‹ Curiosités littérairesChapitre 44 sur 84 · II. Évangile de flbiroii · texte numérisé non relu

II. Évangile de flbiroii

Au milieu au deuxièflae «ièele* <m trouve entre les mains de Thérétique Marcion un Evangile ressemblant beaucoup à celui de saint Luc, dont cependant il diffère sous plusieurs rapports. «Les Pères de l'Église, dit Schœll, aitribuent cette différence aux falsifications dont ils accusent Marcion; mais ils ne donnent aucune preuve de cette accusation, dont on ne peut deviner le motif, cet Évangile renfermant des passages contraires à la doctrine de Marcion. Ses iidhérents" prétendaient, au contraire, que les catholiques avaient falsifié et interpolé les quatre Évangiles reçus par TÉglisa. La critique impartiale doit reconnaître que TÉvangile de Marcion, aussi bien que celui de saint Luc, était un document historique; que les auteurs de l'un et de l'autre avaient puisé à la même source,, ou que peut-être 1 Évangile de Uarcion a servi de hase â* celui de saiiit Luc'. »

* QiMlitues ttuteurt en 9At attribué ta rédaction k saint Hallbieu, qui raurait écrit en langue dia^ilaîqiia.

* Les Marcionites, au temps de saint Épipliane, mort en 403, étaient encore fort répandus non-seulement en Italie, mais dans tout fOrient.

* His/ore abrégée âe la lUlérature grecque sacrée et ecclétioêtiqney p. 82.

170 CUH10S1TÉ9 LlTTÉHAIRIâS.

Saint Justin le Martyr S malgré son exactitude à citer ses autorités, ne mentionne jamais les quatre Évangiles canoniques et ne parle que des Commentaires ou Mémoires des Apôtres (Apomnèmoneumata), dans ce quUl rapporte de Jésus-Christ. Les fragments' qui nous sont parvenus ont quelques ressemblances avec les Évangiles de saint Matthieu et de saint Luc, et renferment des -passages que Ton ne trouve dans aucuns de nos Évangiles.

Les Mémoires des Apôtres doivent être considérés comme Tébauche de TÉvangiie de saint Luc.

IW. Évai^iile de Cérliithe.

Les sectaires de Cérinthe possédaient un Évangile qui ressemblait beaucoup à celui de saint Matthieu, mais il était beaucoup moins complet; et, comme les Pères de rÉglise qui ont parlé de cette hérésie, entre autres saint Irénée, mort vers 202, nVx;usent aucunement ces sectaires de falsifications ou.de mutilations, on peut en conclure que, vers la fin du deuxième siècle et au commencement du troisième , TÉvangile de saint Matthieu n'avait pas encore la forme sous laquelle il nous est parvenu.

W. Ma tesMUNNi de Taticn.

Tatien» qui vivait à la fin du second siècle, composa un Évangile à Taide de quatre autres qu'il réunit; il le nomma Dia tessarôn, c est-à-dire par les quatre. Mais il ne s'agit pas ici des quatre Évangiles canoniques, car tout porte à croire, d'après la comparaison de son livre avec ceux de saint Matthieu et de saint Luc, qu'il n'a

* Mort en t<>ô. ^

SUPPOSITION D'AUTKURS. 171

pas connu ces derniers ; et, comme son Évangile était quelquefois appelé Évangile selon les Hébreux, il est à peu près certain que Tun des Évangiles dont il s'est servi était celui des Hébreux.

Wl. évangiles des Pères. «

L'opinion vulgaire, suivant laquelle les quatre Évangiles canoniques auraient été connus des Pères, ne peut soutenir la discussion; en'effet, depuis saint Barnabe et saint Clément jusqu'à saint Polycarpe, mort en 167, les Pères ne citent que des textes différents de ceux des évangélistes.

Les quatre Évangiles canoniques n'étaient donc pas connus avant la fin du deuxième siècle, et les docteurs de rÉgiise avaient sous les yeux d'auti*es Évangiles perdus aujourd'hui. Les uns (l'Évangile des Hébreux, YÉvangile de Cérinthe, les Mémoires des Apôtres) donnèrent naissance à l'Évangile de saint Matthieu, et les autres (Y Évangile de Marcion, et l'un des quatre de Tatien) furent le type du livre de saint Luc. Les Évangiles des Pères ont tous été rédigés sur un Évangile primitif, et ce fut pour mettre fin aux additions et aux interpolations successives dont ces livres étaient l'objet que l'Eglise, vers la fin du deuxième siècle, ou au commencement du troisième, fit un choix et adopta les quatre Évangiles canoniques. Cette mesure eut pour résultat de faire disparaître tous les autres Évangiles.

Saint Irénée est le premier qui, vers l'an 200 , parle d'une manière positive des quatre' Évangiles, dont seize ans plus tard saint Clément d'Alexandrie jugea néces^ saire de démontrer l'authenticité.

. VII. Évangile primitif.

On peut, au moyen des Évangiles canoniques, remon-

17^ CiniOSITÉS LITTÉnAlUKS.

ter au docQmept pirimiUf qui leur a ^rvi d'éb^u<3tbe« En écartant louvrage de saint Jeau, dont lorigine et Tobjel smi différents» qu trouve dans les trois autres Evangile^ quarante-deu\ passages entièrement ou à peu près identiques, qu'on peut regarder comme le texte primitif et (original'.

Cette hfirmonie entre les trois écrivains, qui se servent SQUYdOt de4 mêmes paroles ou présentent dans la suite des idées une analogie complu, ne saurait, d'après tout ce qui précède, provenir de ce qu'ils racontent des faits dont ils ont été témoins ou qu'ils connaissent par la même tradition. De plus, ils ne se sont pas copiés, puisque, dans ce cas, les différences qui se trouvent entre eux auraient disparu, et la suite chronologique des événements aurait été la même, ce qui n'a pas lieu. 11 est donc évident que les trois évangélistes ont puisé dans une source commune TËvangile primitifi qui commençait sans doute au baptême de saint Jean ; car il n'y a que dans les premiers chapitres de saint Matthieu où il soit question de la vie de Jésus-Christ avant son baptême. Les Apôtres, comme on le voit d'après les Actes, n'en parlaient nullement dans les instructions à leurs disciples.

Certaines différences des textes actuels, qui n'existent que dans des mots isolés, prouvent, du reste, que l'Évangile primitif, qui fut altéré en passant de main en main, était rédigé en syiHMîhaldéen. De la comparaison attentive des trois Evangiles, il résuite que leurs auteurs se servirent d'une même traduction grecque de l'Ëvangile primitif, et de suppléments différents en langue chaldéenne qui renfermaient des additions et des aug* mentations. On peut voir, dans Schœll, comment de là

* SchœH, d&D8 rouvrage déjà cité, en a formé un tableau.

SrPPOSITION D AUTEUns. • 175

sont sortis les troii premiers Évangiles, sviV lesquels nous nous bornerons ici à dt^nner quelques détails.

VIII» Évangile seltMi Miint MatihlcH*

Cet Évangile ne peut pas être sorti tel qu'il est des mains de Paint Matthieu, qui n'est évidemment pas l^auteur des deux plumiers chapitres ; leur contenu n'est pas conforme à Tesprit du temps des apôtres.

fin effet, à cette époque, on ne pouvait s'appliquera décrire avec soin la généalogie, la naissance et les pre*mières années de Jé8us«-Chrisl. Personne ne doutait qu'il ne descendît de la tribu de luda, et il n'était nullement nécessaire de le prouver. Maii, après Textinction de la génération de ses contemporains, il fallut prouver cette origine, qui constituait un des signes auxquels on devait reconnaître le Messie. Si cette généalogie s'était trouvée dans l'Évangile primitif, il n*èxi*lerait pas Xim contradiction manifeste entre la manière dont saiiit Matthieu et saint Luc la rapporteçit. Une dé ces généalogies, nécessairement fausse, ne peut être des premiers temps du christianisme. La contradiction est plus grande encore entre les récits des deux évangétistes sur la naissance de lésus; ils renferment des traditions étrangères aux premiers chrétions.

Il parait cepefidant que les deux premiers chapitres de saint Matthieu ont été ajoutés par le même écrivain qui a donné à cet ouvrage k forme et l'étendue sous lesquelles il nous est parvenu. On y trouve aussi l'intention de faire voir que tous les indices qui devaient désigner le Messie se sont rencontrés dans la personne de lésus*<lhrist. Les diverses parties dont cet Évangile se compose sont de trois sortes :

1* Les unes lui sont propres. Or, ces morceaux respirant le même esprit que les deux premiers chapitres, il

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devient probable qu'ils sont tous étrangers à l'apôtre.

2** Il y a des parties qui lui sont communes avec Fun des évangélistes, et on ne peut les attribuer avec une entière certitude a saint Matthieu; il y a au moins un passage qui n'est pas de son époque : c'est le récit que saint Matthieu et saint Luc font des tentations de Jésus- Christ par le diable. L'Évangile primitif se contentait de dire que Jésus-Christ fut tenté par Satan; expression métaphorique qui > plus tard , a été interprétée littéralement.

5** Enfin les morceaux qui se trovivent dans les trois évangélistes sont les seuls que Ton puisse attribuer à saint Matthieu, qui a évidemment changé Tordre chronologique de rÉvangile primitif où il puisait.

Originairement rédigé en hébreu, puis traduit en grec et avec une grossière inexactitude, TËvangile de saint Matthieu ne peut, dans sa forme actuelle, être antérieur à la destruction de Jérusalem, comme le prouve une altération qui se trouve au chapitre xxni, vej*set55*.

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