DES ANAGRAMMES
On appelle anagramme (du grec ami, relro, ré, et de gramma, lettre) la transposition et la combinaison entre
elles des lettres d'un nom ou d'un mot quelconque de manière à en tirer un sens; il faut que toutes les lettres soient employées pour que Tanagramm^ soit régulière. — L'anagramme de logica est caligo, ,
Les plus anciennes anagrammes que Ton connaisse sont attribuées au poète grec Lycophron, qui vivait sous Ptolémée Philadelphe, vers 280 avant J.-C.—De Plole^ maios, il avait fait apo melitoSy c'est-à-dire de miel, et ion eraSt c'est-à-dire violette de Junon, du nom de la reine Ârsinoé,
La troisième partie de la cabale cbez les Juifs (themur(i) n'est que l'art de faire des anagrammes; elle a pour but de trouver des sens cacbés et mystérieux au moyen de la transposition des lettres ou des mots. Tous ceuxqui,au moyen âge, s'occupèrent des sciences occultes ou d'alchimie employèrent probablementlesanagrammes pour communiquer avec leurs adeptes. Du moins on peut le conclure du passage de Roger Bacon {desecretis OperU bus artis et naturse, ch. xi), où il donne la composition de la poudre à canon sous le voile d'une anagramme *.
Bien que Ton trouve dans François Rabelais plusieurs anag[rammes, et entre autres la sienne, Alcofribas NasieVy pseudonyme sous lequel il avait publié d'abord ses deux premiers livres, ce fut, suivant Bayle, le poète et humaniste limousin J. Daurat (mort en 1588) «qui a mis les anagrammes tellement en vogue, que chacun voulait s'en mêler. Il passait pour un grand devin en ce genre-là, et plusieurs personnes illustres lui donnèrent leur nom à anagrammatiser. » Cette manie gagna bientôt non-
* Sed lamen salis pctne luru vopo vir ean utriet sulpliuris; et sic fades tonilmm et cornscationem, si scias artiGcium; videas lamen utrum loquar in cnigniate vel secundum veritatem. En faisant Tanagramme, nous avons trouvé, non pas carbomim pvlrere, comme quelques auteurs Vont prétendu, mais cammu pvlveri trito^ ce qui est évidemment pour cerbanum pnlvere trilo.