LIBRAIRE D'AUJOURD'HUI
Une mort bien humble a passé inaperçue parmi tant de morts éclatantes : c'est celle ôi}^ libraire-éditeur BaiTaud,rue de Seine. Barraud était une physionomie entre ses confrères. Quoiqu'il ne fût pas très vieux (cinquante-huit ou soixante ans), il retardait sur son époque. Il habitait dans une ancienne maison un entresol obscur oii l'on montait par un escalier à rampe de bois. Il avait les allures modestes, les habitudes d'un bouquiniste arrivé, ce qu'il était en réalité. Ce qui ne l'empêchait pas, d'éditer, de fabriquer des livres très beaux et très luxueux, comme par exemple VOEtivre originale de Vivant Benon, suite de 317 planches en noir et en sanguine (300 fr.); la Galerie théâtrale, collection de 144 portraits d'acteurs et d'actrices, depuis 1552 jusqu'à nos jours, gravés en pied, coloriés au pinceau et rehaussés d'or et d'argent fm (200 fr.) ; XAne de Luciiis de Patras, avec figures dans le goût antique ; la Neiivaine de Cythère, de Marmontel, etc., etc.
De ce dernier ouvrage il possédait quelques exemplaires sur peau vélin de veau au prix de GOO francs.
Barraud avait eu plusieurs fois des démêlés avec la justice, principalement à Toccasion d'une réimpression des Contes de La Fontaine, édition dite des Fermiers généraux. Il avait, comme les libraires du XYIIP siècle, le goût des publications clandestines. Du temps de Diderot et de Crébillon fils, il n'aurait pas manqué de tâter de la Bastille; de notre temps, il tâta du moins de la Conciergerie.