MERLUCHE
Je ne suis pas riche, mais en me donneroit ben de l'argent pour aller dans leux églises. Ma famille et mai n'y avons pas core mis le pied. Il y en a ben d'autes comme nous dans la ville; çà d'vroit leux faire ouvrir l'zieux. Ils n'ont pas la voix du peuple, peuvent-ils en douter à présent ? Nos églises étaient d'autes fais, pleines comme l'œuf, à cette heure-ci, on n'y vait presque perseune. N'est-ce pas la voix de Dieu?
URSULE BOURDIN
Ce sont les sourdes menées de vos Prêtres qui opèrent tout ce manège. Mais, Monsieur, vous n'avez point répondu à ce que dit M. Coz, que rÉvangile nous rmd tous égaux et libres.
M. CHICANNEAU.
Il faut du temps pour tout, Mademoiselle. J'ai déjà fait voir l'injustice de votre inculpation contre nos Prêtres, en vous prouvant qu'ils dévoient voler au secours de leur troupeau, et en écarter
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les loups. Maintenant, voici ma réponse à ce que vous me demandez.
L'Évangile, suivant votre Évêque, nous re^nd tous égaux et libres. Eh bien! je l'admets pour un instant. Pourquoi donc venir troubler la tranquillité de ses frères, en les contraignant de suivre ses sentiments et ses maximes? — Nous sommes tous égaux et libres! Pourquoi donc renouveler à chaque instant les scènes d'horreur qui se sont passées à Paris dans les premiers jours de Tintrusion? Pourquoi faire régner en France une cruelle inquisition, que la vraie Hberté condamne } Pourquoi accabler d'injures et flageller inhumainement un sexe faible et timide, qui n'a d'autre défense que ses larmes? — Nous sommes égaux et libres! Quelle chimère que cette égalité si vantée, que cette liberté tant promise ! Jamais, non jamais nous n'avions été si esclaves. Les Juifs ont des Synagogues en France; les païens peuvent y avoir des temples ; les protestants, toutes les sectes peuvent y exercer leur culte; et les vrais Catholiques Romains, vos frères, vos amis pour la plupart, sont indignement persécutés; on les poursuit
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jusque dans les souterrains. O liberté! O égalité! est-ce donc là votre empire?
L'Évangile nous rend tous égaux et libres! L'a-t-il bien lu, ce Code sacré, M. Coz, avant d'avancer une maxime si dangereuse ? S'il Ta lu, il a dû y voir Jésus-Christ la condamner et par ses paroles et par sa conduite. — Ne nous dit-il pas, ce divin Législateur, « qu'il n'est pas venu pour comman- « der, mais pour obéir; que son Royaume n'est « pas de ce monde; que celui-là seul le possédera, « qui deviendra petit comme un enfant, etc. »
Il est le premier à obéir à Marie et à Joseph. Quoique en tout égal à son Père, il se soumet à sa volonté; il accepte les croix, les souffrances et la mort qui lui sont destinées. — Toujours il a respecté les rangs, les conditions; il savoit que tout ne peut pas être uniforme dans une société; que l'ordre et la subordination en font l'harmonie. Aussi nous parle-t-il des neuf chœurs des Anges, des princes de la milice céleste, des Puissances, des Trônes, des Dominations, etc, lorsqu'il veut nous peindre le plus parfait des Gouvernements, celui du Royaume des Cieux, il nous fait une loi
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expresse de robéissance aux grands du siècle, aux puissances de la terre dans les choses qui sont de leur ressort : « Rendez à César, nous dit-il, ce « qui est à César; mais rendez à Dieu ce qui est « à Dieu. ».
Nous parle-t-il de son royaume? Il le compare tantôt à un Prince qui commande à plusieurs ofBciers et qui leur fait rendre compte de leur administration; tantôt à un maître qui punit l'esclave infidèle, etc. Partout il nous recommande de mourir à nous-mêmes; de porter notre croix; de réprimer nos passions; de nous renoncer sans cesse; de perdre notre âme pour la sauver; de tout quitter pour le suivre, biens, parents, amis, dussent-ils être ensuite nos plus ardents persécuteurs. Est-ce donc là consacrer la liberté et l'égalité dans le sens de la nouvelle Constitution. N'est-ce pas plutôt mettre un frein puissant à l'anarchie, à la désobéissance, au libertinage et à l'impiété qui désolent et ravagent la France?
Est-ce là détruire et déclarer les vœux de Religion inconstitutionnels? N'est-ce pas plutôt en faire la base de la perfection évangélique?... Ne
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devraient-ils pas rougir, vos faux Pasteurs, de faire l'éloge d'une Constitution si opposée à TÉvangile?... Je me trompe : la reconnaissance leur en fait un devoir. Ils sont obligés de soutenir une Constitution qui les délivre d'un joug qu'ils supportoient avec peine, le joug de Jésus-Christ; une Constitution qui flatte tous leurs penchants, qui étale à leurs yeux les biens, les plaisirs, les honneurs d'un monde qu'ils avoient abandonné pour la plupart, et qui les autorise dans leurs dérèglemens.
M™^ COCASSE
En tenons pour vont compte, la Demaselle?
En v'ià-t-il d'une suée? Cette lessive-là vaut, maday, ben celle de Bazin ('>... Elle décampe. — Madame Martin, où allous de ce pas? Comme c'est tout chaud, courons porter çà à sa cuisine? — Mais elle ne m'entend pas.
(i) Bazin est un curé de la ville de Rennes, qui après avoir fait le serment, fut, dit-on, assailli par des lavandières qui lui donnèrent des coups de battoir au derrière. Cette aventure du curé Bazin, a été mise en chanson.
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Pour nous, allons va manger nos hîtres et baire le p'tit coup de vin blanc. Tu le mérites ben, mon p'tit Chicanniau. Tu as dit des merveilles! Il n'y a point de prédicateur à ton pareil.