U^^ MERLUCHE
Nage. toujours, et ne t'y fie pas! Cest ce qui s'appelle dorer la pilule. Mîlis, M. Cliicanniau, son ton patelin se soutien t-il jusqu'au bout?
M. CHICANNEAU.
Il se dément bien vite, Madame Merluche; c'est le propre de l'hérésie. En vain elle affecte le ton de la vérité; tôt ou tard elle se décèle. Aussi, après avoir fait un grand étalage des avantages précieux que procure la paix à la société, il tombe à bras raccourcis sur les prêtres qui ne veulent pas le reconnoître : « Ce sont, dit-il, des « incendiaires qui soulèvent le peuple, qui agitent « les torches de la division entre l'époux et « l'épouse, les frères et les sœurs, qui se servent « de tout ce que le fanatisme et la superstition « ont inventé de plus ridicule pour écarter les « peuples des instructions des légitimes pas- « teurs, etc. » Dans ce petit oumge, il revient sans cesse à la charge contre les malheureux prêtres, dont le crime est de croire plus au pape qu'à lui. Il débite contre eux les calomnies les
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plus absurdes : « Il leur fait bénir des étangs pour « y baptiser des enfans; porter les morts dans les « champs, au milieu des bois, au risque d'exposer « les vivants à devenir la proie des animaux fé- « roces.» Quelle bêtise! où a-t-il pris ces contes ridicules? Ne faut-il pas être insensé pour y ajouter foi?
Il les accuse d'entretenir le peuple dans l'espoir d'une contre-révolution, comme s'ils étoient les rédacteurs des papiers publics, et surtout de Mercier Tenragé, qui annonce lui-même les préparatifs de la guerre que l'Europe entière nous prépare : Appelez-vous cela, Mademoiselle, un esprit de paix? Pour moi, je l'appellerai un esprit de haine et de vengeance. Je ne vois en lui qu'un homme faux. En vain, il cache sa fureur, elle éclate malgré lui. Il ne tend qu'à soulever le peuple contre ses anciens et vrais pasteurs. Quelle consolation pour cette belle âme charitable, si elle les voyoit chassés et persécutés, comme ils l'ont été ci-devant! Quoi ! à l'instant de l'amnistie générale accordée par le meilleur et le plus malheureux des rois, Coz le Pacifique lance une
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Ordonnance fulminante contre tous les prêtres non assermentés, « il les interdit, il leur défend, « sous les plus grandes peines, d'exercer toute «fonction du saint ministère, etc.» Heureusement, il nous a appris lui-même que ses foudres ne sont que des salmonées méprisables. Il invoque sourdement la protection de la puissance temporelle pour faire exécuter son Ordonnance. Quel zèle pour la gloire de Dieu! quelle modération! quelle charité ! Quoi de plus propre à nous attacher à un si aimable pasteur! Voilà donc. Mademoiselle, la douce paix de l'Évangile? Voilà donc la tolérance que la philosophie du jour nous a procurée ? Ah ! qu'il nous parle un peu moins de paix, et qu'il fasse un peu mieux ce qu'il faut faire pour nous la rendre ! Toutes ces exhortations à la paix ne ressemblent que trop dans sa bouche à celle de l'usurpateur qui ne demande qu'à jouir paisiblement et sans obstacles, du fruit de son usurpation.
M™« COCASSE
En avous pour vout compte, Mademaselle?
Dam, c'est que tout petit qu'il est, il y est tout.
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Tu parles comme un oracle, mon enfant; viens que je t'embrasse. — Si j'étois encore jeune, pour le coup, je nous marierions ensemble; pas par devant vos prêtres, la charmante, je n'avons pas assez de fay dans leux reliques. Si leux baptêmes sont bons je le savons ben, malgré le péché mortel qu'ils commettent en l'administrant; leux marièges et leux confessions ne valent pas une f....e.
M^l« BOURDIN.
Voilà comme on empoisonne l'esprit et le cœur des gens simples ! N'est-ce pas là troubler l'ordre et chercher à ébranler l'État en débitant des maximes aussi pernicieuses?
M. CHICANNEAU.
Non. Mademoiselle, c'est dire la vérité; toute simple, toute modeste qu'elle est, elle ne doit pas se cacher; elle doit paroître ; il faut la prêcher sur les toits. — Faut-il donc la retenir captive quand il s'agit de l'âme de nos frères, du bonheur éternel des vrais fidèles ? Traitez d'incendiaire tant qu'il vous plaira le zèle de nos vrais
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pasteurs contre le schisme; je dirai toujours qu'ils font leur devoir, qu'ils ne sont point contre la paix évangélique en criant à leurs ouailles de se garantir des loups, des Pasteurs schismatiques. Ce n'est pas les soulever contre leurs personnes, mais les prémunir contre leurs erreurs. Oui, je le vois et j'ose le dire, leur devoir, d'après l'Évangile, est de ne pas mettre une fausse paix dans nos consciences; elle seroit plus à craindre que la guerre la plus cruelle.
Votre Coz et ses adhérens sont les Pasteurs de l'intrusion et du Schisme; je les défie de produire, en faveur de leur , ministère, d'autre titre que la loi des hommes; et ce n'est pas la loi des hommes, mais celle de Dieu qui fait les vrais pasteurs. Voyez, Mademoiselle, vous qui citez tant l'Écriture, voyez saint Paul, Épître aux Calâtes ^ chap. I, et vous en conviendrez. — Il est important pour le peuple qu'il fuie, suivant le précepte de Jésus-Christ, des pasteurs dont le ministère est frappé d'une nullité radicale pour le salut; qu'il sache tout le mépris qu'il doit faire de leurs absolutions, de leurs défenses, de leurs
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prétendus anathèmes, de leurs dispenses. — Ah! qu'ils s'abstiennent de tout outrage pour leurs personnes; les lois spirituelles et civiles leur en font un devoir. Mais qu'ils les suivent, qu'ils leur obéissent dans les objets religieux! On ne peut leur en faire un devoir sans prévariquer. — Quel est, je vous le demande, Mademoiselle, quel est le droit de M. Coz dans l'Église? Saint Pierre le méconnoît, le Vicaire de Jésus-Christ l'interdit, il le menace du dernier anathème, et il croit être quelque chose dans l'Église de Jésus-Christ! et il s'avise de défendre aux vrais Pasteurs d'exercer leur ministère, avec des précautions que son schisme et le glaive qui le soutient ont rendues nécessaires ! Qu'il déhvre nos temples des intrus qui les profanent, et nous verrons nos vrais Pasteurs y administrer les sacrements. Tant que les autres y seront, c'est en vain qu'affectant un scandale pharisaïque, il ose parler d'un ministère occulte. En vérité, il convient bien de dire à un Coz, intrus et voleur par excellence, de se scandaliser du secret des demeures des fidèles, lorsque sa présence auprès du sanctuaire est un
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scandale perpétuel ! Il lui convient bien de dire, de parler de bienséances, quand malgré Tanathème qui gronde sur sa tête criminelle^ il paraît avec un front d'airain auprès du tabernacle, pour y administrer le pain des Anges d'une main sacrilège !
Il voudrait sans doute que le Ministère saint s'associât au ministère impie rejeté par Jésus- Christ. Mais ignore-t-il qu'il ne peut y avoir d'alliance entre Jésus-Christ et Bélial, la Vérité et les Ténèbres.
L'absence des bons ministres déposera contre l'intrusion; n'eussent-ils que des tombeaux, ils doivent y descendre pour célébrer nos saints mystères, et nous y descendrons avec eux. — Il ose appeler ce culte irrégulier et opposé aux saints canonSy parce qu'il est occulte ! Il étoit donc irréguHer le culte des Apôtres et des premiers fidèles, le culte des Aihanase et des Cyprien, dans leur asile sacré inconnu aux profanes!... Le seul culte irrégulier, Mademoiselle, est celui de l'erreur et du Schisme. Avec les vrais Pasteurs, les tombeaux sont des temples; avec les intrus, les plus superbes basiliques ne sont que des sépulcres infects.
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