LE BIJOU DE LA REINE
Le Bijou de la Reine est une des pièces de la jeunesse d'Alexandre Dumas fils. La représentation en eut lieu sur le théâtre de l'hôtel Castellane, en 1845.
C'est un acte en vers, à deux personnages : Philippe d'Anjou, roi d'Espagne, et Louise de Savoie, sa femme. Le premier a vingt ans, la seconde dix-sept. Il est nuit, il est tard. Ils rentrent chez eux, après avoir congédié leur cour. Les voici en tête-à-tete.
Le jeune monarque, fatigué du poids des affaires publiques, ne demanderait pas mieux que d'employer une partie de la soirée à échanger de ces propos intimes qui font les délices des intérieurs bourgeois. Mais Louise de Savoie met un prix exorbitant à cet entretien : elle demande un collier de trois cent mille écus.
Si causeur qu'il soit, Philippe Y fait la grimace (on la ferait à moins) et objecte l'épuisement de ses finances. La reine n'en croit rien, et, visiblement dépitée, elle rentre dans ses appartements. — Le reste de la pièce se passe en
allées et venues de ces deux têtes couronnées. — Louise revient frapper à la porte de Philippe, qui reparaît en robe de chambre {sic); ils jouent une partie de dominos qui les conduit à la découverte d'une conspiration.
On se brouille, et on se sépare de nouveau sur cette partie. (En vérité, cela est déjà fort bien machiné pour le temps, autant que je puisse m'y connaître.) Alors, c'est au tour du roi d'aller frapper à la porte de la reine, qui reparaît en camisole (de plus en plus sic) ! Ce dernier costume est le signal d'un dénouement que la morale commençait à réclamer impérieusement, et sur lequel l'ange des ménages étend ses ailes devenues indispensables.
C'est bien jeune, comme on le voit. Mais Alexandre Dumas fils, qui a eu de l'esprit dès le berceau, en a jeté à profusion sur cette intrigue anodine.
Le Bijou de la Reine, qui n'a eu qu'une seule représentation, était joué à l'hôtel Castellane par ]\P° Emilie Dubois, morte depuis, et par M. Delaunay. J'ignore jusqu'à quel point cet excellent artiste sera enchanté de ce ressouvenir qui le replonge dans le passé à des distances fabuleuses.