‹ Curiosités littérairesChapitre 3 sur 84 · DES ACROSTICHES · texte numérisé non relu

DES ACROSTICHES

On appelle acrostiches (du grec akros, extrémité, cl sUchos, ordre, vers), des vers dont les premières ou les dernières lettres forment par leur réunion soit un, soit plusieurs mots offrant un sens quelconque. Tels sont les vers suivants faits sur Louis XIV :

rouis est un héros sans peur et sans reproche ; on désire le voir. Aussitôt qu'on l'approche, csa sentiment d*amour enQamme tous les cœurs ; *-l ne trouve chez nous que des adorateurs ; (xon image est partout, excepté dans ma poche.

Les acrostiches remontent à la plus haute antiquité . Dans la Bible, chaque verset des psaumes 55 et H 8 commence par une des lettres de Falphabet hébreu.

c Quelques auteurs appellent aussi acrostiche, dit le

Dictionnaire de Trévoux, les deux épigrammes du pre-

2 CURJOSITÉS LITTÉRAIRES.

mier livre de l'Anthologie (chap. 38), faites à Thonneur, l'une de Bacchus et. l'autre d'Apollon. Elles sont composées de vingt-cinq vers, dont le premier est la proposition ou le dessein de Tépigramme; les vingt-quatre suivants sont composés chacun de quatre épithètes commençant toutes quatre par la même lettre, et disposés selon Tordre alphabétique des vingt-quatre lettres de l'alphabet grec, de telle sorte que le premrerde ces vingtquatre vers comprend quatre épithètes qui commencent toutes par A, le second quatre épithètes qui commencent par B, et ainsi des autres jusqu'à n. Ce qui fait quatrevingt-seize épithètes pour chacun de ces dieux. »

Suivant Cicéron, Ennius avait fait des acrostiches; mais ce détestable genre de poésie ne fut mis en honneur que dans les premiers siècles de Tère chrétienne, c'està-dire à une époque de décadence. On rapporte en effet à ce temps les arguments mis en tête de vingt comédies de Plante. Ces arguments sont composés d'autant de vers qu'il y a de lettres dans le mot qui forme le titre de la pièce, et chaque vers commence par une des lettres de ce mot. — On les attribue généralement à Pris cien, grammairien du sixième siècle. En voici un exemple, tiré de Casina ;

nonservam uxoreài conservi duo expetunt, >Iiuin senex adlegat, alium tilius.

c/)ors adjuvatt senetn ; verum decipitur dolis. M^ta ei subjicttur pro puella servulus ^equam, qui dominum inuicai atque villicmn.

P»>dole8cens ducit civem Gasinam co^itam.

« Deux esclaves du même maître recherchent en mariage une jeune fille esclave avec eux. L'un sert les intérêts du vieillard, l'autre ceux de sonfilsi Le sort favorise le vieillard; mais il est dupe d'une ruse. Ainsi l'on

AdRôâTJGËES. &

sabstilue à la jeune fille un esclave brutal qui bat son maître et son fermier. ~ Le jeune homme épouse Casina, qui est enfin reconnue libre. »

Au neuvième siècle, Raban-Maur, d'abord abbé de Fulde, puis évèque de Mayence, sa patrie, composa en latin un Traité des louanges de la croix, en deux livres» Pfortzheim, 1501, in folio. Cet ouvrage, qui a joui longtemps d'une immense réputation, est un recueil d'acrostiches tétragones de trente-cinq vers, ayant chacun trente-cinq lettres, et formant des figures mystiques de la croix. Neus prendrons seulement dans une de ces pièces les vers qui forment la croix et son encadrement.

crus excellens iotO DominarU OlympO

o crux quœ xpi es car 5 benedicta (riumph o

i Si B"

g crux qa» cogis raptU plebem iré ab ATernO

4 CURIOSITÉS LlTTÉftAlRES.

Le même siècle offre une pièce insérée dans l'Histoire de Blois, de Jean Bernier, et digne de rivaliser avec celle de Raban. Elle est à la louange de Guillaume, comte de Blois. Les premières et les dernières lettres de chaque vers forment celui-ci :

Te virtute crucis, Soter, Guillelme, coronat.

De plus, le même vers se trouve répété de manière à figurer une croix au milieu.

Nous ne connaissons pas d'exemples de vers acrostiches dans notre langue vulgaire au moyen âge; mais ils abondent à partir de la renaissance des lettres. Voici le blason de Paris, composé par Grosnet :

•Tdaisible domaine »

amoureux yergier, « scepous sans dangier

>-u8tice certaine,

c/acience bauUainc, C'est Paris entier.

Les poètes, à cette époque, se servirent très-souvent de Tacrostiche pour cacher leur nom ou celui d'une maîtresse à laquelle ils adressaient leurs vers, mais qu'ils ne voulaient pas faire connaître au public. — C'est ainsi que le célèbre poète macaronique Théophile Folengo cacha le nom de Girolama Dieda dans une canzone acrostiche, et Clément Marot le sien dans le rondeau suivant :

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