‹ Curiosités littéraires et bibliographiquesChapitre 11 sur 89 · L'ART DE NE JAMAIS ÊTRE TUE NI BLESSÉ EN DUEL · texte numérisé non relu

L'ART DE NE JAMAIS ÊTRE TUE NI BLESSÉ EN DUEL

L'Art de ne jamais être tué ni blessé en dueîj sans avoir pris aucune leçon d'armes et lors même qu'on aurait affaire au premier tireur de l'univers, enseigné en dix leçons.

C'est le titre d'un volume paru, en 1828, à la Librairie française et étrangère.

Il est orné d'une gravure coloriée, qui représente un restaurateur de campagne plumant les canards traditionnels.

Ce livre a dû se vendre très bien, car il est devenu rare, et peut-être mériterait-il les honneurs de la réimpression.

Au fond, c'est une facétie plutôt qu'un traité ex professa. Il y a le chapitre des Excuses, le chapitre des Interventions, etc.

Le portrait du second, ou témoin, est assez réjouissant :

Une taille haute et bien prise, pas trop de corpulence, une tournure noble et distinguée, une dé-

marche libre et dégagée, une toilette toujours soignée, mais sans affectation, un visage ouvert, un œil tranquille, beaucoup d'éloquence et d'érudition, un appétit insatiable, un dévouement sans bornes, tel est, tel doit être le véritable second, le véritable témoin...

Ses devoirs sont plaisamment définis- :

Entend -il parler d'une dispute, avant qu'on ait paru sur le terrain il mettra tout en œuvre pour l'apaiser. Malgré ses efforts est-on arrivé au bois de Boulogne, il ne faut pas qu'il désespère encore.

« Gomment, doit-il s'écrier avec chaleur, deux Français, deux compatriotes, deux frères, se baigneraient dans le sang l'un de l'autre ! »

Ou bien :

« Des hommes appartenant à des nations amies, qui ne devraient être rivales que de gloire, se baigneraient, etc., etc. »

On se baigne toujours dans ce petit livre.

Le chapitre des armes n'est pas plus sérieusement écrit. La mystification montre le bout de l'oreille dans le paragraphe « des balles « :

On s'imagine que le temps des balles enchantées est passé sans retour, et l'on se trompe. Tout habile second doit savoir les confectionner, de manière qu'elles imitent à s'y tromper les balles véritables.

Prenez pour cela du liège dont les pores soient peu ouverts, et commencez à Famincir et à l'arrondir avec un canif bien aiguisé. Quand vous aurez promené bien également le canif sur toute la surface sphérique du liège jusqu'à ce qu'elle ne présente plus de défectuosité, prenez du crayon de bonne mine de plomb et frottez-en votre petite boule dans tous les sens ; ne vous arrêtez que lorsqu'elle aura pris parfaitement la couleur et le demiluisant de la balle.

// serait de la plus grande imprudence^ vous le pensez bien, de révéler ce mystère à aucun des combattants. Le secret doit rester inviolable et éternel entre l'autre second et vous.

Quand tous deux vous aurez épuisé tous les moyens de conciliation, alors l'un de vous prendra d'une main un pistolet, de l'autre les balles, et, les élevant de manière à ce que tout le monde les voie, il les laissera couler dans le canon du pistolet, tandis que l'autre second, saisi subito d'une toux-quinte, dissimulera par le bruit qu'il fera celui que les balles manqueront de faire dans le canon. La poudre, la bourre, tout sera entassé sur-le-champ, afin de ne point laisser aux adversaires le temps de concevoir des doutes.

Allons, allons, l'auteur de l'Art de ri être jamais tué en due In' d^i décidément qu'un farceur.

DELASSEMENTS

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