‹ Curiosités littéraires et bibliographiquesChapitre 27 sur 89 · DERNIER CHANT · texte numérisé non relu

DERNIER CHANT

« Quand donc trouverai -je enfin un poète qlii préserve la naïveté de sa source, la pureté de son inspiration, par la plus heureuse des ignorances, et qui ne soit pas littéraire dans une époque de vieille civilisation bien plus littéraire que poétique? »

Celui qui parle si bien , et qui dit le vrai mot de la critique en matière de poésie contemporaine, n'est autre que Jules Barbey d'Aurevilly, dans un flamboyant article de quatre colonnes , qu'il a consacré à un poète de nos amis, M. Hector de Saint-Maur, l'auteur du Dernier Chant.

Le grand justicier du Constitutionnel n'est pas, d'habitude, fort clément aux rimeurs, et M. de Saint-Maur peut, à bon droit, s'enorgueillir de l'exception créée pour lui par Barbey d'Aurevilly.

M. Hector de Saint-Maur n'est pas un jeune; il date de la seconde heure du romantisme. La

génération de 1834 a fredonné une de ses romances, mie devenue populaire :

Hirondelle gentille, Voltigeant à la grille Du cachot noir, etc.

Et puis... il y eut un temps d'arrêt dans la carrière poétique du chantre de VHirondelle. Un jour, je dus à Roger de Beauvoir, dans un de ces festins dont il était le roi brillant et bruyant, de lier connaissance avec M. H. de Saint-Maur. Comme je m'étonnais de sa réserve dans la production, il m'annonça un prochain volume. Était-ce du Dernier Chant qu'il voulait parler? Dans ce cas, il peut se vanter d'y avoir mis le temps.

Mais le temps ne fait rien à l'affaire. Voilà aujourd'hui M. H. de Saint-Maur qui émerge victorieusement de l'ombre et de la modestie. Je l'en félicite de tout mon cœur, quoiqu'il ait, certes, « bien assez de talent, — comme dit Barbey d'Aurevilly, — pour être digne de rester obscur ».

Mais allez donc faire entendre aux poètes de cette oreille-là!

Page 1