ne devez pas l'obéissance au Pape, ou d'avouer que vous ne deviez pas jurer de ne pas lui obéir.
l'intrus.
Qui vous a dit que j'avois juré de ne pas obéir m Pape ?
LE CATÉCHISME d'uX CURÉ IKTRUS.
LA DÉVOTE
N'avez-vous pas juré de maintenir de toutes vos forces la Constitution ?
l'intrus.
Vraiment oui, comme tout bon Patriote est tenu de le faire.
la dévote.
Hé bien! cette Constitution défend à tout Français, Évêque, Prêtre ou simple fidèle, d'obéir au Pape.
l'intrus.
Comment cela ?
LA DÉVOTE
La Constitution ne défend-elle pas à tout Français de recevoir les ordres de tout Évêque ou Archevêque qui n'est pas en France; et le Pape n'est-il pas hors de la France?
l'intrus.
Petite théologienne, apprenez que l'article excepte l'unité de Communion avec le Pape.
58 CATÉCffîsME D*im ctmi intrus.
I^A DÉVOTE
Pourquoi excepter funîté de Communion et ne pas excepter Tobéissaiîce, puisque Tune est d'obligation comme Fautre? Cette exception est contre vous,
l'intrus.
Faiies-vous mieux entendre.
LA DÉVOTE
Le Pape m Évéque de Rome et Rome n'est pas en France.
L'niTRUS.
Belle découverte!
LA DÉVOTE
L'article qui dit de n'obéir à aucun Évêque hors de France, défend donc d'obéir au Pape aussi bien qu^aux autres Êvèques étrîmgerSy puisqu'il n'en excepte pas le Pape, Vous dites que l'article
excepte l'unité de Communion avec le Saint-Père : Pourquoi cette exception ? Parce qu'on veut conserver la Communion avec lui, c'est-à-dire être
LE CATÉCHISME d'uN CURÈ INTR0S. 59
toujours en communication avec lui, pour les
choses spirituelles Si Ton vouloit de même
lui conserver l'obéissance, il falloit donc aussi réserver cette obéissance et dire : sans préjudice à l'obéissance qu'on doit à N. S. P. le Pape et à la communion qu'on doit entretenir avec lui.
l'intrus.
Tout cela ne signifie pas grand'chose.
M. LE PROCUREUR DE LA COMMUNK
Il me paroît à moi. Monsieur, que fënteîids fort bien ce que dit Mademoiselle; et que cela signifie que, si l'on eût voulu laisser la liberté de l'obéissance aù Pape, comme on laisse la liberté de communiquer avec lui pour les choses spirituelles, on auroit excepté l'un tout comme Tautre, de la défense qu'on fiiit d'obéir à aucun Évêque étranger. On auroit dit en un mot que le Pape n'étoit pas compris dans ces Évêques étrangers, ni pour l'obéissance qui lui est due, ni pour Tunité de Communion qu'on doit toujours entre-
60 LE CATÉCHISME d'uN CURÈ INTRUS.
tenir avec lui, comme tout fidèle Catholique est tenu de le faire.
l'intrus.
Vous savez bien que l'Assemblée Nationale a déclaré solennellement qu'elle entendoit conserver la Religion Catholique, Apostolique et Romaine, dans toute sa pureté, et qu'elle regardoit toujours le Pape comme le Chef visible de l'Église et le
Vicaire de Jésus-Christ J'ai moi-même cent
fois protesté la même chose. Il n'y a que de mauvais citoyens qui cherchent à inquiéter les autres sur tout cela.
LA DÉVOTE
Monsieur, on peut très bien être bon Catholique sans être mauvais citoyen Quant à ce
que vous dites que l'Assemblée reconnoît le Souverain Pontife pour vrai Chef de l'Église et Vicaire de Jésus-Christ, ce n'est point assez de le dire. Il me paroît clair qu'un chef à qui on ne veut pas obéir n'est point un chef, et que lui en donner le nom, c'est à peu près se moquer de lui.
LE CATÉCHISME d'uN CURÈ INTRUS. 6l
M. LE PROCUREUR DE LA COMMUNE
Il me semble effectivement que ma femme, mes enfans et mes domestiques auroient beau me dire que je suis le chef de ma maison, si personne d'eux ne vouloit m'écouter ni obéir à mes
ordres Il me semble encore qu'ayant un nte-
lier où j'occupe trente ou quarante ouvriers et où j'ai établi un homme pour en être le chef, je serois ridicule de dire à tous ces gens-là :
« Voilà votre chef, mais vous ne vous embarras- « serez pas de ce qu'il vous dira. Vous ferez cha- « cun à votre volonté. » Un chef doit être obéi, cela est assez clair.
l'intrus.
Mais je vous ai dit que je ne prétendais pas manquer d'obéissance au Pape.
M. LE PROCUREUR DE LA COMMUNE, etl riant.
Cependant, Monsieur, il y a là quelque chose
qui me chiffonne J'ai vu le Bref du Pape*....
Il vous y ordonne de rétracter votre serment et vous défend d'accepter la Cure d'un autre et de
él LE CATÉCHISME d'uN CURÉ INTRUS.
vom porter pour Curé Vous savez bien que
vous n'obéissez ni à l'un ni à Tautre.
l'intrus.
Boni ce Bref du Pape n'est qu'une invention.
M. LE PROCUREUR DE LA COMMUNE
Monsieur, on a pu nous dire cela d'abord, mais aujourd'hui, à l'Assemblée même, on n'a plus de doute là-dessus. Vous êtes vous-même convenu l'autre jour^ avec moi, que ce Bref étoit vraiment du Pape. Vous disiez seulement que ce Bref n'avoit pas été accepté de TAssemblée Nationale et qu'il ne pouvoit fliire loi en France. Mais, pour vous dire franchement nia pensée, j'ai bien de la peine à croire que Jésus-Christ ait voulu assujettir le Pape à toutes ces formalités-là. Ce seroit réduire le pouvoir de lier et de délier qu'il a donné à ses Apôtres, à peu près à rien. Tout ça a du louche, tout ça a du louche.
Avec tout cela, notre catéchisme n'avance pas. (A rEnfant): Allons, mon enfant, il y a assez long-
LE CATÉCHISME d'uN CURÉ INTRUS.
tems que vous êtes droit, asseyez-vous. — Vous, ma fille, levez-vous.
(La petite fille se lève, fait le signe de la croix.)
l'intrus lui demande :
Y a-t-il plusieurs Églises ?
LA PETITE FILLE
Non, il n'y a qu'une seule et véritable Église, hors laquelle il n'y a point de Salut.
de Salut?
LA DÉVOTE, tout bas à r Enfant.
Cela veut dire qu'on ne peut être sauvé hors de l'Église.
L'Enfant répète.
Cela veut dire qu'on ne peut être sauvé hors de l'Église.
Fort bien, mon enfant, vous répondez comme une petite femme. Allons, que je vous donne une
l'intrus.
Que veut dire cela , hors laquelle il n'y a point
64 tE CATÉCHISME d'uN CURÉ INTRUS.
beMe image..... tenez, vous la garderez pour
vous souvenir de moi.
l'enfant , faisant une révérence et baisant la main. Je vous remercie bien, Monsieur.
l'intrus.
Vous entendez donc bien, mes amis, à quoi Ton s'expose quand on ne vient pas à l'église, puisque hors de l'Église, on ne peut être sauvé.
UN JEUNE HOMME (de i8 ans.) Ha! haï ha! ha! ha!
l'intrus.
Qu*avez-vous à rire?
LE JEUNE HOMME
Monsieur... Ha! ha! ha! ha!
Hé bien ! Cela finira-t-il?
LE CATÉCHISME d'uN CURÈ INTRUS. 65
LE JEUNE HOMME
Monsieur, je ris, ha! ha! ha!... Je ris«.« qu'il
semble que vous nous prenez pour des dindons. ( On éclate de rire dans toute l'église)
l'intrus, poussant un rouge.
Eh! Pourquoi cela?
LE JEUNE HOMME
C'est que vous voulez nous faire accroire que des vessies sont des lanternes. Ha! ha! ha! ha! ha!
l'intrus.
Comment cela ?
LE JEUNE HOMME
Vous croyez absolument que nous sommes bien peu instruits, Monsieur. Ce n'est pas de cette église-ci, de ce bâtiment de pierres où nous nom assemblons pour prier, qu'il s'agit dans le Catéchisme; mais de la véritable Église de Jésus- Christ qui est la Société des fidèles répandue par tout le monde. C'est hors de cette Société-là qu'il
'66 LE CATÉCHISME d'un CURÈ INTRUS.
n'y a pas de Salut... De vrai, Monsieur^ si j'étois perclus de tous mes membres, et que je ne pusse jamais venir à l'église, est-ce que je ne pourrois pas être sauvé, pourvu que je fusse de la Société des fidèles Catholiques ?
l'intrus.
Cela seroit différent. Si vous ne pouviez venir à l'église, vous n'y seriez pas obligé. A l'impos- 'sible, nul n'est tenu.
LE JEUNE HOMME
Mais sHl venoit ici des Protestans nous prendre notre église, serois-je obligé d'y venir avec eux pour être sauvé ?
l'intrus.
Oh, si Téglise étoit aux Protestans, non : mais nous ne sommes pas Protestans.
la dévote, tout bas.
Mais si, vous ne valez pas beaucoup mieux, si vous êtes Schismatiques, je crois qu'il y auroit
LE CATÉCHISME d'uN CURÉ IKTRUS. 67
bien autant de mal que de bien à vous suivre dans l'église.
l'intrus.
Je crois que Mademoiselle dit quelque chose; voudroit-elle bien nous faire part de ses réflexions ?
LA DÉVOTE
Je dis, Monsieur, que si vous assemblez dans le Schisme, et si vous nous voulez séparer de la vraie Église, hors laquelle il n*y a pas de Salut, on ne sera pas beaucoup mieux avec vous qii'avec les Protestans; et voilà pourquoi je refuse devenir à Féglise où. Dieu soit béni, je ne négligeois jamais de me rendre aussi souvent que je le pouvois, tant que nous avons eu notre véritable Pasteur.
l'intrus, iout fâché.
Rêverie de Dévote... Allons, avançons... (A l'Enfant) : Voyons, mon petit ange, continuons,
UN BON PÈRE DE FAMILLE
Monsieur, avant d'aller plus loin, j'aurois une petite question à vous faire... Il n'y a donc qu'une seule et véritable Église?
68 LE CATÉCHISME d'uN CURÉ INTRUS.
Vraiment non.
LE BON PÈRE DE FAMILLE
Cependant, Monsieur, je vois ici deux Églises actuellement. Il y a deux Évêques partout, et partout deux Curés. Laquelle de ces deux Églises est la véritable ?
l'intrus.
Mais non, il n'y a pas deux Églises. C'est que ces Messieurs se sont entêtés. Nous ne sommes pas d'une autre Église qu'eux.
LE BON PÈRE DE FAMILLE
Ah! Monsieur, vous aurez beau dire; il y a une Église dont vous êtes Curé, et une Église dont M. Le Noir est Curé. Il a ses gens et vous les vôtres. Il vous condamne, il se sépare de vous, il dit que vos absolutions sont nulles; vous dites qu'elles sont bonnes... Il dit qu'il reconnoît l'ancien Évêque; vous dites que vous recevez le nouveau. Voilà bien deux Églises ou deux Sociétés
LE CATÉCHISME d'uN CURÈ INTRUS. 69
très différentes. J'en viens à demander laquelle est la véritable.
l'intrus.
Non, non; nous ne faisons pas deux Églises.
LE BON PÈRE DE FAMILLE
Vous croyez donc que M. Le Noir, Èotre ancien Curé, est toujours dans la véritable Église ?
l'intrus.
Eh! Vraiment oui, tout cela n'est que dispute.
LE BON PÈRE DE FAMILLE
Nous pouvons donc être sauvés en le suivant?
l'intrus.
Oui.
LE BON PÈRE DE FAMILLE
Eh bien! Monsieur, il nous dit, lui, que iroiis n'êtes pas de la véritable Église, et qu'on ne peut pas être sauvé en vous suivant. J'aime mieux prendre le parti le plus sûr et suivre M. Le Noir,
70 LE CATÉCHISME d'uN CURÈ INTRUS.
puisque vous convenez que je puis le suivre sans danger.
MAÎTRE PIERRE
C'est bien raisonné, cela !
l'intrus.
Allons, nous n'en finirons pas... Dites, mon enfant, quelle est cette véritable Église ?
LA PETITE FILLE
L'Église Catholique, Apostolique et Romaine.
LE JEUNE HOMME, baS,
Là, voilà ce que je lui disois : que l'Église dont il s'agit n'est pas l'église où nous venons prier Dieu, mais TÈglise ou Société Catholique, Apostolique et Romaine hors laquelle il n'y a point de Salut.
l'intrus.
Les hérétiques et ceux qui sont séparés de l'Église ne pourront donc pas être sauvés ?
LE CATÉCHISME d'uN CURÉ INTRUS.
LA PETITE FILLE
Non, pendant qu'ils denieureroat dans leur hérésie et leur séparation, ils ne pourront pas être sauvés.
l'intrus.
Vous voyez donc que ceux qui se sépareat de l'Église pour faire bande à part, ne péQvêQt pas être sauvés, pendant tout le tems qulls demeure* ront ainsi séparés.
LA DÉVOTE, bas.
C'est ce que nous disons. Mais qui fait bande à part? Ne sont-ce pas les Intrus?
l'intrus.
Mademoiselle parle encore bas. Dites donc haut ce que vous avez à dire. Mademoiselle Gertrude. Vous dites de si bonnes choses qu'on ne se lasse pas de vous entendre.
MAITRE PIERRE
Ho ! Il voudroit qu'elle ne dît pas de si bonnes choses. Il ne s'attendoit pas à être si bien remouché.
72 LE CATÉCHISME d'uN CURÈ INTRUS.
l'intrus.
Allons, Mademoiselle, allons, ne vous lassez pas de nous instruire.
LA DÉVOTE
Monsieur, je ne me suis jamais donné le ton d'instruire, sinon les enfants que M. le Curé vouloit bien m'envoyer pour les préparer à leur première Communion, à qui je répétois les explications que je lui avois entendu faire à lui-même... Mais, puisque vous me permettez de parler pour éclaircir des choses si intéressantes, je dis qu'il faut savoir si c'est vous ou nous qui faisons bande à part.
N'est-ce pas vous qui vous assemblez dans des chambres et dans des granges, tandis que les autres s'assemblent dans l'église ?
LA DÉVOTE
Oui; mais c'est vous qui vous séparez du Pape et des Évêques, qui chassez les anciens Pasteurs et ne faites plus société avec eux, tandis qu'ils
LE CATÉCHISME d'uN CURÈ INTRUS. 73
demeurent unis entre eux et avec leur Chef, toat comme auparavant... Et nous qui ne voulons pas communiquer avec vous, nous leur demeurons toujours unis, nous écoutons toujours leur voix, comme la brebis fidèle écoute la voix du Pasteur... Notre assemblée est plus petite que la vôtre dans cette Paroisse; mais nous ne faisons qu'un avec tous les Catholiques du monde, tt notre Société est toujours TÉglise Catholique, rÉgHse Universelle, l'Église Apostolique, c'est-àdire qui vient des Apôtres; l'Église Romaine qui a son Chef à Rome, et qui obéit à ce Chef qui lui a été donné par Jésus-Christ. Cela ne s'appelle pas faire bande à part, mais ne vouloir point aller avec ceux qui font bande à part, pour ne point participer à leur Schisme.
l'intrus.
Mademoiselle n^a que des impertinences à nous dire.
Monsieur, je n'entends pas vous dire d'impertinences, ni vous mettre en colère. Mais vous
74 LE CATÉCHISME dVn CURÉ INTRUS.
m'engagez à parler; c'est sans doute pour vous dire les choses comme je les pense.
l'intrus.
L'heure des Vêpres approche; il faut achever. — Allons, ma petite fille, l'Église peut-elle se tromper ?
LA PETITE FILLE
Non, parce qu'elle est conduite par le Saint- Esprit.
l'intrus, à la Dévoie,
Allons, Mademoiselle la Théologienne, quelle est cette Église qui ne peut pas se tromper ?
LA DÉVOTE
L'Église universelle, avec qui Jésus-Christ a promis de demeurer tous les jours jusqu'à la fin du monde.
l*intrus.
Une Église particulière peut donc se tromper ?
Cela n'arrive que trop souvent. -
Il -«.^
LE CATÉCHISME d'uN CURÉ INTRUS. 75
l'intrus.
Quand est-ce que cela arrive?
LA DÉVOTE
Quand une Église particulière refuse d'écouter ' les Pasteurs de l'Église universelle. Car ce sont
! ces Pasteurs, c'est-à-dire le Pape et les Évêques,
successeurs des Apôtres, qui sont chargés en chef de renseignement, et à qui Jésus-Christ a proflais d'être tous les jours avec eux, jusqu'à la consommation des siècles.
l'intrus.
Et les Curés donc?
LA DÉVOTE
Les Curés sont chargés par les Évêques d'enseigner, sous leur surveillance; mais la décision des articles de foi appartient aux Évêques, le Pape à leur tête.
l'intrus.
Si je vous disois que les Curés ont là-dessus le même droit que les Évêques ?
76 LE CATÉCHISME d'uN CURÈ INTRUS.
LA DÉVOTE
Monsieur, je ne serois pas en état de disputer avec vous, car, quoique vous en disiez, je n'ai point la prétention d'être une savante, ni une théologienne; mais je vous répondrois que vous me dites une chose nouvelle, et, par conséquent une chose fausse, selon saint Augustin.
l'intrus.
Qui vous a dit que ce seroit une chose nouvelle ?
LA DÉVOTE
Parce que j'ai toujours entendu dire que c'étoit aux Évêques seuls à prononcer sur les matières de foi. On me l'a ainsi appris dans mon enfance, et je l'ai lu plusieurs fois depuis dans différens bons livres approuvés dans l'Église.
l'intrus.
Ah! Ah!
MAITRE PIERRE
Ah ! Ah ! Il voudroit bien être autant que les Évêques, ce Curé de la Nation; mais avec son
ah ! ah ! on voit bien qu'il ne sait plus que dire.
M. LE PROCUREUR DE LA COMMUNE
Si VOUS convenez que l'Église ne peut pas se tromper, étant conduite par le Saint-Esprit, il seroit bon de savoir quel est le jugement de rÉglise sur votre affaire.
l'intrus.
Monsieur, nous l'attendons.
LA DÉVOTE
Vous l'attendez, Monsieur ? Il me semble qu'il n'est pas besoin d'attendre. L'Église s'est suffisamment expliquée. Nous savons que tous les Évêques, à l'exception de quatre, vous ont condamné.
L'affaire a été portée à Rome ; Rome a parlé ; la cause est finie. C'est saint Augustin qui le dit.
l'intrus.
Mais les Évêques des autres Pays Catholiques n'ont encore rien dit.
LE CATÉCHISME d'uN CURÉ INTRUS.
Je sais que toutes ces nouveautés qui régnent en France ne sont point approuvées dans les autres Pays; qu'on y regarde au contraire votre parti comme un parti Schismatique. Si les Évêques des Pays étrangers pensoient comme vous, ils auraient sans doute réclamé contre les Évêques de France qui vous rejettent, et ils auroient rompu la Communion avec eux J'ai lu quelque part que
leur silence étoit une approbation de leurs confrères. Pour moi, ma règle est le jugement de nos Évêques, confirmé par le Pape. Je m'en tiens à ce mot de saint Augustin que je vous citois tout à l'heure : On a écrit à Rome; Rome a parlé; la cause est finie ; plaise à Dieu que l'erreur finisse aussi.
M. LE PROCUREUR DE LA COMMUNE
Ma commère Gertrude, vous avez raison. Je pense comme vous; il faut savoir à quoi s'en tenir. S'il falloit tant chercher, on n'en finiroit pas, et nous ne pourrions jamais nous assurer de rien.
LE CATÉCHISME d'uN CURÉ INTRUS. 79
Mais, Monsieur le Procureur, je suis surpris que vous vous déclariez aussi contre moi.
Monsieur, c'est que je vois que vous ne répondez rien de solide. Je m'étois laissé aveugler; mais tout ce qui vient de se dire m'a ouvert les yeux... Et puis, à quoi servent toutes ces persécutions? Pourquoi forcer les gens à venir à vos Offices malgré eux ? Tout le monde ne doit-il pas être libre ! Jésus-Christ n'a pas dit que ses enfants persécuteroient les autres, mais qu'ils seroient persécutés. Quand il n'y auroit que cela, je recoûnoîtrois la bonne cause de l'autre côté, et la mauvaise du vôtre.
Allons, qu'on sonne Vêpres... (Jbas, en se retournant dans la sacristie^. — Ils avoient bien besoin de m'amener cette bigotte-là.
l'intrus.
M. LE PROCUREUR DE LA COMMUNE
l'intrus.
LE CATÉCHISME d'uN CURÉ INTRUS.
LE MAGISTER
Monsieur, il ne falloit pas témoigner que cela vous feroit plaisir.