DES VERS RÉTROGRADES
«On apf)elleversrélrogrades, dit Sidoine Apollinaire. les vers qui, sans que la mesure soit altérée ni les lettres changées de place, présentent les mêmes mots si on les Lit dans leur ordre naturel ou si on remonte de la fin au commencement. — Tel est cet ancien vers :
Roma, libi subito motibus ibit aroor.
« On appelle aussi vers rétrogrades, ajoute-t-il, ceux qui conservent la môme mesure pour les pieds, en reprenant, non pas chaque lettre, mais chaque mot depuis le dernier jusqu'au premier. Tel est le distique que j'ai fait sur un petit ruisseau qui, grossi tout à roup par un orage, avait inondé le grand chemin et les terres laboui*ées des environs, mai? qui, après l'orage, rentra dan» son lit accoutumé.
Prsecipiti medo quod decurrit tramite fluinen, Tempore consumptum jam cito deficiel.
« En retournant ces vers, c'est-à-dire en commençant par le dernier mot, et plaçant successivement les autres dans leur ordre jusqu'au premier, on trouvera :
Deticict cito jam oonsumptum leropore fleiuen Tramite decurrit quod modo prsecipiti.
« On voit seulement que l'hexamètre dans le premier distique est devenu pentamètre dans le second, et réciproquement. » (Lib. IX, epist. xiv.)
On range parmi les vers rétrogrades les vers qui, lus à rebours , sont encore des vers et offrent un nouveau sens. — On attribue l'invention des vers rétrogrades à un poëte grec du troisième siècle avant J.-(î. , Sotadès,
U GtJBtOSITÉS LITTÉRAIRES.
que Ptolémée Philadelphe, irrité de ses sanglantes sati> res, fit précipiter dans la mer.
Les vers rétrogrades en grec ne sont pas très-communs. Les plus connus sont les vingt-sept vers de Temp^reur d'Orient Léon VI, publiés dans lesExcaf'ptaé'Wlatius 1641, in-8\
Les vers de ce genre en latin sont au contraire fort nombreux. — L'un des plus célèbres est le suivant, qui, retourné, forme un distique relatif aux sacrifices d'Abel et de Gain :
Abel dit : Sacrum pinguc dabo, non macrum sacrilicabo. Caïn répond : Sacrilicabo macrum, non dabo pingue sacrum.
On Tattribue à Politien, et il se trouvait, d'après le Muséum italicum de Mabillon, dans un tableau qui représentait Abel et Caïn, et se voyait au premier cloître de Notre-Dame-la -Nouvelle, à Florence.
Parmi les vers rétrogrades à double sens, nous citerons encore celui-ci, qui, sous sa première forme,
Patrum dicta probo, nec sacris beliigerabo,
est mis dans la bouche d'un catbolique, tandis qu'il peut être répété ainsi par un protestant.
Beliigerabo jtacris^ nec probo dicta ftatrum.
. Le vers suivant a cela de singulier que toutes les lettres prises à rebours en forment la répétition exacte.
Arca, serenum me ccre reseni niunere sacra.
Le Milanais Lanzinus Gurtius, mort en 1511, et l'Allemand J.-H. Risius, ont excellé dans les vers rétrogrades latins.
« Frère Jacques Percher , dit Etienne Tabourot dans les Bigarrures et Touches du seigneur Des Accords^ avait fait peindre sa chapelle à Saint-Bénigne de DijoU: dedans laquelle était cet ingénieux octastique, contenu dans un