Curiosités littéraires et pages inconnues, H. de Balzac
Dans la petite ville où se heurtent les péripéties de Un Ménage de Garçon^ Issoudun, j'ai connu un vieil homme qui vit Honoré de Balzac et qui lui parla. C'était un ami de ma famille, Charles-Alexandre Lecharbonnier, réputé parmi ses concitoyens pour son originalité et sa brusque franchise. Il fut d'abord commis épicier ; puis, après avoir gagné une honnête aisance à Bourges, il revint dans sa bonne ville dont il fut maire pendant de longues années.
Charles-Alexandre Lecharbonnier avait une personnalité tranchée et forte, comme Balzac les aimait, et la décrire en quelques mots, c'est situer psychologiquement leur rencontre et éclairer leur conversation d'une lumière exacte.
On le voyait dans les rues de la ville des Chevaliers de la Désœuvrance^ hiver ou été, la tête nue, chapeau attaché aux épaules, les cheveux bouclés, le sourire aux lèvres. Il se baignait dans la Théols par des froids rigoureux et il avait installé dans sa maison des appareils d'hydrothérapie qu'on n'était pas loin de considérer comme les instruments d'un magicien. Il passait pour un être singulier dans ce pays de disettes où les braves femmes se signaient devant George Sand parce qu'elle faisait de la gymnastique.
Mais il était populaire et l'on avait pour lui une sorte d'affection, non dépourvue d'un peu de malice : les citoyens en raison de ce qu'il était républicain et fort serviable ; la jeunesse pour le remercier d'avoir transformé un vieux cimetière en jardin public, avec kiosque, où pouvait jouer le musique militaire.
D'un esprit vif, tout en boutades, il avait écrit des articles de polémique, des brochures : Les trois journées d\n Républicain (Tlssoudun ; Thomas Lumety Juge de paix de 1791 à 1804; ^^^ T^romenade autour d'^lssoudun^ et il avait publié quelques poèmes sans prétentions qui en valaient bien d'autres.
Charles-Alexandre Lecharbonnier avait deux grandes passions : il détestait les jésuites qu'il accusait des plus extravagants méfaits et dont il voyait partout les intrigues; il adorait Molière qu'il lisait chaque jour, avant de se coucher — et cette lecture, disait-il, lui était aussi nécessaire pour se débarbouiller l'esprit et l'entretenir en belle humeur, que sa douche du matin pour se fortifier le corps et s'assurer une parfaite circulation du sang.
Je lui rendais visite, il y a quelque dix années, lorsque je ne sais comment, ni à quel propos, Balzac vint dans notre conversation.
Mon vieil ami leva ses sourcils qu'il avait épais, ses yeux rieurs furent plus brillants, et il me dit :
— Mais je lui ai parlé, moi, à ce géant...
J'eus une sorte de frisson, et pendant que j'étais sans pouvoir lui répondre, je vis avec une netteté saisissante les héros de Un Ménage de Garçon jouant leur tragédie dans les rues d'Issoudun : la Rabouilleuse et le beau Max,
Rouget le père et Rouget le fils, cet admirable scélérat de Philippe Bridau, Monsieur Hochon, et les garnements de la Dèsœuvrance qui troublaient les nuits paisibles des bourgeois. Puis, je regardai mon vieil ami qui souriait avec son air bonhomme et finaud ; et il me parut soudain plus réel, comme doué du caractère des personnages créés par Balzac, plus vivant qu'un être vivant. Je lui demandai avec respect :
— Que vous dit-il ?... Vous vous en souvenez?...
— Ah ! parfaitement...
Et il dressa sa main droite, dans un geste qui semblait un appel à ses souvenirs.
— J'étais à l'époque apprenti épicier — gros et demigros — nourri, logé, blanchi... un vrai diablotin turbulent... mais sage et bon cœur... Pendant que je cassais les pains de sucre en petits morceaux ou que j'empaquetais des pruneaux, mon esprit trottait... trottait... et je faisais des vers... Oui,... des vers... de petites chansons sur les gens du pays... Et, le soir, je les transcrivais de mémoire sur du papier d'emballage que j'avais chipé... heureux comme un fou quand j'avais trouvé un bon mot... Je lisais aussi, dans mon réduit installé sous le haut toit d'une maison moyenâgeuse qui existe encore près de l'église... Mais je ne rêvais pas à la gloire... j'étais un bon petit apprenti épicier... Et cependant je pensais aux grands hommes qui écrivaient de beaux livres, et je les révérais...
" Je n'ignorais pas que M. de Balzac venait souvent à Issoudun chez ses amis les Carraud qui le recevaient \ leur château de Frapeslc... ^ Je l'avais vu passer sur la
' Madame Zulma Carraud fut une des amies les plus fidèles de
place du Marché aux Légumes et aux Sabots, allant à pas comptés, entre les rangs des bonnes femmes accroupies devant leurs choux, leurs salades et leurs fruits... Et j'avais résolu de l'aborder, de lui parler, de lui soumettre mes chansons... J'étais un petit gars hardi... "
Charles-Alexandre Lecharbonnier rit aux éclats à cette évocation de sa jeunesse, les paupières plissées, toute sa face rose, entre ses cheveux longs et sa barbe blanche, épanouie et ridée. Il continua :
— Je le guettais derrière notre devanture à petits carreaux, et quand je l'aperçus un soir arrivant par la porte de la prison vers la Grand'Rue, je m'esquivai de la boutique... Il était accompagné par un grand monsieur mince que je ne connaissais pas... Je me plaçai devant eux et, en franc étourdi, je les arrêtai... — " Monsieur de Balzac je vous salue... — je suis apprenti épicier et je fais des vers... " Honoré de Balzac suspendit un geste commencé et, après m'avoir considéré avec étonnement, il fît: " Ah... ah !... " puis se tournant vers son compagnon : " Mon cher, observez ce phénomène de la faune indigène, un épicier-poète !... " Il était gros de partout, court de taille, mais il ne paraissait pas petit, avec une grosse tête, des lèvres épaisses et bien formées, un nez d'importance, la figure blême dans ses cheveux noirs... Vêtu de drap
Balzac, et des mieux écoutées, car son affection n'allait pas sans critiques ni remontrances. Balzac fit de fréquents séjours au château de Frapesle, près d'Issoudun, et il y commença son César Birotteau. Madame Zulma Carraud écrivit de nombreux volumes de morale et d'éducation pour la jeunesse. On peut citer : Les Goûters de la Grand'mère (1868) Paris, in-8" ; L^ li^re des jeunes filles^ simple correspondance (1867) Paris, in-8° ; Une se^-vante d'autrefois^ (1866), in- 8° ; Les Veillées de Maître Patrigeon.
sombre, son pantalon lui descendait un peu sur les pieds, et on aurait dit chez nous qu'il était mal guêtre...
" Je sentis tout-à-coup sur ma petite personne agile le poids énorme de ses yeux... Très sérieusement il se campait devant moi et il m'interrogeait en me laissant à peine le temps de lui répondre... Il parlait vite, comme un homme pressé... Cela dura peut-être dix minutes... J'avais l'impression qu'il allait me liber (gober) comme un œuf cru...
" J'ai oublié bien des choses qu'il me demanda sur mon métier, mais je me souviens parfaitement de deux questions qu'il m*a posées, tellement elles m'avaient paru bizarres... Il voulut savoir si nous vendions de la cannelle et combien ? Je ne pus le renseigner qu'assez vaguement... Mais je fus très précis et fort explicite dans la seconde question... Il m'avait demandé si nous délivrions plus de pétrelles, ces bâtons de résine qui donnent moins de lumière que de fumée, que de chandelles de suif... Je répondis victorieusement que la pétrelle baissait en ville, se maintenait dans les campagnes... et que les chandelles de huit étaient en faveur contre les chandelles de six...
" Mais je n'avais pas arrêté un si grand homme dans sa promenade pour lui parler d'épicerie... Je lui tendis un cahier de vers avec audace... " Monsieur de Balzac, voici mes vers... vous permettez ! " Il était soucieux, et ayant pris mes feuilles dans sa main ronde et délicate, il me dit : " Bien... bien... jeune épicier... " puis il me planta là... Je ne vis plus que son dos large, le mouvement de ses épaules roulant de droite et de gauche... Il avait repris avec vivacité sa conversation et le geste que j'avais interrompus.
lO BALZAC INCONNU
" Depuis, j'aperçus souvent Honoré de Balzac, en compagnie de M. Carraud : ils se ressemblaient d'une façon étonnante, mais on ne pouvait se tromper de personne... L'un avait l'apparence d'un gros mouton, et l'autre avec sa crinière, d'un lion...
" J'étais un petit gars hardi, mais je me contentai d'admirer de loin M. de Balzac sans oser aller lui demander des nouvelles de mes vers ! "
Rien de mieux que ces souvenirs d'un vieillard, dépourvus de tout préjugé littéraire, ne marque Balzac dans son caractère essentiel, le travail, soit qu'il produise, soit qu'il se documente pour ses œuvres. Il se promène, un jeune homme l'arrête, c'est un apprenti épicier, et aussitôt, il sait ce qu'il faut lui demander, il le presse de questions précises, avec une sorte de fièvre impérieuse, et lorsqu'il a obtenu ce qu'il lui convenait de connaître, il s'en va, naturellement, comme si celui qu'il interrogeait n'existait plus, après qu'il s'en est assimilé la substance, et il continue une conversation qui, à n'en point douter, était un travail encore. C'est par sa prodigieuse faculté d'absorption qu'il a pu construire son œuvre monumentale dont il était en droit de dire que, littérairement, elle était plus grande, plus importante que la cathédrale de Bourges, architecturalement.
Mais en outre de la Comédie Humaine où il a réuni tous ses romans, et de son théâtre. Honoré de Balzac a donné, dans les journaux et dans les revues, de nombreux articles de critique littéraire et de critique d'art, des articles politiques, sur la situation des partis en France, sur les rela-
tions étrangères, des études philosophiques, des esquisses et des essais, le tout portant l'empreinte de son génie. On y découvre, nues, les idées directrices qu'il a mises en œuvre dans ses romans, et dépouillées de toute fiction, elles sont d'une vigueur et d'une netteté incomparables. Elles révèlent toute l'étendue de son extraordinaire puissance cérébrale, qui d'une observation minime en apparence, d'un sujet commun, savait déduire les conséquences sociales les plus rigoureuses, et bâtir des théories d'une logique forte et passionnée. Elles méritent d'être connues à l'égal des romans de la Comédie Humaine.
Balzac fut un des premiers collaborateurs de la Mode ^ Il y avait été amené, raconte Werdet, l'un de ses éditeurs, par le bibliophile Jacob. Il y donna divers essais, et une étude très importante, le Traité de la Vie élégante. Il en était assez satisfait, comme en témoigne une lettre qu'il écrivait à Victor Ratier, directeur de la Silhouette : " La Grenadière^ 21 juillet 1830. Revenu ici sans argent, " l'ex-corsaire est devenu marchand d'idées, et il s'est " mis en devoir de pêcher des goujons pour en vendre. " Figurez-vous maintenant un homme aussi vagabondant " qui part d'un article intitulé Traité de la Fie élégante " pour faire un volume in-octavo que la Mode va impri-
^ Emile de Girardin fonda la Mode en 1829, sous le patronage de la duchesse de Berry. Elle eut un vif succès autant par la qualité de ses rédacteurs que par son exécution matérielle, typographie et gravure de ses planches coloriées. Auger qui a été l'un de ses collaborateurs assidus, dit dans ses mémoires à propos de sa présentation : "Je fus le bien reçu, Jules Janin, Balzac qui préludait à sa renommée et Eugène Sue qui n'avait rien écrit, devant être les soutiens de l'œuvre." {Mémoires d' Auger (1810-1859) publiés pour la première fois par Paul Cottitty 1891, p. 176).
' mer et quelque libraire réimprimer. Cette entreprise ' comique et tuante me tient dans un étau depuis que ^ j'ai écrit à M. Varaigne... Si vous pouviez me trouver ' pour la Silhouette un sujet aussi fécond que celui de la ' Vie élégante et me laisser un peu le temps de le cuver, ' vous verriez !... Oh !... Oh !... Oh !.. " ^
Auger n'est pas exact, lorsqu'il écrit que Balzac donna peu d'articles à la Mode^ car il y collabora presque régulièrement de 1830 à 1832, et il y signa quelques pages, en dehors des morceaux de ses ouvrages qu'il laissait insérer : Nouvelle théorie du déjeuner (signé B), Mœurs F arhïennes^r Usurier (s. H. de Balzac) ; Mœurs parisiennes^ Etude de la femme (s. l'Auteur de la Physiologie du mariage^ ; Souvenirs soldatesques^ Adieu^ les Bons-hommes (s. H. de Balzac).
La Mode recherchait des fragments inédits de ses romans et il y publia plusieurs scènes très importantes, et notamment les Deux Rêves.
A la même époque, Honoré de Balzac collaborait au Voleur, ^ à la Silhouette, ^ à la Caricature, ^ Balzac publia dans le Voleur, en 1830, la Grisette parvenue (extrait inédit des Scènes de la vie privée) ; le
^ On l'annonçait ainsi dans la Mode, tome III : ^' Un traité de la Vie élégante que l'on a difteré de publier dans ce volume, parce qu'il forme un ouvrage complet qu'il eût été fâcheux de diviser, sera publié dans le tome IV. " Il ne fut en réalité publié que dans le tome V, octobre, novembre et décembre 1830.
- Le Voleur était dirigé par Maurice Alhoy, Emile de Girardin et James Rousseau. C'était surtout un journal de reproductions.
^ La Silhouette avait comme directeur Victor Ratier. Elle paraissait en livraisons illustrées.
^ La Caricature, journal fondé et dirigé par Ch. Philipon, avec ce sous-titre: morale, religieuse, littéraire et scientifique.
Dimanche d'une ouvrière^ et des reproductions. Sa collaboration fut plus assidue à la Silhouette : il y donna de 1829 ^ ^^30 de nombreuses esquisses : Des artistes (signé : un Vieil artiste, et indiqué à la table des matières : par Balzac) ; V Atelier^ F Epicier^ le Charlatan^ Etudes des Mœurs par les gants, Physiologie de la toilette, De la cravate considérée en elle-même et dans son rapport avec la société et les individus, Des habits rembourrés. Physiologie gastronomique, etc. etc. Pour la première année de la Caricature (1830- 1831) il écrivit presque régulièrement dans chaque numéro des Fantaisies : le Cornac de Carlsruhe, De Vindifférence en matière politique. Conseil de Ministres, le Plaqueur, Une passion au collège. Physiologie des positions.
En 1830, Balzac avait fondé avec Emile de Girardin, Victor Varaigne et H. Auger le Feuilleton des Journaux politiques, ^ destiné dans ses intentions à mettre le public des lecteurs au courant des productions littéraires.
Il assuma presque seul la critique des livres, histoire, science, voyage, romans, poésie, avec une abondance d'idées, un jugement quelquefois défaillant, mais sincère
et rigoureux.
En 1832, Balzac étendit sa collaboration aux journaux
politiques, lorsqu'il entreprit de se présenter à la députa-
tion. Il choisit comme organe Le Rénovateur'^ et il y
donna en mai Vie d'une femme puis en octobre deux
articles : ^ Essai sur la situation du parti royaliste. Le
deuxième article ne terminait pas V Essai, car il portait
^ Le Feuilleton des journaux politiques n'eut que onze numéros de mars 1830 au 12 mai 1830.
'' Le Rénovateur, revue légitimiste, fondée par Laurentie. "J'enverrai encore un article au Réno'vateur ; car au prochain
Tindication: la suite au prochain numéro, mais elle ne parut point. Balzac avait rompu avec le rédacteur en chef du Rénovateur.
Il est inutile de rappeler longuement sa collaboration bien connue à la Revue de Paris où il donna des nouvelles et plusieurs de ses romans. Il y eut de nombreux démêlés. Quand il la quitta en 1833, elle avait un essai de composé et prêt à être publié, La Théorie de la démarche^ que Balzac donna à V Europe littéraire^ où elle fut insérée du 1 5 août au 5 septembre en quatre fragments, sous le titre général : Variétés littéraires. \J Europe reçut également quelques morceaux de Eugénie Grandet qu'elle annonçait comme une nouvelle.
Malgré l'échec du Feuilleton des journaux politiques^ Balzac n'avait pas perdu le désir de diriger une revue ou un journal. Il acquérait en 1835, avec un groupe d'amis, la Chronique de Paris^ ^ et le premier numéro de la nouvelle série paraissait en 1836, le 3 janvier. Balzac, rédacteur en chef, inspirait les articles de critique, et il s'était réservé les affaires étrangères, qu'il traitait autant comme un homme d'Etat que comme un écrivain. Il y donnait en outre des nouvelles : La Messe de V Athée ^ V Interdiction^ le Cabinet des Antiques^ Facino Cane^ le Secret des Ruggieri^ F Histoire du procès auquel a donné lieu le Lys dans la vallée^ où il se défendait avec véhémence et
renouvellement de la Chambre, je veux être député " (lettre de Balzac à sa mère, 9 octobre 1832).
' La Chronique de Paris, hebdomadaire, critique politique, administrative, scientifique, littéraire, artistique et industrielle. Les principaux rédacteurs étaient Gustave Planche, Charles de Bernard, Th. Gautier, Charles Nodier, et Daumier y publiait des dessins.
fierté contre ses adversaires et ses ennemis. Après dix-huit mois de direction, Balzac devait abandonner la Chronique de Paris avec des dettes.
Il collaborait à la Biographie Michaud^ dirigée par William Duckett, et il y écrivait un article sur Brillât-Savarin^ signé B-z-c, qui est du même ordre que son Traité des Excitants modernes; il fournissait de la copie à la Caricature Provisoire, ^ les Petites misères de la vie conjugale, illustrées par H. Monnier, et des articles de critique ; il participait à une publication lancée par Curmer, en livraisons, Les français peints par eux-mêmes ^ et il y publiait divers essais, V Epicier, la Femme comme il faut, le Notaire, Il collaborait enfin aux Scènes de la Vie privée et publique de€ animaux, ^ pour lesquelles il écrivait : Peines de cœur d^une chatte anglaise. Guide-âne à Pusage des animaux qui veulent parvenir aux honneurs, Voyage d^un lion d^ Afrique à Paris, les Amours de deux Bêtes ; et au Diable à Paris, ^ qui publiait de Balzac : Philosophie de la Vie conjugale, [chaussée d^Antin), Un Espion à Paris, (le petit père Fromenteau, bras droit des gardes de commerce), Une marchande à la toilette,
^ Le titre de la Caricature avait été repris par Huart, et Philipon publia à nouveau un journal satirique sous celui de la Caricature provisoire en 1838.
^ Les Français peints par eux-mêmes, texte de Jules Janin et de Balzac, Léon Gozlan, Th. Gautier, Et. Arago, etc.. illustrations de Gavarni, Granville, Charlet, H. Monnier, encyclopédie morale du XIX« siècle. (1840.)
' Scènes de la -vie privée et publique des animaux, vignettes par Granville. Etudes de moeurs contemporaines, publiées sous la direction de M. P. J. Stahl, avec la collaboration de M" de Balzac, L. Baude, P. Bernard, J. Janin, Ed. Lemoine, Charles Nodier, George Sand, 2 vol. Paris, 1842.
* Le Diable à Taris, 2 vol. Paris, 1845. Collaborateurs Stahl, G. Sand, Musset, A Karr, illustrations de Gavarni, Bertall.
Un Gaudissart de la rue Richelieu^ et dans le second tome, Ce qui disparait de PariSy Histoire et Physiologie des Boulevards de Paris (de la Madeleine à la Bastille).
En 1840, Balzac avait à nouveau tenté d'avoir un organe pour lui exclusivement, et il avait publié la Revue parisienne ^ dont il était l'unique rédacteur. C'était une gazette où il traitait de littérature, d'art et de politique, et où il commentait les principaux événements du mois. Comme les précédentes publications de Balzac elle ne réussit point.
Cette courte et rapide analyse n'indique que faiblement le nombre et l'importance des pages que Balzac n'avait pas réunies dans la Comédie humaine et qui pourraient former le texte de dix volumes. Il faut comprendre en outre, pour juger sa puissance créatrice, qu'il les a dispersées pendant les vingt ans où il a édifié son œuvre formidable. Et si l'on veut reprendre l'image d'un prodigieux ouvrier comparant son œuvre à un monument, on peut dire que si elles ne font pas partie de la cathédrale qu'il a dressée au seuil des temps modernes, elles sont de la même matière et façonnées par la même main — et que pieusement nous devons les recueillir — car rien de cet homme ne doit être ni oublié, ni perdu.
Louis LUMET.
1 Elle n'eut que trois numéros. Nous l'étudierons en détail dans le second volume des Curiosite's littéraires et pages inconnues.