M"^« MERLUCHE
J'aimerais autant aller aux danses ou à la guinguette, où je n'ai jamais été de ma vie; car chacun y va sans farce pour s'y divertir. Mai,
LA BONNE RENCONTRE
aller à leiix messes, je n'ai pas assez de fai dans leux reliques. En vérité, qui peut craire que des apostats, pour la plupart, qu'ont quitté leux cloîtres, par intérêt ou libertinège; que des gens qui nous scandalisoient avant ce tems-ci, par leux mauvaise vie, qu'étoient presque tous interdits; qui peut craire que ces gens-là ont de la religion ? Je le dis franchement, je crais qu'ils ne donnent ni dans Dieu, ni dans sa mère, ni dans ses saints. Tiens, v'ià le mot fin : car auroient-ils fait tout ce qu'ils ont fait? Vous, Ursule Bourdin, qui passez pour dévote, assisterions ben aux instructions et aux cérémonies des Anglais , des luthériens et des calvinistes ? Ne seroit-ce pas communiquer ô ieux? Mais je me trompe en vous demandant çà : car tous ces mauvais quertiens-là ne sont pus, madai, qu'un ô vous; vous êtes tous de la vache à Colas.
Ils disent la messe commé l\autres, dit-ous :* quand ça seroit ? faut ben qu'ils fassent de d'même pour nous engueuser. Ils n'en sont pas mains en péché mortel, car ils approuvent ce que le Pape condamne; ils vont contre les ordres du Chef de
LA BONNE RENCONTRE
l'Église, de nout père commun à tous, qui Tza déclarés schismatiques et qui leur défend de travailler dans rÉglise catholique. On en dira tout ce qu'on voudra, nous le crairons toujours Vicaire de Jésus-Christ en terre, et chargé par ly de gouverner et de conduire les berbis et les agneaux. Voûte Constitution aura biau faire, jamais elle ne li otera ce drait-là.
Ils disent la messe comme lé :(autres. V'Ià de ce coup-là un mensonge qui n'est pas vrai. Car te rappelles-tu, ma commère, n'avons-je pas vu dans un bel ouvrège, que tous les juroux ne nommoient point nout légitime Évêque au canon de la messe, mais ben c'tila des bayonnettes ? Et j'nen voulons point de c'tila : il ne vient pas de Dieu, mais de la Nation. Ne faudrait-il pas professer la même fai ô ieux? Point de çà, Lisette; noute conscience n'est pas large comme la leur, j'avons une âme à sauver.
Où a-t-il pris, vout coucou par excellence, vont biau M. Coz, dans son grand chiffon de papier, que nos bons Prêtres disoient que le baptême des voutres ne valoit ren ? C'est core un bel et bon
LA BONNE RENCONTRE
mensonge de sa façon. J'avons lu ben des livres, et jamains j'navons lu ni vu ça dedans. Mais je crais que v'ià Chicanniau, c'est un madré p'tit chien qu'entend ben toutes ces affaires-là. Cest ly qui vat nous mettre au drait. Maugré sa mauvaise mine, c'est un garçon qui parle d'or. Eh ben! M. Chicanniau, connaissons ben cette Demaselle-là !
M. CHICANNEAU.
C'est M""^ Martin, si je ne me trompe.
bourdin.
Qu appelez-vous M™^ Martin? Ménagez vos termes, Monsieur.
M. CHICANNEAU.
Oui sans doute, Madame Martin, et je ne croîs pas vous insulter en cela. Maintenant que Ton peut se marier à la Municipalité, M. Martin et ses confrères disent hautement qu'ils ont leurs femmes toutes trouvées. Comme vous êtes sa principale Philothée, j'ai cru pouvoir, sans vous manquer, vous donner la préférence. Je ne vois
LA BONNE RENCONTRE
en cela rien d'extraordinaire; vous ne ferez que passer de l'Hôpital général au petit Séminaire, et après avoir été la mère des petits bâtards, vous deviendrez celle des petits Séminaristes.