CITATIONS. 2G
Tel est encore ce vers, que les femmes répMent avec complaisance. Il est tiré du Mérite des femmes :
Tombe aux pieds de ce sexe à qui tu dois ta mère.
Il faut avouer que le malheureux que Ton voudrait forcer de tomber aux pieds du sexe auquel il doit sa mère se trouverait dans un cruel embarras; et Legouvé est bien coupable de n'avoir pas indiqué en note la conduite à suivre en pareille occurrence. Avant lui, on avait cru généralement que le concours des deux sexes était nécessaire pour procréer des garçons ou des filles; mais son vers est venu nous détromper, et il est constant maintenant, quelque incroyable que cela puisse paraître, que, quant aux filles, le sexe féminin suffit seul à la besogne.
Il y a dans Boileau {satire x) deux vers que les pédants de collège, les pères de famille et les tuteurs qui ont fait leurs études aiment fort à citer :
L'honneur est comme une île escarpée et sans bords, On n*y peut plus rentrer dès qu'on en est dehors.
Ces vers passent en général pour être beaux, et renfermer une pensée profonde. Nous en conviendrons volontiers quand on nous aura expliqué ce que c'est qu'une île sans bords.
Le chant m de VArt poétique renferme aussi deux vers que certains critiques de profession ont toujours à la bouche qiland il s'agit de Molière :
Dans le sac ridicule où Scapin s*enveloppc, Je ne reconnais plus l'auteur du Misanthrope.
Or, dans ces deux vers, tels qu'ils sont imprimés dans toutes les éditions, il y a deux absurdités évidentes. Il faut n'avoir pas lu la pièce des Fourberies de Scapin, pour ignorer que Scapin ne s'enveloppe pas dans un sac,
mais y enveloppe Géronte. De plus, Molière remplissait, ifon pas le rôle de Scapin, mais celui de Géronte, rôle que Boileau trouvait indigne de lui. C'est par ce double motif qu'un commentateur, nous ne savons plus lequel, a proposé une correction très-simple. Au lieu de s'enveloppe, il lit VenveloppCy et alors les deux vers, au lieu d'être absurdes, offrent un sens clairet raisonnable.
Parmi les vers que Ton cite, il y en a souvent que Ton n'attribue pas à leurs véritables auteurs *. Ainsi Vol .'aire, Marraontel et beaucoup d'autres ont donné, comme ti-' rés du Virgile travesti de Searron, ces quatre vers :
Tout près de l'ombre d'un rocher, J^aperçus l'ombre d'un cocher, Qui, tenant l'ombre d'une brosse, En frottait l'ombre d'un carrosse.
Ces vers appartiennent à Nicolas Perrault, frère des deux académiciens de ce nom.
On attribue aussi quelquefois à Esménard, auteur du poëme de la NavigatioUy un vers de Lemierre [Poërne du Commerce)^ que l'auteur nommait le vers du siècle, mais que, pour notre part, nous n'avons jamais pu admirer :
Le trideiit de Neptune est le sceptre du monde.
Rivarol l'appelait un vers solitaire.
Qui ne connaît ce vers :
La critique est aisée et l'art est difficile.
On le cite toujours comme de Boileau. Nous l'avons cherché en vain dans les œuvres de ce poëte. Nous ne savons à qui l'attribuer.
' On peut voir le tome I du Ménagiana, pour quelques vers lutins, dont on ignore généralement les auteurs, comme :
Et sequitar leviler filia matris iter.
Incidit in Scjllam cupiens vitare Charybdim.
LinÉRAlRES
Nous avons parlé précédemment (voy. p. 489) de diverses bévues commises par les traducteurs. Voici, pour compléter ce qui a rapport aux bévues littéraires proprement dites, un choix fait parmi les plus singulières méprises que nous avons rencontrées :
Donat Acciajuoli, érudit jflorentin du quinzième siècle, est auteur d'une traduction intime de quelques Vies de Plutarque et d'une Vie de Charlemagne. Gomme ces ouvrages ont été souvent réunis ensemble, Georges Wiceiius, qui n'était pas fort versé dans la chronologie, donna la vie de Charlemagne comme traduite du grec de Plutarque.
« Meibomius le fils, raconte la Monnoyedans le Menagiania, ayant lu ces mots dans un itinéraire d'Italie : PetioniusBononiaeinteger asservatur, egoqueipsum, meis o:^îilis non sine admiratione wdi*, crut qu'effectivement le manuscrit de Pétrone était entier à Bologne, et partit exprès de Lûbeck pour aller voir cette merveille sur le lieu, où, étant arrivé, il alla d'abord trouver le médecin Gapponi, qu'il connaissait de réputation, et là, ouvrant son livre, dont il avait exprès marqué la page, lui demanda, après lui avoir fait lire l'endroit, si ce fait était véritable. « Très-véritable, répondit le médecin, et si * vous voulez venir avec moi, je crois avoir assez de crédit «pour faire en sorte que votre curiosité soit présente- « ment satisfaite. » Meibomius le suit avec une joie qui ne
* Suivant d^autres, le passage était ainsi conçu : Pelronius extal Bo- Imite; hic integer servatur hodie quem vidièse teitor.
se peut exprimer. Mais il fui bien surpris lorsque son guide, rayant conduit à la porte de la principale église de la ville, le pria d'entrer, lui disant que c'était là qu'il verrait ce qu'il cherchait. «Comment, s'écria Meibomius. « est-il possible qu'on ait choisi un tel lieu pour y déposer « un livre si infâme? — Que voulez-vous dire, interrom- « pit Capponi, avec votre livre infâme? C'est ici l'église « de Saint-Pétrone, où l'on garde son corps entier, « comme votre auteur en fait foi, et comme vous le ver- « rez vous-même tout à cette heure. Le sacristain est de « mes amis, je n'ai qu'à lui parler, et je m'assure qu'il « nous le montrera tout aussitôt. » Meibomius, revenant alors comme d'un profond sommeil, reconnut le qui-proquOf et je vous laisse à penser s'il y eut à rire. »
J. Lemaire, poëte français du seizième siècle, est auteur du Triomphe de V amant vert, compris en deux épîtrès fort joyeuses, envoyées à madame Marguerite Auguste (Marguerite d'Autriche, fille de l'empereur Maximilien), 1510, in-i6. Voici ce que l'abbé Goujet dit de ce livre, dans le t. X, p. 85 de la Bibliothèque françoise : « Je ne vois pas la raison qui avait fait prendre à l'auteur le surnom de V amant vert, à moins qu'on ne s'en tienne à ce qu'il dit dans la pièce d'un habillement taut vert qu'il portait, et dont il fait une longue description, tandis que la princesse d'Autriche, sa dame, semblait vouée à la couleur noire, plus convenable qu'aucune autre aux funestes accidents qu'elle avait essuyés dans le cours de sa vie. Celte première lettre répond parfaitement au titre d'atnant que l'auteur y prend : elle ne respire que la passion, et Lemaire ne craint pas de s'y vanter d'avoir vécu très-familièrement avec la princesse. Ce qui me surprend, c'est que non-seulement il ait pris la liberté de lui écrire à elle-même, mais, de plus, qu'il se soit persuadé qu'il lui ferait plaisir en l'annonçant à
MÉPUISES, BÉVUKS, MYSTIFICATIONS. 267
tout le monde par la publication de son épttre. Il s'y dit né dans la haute Ethiopie, mais il est aisé de voir que c est une fiction. » Il faut réellement que Tabbé boujet ait eu une» singulière hallucination, quand il a lu les épîtres de Lemaire, pour ne pas avoir compris tout de suite que Tamant vert de la princesse était, non pas le poète, mais bien un perroquet. Il nous semble que les vers suivants ne peuvent laisser aucun doute :
Or, plût à Dieu que mon corps assez beau Fût transformé à cette heure en corbeau !
£t mon collier veripeil et purpurin Fût aussi brun qu*un Maure ou Barbarin !
Lors te p1airdi-je; et ma triste laideur Me viiudrait mieux que ma belle verdeur.
L*auteur le plus ancien du parlement de Toulouse s'appelle Capella Tolosandy suivant Tavocat Bretonnier (mort en 1722), qui a pris le nom d'un tribunal (la chapelle toulousaine) pour un nom d'homme.
Prudhomme, dans son Dictionnaire universel, fait de Dordrecht* une ville d'Angleterre. Cette méprise n'est pas encore aussi grande que celle qui a été commise dans \q Dictionnaire historique de la Bretagne, par Ogée, qui confond la ville de Dinan (Côtes-du-Nord) avec Binant en Belgique. — Le roi d'Espagne, Charles II, était de la force de ces deux géographes. « Il connaissait à peine, dit Tôrcy, les places qui lui appartenaient hors de l'Espagne; » et lorsque Mons fut pris par les Français, il s'en tourmenta fort peu, croyant que cette ville était située en Angleterre.
Un théologien, auquel on demandait ce que signifiait le mot de cabale, répondit que c'était un scélérat et un homme diabolique qui avait écrit contre Jésus-Christ.
Boileau, â propos de sa traduction de Longin, fut regardé comme un profond chimiste par un seigneur de
la COUP, qui le félicita d'avoir fait un traité du sublimé.
Peu de temps après Tapparition de la Tactique militaire de Guibert, une dame dit à Tauteur : J'ai lu votre Tic-lac. C'est charmant.
Un M. G ..., dont parle Longuerue, prit le mot aristocratie pour la capitale de l'Etat de Venise, etslndigna contre les géographes, qui ne l'avaient pas indiquée sur )a carte.
Dumarsais, ayant publié ses Tropes, reçut force- compliments d'un individu qui prenait ce livre pour Thistoire d'un peuple d'Amérique.
Lorsque le docteur Samuel Johnson travaillait à son célèbre dictionnaire de la langue anglaise, il fit prier les lecteurs du Gentleman-Magazine de lui envoyer, si on la connaissait, l'étymologie du mot Curmudgeon. La réponse ne se fit pas longtemps attendre, et il consigna ainsi dans son ouvrage le renseignement qu'il avait reçu : Curmudgeon, s., manière vicieuse de pi-ononcer cœur méchant, correspondant inconnu. Cette phrase fut ainsi copiée dans un autre dictionnaire anglais : Curmudgeon, des mots français cœur (inconnu), et de méchant (correspondant).
Nous avons dit plus haut (voy. p. 227) que le savant Budée avait pris Vitopie de Thomas Moore pour un pays réel ; il paraît que plusieurs voyages imaginaires ont donné lieu à de semblables méprises. D'Israëli prétend que ce fut seulement longtemps après la publication des Voyages de Gulliver qu'une certaine partie du public anglais ne fut plus persuadée de la réalité des récits de Swift. Holberg, littérateur norvégien du dix-huitième siècle, ayant composé, sous le litre de Voyage souterrain de Nic-Klim, un roman satirique, son livre fut pris au sérieux par un Allemand qui le cita à Tappui de ses systèmes géologiques.
Pope, dans une note sur la pièce de Shakspeare, Measure for measure, nous apprend que le sujet en est tiré des nouvelles de Cinthio» dec. 8, nov. b, c*est-à-dire décade 8, novel 5. Le critique VVarburton, dans son édition de Shakspeare, rétablit ainsi les abréviations : december 8, november 5.
Gail, en copiant dans Tlndex bibliographique de son édition d'Anacréon, un catalogue des éditions de cet auteur, eut le malheur de prendre les abréviations e, bro, (exemplaire broché) pour un nom de ville, et d'indiquer Tédition comme imprimée à Ébro. On conçoit tr^s-bien que le malheureux helléniste, ayant commis un certain nombre de bévues de ce genre, ait reçu des savants allemands Tépithète de socors, que de mauvais plaisants traduisirent en français parso^ corps.
La Ilarpe, ne comprenant pas le vers 1050 des Gre-- ?/02a7/e$ d'Aristophane, « avec une tragédie toute remplie de Fesprit de Mars, » crut qu'Eschyle avait fait une tra* gédie intitulée Y Accouchement de Mars,
Schœll, dans son Histoire de la littérature latine ^ dit que Molière a emprunté son École des Pères aux Adel-phes de Térence. Il a confondu VÉcole des Maris avec ["École des Pères de Baron.
« J'ouvre le Dictionnaire portatif des Uieatres à la lettre F, dit Fréron dans V Année littéraire, et je découvre dans le catalogue des pièces de théâtre le Fourbe par-aciievé. C'est le titre que lauteur donne à une comédie jouée sur la scène française le 14 février 1693. J'ai vu dans les registres de la Comédie qu'en effet, ce jour-là, on avait donné une pièce intitulée le Fourbe; que cette pièce avait été si mal reçue du parterre, que les comédiens n'avaient pu l'achever, et qu'ils furent obligés d'y substituer le Médecin malgré lui. L'acteur qui tenait alors les registres se contenta d'écrire sur son journal
270 CUHIOSITÉS LITTÉRAIRES.
des pièces jouées chaque jour : le Fourbe, paidcfievé. Les au leurs de V Histoire du Théâtre-Français, ayant mal lu ces deux derniers mots, écrivirent parachevé, au lieu de pas achevé, prenant pour le titre de la pièce ce. qui annonçait sa chute. Après eux, le chevalier de Mouhl et Fauteur du Dictionnaire portatif des théâtres copièrent cette faute, et donnèrent à la comédie du Fourbe le titre de Fourbe parachevé, qu'elle n'eut jamais. »
Kelly, chanteur anglais, hlâme vivement Rousseau d'avoir appelé Paris ville de bruit, de fumée et de boue, où les femmes ne croient plus à l'honneur, ni les hommes à la vertu. Il croyait que c'était là de la poésie, et il a cité et imprimé, en l'altérant beaucoup, cette phrase comme étant des vers de /. B. Rousseau, et non pas de la prose de Jean-Jacques dans VÉînile,
Le chapitre que nous avons consacré aux suppositions d'auteurs renferme un assez grand nombre d'exemples de mystifications littéraires; en voici encore quelques-unes:
L'un des plus habiles mystificateurs du dix-huitième siècle fut I Italien Gigli. Il publia à Sienne, in-4'*. Relu- Mone del collegio Petroniano délie Balie latim^ aperto in Siena nel 1719. Dans cet ouvrage, il décrivit minutieusement un établissement qui n'avait jamais existé, et dont il rapportait le projet à Pelroni, cardinal du treizième siècle; ce projet venait enfin de recevoir une exécution com{fIète. I^e but de l'établissement était de ren dre au bout d'un certain temps le latin la langue usuelle et parlée non-seulement à Sienne, mais dans toute l'Italie. Suivant Gigli, un grand édifice avait été accordé par le gouvernement; de jeunes nourrices, qui ne parlaient que latin, y avaient été attirées de Pologne, de Hongrie, d'Allemagne, et y étaient logées avec les enfants des premières familles de Sienne. Les noms des nourrices, des familles auxquelles les enfants apparie-
liaient, les discours latins prononcés lors de rinstallation des nourrices et du corps d'administration, tout'cela était relaté minutieusement dans Touvrage de Gigli, qui obtint un succès complet Dans Fltalie entière et dans les pays étrangers on tint pour certain qu'il existait à Sienne un collège latin dont les professeurs étaient des nourrices parlant latin, et qui était destiné à faire revivre dans toute sa pureté la langue de Cicéron.
Parini, littérateur italien du dix-huitième siècle, rédigeait la Gazette de MilaUf et il lui arriva une fois de jouer un tour sanglant au pape. Ayant perdu un feuillet de la copie qu'il devait remettre à Timprimeur, il imagina de le remplacer par la noie suivante, qu'il mit sous la rubrique de Rome : « Le saint-père Ganganelli, pour bannir à jamais le crime de la castration, malheureusement trop répandu en Italie, ordonne qu'on ne reçoive plus ni dans les églises ni sur les théâtres des États romains aucun chanteur qui ait subi celte opéralion infamante ; il engage, en outre, tous les princes chrétiens à promulguer cette même défense dans leurs États. » Cette nou\ elle supposée fit une grande sensation dans toute l'Europe et valut des félicitations au pape, qui se vit obligé de la démentir.
Au dix-huitième siècle, Desforges-Maillard, qui habitait près du Croisic, ayant concouru sans succès pour le prix de poésie à PAcadémie, voulut faire insérer son ouvrage dans le Mercure de France. Le rédacteur, de la Roque, refusa, et Desforges, pour s'en venger, adressa au même journal, sous le nom de mademoiselle Materais de la Vigne, un certain nombre de poésies fugitives que le rédacteur s'empressa de publier, et qui le séduisirent tellement, qu'il tomba amoureux de Phabitante du Croisic et finit par lui. écrire : « Je vous aime, ma chère Bretonne; pardonnez-moi, mais le mot est lâché. • tout
27a CURIOSITES LlîTERAllVIiS.
Paris fut comme lui dupe de la supercherie de Desforges, auquel Voltaire et Destèuches adressèrent plusieurs pièces de vers; mais Desforges ayant, au bout de quelque temps, jugé à propos de se démasquer, fut le premier puni du tour qu'il avait joué au public; car on ne songea plus qu'à déprécier ses vers et à le ridiculiser, ce qui n'était pas fort difficile. Les Poésies de mademoiselle de Malcrais de la Vigne ont été publiées en 1755, in-12. Nous parlerons ailleurs des étranges fourberies de Psalmanasar.
A la fin du seizième siècle, un poète, ami de Ronsard, J.- Antoine Balf fonda, dans une maison de la rue des Fossés-Saint-Victor, une réunion de beaux esprits et de musiciens, dont le but principal était Tétude grammaticale de la langue et de ses sons. On y donnait des concerts qui attiraient bon nombre de jeunes seigneurs. En 1570, Charles IX octroya à cette réunion des lettrespatentes dans lesquelles il déclare que « pour que ladite académie soit suivie et honorée des plus grands, il accepte le surnom de protecteur et d'auditeur d'icelle. » Le parlement, soutenu par Tévêque de Paris et l'Université, après avoir opposé une grande résistance à Tenre. gistrement de ces lettres, fut enfin obligé de céder. Le successeur de Charles IX, Ueuri 111, prit l'académie sous sa protection; mais la mort de Balf, et les troubles de la Ligue, ne tardèrent pas à amener lu ruine de cet éta-
ACADÉMIES. 27r>
blissement, qui avait déjà quelque importance» comme t'en peut en juger par le passage suivant d'un manuscrit deG. GoUêtet : « Il y a des discours philosophiques d'Amadis Jamyn, qu'il fit, en présence de Henri III, dans Facadémie de Jean-Antoine Balf, établie dans le voisinage du faubourg Saint-Marcel. Car je sais, par tradition qu'Amadis Jamyn était de cette célèbre compagnie de laquelle étaient aussi Gui de Pibrac, Pierre de Ronsard, Philippe Desportes, Jacques-Davy Duperroo, et plusieurs autres excellents esprits du siècle. A propos de quoi je dirai que j'ai vu autrefois quelques feuilles du livre manuscrit de l'institution de cette noble et fameuse académie, entre )es mains de Guillaume Balf, fils d'Antoine Balf, qui les avait retirées de la boutique d'un pâtissier, où le fils% naturel de Philippe Desportes» qui ne suivait pas les glorieuses traces de son père, les avait vendues, avec plusieurs autres manuscrits doctes ot curieux, perte irrépa rable, et qui me fut sensible au dernier point, et d'autant plus que, dans le livre de cette institution, qui était un beau livre en vélin, on voyait ce que le bon roi Henri III, ce que le duc de Guise et la plupart des seigneurs et des dames de la cour avaient promis de donner pour l'établissement et pour l'entretien de l'académie, qui prit fin, avec le roi Henri III, dans les troubles et les confusions des guerres civiles du royaume. Les rois, lespfifices, les seigneurs et tous les savants qui composaient ce célèbre corps, avaient tous signé dans ce livre, qui n'était» après tout, que le premier plan de cette noble institution, et qui promettait des choses merveilleuses, soit pour les sciences, soit pour notre langue*. » Dès les premières années du règne de Louis XIII, quel-
* Vie de$ poêles français, manuscrit de la bibliothèque du Louvre, cité par M. Sainte-Beuve, dans le premier volume du Tahlean de la pohie française au seizième siècle.
274 CUIIIOSITKS LÎÏTËRAIRKS.
qiies esprits reprirent le projet de Baïf, et un littérateur^ David lUvault, publia, ea 461 2, une petite brochure in-8» de 16 pages, qui doit être fort rare. Elle est intitulée: Lé dessein d'une académie et de V introduction dicelle en la cour. L*auteur proposait d'établir une académie qui s'étendrait à toutes les sciences, la théologie exceptée.
Vers 1630, un conseiller secrétaire du roi, Valentin Conrart, forma chez lui une réunion de littérateurs plus ou moins estimés, (étaient Godeau, Gombault, Chapelain, Giry, Habert, Tabbé de Cérisy, Serisay et Malleville. Introduit dans cette société par Malleville, Faret, à son tour, y amena Desmarest et Tabbé de fiois-Robert; ce- . lui-ci en parla à son protecteur, le cardinal de Richelieu, ^ qui, en 1 634, fit offrir sa protection aux membres de l'assemblée, et proposa de la constituer en société publique. Malgré la résistance de Serisay, de Malleville et de plusieurs autres, qui voulaient que Ton refusât respectueuse, ment le ministre, il fut décidé « que l'abbé de Bois-Robert serait prié de remercier très-humblement M. le cardinal de rhonneur qu'il leur faisait, et de l'assurer qu'encore qu'ils n'eussent jamais eu une si haute pensée, et qu'ils fussent fort surpris du dessein de Son Éminence, ils étaient tous résolus de suivre sa volonté. »
D'après les ordres de Richelieu, la société rédigea ellemême ses statuts et prit le titre Ôl Académie française; auparavant elle était désignée indifféremment par les ïiom% à" Académie des beaux esprits, à' Académie de V éloquence, di^ Académie éminente,^\\e annonça clairement le but qu'elle se proposait dans un discours où l'on trouve plusieurs passages remarquables sur les destinées de la langue française. 11 y était dit : «Qu'il semblait ne plus rien manquer à la félicité du royaume que de tirer du nombre des langues barbares cette langue que nous par- Ion?... Que nolro langr.e, plus parfaite déjà que pas une
des autres vivantes, pourrait bien enfin succéder à la latine comme la latine à la grecque, si on prenait plus de soin qu'on n'avait fait jusqu'ici de Télocution; que les fonctions des académiciens seraient de nettoyer la langue des ordures qu'elle avait contractées, ou dans la bouche du peuple, ou dans la foule du palais et dans les impuretés de la chicane, ou par les mauvais usages des courtisans ignorants, ou par Tabusde ceux qui la corrompent en récrivant, et de ceux qui disent bien dans les chaires ce qu il faut dire, mais autrement qu'il ne faut» » etc. Les lettres patentes de la fondation de rAcadémie française furent signées le 2 janvier 1655. Pierre Séguier, alors garde des sceaux, y apposa le grand sceau en demandant à être inscrit sur le tableau des académiciens. Son exemple fut suivi par Montmort, maître des requêtes, par du Chastelet et Bautru, conseillers d'État, et par Servien, secrétaire d'État. Quelque temps après, Richelieu, auquel le roi avait accordé plein pouvoir, signa les statuts, en effaçant seulement l'article portant que chacun des académiciens promettait « de révérer la vertu et la mémoire de monseigneur leur protecteur. »
L'enregistrement des lettres patentes de la nouvelle Académie rencontra au parlement la même opposition qu'au temps de Charles IX, et il n'eut lieu qu'au bout de deux ans et demi, après trois lettres de jussion et force menaces de la part du cardinal. Le parlement ajouta la clause suivante : « A la charge que ceux de ladite assem blée et académie ne connaîtront que de l'ornement, embellissement et augmentation de la langue française, et des livres qui seront par eux faits et par autres personnes qui le désireront et le voudront. » La compagnie avait jugé à propos d'ajouter cette clause, parce que quelques gens de robe s'étaient figuré que désormais tout procureur qui ferait une faute de langue contre le$ rè-*
g les de la nouvelle Académie serait aussitôt frappé d'une amende.
A peine TAcadémie eut-elle été définitiveaient constituée S qu'elle fut en butte à toutes sortes d'épigrammos et de jeux de mots. On disait que Richelieu allait doter chacun des membres de :2,000 livres de rente au moyen des 80,000 livres destinées à Tenlèvement des boues de la ville.
L'Académie * ne tarda pas â devenir un instrument entre les mains de Richelieu, qui lui déféra le jugement du Cid de Corneille. Ce chef-d'œuvre fut condamné, et le cardinal, qui avait désigné Chapelain pour rédacteur de la décision, corrigea lui-même et annota la sentence.
L'Académie fut constituée d'une manière plus régulière sous Louis XIY, qu'elle eut pour protecteur et qui assigna quarante jetons de présence pour les quarante membres. 11 lui fit en outre présent de six cents volumes qui furent le commencement de la bibliothèque actuelle de rinstitut.
Grâce à la faveur royale, le titre d'académicien fut recherché par les grands seigneurs. « L'Académie devint alors, dit l'abbé de la Chambre, une académie glorieuse et triomphante... revêtue de la pourpre des cardinaux et des chanceliers, protégée par le plus grand roi de la terre... remplie de princes de l'Église et du sénat, de ministres, de ducs et pairs, de conseillers d'É-
* L'Académie avait nommé trois officiels, un directeur et un chancelier, dont les fonctions étaient temporaires, et un secrétaire à vie, Valentin Conrart. Les prooès-verbaux des assemblées commencent an iS mars 1634.
* « Quand on fit TAcadémie, dit Tallemant des Réaux (art. Bois-Robkrt), Bois-Robert y mit bien des ponte-volants. On les appelait les £«faUa de ta pitié de Boit-Ro^rL » On donnait le nom de paue-polanti à de feux soldats non enrôlés, qu*un capitaine faisait passer aux revues pour montrer que sa compagnie était complète.
tat... qui, se dépouillant tous de leur grandeur, se trouvaient heureusement confondus pêle-mêle dans la foule d'une infinité d'excellents auteurs, historiens, poëtes, philosophes, orateurs... sans distinction et sans préséance. »
Mais ce que TAcadémie gagnait en éclat, elle le perdait en dépendance et en considération; une place à TAcadémie devint bientôt une récompense donnée non pas au mérite S mais à la faveur et à des considérations tout à fait étrangères au but de Tinstitution. En voici quelques exemples :
Lavau, garde des livres du Louvre, ayant négocié heureusement lé mariage d'une fille de Colbert avec le duc deMortemart, on lui demanda ce qu'il voulait pour récompense. Il demanda sans façon une place à l'Académie, et ne tarda pas à l'obtenir, bien quil n*y eût aucun titre.
Pierre Corneille étant mort en 1684, le duc du Maine, qui n'avait alors que quatorze ans, eut la singulière fantaisie de remplacer le grand tragique. Il en parla à Racine, qui, étant alors directeur, assembla ses collègues, auxquels il demanda un délai de quinze jours, délai que l'on vota par acclamation. On prétend qu'il fut engagé à répondre au nom de ses collègues que, lors même qu'il n'y aurait pas de place vacante, il n'y avait pas d'académicien qui ne fût ravi de mourir pour lui en faire une. «Nos prédécesseurs, dit d'Alembert, étaient, comme l'on voit, autant de Décius prêts a s'immoler pour l'honneur de la patrie. » Heureusement Louis XIV épargna à
* Un grand seigneur illettré, comme presque tous les grands sei* gneurs de Tépoque, se mit sur les rangs pour succéder à Conrarl; Patni dit à ses confrères : « Un ancien Grec avait une lyre, à laquelle se rompit une corde ; au lieu d*en ajouter une de boyau, il eo voulut une d'argent, et la lyre perdit son barmoaie. • (!el apologue eut autant de succès que celui de Nénénius Agrippa. Mais rAcadéiuie oublia bien vile cette sage leçon.
la compagnie cette nouvelle preuve de soumission. Il refusa de ratifier Télection du jeune prince. Thomas Corneille remplaça son frère.
Ce fut à la sollicitation de Pontchartrain que Simon de la Loubère, littérateur au-dessous du médiocre, fut reçu à rAcadémie. Ce qui donna lieu à une épigramme attribuée à la Fontaine :
Il en sera, quoi qu*on en die, C'est uo impôt que Pontchartrain Veut mettre sur l'Académie.
Il y a plus d'un membre de TAcadémie actuelle que Ton peut, à l'exemple de la Loubère, considérer comme un impôt que la cour a mis sur Tillustre compagnie.
Quelques académiciens vinrent offrir un jour le fauteuil de Tourreil au contrôleur général Desmarets, qui répondit : « J'ai dans mes bureaux un premier commis â qui cela convient mieux. » C'était un nommé J. Roland Malet, qui n'avait jamais fait dans sa vie qu'une ode pitoyable, couronnée par l'Académie. Néanmoins on s'empressa de l'élire. Mais il est resté^si inconnu, qu'on ne sait ni la date, ni le lieu de sa naissance.
L'Académie n'eu était plus alors au temps de Mézeray, qui mettait toujours une boule noire lorsqull s'agissait de nommer quelqu'un à l'Académie. On fut longtemps sans savoir de qui venait cette éternelle protestation. On finit enfin par le découvrir, et quand on demanda à Mézeray la raison de sa conduite, il répondit que c'était pour laisser à la postérité un monument de l'indépen* dance de l'Académie dans les élections.
L'Académie cherchait avec empressement à admettre ('es illustrations tout à fait étrangères â la littérature. Elle offrit une place au maréchal de Saxe, qui refusa. On a de lui, à ce sujet, une lettre où on lit le passage
ACADÉMIES. ti70
suivant : « Us veuie me fere de la Cadémie, cela miret come une bage a un chas. »
Voltaire avait donc raison de définir TAcadéniie, « un corps où Ton reçoit des gens titrés, des hommes en place, des prélats, des gens de robe, des médecins, des géomètres, et même des gens de lettres »
La soumission de T Académie au pouvoir se manifestait non-seulement par les admissions, mais aussi par les exclusions. Ainsi Tabbé de Saint-Pierre ayant prononcé un discours sur la Polysinodie, où, tout en faisant réloge des conseils établis par 1^ régent, il jugea sévèrement quelques actes du gouvernement de Louis XIV, le cardinal de Polignac, indigné d'une pareille hardiesse, dénonça le discours à TAcadémie, et demanda que Tauleur fût sévèrement puni. Le malheureux abbé de Saint- Pierre ne put même pas se justifier, et, le 5 mai 1718, son exclusion fut prononcée par vingt-trois de ses confrères. Sa place resta vacante.
Condorcet ayant refusé de faire Téloge du duc de la Vrillière, ne fut appelé à l'Académie qu'après 178*2, année de la mort de Maurepas auquel les académiciens craignaient de déplaire.
Grâce à cet esprit de servilité, l'Académie était tombée si bas dans Tesprit public à la fin du siècle dernier, que Ton disait communément que Voltaire avait emporté en mourant tout le génie de notre littérature , et Foncemagne toute l'honnêteté . Ce qui, comme le faisait fort bien observer Delille, était un peu dur pour les acadé- - miciens qui leur survivaient.
Admis en 1640 à l'Académie, Olivier Patru y prononça un discours de remercîment qui plut tellement à ses confrères, que ce remerctment devint une obligation imposée plus tard aux récipiendaires. Quelques grands seigneurs seuls en furent dispensés, entre autres Colbert.
280 CUUIOSITÉS lilTTÉRAlKES.
Plus tard d'autres motifs firent admettre sans celte foi^ malité des personnages de notre siècle, comme Chateaubriand, Maret et Regnault de SainWean-d'Angely.
Cette obligation de haranguer publiquement empêcha le duc de la Rochefoucauld, Fauteur du Livre des Maocimes, de se présenter à TAcadémie. Il ne pouvait soutenir la vue d*un auditoire et ne se sentait pas capable de prononcer une harangue de quelques lignes sans tomber en défaillance.
Le maréchal de Richelieu fut plus hardi que le duc de la Rochefoucauld. Dans le discours qu*il prononça, et dont on conserve encore .le manuscrit tout entier écrit de sa main, on trouve les fautes d'orthographe les plus grossières. Il a écrit reigne, pour règne; seint, pour sein; flambau, pour flambeau; dérangasmiU pour dérangeassent; courir pour cour; rendus^ pour rendu ; accent, pour accès; 'pront^ pour prompt; prù^ pour prix ; crélien, pour chrétien; antier, pour entier, etc. Au moins il avait composé lui-même ce discours.
En 1748, le même duc de Richelieu, se trouvant directeur de la compagnie, pria Voltaire de lui composer le compliment de félicitation au roi. Une copie en ayant circulé, à mesure que Richelieu débitait une phrase, beaucoup de personnes prononçaient à demi-voix la phrase suivante.
L'usage de ces discours ne fut pas, nous le croyons, une heureuse innovation, et, dès le commencement, le public s'en moqua fort. Le président de Mesme les comparait à ces messes solennelles où le célébrant, aprètf avoir encensé toute l'assistance, finit par être encensé à son tour.— Piron, ayant été une fois sur le point d'être nommé, fut averti de se tenir prêt par le secrétaire qui devait répondre au discours du récipiendaire. « Mon discours est tout fait, dit Piron, et le vôtre aussi. — Gom-
ment cela? — Je me lèverai, j'6terai mon chapeau, je dirai : Messieurs, je vous remercie de Thonnenr que vous m*avez fait de m'admeltre. Vous vous lèverez, vous 6terez votre chapeau, et vous répondrez: Monsieur, cela n'en vaut pas la peine. » Ajoutons que ces discours n'étaient pas toujours Toeuvre de celui qui les débitait. On sait, par exemple, que le discours de Ducis est de Thomas.
Ces nobles que TAcadémie admettait si facilement dans son sein lui faisaient quelquefois sentir assez rudement la distance qu'il y avait entre un grand seigneur et un roturier, L'évêque de Noyon, Clermont-Tonnerre, ayant remplacé Barbier d'Aucourt, dédaigna, dans son discours de réception, de louer son prédécesseur. L'Académie lui en ayant marqué sa surprise, il répondit qu'il s'était fait une loi de ne jamais louer de roturiers. Cette réponse souleva l'indignation de l'assemblée, et Clermon^Tonnerre fut obligé, pour réparer l'inconvenance de son procédé, d'insérer dans le «discours imprimé un éloge qu'il aurait regardé comme une honte de prononcer de vive voix.
Les auteurs des discours de réception ou des éloges oubliaient facilement que le but de l'institution avait été « l'ornement , embellissement et augmentation de la langue française. » Ainsi, Ton connatt une lettre du maréchal de Beauvau, sur une phrase de cent quatre-vingts mots (Tun discours de Vahhé Hardion, à la réception de M, de Mairan à V Académie françaisCf 1745, in-12.
On raconte que Sedaine, qui écrivait aussi mal en vers qu'en prose, et qui en convenait sans peine, ayant entendu le discours de réception d'un de ses nouveaux collègues, se jeta au cou du récipiendaire, et lui dit avec effusion : « Ah I monsieur, depuis vingt ans que j'écris du galimatias, je n'ai encore rienilit de pareil. »
«Les académiciens d'aujourd'hui, disait Longuerue,
28t> CURIOSITES LITTKKAIRES.
tourneut le dos à Téloquence et la corrompent aux dépens du roi, de qui ils se font bien payer cette besogne. » C'était le même Longuerue qui, sollicité par plusieurs académiciens de ^e présenter à TAcadémie française, répondit : « J'y penserai quand vous aurez quitté votre galimatias. »
Le secrétaire perpétuel Villar, en rendant compte de ï Essai sur les voix de la langue française de Morel, imagina les phrases suivantes : Morel a reculé les bornes de la science^ et il ne s'est presque pas douté qu'il lui ait fait faire un pas. Faire faire un pas à une chose dont on recule les bornes !
II en était de même pour FAcadémie des inscriptions. Ainsi de Boze voulant faire Téloge de cinq notices de Tabbé Tallemant, lesquelles formaient ensemble une dizaine de pages, se servit d'expressions assez étranges : « La manière ingénieuse, dit-il, dont M. Tabbé décrivait nos pertes, a souvent fait souhaiter qu'elles fussent plus fréquentes. » 11 faut avouer qu*un tel langage était bien peu flatteur pour les autres académiciens.
« Un jour un bel esprit de TAngleterre me demanda, dit Voltaire, les Mémoires de FAcadémie française. Elle n'écrit point de mémoires, lui répondis-je, mais elle a fait imprimer soixante ou quatre-vingts volumes de compliments. 11 en parcourut un ou deux. Il ne put jamais entendre ce style, quoiqu'il entendît fort bien tous nos bons auteurs. Tout ce que j'entrevois, me dit-il, dans ces beaux discours, c'est que le récipiendaire, ayant assuré que son prédécesseur était un grand homme, que le cardinal de Richelieu était un très-grand homme, le chancelier Séguier un assez grand homme; le directeur lui répond la môme chose, et ajoute que le récipiendaire pourrait bien aussi être une espèce de grand homme, et que pour lui, directeur, il n'en quitte pas sa part. Il est aisé
ACADÉUIES. 285
(le voir par quelle fatalité presque tous ces discours académiques ont fait si peu d'honneur à ce corps : Vilium est temporis potius quam hominis, L*usage s'est insensiblement établi, que tout académicien répéterait ces éloges à sa réception : on s'est imposé une espèce de loi d*ennuyer le public. La nécessité de parler, l'embarras de n'avoir rien à dire, et l'en vie d'avoir de Tesprit, sont trois choses capables de rendre ridicule même le plus grand homme. Ne pouvant trouver des pensées nouvelles, ils ont cherché des tours nouveaux, et ont parlé sans penser, comme des gens qui mâcheraient à vide, et feraient semblant de manger en périssant d'inanition. Au lieu que c'est une loi dans l'Académie française de faire imprimer tous ces discours par lesquels seuls elle est connue; ce devrait ôlre une loi de ne les imprimer pas *. »
L'Académie distribuait et distribue encore tous les ans des prix sur des sujets mis au concours, et l'on doit dire que ses choix ont été rarement ratifiés par le public.
« Je fis, à l'âge de dix- huit ans, raconte Voltaire, une ode pour le prix de l'Académie française; il est vrai que ce fut Tabbé du Jarri qui remporta le prix. Je ne crois pas que mon ode fût trop bonne; mais le public ne souscrivit pas au jugement de TAcadémie. Je me souviens qu'entre autres fautes assez singulières dont le petit poème couronné était plein, il y avait ce vers :
Et des pôles brûlants jusqu^aux pôles glacés.
Feu M. de la Mothe, très-aimable homme et de beaucoup d'esprit, mais qui ne se piquait pas de science, avait, par soa crédit, fait donner ce prix à l'abbé du Jarri; et quand on lui reprochait ce jugement, et surtout !e vers des pôles glacés et des pôles brûlants, il répondait que.
• Voltaire, xxx» Leltre plùloiopk"iHe.
c^était une affaire de physique, qui était du ressort de rAcadémie des sciences et non de TAcadémie française. 11 n'était d'ailleurs pas bien sûr qu'il n'y eût pas de pôles brûlants; et qu'enfin l'abbé du Jarri était son ami*...»
L'Académie ayant couronné, en 1717, une ode détestable de Gacon, en fut ensuite si honteuse, qu'elle envoya en secret le prix à l'auteur, pour éviter la honte de le lui décerner en public.
L'Académie, bafouée souvent par le public, fut quelquefois mystifiée par ses propres membres. Suivant un de ses règlements, aucun académicien ne peut concourir pour les prix qu'elle propose. En 1779, Laharpe osa enfreindre celte règle, et envoya, en l'honneur de Voltaire, un dithyrambe qu'il lut lui-même à l'assemblée. Grâce à l'habileté de son débit, il enleva à peu près tous les suffrages. Du reste, il fut ensuite sévèrement blâmé de sa conduite.
On parlait un jour à Suard de la médiocrité des pièces couronnées par l'Académie française : « Ce que nous demandons aux concurrents, dit-il, c^e n'est pas de la poésie, mais le ramage poétique. » — Encore faudrait-il qu'il y eût le ramage.
Les séances de l'Académie, qui auraient pu être d'un haut intérêt et d'une grande utilité, devaient être fort ennuyeuses*, si l'on en juge par ce qui a lieu aujour-
' Lettre aux auteurs de la Bibliothèque frttKçme. L*abbé du Jarri avait soixante-cinq ans. Le sujet était une ode sur le Vœu de Louis XIU. Les sujets étaient en général fort mal choisis. Un jour TAcadémie, pour remercier Louis XIV, crut devoir mettre au concours la question suivante ; « Quelle est des vertus du roi celle qui mérite la préi'é- • rence? » Louis XIV, malgré son amour pour les louanges, fut révolté d'une pareille flatterie, et défendit expressément que Ion proposai un pareil sujet.
* La Gondamine, a un souper qu'il donna le jour de sa l'éceptiou à r Académie française, lit l'impromptu suivant:
d'hui. On y discutait sur les sujets les plus saugrenus. Ainsi Gombauld y prononça, en 1635, un discours sur le Je ne sais quoi,
Furetière a décrit ce qui se passait aux séances d'une manière fort piquante, et probablement fort vraie. Suivant fui, c'était Thomme qui criait le plus fort que ses confrères reconnaissaient avoir raison. Suivant lui, ils avaient Tart de faire de longs discours sur des riens; le second répétait comme un écho ce que le premier avait dit; mais ordinairement ils parlaient trois ou quatre à la fois. Lorsqu'il y avait une assemblée de cinq ou six membres. Tun d'eux lisait, l'autre décidait, deux causaient ensemble, le cinquième dormait, et le dernier s'amusait à lire quelque ouvrage qui se trouvait devant lui; si un second membre voulait émettre son opinion, on était obligé de lire de nouveau l'article formant le sujet de la discussion, article qu'à la première lecture ils n'avaient pas pu entendre, tant ils étaient occupés. Il leur était impossible d'écrire deux lignes de suite sans se livrer à de longues digressions, ou sans que l'un d'eux ne racontât une histoire plaisante ou les nouvellesdu jour.
Pour donner une juste idée de l'intérieur de l'Académie, nous rapporterons le récit d'une visite faite à l'Académie par Christine de Suède, le 11 mai 1658. Nous le tirons des Mémoires du secrétaire perpétuel, Valentin Conrart :
« M. l'abbé de Bois-Robert ayant fait savoir le matin de ce jour à monseigneur le chancelier que la reine Christine de Suède voulait faire l'honneur à la compagnie de se trouver à l'assemblée qui se devait tenir Ta-
La Condamine e«t aujourdliui Reçu dans la troupe immortelle :
Il est bien sourd, tant mieux pour Ini ; Hais non muet, tant pis pour elle.
^86 CURIOSITI^.S LITTÉRÂlRKS.
près-dtnée, M. le directeur (de la Chambre) fit averlirce qu'il put des académiciens pour s'y trouver. Sur les trois heures après midi, Sa Majesté arriva chez monseigneur le chancelier, qui la fut recevoir à son carrosse avec tous les académiciens en corps; et, l'ayant conduite dans son antichambre, au bout de la salle du conseil, o*ù était une table longue, couverte du tapis de velours vert à franges d'or, qui sert lorsque le conseil des finances tient, la reine de Suède se mit dans une chaise à bras au bout de cette table, du côté des fenêtres; monseigneur le chancelier à sa gauche, du côté de la cheminée, sur une chaise à dos et sans bras, laissant quelque espace vide entre Sa Majesté et lui; M. le directeur étant de l'autre côté de la table, \ is-à-vis de monseigneur le chancelier; mais un peu plus bas et plus éloigné de la table, debout, et tous les académiciens aussi. 11 lui fit un compliment qui ne contenait qu'une excuse de ce que l'Académie se trouvant surprise de l'honneur qu'elle lui faisait, sans avoir eu avis que le matin, elle ne s'était pas préparée à lui témoigner sa joie et sa reconnaissance d'une si glorieuse faveur, selon le mérite de cette grâce et le devoir de la compagnie; que si elle en eût eu le temps, elle aurait sans doute donné cette commission à quelqu'un plus capable que lui de s'en mieux acquitter; mais que s'en trouvant chargé, par l'avantage que la fortune lui avait fait rencontrer de présider la compagnie en une si heureuse rencontre, il était obligé de dire à Sa Majesté que l'Académie n'avait jamais reçu de plus grand honneur que celui qu'il lui plaisait de lui faire. A quoi la reine répondit qu'elle croyait qu'on pardonnerait à la curiosité d'une fille qui avait souhaité de se trouver en une compagnie de tant d'honnêtes gens, pour qui elle avait toujours eu une estime et une affection particulières.
AGADÉMIES. 287
« Ensuite on proposa si les académiciens seraient assis ou debout; ce qui sembla surprendre la reine. Mais monseigneur le chancelier ayant demandé avis à quelques-uns sur cette difficulté, on lui dit que le roi Ilenri III, lorsqu'il faisait faire des assemblées de gens de lettres au bois de Vincennes, où il s*y trouvait souvent, faisait asseoir les assistants; qu'on en usait toujours ainsi en pareilles rencontres, et que la reine de Suède même, lorsqu'elle était à Rome, avait été de Tacadémie des Humoristes, qui ne s'étaient point tenus debout : si bien qull fut résolu que les académiciens seraient assis, comme ils le furent durant toute la séance sur des chaises à dos; mais monseigneur le chancelier et eux tous toujours découverts. On fit excuse d'abord à Sa Majesté de ce que la compagnie n'étaii pas plus nombreuse, parce qu'on n'avait pas eu le temps de faire avertir tous les académiciens de s'y trouver; que le secrétaire se trouvait absent par son indisposition, et MM. Gombauld et Chapelain aussi, avec plusieurs autres. Elle demanda qui était le secrétaire; on lui dit que c'était M. Conrart, duquel elle eut la bonté de parler obligeamment comme le connaissant de réputation, et de ces deux messieurs absents aussi, à qui elle donna de grandes louanges. Ensuite de cela, M. le directeur lui dit que si on avait pu prévoir la visite de Sa Majesté, on aurait préparé quelque lecture pour la divertir agréablement; mais que, dans la surprise où se trouvait la compagnie, on se servirait de ce que l'occasion pourrait fournir; et que comme il avait fait depuis peu un Traité de la douleur y qui doit entrer dans le troisième volume des Caractères des passions^ qu'il était prêt de donner au public, si Sa Majesté lui commandait de lui en lire quelque chose, il croyait que ce serait un sujet assez propre pour faire connaître la douleur de la corn-
pagnie de ne se pouvoir pad mieux acquitter de ce qui était dû à une si grande reine, et de ce qu'elle devait être sitôt privée de sa vue, par le prompt départ de Sa Majesté. Cette lecture étant achevée, à laquelle la reine donna beaucoup d'attention, monseigneur le chancelier demanda si quelqu'un avait des vers pour entretenir Sa Majesté. Sur quoi M. Gotin en ayant récité quelquesuns du poëte Lucrèce qu'il avait rois en français, la reine témoigna y prendre grand plaisir. M. l'abbé de Bois- Robert récita aussi quelques madrigaux qu'il avait faits depuis peu sur la maladie de madame d'Olonne; et M. l'abbé de Tallemant un sonnet sur la mort d'une dame. Après cela, M. de la Chambre demandant encore quelque chose, M. Pellisson lut une petite ode d'amour qu'il a fait«,. à l'imitation de Catulle, et d'autres vers sur un saphir qu'il avait perdu et qu'il retrouva depuis, qui plut aussi extrêmement à Sa Majesté, à laquelle on lut un cahier entier du Dictionnaire contenant l'explication du mot de jeu, pour lui faire connaître quelque chose du travail présent de la compaguie; et cela étant achevé, la reine se leva, et fut reconduite à son carrosse par monseigneur le chancelier, suivi ile tous les académiciens...
« Le dessein de monseigneur le chancelier était que l'Académie s'assemblât dans la chambre de M. de Priézac, selon sa coutume; mais parce que le haut du degré pour y entrer est un peu obscur et malaisé, il jugea qu'il valait mieux que cette séance se ttnt en son appartement : ce qui fut plus convenable pour sa Majesté et plus glorieux pour l'Académie.
« Quand on commença à lire le cahier du Dictionnaire, monseigneur le chancelier dit à la reine de Suède qu^on allait lire le mot àejeu, lequel ne déplairait pas à Sa Majesté, et que sans doute le mot de wélaneolte lui au-
acâuemiks. '-m
rail été moins agréable. A quoi elle ne répondit rien.
« Dans la suite de cette lecture, cette façon de parler s'étant rencontrée : Ce sont des jeux de prince, qui ne plaisent qu'à ceux qui les font, la reine de Suède rougit elparuténiue; mais, voyant qu'on avait les yeux sur elle, elle s'efforça de rire, mais d'une manière qui faisait connaître que c'était plutôt un ris de dépit que de joie*. »
Il faut avouer que monseigneur le chancelier avait eu la main peu heureuse en choisissant le cahier où se trouvait un si malencontreux proverbe; et Ion conçoit faei* lement rembarras de Christine qui, Tannée précédente, avait fait assassiner Monaldeschi dans Tune des galeries de Fontainebleau.
Ce fut seulement en 1658 que TAcadémie commença à s'occuper sérieusement du Dictionnaire. Vaugelas et Chapelain avaient présenté chacun un projet. On s'arrêta à celui de Tauteurde la PacellCy et l'on détermina de la manière suivante la liste des auteurs auxquels on devait emprunter les exemples. C'étaient, pour la prose, Amyot, Montaigne, du Vair, Desportes, Charron, Bertaud. Mariou, de la Guesle, Pibrac, d'Espeisses, Arnaud, le Catholicon d'Espagne, les Mémoires de la reine Marguerite» (.'oefleteau, du Perron, F. de Sales, évoque de Genève, d'Urfé, de Molières, Malherbe, Duplessis-Mornay, d'Ossat, de la Noue, de Danimartin, de Befuge, d'Aubignier, et deux académiciens, Hardin et du Chastelet, qui, morts récemment, devenaient, suivant l'expression de M. Villemain, pour la langue, autorités souveraines, comme les empereurs romains devenaient des dieux. On avait, dans cette liste, oublié bien des noms, entre autres ceux de fiodin et d'Etienne Pasquier.
* Manuscriis tic Coorart, tome X, p. 129. — Voyez la Nouvelle coUet'" lion de Mèminrei pnnr servir H llmlaire dd France «le MM. Michni»! ci i'oiijoulnl, coni|>lcincnl, p, 591.
LMK) CURIOSITÉS LITTÉHAIBKS.
Pour la poésie, on choisit Marot, Saint-Gelais, Ronsard» du Belloy, du Bartas, Desportes, Bertrand, le cardinal Duperron, Garnier, Régnier, Malherbe, des Lingendes, Motin, Touvant, Mon furon, Théophile, Passerai, Rapin et «Sainte-Marthe.
Va ugelas ayant été uomuié rédacteur du Dictionnaire, lUchelieu lui assigna une pension de 2,000 livres; mais le travail n'alla pas vite, et la lenteur de TÂcadémie lui attira de nombreuses épigranimes, entre autres la suivante de Bois -Robert :
Depuis six mois sur VF on travaille.
Et le destin m'aurait fort obligé
S'il m'avait dit : Tu vivras jusqu'au G ^
Ce Dictionnaire était conçu, il faut le dire, sur un mauvais plan; aussi, un académicien de beaucoup d'esprit, Furetière, entreprit d'en faire un pour son compte. Ce projet excita la jalousie de TAcadémie, qui obtint la suppression de ce Dictionnaire, et, en 1085, chassa de sou sein Fauteur qu'elle avait admis vingt-trois ans auparavant et qu'elle ne remplaça point tant qu'il vécut. Furetière ne se tint pas pour battu. Il plaida contre TAcadémie, fit des factums, des libelles en vers et en prose*, qui ont été réunis en 1694, 2 vol. in-i2, et n'en continua pas moins son Dictionnaire, ouvrage fort précieux, qui parut seulement deux ans après sa mort, en 1690 s, et que les auteurs du Dictionnaire de Trévoux ont réimprimé entièrement sans citer une seule fois l'auteur.
* Ândrieux, membre de la commission du Dictionnaire, en 1813, disait:* Je mourrai du Dictionnaire. »
* Le Fureleriana renferme le plan et dessein du poème allégorique el iragiaf-builenque^ intitule: les Covches de r Académie , en six clianls. Un attribue, peut-être sans raison, à Furetière ou à Richelet V Apothéose du Dictionnaire de l'Académie française et son expulsion de la légion céleste. La lluye, 16%, in-li.
* La dernière édition est d'Auiblcrdaiu, 17^. 4 vol. in4ol.
ACADÉMIES. tKH
La première édition du Dictionnaire de l 'Acadéiuie parut eu 1694. On en commença aussitôt une seconde édition, qui fut publiée en 1718. La troisième parut en 1740, la quatrième en il^% la cinquième en 1813, et la sixième el dernière en 1835.
L'Académie, dans cet ouvrage, a eu la malencontreuse idée de soumettre les mots à une classification rigoureuse, de consacrer les uns au style sublime, les autres au style burlesque, au style familier, etc., et d^appauvrir singulièrement notre langue, en proscrivant une foule de mots employés par nos vieux auteurs. Ainsi Furetière raconte que la Fontaine, qui était fort assidu aux séances» ne put jamais parvenir à faire admettre un seul des mots de sa connaissance, ceux qu'il avait puisés dans Marot ou Rabelais. Pour donner une idée de la circonspection ridicule qui présidait souvent au choix des mots, il suffira de dire que Ton fut sur le point, on ne sait par quel motif, de supprimer la conjonction car. Ce fut cette sévérité qui donna lieu à une satire assez plaisante de Ménage, intitulée : llequête des Dictionnaires à messieurs de VAcadémie française. En voici les premiers vers : .
A nos seigneurs acadéniiques, Nos seigneurs les hypercriliques, Souverains arbitres des mots, Doctts fiiiseurs d*avant-propos, Cardinal-bistoriograplies, Surintendants des orthographes, Raffincurs de locutions, Entrepreneurs de versions, Poseurs de brèves et de longues, De voyellub el de diphtliougues ; Supplie iiumhlenieni Culepiu, Avec >icol, EsHenne, Oudin:
Disant «jue, dqmis trente années,
292 CURIOSITÉS LlTÏÉKAlttES.
On a, par diverses menées^
Banni des romans, des poulets,
Des lettres douces, des billets.
Des madrigaux, des éh^gies,
Des sonnets et des comédies,
Ces nobles mots, mouU, ains, jaçml,
OreSt adonCj tnaitU, ainsi soUy
A'tanty si-que, pUeax, icelle,
Trop-plus, trop-mieux, blandice, isfielle»
Piéça, toUir, Ulec^ ainçois,
Gomme étant de mauvais irançois.
L'Académie, au lieu de déployer tant de sévérité quand il s'agissait de Tadinission de certains mots, aurait dû se montrer un peu plus difficile pour certaines définitions, pour les suivantes, par exemple, que nous tirons de la dernière édition :
Éclipse. Disparition apparente d'un astre, causée par l'interposition d'un autre corps céleste entre cet astre et l'observateur.
« Il y a trois mille ans, a dit M. Arago, que l'on observe des éclipses de lune sans qu'il y ait un corps céleste interposé entre la lune et Tobservateur. »
Tii'.ER DE BUT EN BLANC. Tirer en ligne droite, sans que le projectile parcoure une ligne courbe ou fasse de
ricochets.
« D'après cette définition, a dit encore M. Arago, l'Académie a trouvé le moyen d'empAcher un boulet de jamais tomber à terre. »
Vaisselle plate. Celle où il n'y a pas de soudure. Cette définition est absurde, malgré le correctif qui y est ajouté : cela ne se dit que de la vaisselle d'argent ou d'or. L'Académie aurait dû savoir que le mot plaie, avec cette exception, vient de l'espagnol plala, argent *.
« Si VAcadémie a laissé imprimer Je pareilles bévues, on peut croiro
ACADÉMIES. sa-
lin dictionnaire rempli de pareilles erreurs, et je ne sais combien de volumes de compliments et de discours que personne ne lit, voilà donc tout ce que TAcadémie française a produit depuis plus de deux siècles qu'elle est fondée. Cet étal de choses a de tout temps préoccupé tous les bons esprits. Fénelon, dans un Mémoire sur les occupations de l'Académie française^, di émis infructueusement les idées les plus sages sur les travaux auxquels devrait se livrer TAcadémie, sur la manière dont elle devaittravaillerau Dictionnaire, et Texamen raisonné qu'elle devait faire de tous nos bons auteurs; seulement, il sentait la nécessité d'une réforme préliminaire : « Je dis qu'avant toutes choses, nous devons songer très-sérieusement à rétablir dans la compagnie une discipline exacte qui y est trèfr-nécessaire, ei qui, peut-être, n'y a jamais été depuis son établissement, sans cela nos plus beaux projets et nos plus fermes résolutions s'en iront . en fumée, et n'auront point d'autre effet que de nous attirer les railleries du public. . . Il fautdonc remédier à ce désordre qui entraînerait infailliblement la ruine de l'Académie; mais, pour le faire avec succès, et pour pouvoir même, en nous faisant des lois, conserver l'indépendance et la liberté que nous procure la glorieuse protection
qu'il devait s*en trouver de nombreuses dans les articles qui lui étaient proposés, et qu'elle n*a pas jugé convenable de laisser arriver au grand jour. L'anecdote suivante peut donc être considérée comme lr«?s-vraisemblable, si toutefois elle n'est pas vraie. On raconte qu'un académicien ayant proposé pour le mot écrevme cette définition : Petit poisson rouge qui marche à recutoas^^vah déjà entraîné la majeure partie de l'assemblée, lorsqu'un de ses confrères se leva et dit: « Monsieur, votre définition est très-bonne, seulement je me permettrai de vous luire quelques petites observations : 1* L'animal en question n'est point un poisson ; t* il n'est rouge que quand il est cuit; 3" il ne marche pas à reculons. » L'Académie eut alors le bon espi it, ce qu'elle n'a pas toujours eu, de remplacer la définition proposée p^ir celle qui figure aujourd'hui dans son Dictioonaire.
* Œuvres de Fènelou. 1787, in-4. 1. 111, p. 449.
dont nous sommes honorés, je suis d'avis que F Académie commence par députer au roi pour demander à Sa Majesté la permission de se réformer elle-même, d'abroger ses anciens statuts, et d'en faire de nouveaux, selon qu'elle le jugera convenable; qu'elle demande aussi la permission de nommer pour ce travail des commissaires en tel nombre qu'elle trouvera à propos, et qu'elle supplie Sa Majesté de vouloir bien lui faire l'honneur de marquer elle-même un ou deux de ceux qu'elle aura le plus agréable qui soient nommés. »
« Quel service, dit Voltaire, l'Académie française ne rendrait-elle pas aux lettres, à la langue, à la nation, si au lieu de faire imprimer tous les ans des compliments, elle faisait imprimer les bons ouvrages du siècle de Louis XIV, épurés de toutes les fautes de langage qui s^y sont glissées? Celles qu'on ne pourrait pas corriger seraient aU moins marquées. L'Europe, qui lit ces auteurs, apprendrait par eux notre langue avec sûreté. Sa pureté serait à jamais fixée. Les bons livres français, imprimés avec soin aux dépens du roi, seraient un des plus glorieux monuments de la nation. J'ai oui dire que M. Despréaux avait fait autrefois cette proposition, et qu'elle a été renouvelée par un homme dont l'esprit, la sagesse et la saine critique sont connus; mais cette idée a eu le sort de beaucoup d'autres projets utiles, d'être approuvée et d'être négligée •. »
Par suite des abus de son organisation et du peu de valeur de ses travaux, l'Académie, ainsi que nous l'avons déjà dit, devint, de bonne heure, un objet de raillerie *
* Voltaire, xxx* Lettre pkUotopkique,
' Le public ne laissait échapper aucune oceaiuon. Ainsi, en 1773, le comte d'Angiviller, directeur général diîs bâtiments du roi, ayant fiiit semer du gazon dans la cour du Louvre, palais où Louis XIV avait établi rAcadcmie. il parut immédiatement Tépigramme suivante t
ACADÉMIES. 5y.-i
pour le public. Vingt ans après sa fondation, en 1654, il parut une brochure in-i2, deSorel : De r Académie franç(me établie pour la correction et f embellissement du Imigage, et si elle est de quelque utilité au public, 1654, in-12. L'auteur s'y prononce pour la négative. On connaît encore la Comédie des académistes ^pour la réformatiou de la langue françoise. Cette pièce, qui, après avoir couru longtemps manuscrite, ne fut imprimée qu'en 1650, est la première production de Saint-Évremond. « Quoique sans art et sans règle, dit Pellisson dans son Histoire de VAcadémie, et plutôt digne du nom de farce que de celui de comédie, elle n'est pas sans esprit et a des endroits fort plaisants. » Tel n'était pas l'avis de Voltaire, qui n'y trouvait qu'un simple dialogue sans intrigue et sans sel.
Margon publia, en 1724, in-4% sous le titre de Première séance des États calotinSy 1724, in-4°, une parodie des usages de l'Académie.
L'illustre compagnie subit, à la un du dernier siècle, le sort de toutes les institutions de l'ancienne monarchie. La Convention, parune loi du 8 août 1795, prononça la suppression de toutes les Académies et sociétés littéraires patentées ou dotées par la nation; mais elle ne tarda pas à les réorganiser sur un plan plus large, en les remplaçant par un Institut national des sciences et des arts, destiné : « 1" à perfectionner les sciences et les arts par des recherches non interrompues, par la publication des
Des favoris de la muse française D'Angiviller tient le sort assuré, rtevant l«ur porte il a fHÎt mettre un pro Où désormais ils pourront paître à l'aise,
' ^ Autrefois le titre d'académie était teHement prodigué en Krancp, qu'on l'a donné pendant quelques années à des assemblées de joueurs, qu'on appelait auparavant des tripots. Un AisaXt aeadénùe» âe jeu. On appela les jeunes gens qui apprenaient l'équitation et l'escrime dans dp<% éroles destinées à ces arls aemtémiateii^ et non pas académiriens.
4Wi rJIlUOSlTKS LITTERAIRES.
découvertes, par la correspondance avec les sociétés savantes étrangères; 2" à suivre» conformément aux lois et arrêtés du Directoire exécutif, les travaux scientifiques et littéraires qui auront pour objet Futilité générale et la gloire de la République. » L'Académie française, sous la République et l'Empire, forma la seconde classe de Tinstitut, et ne reprit son ancien nom qu'ei) 1816.
Terminons ce qui regarde TAcadémie française par la liste de tous ses membres, rangés par fauteuils. Voici l'origine de cette dernière expression, telle qu*elle est rapportée dans les Pièces intéressantes pour servir à r Histoire de la littérature, de Laplace *.
a Le cardinal d'Estrées, devenu très-infirme, et cherchant un adoucissement à son état dans son assiduité aux assemblées de TAcadémie, demanda qu'il lui fût permis de faire apporter un siège plus commode que les chaises qui étaient alors en usage :car il y avait seulement un fauteuil pour le directeur. On en rendit compte à Louis XI Y, qui, prévoyant les conséquences d'une pareille distinction, ordonna à Tintendant du garde-meuble de faire porter quarante fauteuils é TAcadémie, et confirma par lé Tégalité académique. »
('es fauteuils, que Fontenelle appelait « un lit de repos oii le bel esprit sommeille, » ont été Fobjet de maintes épigrammes. L*une des meilleures est celle de Piron :
En France on fait, par un plaisant moyen.
Tain* un auteur quand d*ccrils il assomme;
Dans un fauteuil d'académicien.
Lui quarantième, on fait asseoir notre homme ;
Lors il sVndort et ne fait plus qu'un somme ;
Plus n'en avez prose ni nnadrigal.
Au bel esprit to fauteuil est, on somme.
Ce qu'i famour est le lit conjugal.
t ToiiM» I, p.îW. •
Aujourd'hui le terme fauteuils n'a plus de sens; car l'Académie française n'a plus de fauteuils, à proprement parler, et la salie de ses réunions est commune aux autres Académies.
p. Burdin.
16S7. Nicolas Bourbon. 1644. Saloinon.
1670. Ph. Quinault 1689. F. de CaiUères.
1717. Cardinal de Fleury.
1743. Cardinal de Luynes.
1788. J. de Florian.
1798. Cailliavn.
1813. Hicliaud.
1840. Flourens.
P. Hay du Chaslelet.
1657. Pen-ot d'Alilancourl.
1665. Bussy Rabutin.
1693. Paul Bignon.
1743. Jérôme Bignon.
1771 BeBréquigny.
1 795. Écouchard -Lebnin .
1807. F.-J.-M. Raynoiiard.
1836. Mignet.
Philippe Habcrt.
1637. J. Eitprit.
1678. J.-N. Colbert, archevêque
de Rouen.
1706. Fraguier.
1 728. Ch. d'Orléans Rothelin, abbé
de Corneille.
1744. G. Girard.
1748. V. de Paulmy d'Argenson.
1788. J.-B. d'Aguesseaii.
1H26. Brifaul.
Bftrhet de Méziriac.
1659. La Mothe le Vayer.
1673. J. Racine.
1699. Valincourt.
1730. Leriget de la Page.
1731. Crébillon.
1762. Voisenon.
1776. Boisgelin de Cucé, archevêque d*Aix.
1803. Boisgelin (réélu\ 180 i. Bureau de la Malle.
1807. Picard.
1829. Arnault.
1854. Fciibe.
Auger de Mauléon.
1639. Baniel de Priézac.
1662. Michel le Clerc.
4692. J. de Tourreil.
1714. J. Roland Malet.
1736 Boyer, évêquc de Mirepoi\.
1755. N. Thyrel de Boismonl.
1787. Cl.-C. de Rulhières.
1795. Cabanis.
1808. Destutt de Tracy.
1836. Guizot.
J. d'Arbaud de Porrhèref«.
1640. Olivier Palm.
1681. N. Potier de .Novion.
1693. P. Goibaud du Bois.
1694. Ch. Boileau, abbé deBenn-
lieu.
1704. Gaspard Abeille, 1718. N.-n. NontgauU.
1748. Ch. Duclos.
1772. N. Beauzée.
1789. J.-J. Barthélémy.
1795. M.-J. Cbénier.
1811. DeChateaiihriamI. 10
Claude de Mallovillo.
1648. J. Ballesden.^;.
P. Sdguier.
1675. Cordemoy.
1643. r.l. liazin de Bezons.
1685. J.-L. Bergeret.
1684. Boileau-Despréaux.
1695. C. de Saint-Pien«.
1711. J. d'Ëstrées, archevêque de
1743. Maupertuis.
Cambrai.
1758. Le Franc de Pompignan.
1718. René d'Argenson, garde des
1785. Uabbé Maury.
sceaux.
1808. Regoault de Saint-Jean-
1721. Languet de Gergy, arche -
d'Angely *.
vèque de Sens.
1816. La Place.
1753. Buflbn.
1817. Royer-CoUard.
1787. Vie d'Azyr.
1795. Domergue.
1810. Saint<Angc.
1811. Parseval de Grandmaison.
Chauvigny de Colomby.
1835. SaWandy.
1649. TrisUn PHermile.
1655. La Mesnardière.
1663. Duc de Saint-Aignan.
1687. F.-T. de Choisy.
Farel.
1724. Ant. Portail.
1646. P. du Ryer.
1736. La Chaussée.
1658. Cardinal d'Esli^es.
1754. Bougainville.
1715. Maréchal d*Estrée.s.
1763. Marmontel.
1738. De la Trémouille.
1795. Fonlanes *.
1741. Cardinal de Rohan-Soubise.
1821. YiUemain.
1757. De MonUixet, archevêque de
Lyon.
1805. Comle de Bouniers.
1815. Baour-Lormian,
Voilure.
1649. Mézeray.
1683. Barbier d'Aucoort.
1694. Clermont-Tonnerre, cW^ue
Fr. Maynard.
de Noyon.
1647. P. Corneille.
1701. N. deMalézieux.
1685. Th. Corneille.
1727. J. Bouhier.
1710. Boudard de la Motte.
1746. Voltaire.
1731. Bussy Kahutin, év^ue de
1778. J.-F. Ducis.
Luçon.
1816. De Sèze.
1737. Foncemagne.
1828. DeBnrante.
1780. Chabanon.
1795. Kaigeon.
1810. Nep. l^men^ier.
1841. V. Hugo.
J. Sirmond.
* Exclu le 24 juillet 181.%. - « RtcIii en 1797 et réinl^pr^ i»n 1H02.
AGADKMIËS.
1649. J. de Monlrpiiii.
1651. Fr. Talleinanl.
1693. De la Loiibêre.
172». Cl. Sallier.
1761. J.-G. Coêtiosqiiel.
1784. P. de Monlesquioii-Fé-
zensac.
1799. A.-V. Arnault ».
1816. DucdeRiclielieu.
1822. B.-J. Dacier.
1833. Tis»ot.
Vaugelas.
1649. Scudéry.
1668. Marquis de Dangeau.
1720. Maréchal de Richelieu.
1789. Duc d'Harcourt 1803. Lucien Bonaparte *.
1816. Auger.
1829. Élienne.
B. Baro.
1650. J. Doujat.
1689. E. Renaudot.
1721). E. de Hoquette.
1725. Gondrin d'Anlin, évoque de Lan grès.
1733. Dupré de Saint-Maur.
1774. Maleslierbes.
1795. Andrieux.
1833. Thlers.
J. Baudoin.
1651. CUarpenlier.
1702. Chamillard , évêque do
Senlis.
1714. Maréchal de Villars.
1734. Duc de Villars.
1770 Loméuie de Brienne.
1795. Lacuée de Cessac.
1841. Tocqueville.
Cl. de rÉtoile.
16 '»2. A. duc de Coislin.
1702. P. duc de Coisliii.
1710. II.-C. duc de Coislin, évô-
• que de Metz.
1733. Surian, évêque de Vence.
1754. D'Alembert.
1784. Comte de Cboiseui-Gouflier.
1803. PorUiis.
1807. Pierre Laujon.
1811. Ch.^. Élienne».
1816. Comte de Choiseul-Gouriier.
1817. Laya.
1833. Ch. Nodier. " 1844. Mérimée.
De Sérizay.
1053. Pellisson.
1693. Fénelon.
1715. De Boze.
1754. Comte de Clermont.
1771. De Belloy.
1775. Duc^e Duras.
1795. Garât (lecomley*.
1816. Cardinal de Bausset.
1824. De Quélen, archev. de Paris.
1840. Mole.
Balzac.
1654. H. de Pérétixe de Beaumont,
archevêque de Part.s.
1695. Fr. de Harlay, archevêqni»
de Paris.
1695. André Dacier.
1722. Cardinal Dulioi.*:.
1723. Hénault.
1771. Prince de Beau van.
1795. Comte Merlin.
1816. Comte Ferrand.
1825. Casimir Delavijine.
* Exclu le 21 mars 1816. — « Exclu le 24 juillet 1815. - ^ Exclu le 21 mars 1816. — * Exclu en 1816.
300 CUIUOSITÉS LITTÉRAIRRS.
1845. Sainte-Beuve. 24
Laugier de Porchères.
1654. De Chaumont.
1697. Le président Cousin.
1707. Valon, marquis de Mi meure.
1719. N. Gédoyn.
1744. Cardinal de Bemi.^.
1795. L'abbé Sicard.
18^. Frayssinous.
1842. Pasquier.
(Germain Habert.
1655. Colin.
1682. L'abbé de Bangoaii.
1723. Fleuriau. 1732. Terrasson.
1730. Comte de Bissy.
1810. Ksménard.
1811. Ch. Lacrelellp.
Servien. ^
1639. ViUayer.
1691. Fontenelle.
1757. A^-L. Séguier.
1795. Bernardin de Snint-Pierre.
1814. Et. Aignan.
1824. Soumet.
CoHetet.
1659. (;iUe8 Boileau.
1671. J. de Montigny.
1671. Ch. Perrault.
1704. Cardinal de Hohan.
1749. Vauréal.
1760. La Condamine.
1774. J. Delille.
1813. Campenon.
1844. Saint-Mare Girardin.
Saint-Amant.
1661. L'abbé Cass.ignc<;.
1679. Comte de Crécy.
1710. Ant. de Mesraes.
1723. J. Alary.
1771. Gaillard.
1803. Comte de Sé{:nr.
1850. Viennel.
Bois«at.
1662. Furetière.
1688. La Chapelle.- 1723. D'Olivet.
1768. Gondillac.
1780. Comte de Trensan.
1784. Bailly.
1795. Sievès *.
1816. Marquis de LaUy-ToUnndiil.
1850. Ponoerville.
Bois-Rol)ert.
1662. Segrais.
1701. Campistron.
1723. Destonches.
1754. Boissy.
1758. Saintê-Pdlave.
1795. Rœderer».' 1816 Duc de Lévif.
1830. Philippe de Sôgnr.
Bautru.
1665. J. Testu.
1706. Marquis de Saint-Aulairo.
1743. Mairan.
1771. François Arnaud.
1803. Target.
1806. Le cardinal Maury '.
1816. L^abbé de .Montesqnimi.
1832. Jay.
* Exclu le 24 juillet 1815. - » FxHu le 21 mars 1816. - ' Exclu 21 mar.<i 1816.
Louis Girv.
im. Cl. Boyer." 1698. Cl. Genest.
1720. L abbé Dubos.
1711 Du Resoel.
1761. Saurin.
1782. Condorcet.
17î'5 Labbé Villar.
1826. Félctz.
GombauKi.
1666. Paul Tallemaiil.
1712. Pancbet.
1748. Gresset.
1778. Tabbé Millot.
1785. Morellet.
1819. P. Éd. Leraonley.
1826. Fourier.
1850. Cousin.
J. de Sillion.
1667. J.-Il. Colberl.
1684. La Fontaine.
1695. Oércmbault.
1714. Cl. Massieu.
1723. C.-F. llouleviilc.
1743. Marivaux.
1763. Radonvillicrs.
1795. Yolney.
1820. Pastorcl.
1841. Sainl-.Aulaire.
M. Cureau «le la Gliauibrp.
1670. Régnier Desinarnis.
1715 La Mon noyé.
1727. La Rivière.
1750. Uardion.
1766. Thomas.
1786. Comte de Guibcrt.
1795. Gambacérès *.
1816. BoQuUI.
1841. Ancelot.
Rucan.
1670. P. Curwiu de la Cliauibic.
1693. La Bruyère.
1696 L'abbc Fleuiy.
1725 J. Adam.
1726. §eguy.
1761. De Rohan Guémcnéc.
1805. Devaine.
1803. Pamy.
1815. De Jouy.
D. Hay du Cbaslelet.
1671. Bossuct.
1704. Cardinal de PolignHc.
1742. Giry de Sainl-Cyr.
1761. Batteux.
1780. Lemierre.
1799. Bigot de Préaméueu.
1825 Duc de Montmoreucv.
1826. Guiraud.
Godeau.
1673 Flécbier:
1710. Nesmond, arcbevê<iuc de
Toulouse.
1727 J.-J. Amelot.
1749. Maréchal de Belle-lsle.
1761. Trublet.
1770. Salnt-LamberL».
1803.4|aret\
1816. Laine.
1836. Dupaly.
De Bourzevs.
1673. I/abbé Gafloi-s.
1688. Mongin.
1746. DelaYilU\
* Exclu le 24 juillet 1815. -- « Réélu le 28 janvier ISO^. - « Exclu en 1816.
CUIUOSITÉS LlTTÉRAlRfciS.
Sua ni.
Boger.
Patin.
Gomberville.
UueU
J. BoivÎD.
Doc de SaintAign.
Colardeau.
Laliarpe *.
Lacietclle aîné.
Droi.
Chapelain.
Bcnserade.
E. Pavillon.
Stillery.
Duc de la Force.
Mirabaud.
Watelet.
Sedaine.
Gollin d'Haileville
Daru.
Lamartine.
Conrart.
1675.Jlo:»e.
1701. Louis de Sacy.
1728. MoDtesquieu.
17^. Cliâleaobnin.
1775. Cliastetlux.
1799. F. de Neutdiâleau.
1828. P.-A. Lebrun. ♦
Desmarels 1676. J. de Mesmes.
1688. Mauroy.
1706. L'abbé de Louvois.
1719. MassilloD.
1743. Duc de Miveroais.
1799. Legouvé.
1812. Al.-V. DuvaUPJneu.
1842. Ballancbe.
Honlmor.
1679. Lavau.
16'J4. Caumartin, évèquedcBlois.
1735. MoQcrif.
1771. ttoquelaure, évéque de î?en-
lis«.
1818. Baron Cuvier.
1832. Dupio aîné.
SECKETAIBES PERPETUELS DEPOIS LA REORGANISATION
DE l'institut.
1804. Suard.
1807. naynouard.
1826. Auger.
1829. Andrieux.
1835. Arnault. 1834. Villemain.
Nous allons donner, comme complément de ce tableau, quelques particularités sur plusieurs des personnages qui se sont assis dans ces fauteuils si ambitionnés.
* Réélu le 28 janvier 1803.
* Réélu le 28 janvier 1803.
âOAUëUIëS. 303
Florian. Sa nomination donna lieu aux vers suivants de Rivarol :
Écrivain actif, guerrier sage, Il combat peu, beaucoup écrit ; Il a la croix pour son esprit, Et le fauteuil pour son courage.
Après cette nomination, le duc de Penthièvre, son protecteur, ayant, pour fêter cette élection, donné un grand dîner aux académiciens, fut surnommé le restaurateur de r Académie,
Cailhava. Voy. p. 428.
MicHAUD. Lorsque Ducis mourut, Campenon et Michaud se disputèrent sa place. Campenon lança cette épigramme contre son concurrent :
Au fauteuil de Ducis on a porté Michaud.
Ma foi ! ftour l'y placer, il faut un ami chaud.
Michaud répliqua par des vers que nous citerons en parlant de Campenon. (Voy. 23' fauteuil.)
BnÉQUiGNY fut reçu sans avoir fait de visites.
On remarque comme une singularité que IWcadériiie ait l'ait deux fois trois réceptions dans un même jour.
Le 12 janvier 1673, elle admit Racine, Fléchier et J. Gallois; et, le 24 novembre 1807, Raynouard, Picard et Laujon.
4* tentettil.
VoisESoH était si sûr d'être nommé, qu'avant son élection on distribuait son portrait avec le titre d académicien.
3Ui CURIOSITÉS LITTÉRAIHES.
B« IkMieall.
J. RouKD Malet. Voy. p. 278.
■y* ffMn«a«ll.
. J. d'Ë8tréës. li n'a absolument rien laissé. U. DoMERGCE. Lebrun-Écouchard a dit de lui :
Ce pauvre Crbain, que Ton taxe I)'un pédiinlisme assommant, Joint Tesprit de la syntaxe Aux grâces du rudiment.
t 8* ffamUswIl.
Du Ryer fut préféré à P. Corneille.
Le cardinal d'Esthées fut reçu avant d'avoir rien produit. 11 n*a laissé que quelques épigrammes.
Baour-Lorbiian a soutenu contre Lcbrun-Écouchard une guerre d'épigrammes, où il eut rarement le dessus. On se rappelle ce quatrain :
Rien n'est si lent, si ioutnl Que monsieur Lormian-Ba lourd.
Rien n'est si lourd, si lent Que monsieur Balour-Lormian.
9' teitCeall.
BussY, évèquedeLuçon, filsdeBussy-Rabutiu, n'a rien laissé.
Le plus grand titre de Chabanon était son talent sur le violon.
A Foniemagne on veut, dit-o:i, Pour le fauteuil soporifique, Faire succéder Chabanon; Mais son mérite académique?
'— Aucun. Il est grand violon ; Dans le sein de la compagnie. '
Manquant cl*accord et d'unisson, Il rétablira l'harmonie.
Longtemps avant que M. V. Hugo fût reçu. à T Académie, on lui avait adressé les questions suivantes :
Où, ô Hugo 1 huchera-t-ou ton nom?
Justice enfin rendu que ne t'a-t-on?
Quant à ce corps savant qu'académique on nomme, Grimperas- tu de roc en roc, rare homme?
t«« fMiiaaU.
Malézieu, précepteur du duc du Maine, composa, bien qu'il fût membre de TAcadémie française, une plaisanterie intitulée : Polichinelle demandant une place à VAcadémie.
Ducis. Voy. p. 281 .
F. Tallbmant entra à TÂcadémie sans aucun titre. Laloubèrb. Voy. p. 278.
MoNTESQmOD.
Montesquiou-Fézensac est de rAcadémii\ Quel ouvrage a-t-il fait? — Sa généalogie.
Il avait soutenu, dans un mémoire dirigé contre les sieurs de la Boulbène. qu*il descendait de Glovis en ligne directe. 11 gagna son procès en 1785. « Nous.espi'*rons, lui dit alors Maurepas, que vous voudrez bien ne pas retraire le royaume de France. »
« 4« ffaatonil.
Vaugelas, bien que Savoyard (il était né à Chambéry), fut admis parc« qu'il avait la réputation déparier frangeais très-porrecteraent.
Le comte de Glerhokt n'avait d'autre titre que celui d'être prince du sang, et sa nomination donna lieu/dans le sein de l'Académie, à des discussions fort importantes relativement à l'égalité de tous les membres de la Compajrnie. Le prince fut obligé de désavouer un mémoire dans lequel quelques personnes de sa maison avaient prétendu « qu'il ne convenait pas à un prince du sang d'entrer dans aucun corps sans y avoir une préséance marquée et un rang distingué.» Mais, néanmoins, comme l'Académie avait décidé qu'elle ne pourrait, dans aucun cas, s'écarter de son règlement, il ne crut pas devoir paraître en public le jour fixé pour sa réception, parce que la place destinée au récipiendaire se trouvait la dernière. Il vint seulement assister à une séance ordinaire» et reçut, comme ses confrères, le jeton de droit de présence. Mais le public ne prit pas la chose aussi bien.
Trente- neuf joints à zéro, Sij'enlends bien mon numéro, N'ont jamais pu faire quarante ; D'où je conclus, troupe savante, Qu*ayant à vos côtés admis Clermont, celte masse pesante, Ce digne cousin de Louis, La place est encore vacante.
L'auteur de cette épigramme. Roi, la paya cher. On prétend qu'il fut tellement maltraité par les gens du prince, qu'il en mourut quelques jours après.
Le maréchal duc de Doras se trouvait, quant aux titres littéraires, dans la même catégorie que le comte de Clermont.
Duras invoquait i la fois Lft dieu des vers f»l le dieu de la guerre :
AGÂDÉlliES. S07
Il réciâmait le prix de ses vaillants exploits
Et de son savoir littéraire.
Tous deux, par un suffrage égal»
Ont satisfait sa noble envie :
Phcbus lui dit: Je te fais maréchal; Mars lui donna place à l'Académie.
!•• fiMteidl.
De Harlat, archevêque de Rouen, n'a rien écrit.
Le marquis de Mineure entra â TAcadémie pour avoir traduit une ode d'Horace.
Thiard, comte de Bissy, ne savait pas Torthographe. L'abbé de Dangeau a fait un grand nombre d'ouvrages de grammaire ; aussi Lainez a dit :
Je sens que je deviens puriste, Je plante au cordeau chaque mot, Je suis les Dangetuz à la piste, Je pourrais bien n'être qu'un sot.
]ji CoNDAHiNE. Voy. p. 284.
Campenon ayant composé sur Michaud l'épîgramme que nous avons citée plus haut (voy. 1*' fauteuil), celui-ci riposta par ce distique :
Au fauteuil de Ducis aspire Campenon.
A-t-il assez d'esprit pour qu'on l'y campe?...
Tout le monde trouvait la rime.
L'abbé Alart, précepteur de Louis XV, n'a laissé aucun ouvrage.
La Chapelle, auteur de mauvaises poésies intitulées : les Amours de Catulle, dont Chaulieu a dit :
Gelai qui si maussademenl Fit parler Catulle et Lesbie, N'est point cet aimable génie Qui fit le voyage charmant, Mais quelqu'un de l'Académie.
Campistron, auteur de la tragédie d'Hercule.
A force de forger, on devient forgeron, Il n'en est pas ainsi du pauvre Campistron, Au lieu d'avancer, il recule.
Voyez Hercule.
Baiitbu était un bouffon de la cour. Il ne dut son avancement qu'à son adulation et à ses bassesses. Quand il s'émancipait par trop, Anne d'Autriche le menaçait de lui faire donner des coups de bâton.
L*abbéTESTo n'avait aucun titre. Il a publié, après son admission, un volume de Stances chrétiennes.
Le marquis Saint- Aulairb composa sa première pièce de vers â soixante ans, et ce fut sur cet unique échantillon de son talent poétique qu'il fui reçu parmi les quarante, malgré Topposition de Boileau, qui repoussait un homme dont le bagage littéraire était aussi léger.
L'abbé P. Tallehant entra à l'Académie à vingt-quatre ans, avant Racine, Boileau, Quinault et la Fontaine, pour avoir écrit un Voyage à l'île d'Amour* Quand sa
AGADÉMIËS. 300
mère le vit académicien, elle dit: « De mes cinq enfants, en voilà toujours un de pourvu. • Dahchbt, a dit Voltaire,
Dancbet, si méprisé jadis, Apprend aux pauvres de ^étûe Qu'on peut gagner TAcadéroie Gomme on gagne le paradis.
L^Académieavailélu la Fontaine enl 683; maisLouisXlV, qui ne pouvait pardonner au poëte son attachement à Fouquet, refusa d'abord de ratifier ce choix. Enfin, au bout de six mois, il permit un second tour de scrutin, qui valida l'élection, et dit aux députés de TAcadémie : «Vous pouvez recevoir la Fontaine, il a promis d*ètre sage. »
Si* flMiteMU.
Uardion fut reçu de deux Académies avant d'avoir rien fait.
as* AMi«a«ll.
La Bbutère ne fut admis qu'avec la plus grande difficulté, et l'on a peine à croire que son élection ait donné lieu à Fépigramme suivante :
Quand la Bruyère se présente, Pourquoi faut-il crier liaro I Pour fair-e un nombre de quarante Ne fallait-il pas un zéro?
Racan. « A TAcadémle, dit Tallemant des Réau?^, quand ce fut à son tour â haranguer, il y vint avec un chiffon de papier tout déchiré dans ses mains. « Mes- « sieurs, leur dit-il, je vous apportais ma harangue, mais «I une grande levrette Ta toute mâchonnée. La voilà : « tirez-^n ce que vous pourrez, tîar je ne la sais point « par cœur, et je n*en ai point de copie •
310 CURIOSITÉS LITTÉRAIRKS.
Le cardinal de Rohan, aaqael on n*a jamais connu de titre littéraire, est le même qui joua un rôle si honteux danà l'affaire du collier,
Deyâine fut nommé, grâce aux excellents dîners qu'il donnait tous les mardis ; aussi mitron ces paroles dans la bouche d'un solliciteur qui demandait sa place :
Je suis accablé par les ans, La vieillesse a glucé ma veine ; Mais faut-il donc lant de talents Pour remplacer monsieur Devatne.
88* 0Rnt«uU.
GiRY DE Saint-Gyr fut admiscommc précepteur du Dauphin. Il avait si mal élevé le prince, que celui-ci fut obligé de recommencer ses études. Il n'a rien écrit.
Le duc DE Montmorency avait autant de titres que le comte de Glermont, le cardinal de Rohan.
84* ffanteaU.
Après la réception de Tabbé Trublet, on publia une caricature où il était représenté comptant ses jetons académiques, et- disant :
Depuis vingt ans, je cours après cette monnoie; Depuis vingt ans sur moi chacun criait haro:
Je suis, dans ce grand jour, au comble de ma joie, £t dans quarante enfin je forme le zéro.
L'abbé de la Ville était un diplomate qui n'avait pas plus de titres littéraires que J. Roland, Malet et Bergeret, commis de bureau comme lui.
99* WmmUiuU,
GoMBBRviLLE sc rendit pleine justice par Têpitaphe qu'il composa pour lui-même :
Ma naissance fut fort obscure Et raa mort l'est encore plus.
BoiYiN aimait tant les séances de TÂcadéiuie, où il cherchait sans cesse dispute à ses confrères, qu'il ne cessait de protester contre Tusage des vacancts. Aussi Dieu lui accprda-t-il une grâce qu'il désirait : il le rappela à lui pendant les vacances de Pâques (22 avril 1727).
H est peu d'académiciens qui aient été l'objet d*autant de quolibets que Lahabpe. On connaît les vers' de Gilbert :
C'est ce petit rimeur, de tant d'orgueil enfl«', jQui, sifflé pour ses vers, pour sa prose siHlé. Tout meurtri des Caux pas de sa muse tragiqutî, Tomba de cbute en chute au trône académique.
Les Mémoires secrets de Bachaumont renferment sur lui une foule d'épi grammes. Voici celle qui fut faite à l'occasion de sa candidature :
Quoi ! çrand Dieu I Laliarpe veut être
Du dodx MoRcrit' le successeur?
Favoris d'ApolIcR^ songez à voire honneur. Voudriez-voua qu'on prit le Louvre pour Bicétrc?
 la suite d'une mystification dont il avait été la victime, on l'avait surnommé le Tambour de V Académie française,
SV* temtfnUI.
Sedainb. Voy. p. 281. H devint ensuite secrétaire de l'Académie d'architecture, « quoique, dit Laharpe, il eût à peine quelque théorie d'architecture, et qu'il n'en eût aucune de grammaire. »
Amis, Apollon nous menace ^ De faire aplanir le Parnasse; Dès demain il doit le saper, £t si plat il saura le rendre,
312 CURIOSITÉS LlTTÉR'ÂlKES.
Que Sedaine y pourra grimper, Et qu'il nous y faudra descendre.
s 8* ftoatMll.
Rose, président à la chambre des comptes, avait» comme académicien, laissé de lui si peu de traces, que d'Oiivet, pour ne pas être obligé de faire son éloge, se démit de sa charge d'historien de rAcadéniie.
Ce fut une cabale qui fit élire de Ghastbuux, auteur d'un ouvrage sur la Félicité publique»
A Chastellux la pbce académique !
Qu*a-t-il donc fait? — Un livre bien conçu.
— Vous Tappelei? — FélicUé publique.
— Le public fut heureux, car il n'en a rien su.
Labbé LouTois, fils du ministre de Louis XIV, fut nommé, à neuf ans, grand maître de la librairie» puis bibliothécaireduroi,etensuite membre des trois Académies-
Le duc DB Nivernais n'avait encore rien produit lorsqu'il fut élu.
Lavad. Voy. p. 278.
Caumartin, évèque de Vannes» admis à l'Acadéiiiie française à vingt-six ans, puis à l'Académie des inscriptions» n'a rien laissé.
A la liste des académiciens, il serait curieux d'opposer celle des hommes de talent qui n'ont pas été admis à l'Académie : nous noj^s bornerons ici à citer quelques noms. Au premier rang figure Molière S puis viennent le
' Ou lit iluiis ;lu Correspondance secrète ilu 20 tepleiiilue 1778,
du<*. de la Rochefoucauld, auteur du Livre des Maximes; Regnard, Lesage, Piron» qui, par ses mordantes épigrammes, fit si chèrement expier à TAcadémie de ne l'avoir pas admis dans son sein; les deux Rousseau, Saint- Real, Gingucné, Dusault, et enfin notre illustre poète Béranger, qui ne sera certainement jamais le confrère de M. Pasquier. Ce qu'il y a de singulier, c'est que TAcadémie, méconnaissant le but de son institution, s'est dispensée d'admettre les meilleurs lexicographes et grammairiens de chaque époque, comme Ménage, Du- -marsais, Boinvilliers, etc.
Golbert, étant membre de l'Académie française, employa quelques-uns de ses confrères à composer des inscriptions et des devises pour les bâtiments publics. Cette petite assemblée, dont furent ensuite Boileau et Racine, ne tarda pas â former une Académie à part, et Ton peut considérer l'année 1663 comme l'année de la fondation de l'Académie des inscriptions et belles-lettres. En 1701, cette compagnie . composée de neuf personnes, venait de terminer l'histoire en médailles de Louis XiV, et allait se dissoudre, quand son président, labbé Bignon, obtint des lettres patentes qui la réorganisèrent sur un plan tout nouveau et y introduisirent une hiérarchie que ne connut jamais l'Académie française ^ « On ima-
tome Vil, p. 186 : « Le buste de Molière vient d'être placé dans la salle de l'Académie. On a fait à cette occasion l'épigramme suivante :
c Af ec vott«, messieurs, Dieo merci !
Molière désormais figure.
Tous nos grands hommes sont ici,
Mais ils n*j soot plus qu'en peinture. •
' L'abbé Bignon, qui pourtant avait de bonnes intentions, voulut aussi réformer l'Académie Ti-ançaise. 11 proposa aux membres de cette compagnie des jetons d'or qui auraient pu valoir dix ou douze mille H* vres de reute et des pensions, à condition''qu'ils renonceraient à Tcgalité purement académique, à leurs privilèges bonoriGques, qui étaient ceux des cours souveraines, et à l'indépendance dont seuls ils jouissaient. C'était mettre l'Académie française sons Tautorité ilu uiinistère.
giiiâ, dit Voltaire, des places d'honoraires qui n*exigeaient nulle science et qui étaient sans rétribution, des places de pensionnaires qui demandaient du travail, désagréablement distinguées de celles des honoraires, des places d'associés sans pension, et des places d'élèves, titre encore plus désagréable, et supprimé depuis. »
Celte nouvelle Académie eut un local particulier au^ Louvre, ses armoiries et ses jetons; mais ce fut seulement en 1712 que furent délivrées les lettres patentes qui confirmèrent son établissement. Elle ne reçut que sous la régence, par arrêt du conseil d'État, le titre d'Académie des inscriptions et belles-lettres, qu'elle conser>'e encore aujourd'hui, après avoir formé, sous l'Empire, la classe d'histoire et de littérature anciennes.
L'histoire de cette Académie diffère peu de c«lle de TAcadémie française. On y rencontre les mêmes flartteries et les mêmes complaisances envers le pouvoir. Dans la liste de ses membres* on trouve force personnages qui n'ont jamais eu le moindre titre scientifique, et l'on est étonné de ne pas y voir figurer plusieurs hommes qui ont pourtant bien mérité de la science.
On ne peut du moins reprocher l'oisiveté à l'Acadéluie des inscriptions. On lui doit entre autres un Recueil de Mémoires qui a acquis une juste célébrité parmi les étrangers^, la continuation du Recueil des historiens de
Ce projet fut rejeté par tous les gens de lellreç qui composaient l' Aca demie.
* On peut consulter, sur les académies qui Tonnent actuellement l'institut, les excellents articles Académies et Ikstitot du Dictiomuûre encyclopédique de l'histoire de France, publié sous la direction de M. Lebas.
* « On souhaiterait seulement dans ce recueil, dit Voltaire, que quelques maUères y fussent plus approfondies et qu'on n'en eût point traité d'autres. On se serait, par exemple, fort bien passé de je ne sais quelle dissertation sur les prérogatives de la main droite sur lamoiii gauche.
France, de THistoire littéraire de la France, la publication de Notices et extraits de manuscrits, d'ouvrages dans les différentes langues de TOrient, etc.
Le public, toujours si joyeux de trouver les savants en défaut, s'est souvent égayé aux dépens de rAcadéniie des inscriptions , qui , malbeureuseinent pour elle , a commis plus d'une méprise. • Savez-vous, écrivait Voltaire à M. de Formont, à propos de l'expédition scientifique qui avait pour objet de mesurer un arc du méridien, savez- vous que l'Académie des belles-lettres s'est chargée de faire une belle inscription pour la besogne de nos argonautes? Toute cette Académie en corps, après y avoir mûrement réfléchi, a conclu que ces messieurs allaient mesurer un arc du méridien sous un arc de l'équateur. Vous remarquerez que les méridiens vont du nord au sud, et que , par conséquent , l'Académie des belle^lettres, en corps, a fait la plus énorme bévue du monde ^ »
Lors de la paix conclue avec l'Angleterre, en i 785, le ministre Maurepas demanda à l'Académie des inscriptions une devise pour la médaille destinée à célébrer cet événement. L'Académie, après avoir passé six mois à discuter laborieusement, envoya une députation apporter au ministre cette légende d'une rare simplicité, mais qu'elle n'avait pas eu, comme M. Jourdain, dans son billet à la belle marquise, la chance de trouver tout du premier coup : Pax ctim Ànglis. — Et cum spiritu tuo, répondit le ministre.
L'Académie des sciences, fondée, en 1666, par Colbert, forma, en 1795, la première classe de l'Institut national, et reprit son ancien titre en 1816.
cl de quelques autres recherches qui, sous un litre moins ridicule, n'en sont guère moins frivoles. » xxx* Lettre pliilosopltfque. * Corre»p<m>twce générale^ lettre do 17 avril 1735.
L'Académie de sculpture et de peinture» fondée par ' Mazarin, en 1648, constituée en 1655, forma en 1795, par sa réunion avec VAcadémie dVchîtecture, la quatrième classe de Tlnstitut, et prit, en 1816, le titre d'Académie des beaux-arts.
L'Académie d'architecture, fondée, en 167 1 , par Colbert, fut supprimée, en 1767, pour avoir protesté courageusement contre la nomination illégale de N. de Wailly. Elle ne tarda pourtant pas à être rétablie. Elle fut de nouveau supprimée en 1793, et comprise, lors de l'organisation de l'Institut, dans la quatrième classe, celle des beaux-arts.
La plus moderne de toutes ces Académies, crééeen 1795, sous le nom de classe des sciences morales et politiques j fut supprimée en 1803, et ses membres furent répartis dans les différentes classes dont l'Institut fut alors coni» posé. Elle a été rétablie en 1832, mais la çectiom de^^o- ^rap/ite continua de faire partie de Y Académie des sciences, dans laquelle le décret de 1803 l'avait transportée.
Longtemps avant la fondation de l'Académie francise, quelques essais de ce genre avaient été faits en France. Ainsi il s'était établi à Lyon, vers la fin du quinzième siècle, une Académie connue sous la dénomination d'ilcadémie de Fourvière , parce qu'elle tenait ses séances dans une maison du quartier de ce nom. Dans un pays destiné tôt ou tard à redevenir français, à Annecy, le pré* sident Favre avait, en 1606, établi, avec laide de François de Sales, et sous la protection du duc de Nemours, une Académie flonmontane qui avait pris pour devise : Flores frtictusque perennes* Elle s'occupait de théologie, de philosophie, de mathématiques, de beaux-arts, et ressemblait assez, par la forme, à nos athénées. V Académie ftorimontane fut bientôt aussi florissante qu'aucune des Académies italiennes, mais elle ne subsista pas long-
temps, et, vers 1618, ses membres cessaient de se réunir.
La plapart des grandes villes, en France, ont aujourd'hui des Académies scientifiques et littéraires, dont la fondation remonte à des époques très-diverses. Les plus célèbres sont celles d'Amiens, de Besançon, de Bordeaux, de Glermont, de Dijon, de Lyon, de Marseille, de ISancy, de Nîmes, de Rouen , de Toulouse, etc. Cette dernière ville en renfermait deux : Tune était V Académie des lantemistes, et l'autre V Académie des jeux fUh' rauXy sur laquelle nous allons donner quelques détails.
i 11 y avait au temps passé, dit un écrivain du moyen âge, dans la royale et noble cité de Toulouse, sept personnages de mérite et de savoir, subtils et avisés, qui avaient grande envie et vif désir de trouver cette noble, excellente, merveilleuse et vertueuse dame, la Science, pour qu'elle leur donnât et leur procurât le gai savoir de poésie. Ils voulaient avoir le don de faire, en roman, de bonnes compositions, afin de répandre de saines doctrines et d'utiles enseignements, à la louange et en l'honneur de Dieu, notre Seigneur, de sa glorieuse mère, et de tous les saints du paradis. Leur but était aussi de détruire l'ignorance et Terreur, de faire la leçon aux poètes inhabiles et sans art, enfin de vivre en joie et en liesse, et d'échapper à la tristesse et à l'ennui, ces ennemis mortels du gai savoir^. »
Ces sept personnages s'appelaient Bernard de Panassac, damoiseau; Guillaume de Lobra, bourgeois; Béranger de Saint-Plancat; Pierre de Meranaserra, bourgeois; Guillaume de Gontaut, Pierre Canon, marchand; et maître Bernard Oth, notaire de la cour du Viguier de Toulouse. Ils avaient formé entre eux une petite société littéraire,
' Voyez un spirituel et piquant article de M- F. Guessard, sur La» Florg Jel gay saler ^ inséré dans la Bibliothèque de l'Ecole des Charles^ 1845, tome IV, p. 365.
qui se réunissait ordinairement le dimanche, dans un jardin de Tun des faubourgs de Toulouse. « Il n'est guère possible, dit M. F. Guessard, que quelques beaux esprits se réunissent pour causer science ou littérature, sans qu'il sorte de là une Académie ou quelque chose d'ana> logue. n n'est pas naturel non plus qu'une assemblée de ce genre, une fois constituée, n'éprouve pas le besoin de faire autorité, de prononcer des jugements, de dicter des lois, c'es^à-dire de distribuer des prix et de composer quelque code, quelque traité,^ quelque gros livre à l'usage de ses justiciables. C'est ce qui arriva notamment à la très-gaie compagnie des sept troubadours dé Toulouse.
i Elle commença à se constituer, à se manifester en 1323, et son premier acte public fut l'annonce dun concours poétique pour l'année suivante. A cette époque, les beaux temps de la poésie provençale étaient passés; il n'en restait plus que des souvenirs et des regrets. Nos sept Toulousains, qui connaissaient et admiraient les anciens troubadours, et qui sentaient avec peine la décadence de la civilisation et de la littérature méridionale, conçurent le projet de ranimer ce feu presque éteint, et de là ridée de faire un appel à tous les poètes de la lan. gue d'Oc, de les réunir à Toulouse, et d'ouvrir entre eux un concours. Quel moyen pour une telle fin ! Ces académiciens improvisés ignoraient évidemment (on ne Ta su que plus tard) qu'il ne dépend pas d'une Académie de ressusciter ce qui est mort, et que les prix de poésie n'ont jamais fait un poète. »
Quoi qu'il en soit, ils adressèrent, le mardi après la Toussaint, l'an de Tlncarnation 1323, une lettre cireulaire en vers, qu'ils envoyèrent dans toutes les parties de la langue d'Oc, et par laquelle ils conviaient au concours les plus habiles troubadours. Voici quelques fragments de cette lettre.
« La très-gaie compagnie des sept poètes de Toulouse aux honorables seigneurs, amis et compagnons qui possèdent la science d'où naissent la joie, le plaisir, le bon sens, le mérite et la politesse, salut et vie joyeuse. Nos désirs les plus ardents sont de nous réjouir en récitant nos chants poétiques... Puisque vous avez le savoir en partage, et que vous possédez lart de la gaie science, venez nous faire connaître vos talents... Nous sept, qui avons succédé au corps des poètes qui sont passés, nous avons à notre disposition un jardin merveilleux et beau, où nous allons, tous les dimanches, lire des ouvrages nouveaux, et, en nous communiquant nos lumières mu • tuelles, nous en corrigeons les défauts. Pour accélérer les progrès de la science, nous vous annonçons que, le premier jour de mai prochain, nous nous assemblerons dans ce charmant verger. Rien n'égalera notre joie si vous vous y rendez aussi. Ceux qui nous remettront des ouvrages seront honorablement accueillis, et Tauteur du meilleur poème recevra, en signe d'honneur, une violette d'or fin.
Dizem que, pcr drcyt juijamen, Acel que la Tara plus nelta, Donarem una violetia De fin aur, en senhal d'honor.
Nous VOUS lirons, de notre côté, des pièces de poésie que nous soumettrons à votre critique, car nous nous faisons gloire de nous rendre à la raison... Nous vous requérons et supplions devenir au jour assigné, si bien fournis de vers harmonieux, que le siècle en devienne plus gai. Ces lettres ont été données au faubourg des /Cuguatines, dans notre verger, au pied d'un laurier, le mardi après la fêite de la Toussaint, l'an de l'fncarnation 1523.
!m CURIOSITÉS LITTÉRAIRES.
Donadas coron al vergier Del dil loc, al pe d'un laurier, Al barry de las Augualinas De Toloza, noslraa vezinas,
Dimafff
Aprop la festa de Tels Sans.
En Tan de l'encarnacio M e ccc e XX e 1res.
Et, afin que vous ajoutiez une foi entière à nos promesses, nous avons mis notre sceau à ces présentes, en témoignage de vérité.
E per que no dubtessetz ges Que noua iengueasen covenens, En aquestas lettras presens Havem noatre sagel pausat, En teatimont de vertad. »
Le jour du concours était fixé au i*' mar 1524. Grand nombre de poëtes se rendirent à Tappel, et furent reçus en grande pompe par les sept troubadours, en présence d'une foule immense et des capitouls, qui décidèrent que dorénavant la violette d*or serait fournie aux frais de la ville.
Le lendemain les sept juges se réunirent en comité secret pour examiner les compositions des c>oncurrents, et, le jour suivant, fête de la Sainte-Croix, leur déci* gion fut rendue publique, et ils accordèrent la joie de la violette à maître Arnaud Vidal de Gastelnaudary.
L'année suivante, un chancelier fut placé à la tète du collège de la gaie science, dont les sept premiers membres reçurent le nom de mainle^ieurs. Bientôt les concurrents devinrent si nombreux , que l'on fut obligé d'instituer deux autres prix, Véglantine et le souci d'ar-
ÂGÂDÉMlfciS. m
gent*. On y joignait souvent un petit œillet d'urgent destiné à encourager les jeunes poètes.
D'après les statuts, le premier prix, celui de la violette, donnait droit au hacculmréat. Le concurrent qui remportait le prix des trois fleurs recevait le titre de docteur on de maître ^ et acquérait ainsi le droit de suffrage dans le collège. Les degrés du baccalauréat et du doctorat étaient conférés par lettres écrites en vers. C'était aussi en vers que Taspirant les demandait. Les formules de ces diplômes, de ces demandes, de ces réponses, de ces installations, ont été conservées dans Tun des registres de rAcadémie des Jeux floraux, «f Je vous hiisse à penser, dit. M. Guessard, si toutes ces facéties .étaient bien propres à faire revivre les beaux jours de la poésie romane. » Traduites en français, elles donnent des vers dans le goût de ceursîi : .
£n présence du chancelier, Nous Pavons créé bachelier.
Ou bien encore ;
Audit bedeau sont octroyées Les présentes lettres, scellées.
La date vous mettrez ici, Du jour et de l'endroit aussi.
Sous Charles VI, le faubourg des Augustinesoù étaient situés le palais et le jardin des sept mainteneurs ayant été détruit, ceux-ci se retirèrent au Capitole, où ils ne se réunirent plus chaque année que dans les trois premiers jours de mai. Cette fête, que Ton appelait la fête des
4 Voici, d'après un docuroeot de 140i, le prix que coulaient ces fleurs :
La matière des trois fleurs 6 liv. 16 s. 3 deo.
Un florin qu*ou achetait pour les dorer. ... 1 » » La façon 5 , ,
Total iO liv. ir>s.«%den.
Fleurs, ayant été supprimée en 1484, institution était sur le point de périr, lorsqu'une femme, dont quelques auteurs ont mis en doute l'existence, Clémence Isaure, rétablit le concours, distribua elle-même, et à ses frais, des fleurs, non plus en argent, comme elles Tétaient dans les derniers temps, mais en vermeil et montées sur un pied de même métal avec les armoiries de la ville. Grâce à ses legs, ces fêtes, qui prirent alors le nom de Jeux floraux, continuèrent après sa mort.
Cependant de graves abus finirent par s'introduire dans leur célébration, et la plus grande partie des legs de Clémence Isaure se dissipait en festins. Un membre de TAcadémie française, la Loubère, visitant à cette époque Toulouse, sa ville natale, fut si scandalisé des orgies qui avaient remplacé la fête des Fleurs, qu'il adressa à Louis XIV une requête pour le prier de faire cesser ces désordres. Aussitôt le roi, par des lettres patentes données à Fontainebleau au mois de septembre 1694, et enregistrées au parlement de Toulouse le 8 janvier 1695, érigea les Jeux floraux en Académie.
On devait distribuer quatre prix au lieu de trois, « et seront lesdites fleurs, disent les lettres patentes, une amaranthe d'or, que nous instituons pour premier prix; une vioklie, une églantine et un souci d'argent, qui sont les prix ordinaires. »
Les Jeux floraux furent supprimés en 1790, et rétablis par Napoléon en 1806; ils subsistent encore actuellement. L'Académie a publié, chaque année, sans autre interruption que de 1700 à 1705, et de 1790 â 1806, les pièces couronnées depuis 1696.
Les pays étrangers ont eu aussi de nombreuses Académies. L-une des plus célèbres de celles qui furent établies en Italie est celle des Arcades, fondée à Rome, en 1090, par plusieurs littérateurs, entre autres par
Grescimbeni et Zappi. Le régime de cette Académie était entièrement démocratique. Les membres adoptèrent des noms de bergers de l'antiquité : Grescimbeni prit le nom d'Àlpbesibœus, et Zappi*, celui de Tirsi Leucasio. Grescimbeni fut le premier chef ou custode de cette assemblée, qui se nomma elle-même ArcadiCy d'où ses membres furent appelés -4 rcûwifiews om Arcades, Ils s'étaient réunis d'abord dans les jardins du couvent de Saint- Pierre; mais, leur nombre s'étant considérablement accru. Ils se fixèrent dans les jardins du palais Farnèse. En 1725, le roi Jean V donna à l'Académie un fonds suffisant pour acheter un terrain où elle tiendrait désormais ses assemblées. L'A rcadie se fixa défini livement sur le mont Janicule, où avaient eu lieu ses premières réunions. L'un de ses membres, qui était architecte, y con-* struisit, pour les assemblées générales, un édifice en forme d'amphithéâtre.
Les armes de l'A rcadie se composaient des armes de Grescimbeni et de la flûte pastorale ou flûte de Pan.
L'Arcadie se subdivisa bientôt en autant de colonies qu'il y a de villes en Italie. Son but était, dans l'origine, de débarrasser la littérature italienne des extravagances et du mauvais' goût qui depuis un siècle la déshonoraient; mais malheureusement les membres auraient dû commencer par se réformer eux-mêmes. Ils donnèrent dans tous les excès qu'ils devaient réprimer, et ne servirent qu'à perpétuer le goût des frivolités.
Voici la liste des principales Académies instituées en Italie. 11 est probable qu'un grand nombre d'entre elles subsistent encore aujourd'hui. La plupart des noms qu'elles avaient adoptés sont fort ridicules.
Rome : Umoristi (Humoristes), Lincei (Lynx), Fantastici (Capricieux).
* Zappi y introduisit sa femme sous le nom d*Ag1aura Cidonia.
Floreme : La Grusca (le Son, furfur) S Immobili (/mmohiles), Infocati (Ardents], Alterati (Irrités), Rinnovati (tlenouvelés),
Bologne : Geldili la Notte (Transis), Ottusi (Obtus), Oziosi (Oisifs), Indomiti (Indomptés),
Venise : Incogniti (Inconnus), Discordant! (Discordants)-
Padoue : Incogniti, Orditi (Ourdis), Infiammati (Enflammés), Ricovrati (Retrouvés).
Naples: Ardenti, Oziosi, Intronati(S/M/?û/^).
Gênes: Addormentati (Endormis),
Sienne: \niroïidiiï,¥ï\omdXi (Technophiles), Fisiocritici (Physiocritiques).
Lucques: Oscuri (Obscurs), Freddi (Froids).
Milan : Nascoti (Cachés).
Mantoue : Invaghiti (Passionnés).
Macerate: Gatenati (Enchaînés).
Alexandrie: ImmohiVi (Immobiles).
Anrône: Caliginosi (Ténébreux).
Bresce : Occulti (Occultes).
Céséne : OîîuscOiXï (Offusqués).
Fùhriane : Disuniti (Désunis).
Faenze: Fiiipponi (Amis du travail), Raffrancati (Af-franchis).
Ferrare : Elevati (Élevés).
Parme : Innominati (Anonymes).
Pavie : Affidati (Affidés).
Pérouse: Insensati (Insensés).
Trévise: Perseveranti [Persévérants).
Vérone: FiUTmonïci(Philharmoniques).
Vicence : Olimpici (Olympiques).
Viterbe : Ostinati (Entêtés).
Urbù/i : Assorditi (Sourds).
* Elle prenait ce nom comme séparant du rebut grossier, du son, U plus belle fleur du style.
Ces Académies, comme les nôtres, se virent exposées plus d*une fois aux railleries du public. Ainsi, au dixhuitième siècle, un liitérateur italien, Tabbé Ferdinand Galiani, ayant eu à se plaindre d'une Académie napolitaine qui avait la coutume de publier un Hecueil de panégyriques en vers et en prose lorsqu'il venait à mourir à Naples quelque grandpersonnage, profita, pour s'en venger, d'une occasion qui lui fut offerte par la mort du bourreau. Avec l'aide d'un de ses amis, il composa un Recueil de pièces très-sérieuses sur la mort de cet homme, et, dans chacune de ces pièces, il imita si bien le style de chaque ac<jdémiclen, que l'un d'eux avoua qu'il s'y serait trompé, s'il n'eût pas été bien certain de n'avoir pas fait le morceau signé de son nom. Le volume parut, en 1749, sous le titre de Componimenti varj per la morte di Dominico Jannacone, carnefice délia gran cor le delta vicaria, raccolti e dati in luce da Gian. Anton, Sergio avvocato napoletano.
Ce Sergio était président de l'Académie. Cette plaisanterie causa un bruit et un scandale que les auteurs n'avaient pas prévus. Après avoir gardé quelque temps l'anonyme, ils se décidèrent à avouer le fait au ministre de Charles III, Tanucci, et lui en dirent la cause; ils trouvèrent celui-ci d'autant mieux disposé, que le roi et la reine avaient lu le recueil et s'en étaient fort amusés. Les jeunes auteurs en furent quittes pour ce qu'on appelait des exercices spirituels, auxquels ils se soumirent pendant huit jours.
On a essayé une fois en Angleterre d'établir une Académie analogue à l'Académie française, mais ce fut sans succès.
n Dans les dernières années du règne de la reine Anne, dit Voltaire, le docteur Swift forma le dessein d'établir, dans la Société royale de Londres, fondée en 1660, une
Académie pour la langue, à rimitation de rAcadémie française. Le comte d'Oxford et Bolingbroke appuyaient; ce projet. Les membres qui devaient composer celte académie étaient tous des gens de mérite : c'étaient Swift, Prior, Pope, Congrève, etc.; mais la reine mourut subitement; les Y^higs se mirent dans la tête de faire pendre les protecteurs de TAcadémie, ce qui porta un coup mortel aux belles-lettres. »
On pourra peut-être, d'après tout ce qui précède, se poser cette question que beaucoup de gens se sont faite aujourd'hui : Les Académies servent-elles à quelque chose? 11 ne manque pas de bons esprits, aimant l'étude et la science pour elles-mêmes, et non pour les bénéfices et les honneurs que l'on peut en retirer; qui se prononcent aujourd'hui pour la négative. Comment veut-on, en effet, que les intrigues de tout genre, les jalousies et les haines, qui divisent chacune de nos Académies en coteries toujours*^prêtesâse déchirer; que les scandaleuses démarches et les transactions honteuses qui, la plupart du temps, accompagnent les élections, les distributions de prix, etc.; que les querelles où l'intérêt de la science disparaît toujours devant les questions de personnes, n'inspirent pas à tout homme honnête une profoifde répugnance? Et quant à ce qui est de leur utilité, peut-on ne pas être de l'avis de Voltaire, qui écrivait, il y a cent ans : « Je remarque que les Académies étouffent toujours le génie au lieu de l'exciter. Nous n'avons pas un grand peintre depuis que nous avons une Académie de peinture; pas un grand philosophe formé par l'Académie des sciences. Je ne dirai rien de la française. La raison de cette stérilité dans des terrains si bien cultivés est, ce me semble, que chaque académicien, en considérant ses confrères, les trouve trèspetits, pour peu qu'il ait de raison, et se trouve très»
grand en comparaison, pour peu quMl ait d'amour-propre. Danchet se trouve supérieur à Mallet, et en voilé assez pour lui; il se croit au comble de la perfection. Le petit Coypel trouve qu'il vaut mieux que de Troyes le jeune, et il pense être un Raphaël. Homère et Platon n'étaient, je crois, d'aucune Académie. Cicéron n'en était point, ni Virgile non plus^ »