‹ Curiosités littéraires et bibliographiquesChapitre 37 sur 89 · AUTRE BIBLIOPHILE · texte numérisé non relu

AUTRE BIBLIOPHILE

Tous les bibliophiles n'habitent point Paris.

Plusieurs sont répandus dans les provinces, tels que M. Gustave Brunet, le prince des érudits, l'éditeur des Lettres de la princesse Palatine, qui habite Bordeaux.

M. Gustave Brunet a autant de fortune que de science, ce qui ne l'empêche pas d'exercer les fonctions de secrétaire de la chambre de commerce, tant est grand son amour des paperasses.

De plus, il est distrait comme tous les bibliophiles ; je sais un trait de lui qui dépasse de bien loin Ampère.

Il était un matin dans son cabinet, nu-tête et en pantalon à pieds. Il cherchait un livre sur lequel il ne pouvait mettre la main. L'impatience le gagne. Sans songer qu'il est nu-tête, il sort de chez lui et se rend h la bibliothèque de la ville, espérant y trouver le livre en question.

Une déception l'attendait.

« Allons chez Francisque Michel, murmuret-il; il ne demeure pas loin d'ici, et j'ai absolument besoin de ce livre... »

Chez Francisque Michel, M. Gustave Brunet ne fut pas plus heureux qu'à la bibliothèque de Bordeaux.

(( Diable ! s'écria-t-il ; il me faut pourtant cet ouvrage... Comment faire? »

Et, après quelques minutes de réflexion :

« Je ne peux plus le trouver maintenant qu'à Paris, à l'Arsenal... C'est un peu loin, mais qu'importe ? »

Et, toujours sans chapeau, M. Gustave Brunet se fait traverser la Gironde, aborde à la gare du chemin de fer et prend un billet pour Paris.

A Paris, dix heures sonnant, il se présente à la porte de la bibliothèque de l'Arsenal ; il y demande son volume, il y cueille le renseignement souhaité — et repart pour Bordeaux par le train suivant.

Toujours nu-tête ! Il est vrai qu'on était en été. Mais on aurait été en hiver que cela aurait été absolument la même chose.

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