BARÈME, MATHEMATICIEN ET POETE
Les poètes de Fécole moderne auront beau faire, ils n'arriveront pas aux combinaisons métriques dont un simple arithméticien de Lyon, Barème, leur a donné l'exemple.
Barème, au milieu de ses préoccupations commerciales, trouvait le temps de faire des vers ; il est vrai que ce n'est pas là ce qui l'a enrichi. Il les publiait en amateur, — c'est-àdire à ses frais, — par petites plaquettes, qui sont devenues aujourd'hui de véritables curiosités bibliographiques et qui atteignent quelquefois dans les ventes à des prix extravagants.
Une de ces brochures renferme des quatrains intitulés : Pour et contre V argent. Ces quatrains sont absolument médiocres.
Mais là n'est pas la curiosité.
La curiosité, la voici :
Les vers de ces quatrains sont disposés de telle sorte qu'ils ont un sens différent selon
qu'on les lit d'une manière ou d'une autre, à droite ou à gauche. Barème indique lui-même en ces termes ce qu'il a voulu faire :
Lisez séparément chacun de ces quatrains:
Ils font voir que l'argent est un bien nécessaire;
Mais étant lus de suite ils ont un sens contraire.
Yoici deux de ces quatrains bizarres, que l'on pourrait dire écrits en partie double :
C'est être homme de bien De fuir Tor et l'argent
D'aimer l'argent et l'or, On n'est pas raisonnable,
Qui ne l'estime rien, Se peut dire admirable
Il se fait un grand tort. Qui va le ménageant.