‹ Curiosités littérairesChapitre 47 sur 84 · XI. Adern des Apôtres · texte numérisé non relu

XI. Adern des Apôtres

Cet ouvrage, qui forme pour ainsi dire la deuxième partie de TËvangile de saint Luc, est une composition historique régulière due à la plume de cet écrivain. Bien qu'il porte tous les caractères d'un livre authentique, on ne trouve pas cependant que les Pères l'aient connu avant la fin du deuxième siècle. Saint irénée, qui, depuis 177, fut évoque de Lyon, et saint Clément d'Alexandrie, sont les premiers qui le citent. Saint Jean Chrysostome, morten 407,ditquede son temps onen connaissait à peine l'existence. Aucun ouvrage faisant partie

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du ^'ouveau TesUroeiit n'offre un texte Aussi ooi't*otti^, aucun n'a subi des interpolations plus nombreuses. On peut 8*en convaincre en coUationnant les divers manuscrits qui nous restent, et en comparant notre texte avec Tancienne version latine, dont près d'un sixième en diffère totalement.

ILlI. Ëvang^ selon salnil Jean.

Cet Évangile, qui date réellement du temps des apôtres, est parfois en désaccord avec TÉvangile primitif» dont il rectifie quelques inexactitudes Quoiqu'il porte tous les caractères de rautbentîcité, on n'en trouve a«eune trace dans Thistoire avant le commencement du deuxième siècle; le premier qui le cite est Béradêon. disciple de Yalentin. Mais il paraît que le Dta iesaaréèi de Tatien renfermait cet Évangile, qui a été en de nombreux passages altéré et interpolé. Ces modifications remontent à la fin du deuxième siècle.

XM. I" épitre de saint Jean.

C'est dans cette épître que se trouve le célèbre verset qui, depuis le commencement du seizième siècle S a excité de si vives jjuerelles entre les théologiens. Ce verset manque non-seulement dans les manuscrits les plus anciens, mais aussi dans tous les manuscrits grecs, si Ton en excepte trois on quatre qui ne sont pas antérieurs au seizième siècle. 11 manque aussi dans les traduotions faites en syriaque et dans les autres langues orientales, et tnêtne dans quelques manuscrits de la Vulgate; de plus, malgré son extrême importance pour le dogme de la Trinité, il n'est cité par aucun Père de TÉglise grecque, ni par aucun Latin, avant lie cinquième siècle.

Qi:oniuiu très suiit, qui tesliinoniiiin dant in coelo : Pater, Ycrbum,

et S|)hitU9 Sanclfis : ethitres «num suut. » (Cliap. v, \uVé. 7.)

XIW. Il- et lU' épltre» de ealat Jeatt.

Origène et Eusèbe doutent de Tidentité de Fauteur de la deuxième épttre avec la personne de Tapôtre saint Jean; saint Jérôme la croit d'un prêtre Jean, dont le tombeau se voyait à Éphèse. Ce n'est que depuis le cinquième siècle que TOrient et TOccident ont unanimement placé cette épttre parmi les livres canoniques du xXouveau Testament. La troisième épttre a été l'objet des mêmes doutes que la seconde.

XW. Ap(»calypse.

La première trace historique de Texislence dQ VAgocalypse est un passage de saint Justin le Afartyr, mort vers 163. Après lui, saint Irénée en parle, et, vers la fin du seizième siècle, saint Clément d'Alexandrie la cite comme l'ouvrage de saint Jean Tévangéliste.

Origène, saint Hippolyte (mort en 240), et TertuUien, en parlent dans le même sens. (Cependant déjà avant eux cet ouvrage avait commencé â perdre de la repu* tation dont il jouissait. Les premiers adversaires de l'Apocalypse furent les aloges (sans verbe), hérétiques qui l'attribuaient â Cérinthe. Cette opinion fut reproduite par Caius de Rome, au commencement du troisième siècle, et, un peu plus tard, par Denis d'Alexandrie.

Eusèbe ne sait que penser de l'authenticité de cet ouvrage, que l'Église d'Orient rejeta jusqu'à l'époque du concile de Tolède (633).

Dans la seconde moitié du dix-huitième siècle, cette question de Tauthenticité de V Apocalypse, que rejetait Luther, a été de nouveau agitée par les théologiens protestants, entre autres par Michalis.

Le texte de V Apocalypse est excessivement corrompu.

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Les copistes y ont intercalé les commentaires et les explications d'André, évoque de Césarée, qui vivait vers la fin du septième siècle.

XWI. De quelques autres ouvrages apoeryphès.

A l'exception des épttres de saint Paul, la plupart des autres épttres ne paraissent pas devoir appartenir aux auteurs dont elles portent le nom.

On pense bien que Ion s'est servi plus d'une fois du nom des Pères de l'Église comme de celui des apôtres, pour leur attribuer des ouvrages auxquels ils étaient complètement étrangers. Tels sont les Constitutions tlpostoliques, les Canom des apôtres, les Recognitiones, attribuées faussement à Saint Clément, et les épttres apocryphes de saint Ignace.

Parmi les autres ouvrages supposés du premier siècle, figurent encore le Pasteur, attribué à Hermas, les pré^ tendus ouvrages de Denys l'Aréopagite, la Vie de saint Jean Vévangétiste, de saint Prochore; VÉvangite de Nicodème; VÉpitre des prêtres d'Achaïe, sur le martyre de saint André; le rapport sur la mort de Jésus-Christ, par Ponce-Pilate, etc., etc.

Aux siècles suivants appartiennent \eProtevangelium, fabriqué sous le nom de saint Jacques le Jeune, un Évangile de saint Thomas, une lettre des Corinthiens à saint Paul et la réponse de Tapôtre, une correspondance entre saint Paul et Sénèque, deux lettres de saiht Pierre à saint Jacques, et VHistoire de la passion de ces deux martyrs, attribuée à saint Lin. Ala fin du deuxième siècle appartient le Testament des douu patriarches, auquel on n'a pas mis de nom d'auteur.

Au troisième siècle, Thistoire des suppositions d'ouvrages nous présente une prétendue réfutation des erreurs de Paul de hamosate, par Denvs le (irand, et le

colloque entre Ârebélatls et Manès. Au quatrième siècle apparaît le fameux écrit de Constantin, par lequel ce prince est supposé donner la ville de Rome, Tltalie et tout rOccident au pape Sylvestre. On a prétendu que cette donation fut originairement écrite en latin; le premier auteur qui en ait fait mention est Énée de Paris, qui écrivait en 854. Théodore Balsamon et Constantin Harménopule la traduisirent en grec, au quatorzième siècle; mais, dès la renaissance des lettres, Laurent Valla en prouva la fausseté.

On attribue â tort à saint Dorothée, mort vers 305, un Abrégé de la vie et de la mort des prophètes; à Eusèbe d'Émèse (560), diverses homélies; à saint Amphiloque, évêque d'Icône (574), des ouvrages qui appartiennent à Amphiloque, évêque de Cyzique, au neuvième siècle; à Jean de Jérusalem, une collection d'anonymes, publiés par Wastel, etc. *.

« Chez les premiers chrétiens, dit M. A. Haury, dans ^n savant et curieux Esstii sur les lége7ides pieuses (1843, in-8"), rhabitude d'altérer les écrits des auteurs, d'en supposer qui leur étaient étrangers, fut si générale, que cette fraude avait lieu du vivant même de ces auteurs, et presque en leur présence. Origène raconte comment il confondit un hérétique qui, ayant falsifié ses écrit», lui niait en face cette imposture en présence d'un grand nombre de témoins. Saint Grégoire le Grand s'aperçut qu il courait sous son nom plusieurs discours répandus dans le public par un moine grec nommé André, qui les avait composés. »

lïous n'en finirions pas si nous voulions énumérer toutes les fraudes pieuses, les interpolations et les falsifications de tout genre qui datent des premiers siècles

* Voyez encore le mémoire de Btirig^ny sur les livres apocryphes, dans les Mémoires de l'ActiiéiuieUe» inaKripiimtê, t. XXVI il.

du christianisme. Aussi Érasme, au seizième siècle, se plaignait-il avec amertume de ne posséder aucun texte des Pères de TÉglise qui n'eût été falsifié.

Rien ne' prouve mieux, et le manque de critique des chrétiens, et leur légèreté à supposer des textes qui pouvaient leur servir, que Tusage qu ils ont fait des Oracles sibyllins.

Toujours attentifs à rechercher dans la mythologie païenne des preuves et des traces de leur religion, ils ont fabriqué de toutes pièces, et ont mis des prophéties sous le nom de la Sibylle païenne, c Saint Clément de Rome lui-même n'est pas à l'abri du soupçon d'avoir • participé à cette falsification, ou d'avoir trop légèrement ajouté foi à un texte corrompu. D'après saint Justin, ce pontife avait cité, dans son épttre aux Corinthiens, des oracles de la Sibylle pour confirmer les vérités qu'il annonçait aux païens. Un contemporain de saint Clément, l'historien Josèphe, se réfère à un passage de ces mêmes oracles où il est question de la tour de Babel ; ce que nous remarquons comme une preuve de l'ancienneté des falsifications de ces oracles. Celsus, cet antagoniste fameux du christianisme , accusait expressément les chrétiens d'avoir altéré ce recueil. Les Pères de l'Église du deuxième, et plus souvent encore ceux du troisième siècle, se réfèrent à des passages Interpolés qu'ils rapportent comme authentiques ^ » Ces oracles, dont M. Alexandre a donné dernièrement une édition, ont joui pendant le moyen âge d'une grande autorité. Saint Bernard s'écriait, en parlant des Juifs : « S'ils ne croient pas aux prédications de leurs prophètes, qu'ils croient au moins à celles de la Sibylle. » L'Église a chanté longtemps : Teste David cum Sibylla, et Ton sait que les Sibylles se trouvent représentées avec les prophètes» à Rome, dans

* ScbœU, Bist9ire de /« Mléroture grecque prùfane, 1^3, t. 1, p. 55.

SUPPOSITION U'AUTëURS. 181

les peintares de Michel-Ange et de Raphaél, et sur les vitraux des cathédrales d'Auch et de Sens.

Nous ne devons pas négliger de parler du célèbre passage inséré après coup dans les Antiquités judaïques de Josèphe, où Ton n'a pas craint de faire proclamer la divinité de Jésus-Christ par un Juif aussi attaché à sa religion que Tétait cet historien. Voici le passage:

« En ce même temps était Jésus, qui était un homme sage, si toutefois on doit le considérer simplement comme un homme, tant ses œuvres étaient admirables. Il enseignait ceux qui prenaient plaisir à être instruits de la vérité, et il fut suivi non-seulement de plusieurs Juifs, mais de plusieurs gentils. C'était le Christ. Des principaux de notre nation Fayaiit accusé devant Pilaterceluici le lit crucifier. Ceux qui l'avaient aimé durant sa vie ne l'abandon nèrent pas après sa mort, il leur apparut vivant et ressuscité le troisième jour, comme les saintg prophètes l'avaient prédit ' . »

Quelques critiques voient simplement dans ce morceau un commentaire inséré mal à propos dans le texte; mais les plus éclairés, entre autres Villoison, l'ont regardé comme interpolé. Tannegui Lefèvre accuse même Ëusèbe *de cette falsification.

Il ne faut pas s'étonner du nombre de ces falsifications, car les chrétiens des premiers siècles, sans cesse agités par des querelles religieuses où les mots avaient une grande importance, devaient se montrer très-peu scrupuleux à cet égard. C'est ce qu'a fort bien senti un écrivain dont le témoignage n'est pas suspect, -Joseph de Maistre, qui s'exprime ainsi dans son livre du Pape (liv. 1, ch. xv) : c De ce vague qui régnait dans les signes cursifs, ainsi que du défaut de morale et de délicatesse sur le respect dû aux écritures, naissait une immense

< liv. XVIII, clMp. iv. Traduction d'Arnaud d'Anditty^

facilité et par conséquent une immense tentation de falsifier les écritures ; et cette facilité était portée au comble par le matériel même de récriture; car, si Ton écrivait sur la peau, in memhranis, c'était pire encore, tant il était aisé de ratisser et d'effacer. »

Faisons de plus remarquer que, quand la fraude s'opérait, par exemple, en Afrique, ou au fond de TAsie, sur quelques manuscrits, il était à peu près impossible qu'on s'en aperçût tout de suite en Grèce, en Italie ou dans les Gaules: et, comme les manuscrits anciens s'anéantissaient chaque jour et que les manuscrits falsifiés servaient à leur tour de modèle aux copistes, il en résultait inévitablement qu'au bout d'un certain espace de temps l'erreur se trouvait propagée dans le monde entier sans qu'on eût pu en découvrir l'origine et s y opposer.

Parmi les suppositions religieuses des premiers siècles, nous devons encore mentionner deux lettres. La première a été, dit-on, adressée par Jésus^ Christ à Abgar, roi d'Édesse. Bien qu'Ëusèbe la regarde comme authentique, il n'est personne aujourd hui qui ne sache que cette lettre a été fabriquée pour relever Fancienneté de l'Église d'Édesse. La seconde lettre, qui ne peut être maintehant citée sérieusement que par des gens d'une grande ignorance ou d'une mauvaise foi insigne, a été, à ce qu'on prétend, écrite par le proconsul Lentulus au sénat romain de Jérusalem. On y trouve le portrait de Jésus-Christ, la description de sa taille, la couleur de ses cheveux, de sa barbe, etc.

Terminons cette longue digression par Thistoire de la traduction de l'Ancien Testament, dite des Septante.

Suivant la tradition, au troisième siècle avant Jésus- Christ, Ptolémée-Philadelphe, roi d'Egypte, voulantavoir pour la bibliothèque d'Alexandrie une version grecque

SOPPOSITION D'ALTKURS. Itô

des livres juifs, envoya deux officiers de sa cour, Aristéas et Andréas, en demander une copie à Éléasar, grand pontife des Juifs à Jérusalem, et le pria de lui envoyer soixante-douze hommes sachant également les langues hébraïque et grecque. Ces hommes, enfermés isolément dans nie de Pharos, dictèrent une seule et même traduction é Démétrius de Phalèrc.

Celle tradition, qui se t)*ouve rapportée avec des circonstances plus ou moins merveilleuses par Philon, Justin le Martyr et saint Épiphane, reposait principalement sur une lettre attribuée à Aristéas lui-même» lettre qui fut regardée comme authentique jusqu'au dix-septième siècle. A cette époque les critiques la rejetèrent unanimement comme supposée.

Voici mainlenanl ce qu'on est parvenu à démêler de tous ces récits confus ou mensongers. Il y avait en Egypte, à la mort d'Alexandre le Grand, une colonie très-nombreuse de Juifs, qui avaient oublié, ainsi que les Juifs revenus de Babylone, non-seulement l'hébreu, mais encore le chaldéen, et ne se servaient que de fà langue grecque. Or, comme les jours de sabbat on devait lire dans la synagogue un passage du Pentateuque, il en résulta qu il devint nécessaire de traduire cet ouvrage en grec. Le sanhédrin d'Alexandrie, composé, comme celui Je Jérusalem, de soixante-dix ou soixante-douze membres, dut nécessairenîent examiner, corriger et approuver cette traduction, qui aurait pris de là le nom de Septante, Peut-être le sanhédrin réclama-t-il le secours do quelques savants de la Palestine^ce qui aurait donné lieu au conte d'une ambassade envoyée à Jérusalem par le roi d'Egypte.

Ptolémée-Philadelphe ayant, au dire de Plutarque, rassemblé les ouvrages publiés par les différents législateurs, il est probable que ce prince comprit dans cette

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collection les livres de Moïse, et il est possible qu'il se soit adressé directement au sanhédrin pour en avoir une traduction.

11 est bon d'ajouter que la version n*eut d'abord pour objet que les livres de Moïse; les autres parties de l'Ancien Testament ne furent traduites qu'à des époques très-postérieures, comme le prouve le livre d'Ësther» dédié à PtoIémée*Philométor, qui régna de 181 à 146 avant Jésus-Christ.

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