‹ Curiosités littérairesChapitre 55 sur 84 · X. L'ami Fréron n'applaudiras Qu'à X Écossaise seulement · texte numérisé non relu

X. L'ami Fréron n'applaudiras Qu'à X Écossaise seulement

La seconde, qui a pour titre : Credo d'un amateur de tkeâtre, est rapportée au 19 novembre 1769.

« Je crois en Voltaire, le père tout-puissant, le créateur du théâtre et de la philosophie;

« Je crois en la Harpe, son fils unique, notre seigneur^ qui a été conçu du comte d'Essex, est né. de Lekain, a souffert sous M. de Sartines, a été mis à Bicêtre et est descendu aux cabanons, le troisième mois est ressuscité d'entre les morts, est monté au théâtre, et s'est assis à

la droite de Voltaire, d'où il viendra juger les vivants et les morts;

« Je crois à Lekain» à la sainte association des fidèles, à la confrérie du sacré génie de M. d'Argental, â la résurrection des Scythes, aux sublimes illuminations de M. Saint-Lambert, aux profondeurs ineffables de madame Vestris. Ainsi soit-il. i

Les étrangers, et en particulier les Allemands, ont su bien rarement apprécier d'une manière convenable notre littérature. Tandis qu'ils traitaient avec le plus grand mépris les auteurs que nous considérons comme classiques, ils s'enthousiasmaient pour des écrivains auxquels le public français assignait un rang fort peu élevé.

Ain§i, Restif de la Bretonne et Fauteur du Tableau de Paris, Mercier*, ont joui pendant longtemps d'une réputation colossale parmi les Allemands. L'abbé de Vauxcelles raconte qu'un Français, voyageant dans le nord de l'Europe, rencontra, vers le 60' degré, un professeur allemand qui, suant à grosses gouttes dans ses fourrures, s'évertuait à traduire ce qu'il appelait un chefd'œuvre de notre langue. Notre compatriote voulut savoir le nom de l'homme que l'Allemand nommait le plus grand de nos écrivains. 11 cita d'abord les noms de Montesquieu, de Voltaire, de Racine; mais le professeur, après avoir souri dédaigneusement» lui dit : « Je vois que vous ne sauriez deviner; c'est M. Mercier. Il est, sans aucun doute, le premier génie qu'ait votre littérature, et n'a qu'un défaut, celui des Français ; t7 sacrifie trop souvent aux grâces*. »

* Mercier a donné la mesure de son goût et de son jugement dans Y An 2440. Dans ce livre, il forme une bibliothèque d*élile au moyen de Linguet, Marmonlel, etc., ayant bien soin d'exclure Bourdaloue, Bossue!, Malebrancbe, Pascal, etc.

* Aujourd'hui, M. Paul de Kock a remplacé Vercier auprès des Allemands et des Hollandais, qui lui ont voué une admiration sans bornes.

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