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AU MOYEN AGE

Deux siècles après la conquête romaine, la Gaule était couverte d^écoles. ('elles d'Autun» de Marseille, de Lyon, de Toulouse, d'Arles, de Vienne étaient les plus célèbres, et les lettres grecques et latines y brillaient d'uii vif éclata On y enseignait la philosophie, la médecine^ la jurisprudence, les belles-lettres, la grammaire et 1 astrologie. Dans d'autres écoles d'un ordre moins élevé on n^enseignait que la rhétorique et la grammaire, études auxquelles, vers le quatrième siècle seulement, on adjoignit celles du droit et de la philosophie.

La plupart de ces établissements furent détruits lors des guerres civiles qui désolèrent la Gaule à différentes reprises ; mais ils furent rétablis sous Gonsiance-Chlore et Constantin- Le premier fît rebâtir Autun, ruiné lors de l'insurrection des Bagaudes, y installa de nouveau les écoles et en confia la direction au rhéteur Eumène, auquel il assigna une somme annuelle de cent mille sesterces.

Les empereurs, depuis Constantin jusqu'à Théodose le Jeune, rendirent plusieurs décrets pour étendre et confirmer les privilèges des professeurs. Ceux-ci étaient,

* Autun avait élé surnommé rAtliènes des Goules.

ainsi que leurs femmes et leurs enfants, exempts de toute fonction et de toute charge publique, « afin que par là ils eussent plus de facilité pour instruire beaucoup de gens dans les études libérales. »

Gratien rendit, en 376, le décret suivant, adressé à Antoine, préfet du prétoire des Gaules :

« Qu'au sein des grandes cités, qui, dans tout le diocèse confié à ta magnificence, fleurissent et brillent par d'illustres maîtres, les meilleurs président à Téducation de la jeunesse (nous voulons parler des rhéteurs et des grammairiens dans les langues attique et romaine) ; que les orateurs reçoivent du fisc, à titre d'émoluments, vingt-quatre annofies^; que le nombre moins considérable de douze rations soit, suivant Tusage, accordé aux grammairiens grecs et latins. De plus, afin que les cités qui jouissent du droit de métropole, choisissent d'illustres professeurs, et comme nous ne pensons pas que chaque cité soit libre de payer, suivant son gré, ses rhéteurs et ses maîtres, nous voulons faire, pour l'illustre cité de Trêves, quelque chose de plus ; ainsi donc, que trente annones y soient accordées au rhéteur, vingt au grammairien latin, et douze au grammairien grec, si Ton peut en trouver un capable*. »

Grâce à ces encouragements les écoles reprirent une prospérité momentanée. Mais, au cinquième siècle, tout atteste une nouvelle décadence, que Sidoine Apollinaire et Mamert Claudien déplorent amèrement dans leurs ouvrages.

Le premier, mort en 488, se plaignait avec douleur de la barbarie qui commençait déjà à envelopper l'empire romain. 11 parlait du monde comme d*un vieillard

* AtinoHa, On désignait par ce mot la ration de blé, d'huile, etc., nécessaire à la consommation journalière d*une personne.

* Code Theodosien^ liv. XIU, tit. 3, 1. ii.

ÉTUDKS EN FRANCE. 369

épuisé et impuissant, et, s'adressant à quelques-uns de ses amis : « Si vous ne sauvez pas, leur disait-il, de h rouille du barbarisme subtil la pureté de la langue, bientôt nous la trouverons morte et abolie à jamais. »

Au siècle suivant les grandes écoles avaient disparu et avaient été en partie remplacées par des écoles épiscopales et monastiques. Les premières n'étaient guère que dés séminaires; mais dans les secondes on s occupait un peu d'études profanes, et Ton y donnait quelques notions d'astronomie et de mathématiques; la théologie formait toujours la hase de renseignement.

Après Sidoine ApoUinaireles écrivains semblent avoir un sentiment profond, et, il faut le dire, très-juste de leur ignorance. « Je réclamerai d'abord, dit en commençant Grégoire de Tours, l'indulgence du lecteur si je me suis écarté, dans le style ou dans les mots, des règles de la grammaire, dont je ne suis pas très bien instruit *.» — « Ma langue, dit le poète Fortunat, fiit entendre des mots enveloppés de rouille, et de ma bouche sans art s'échappent des sons discordants. » *

Les écoles épiscopales les plus florissantes du si^/ième au huitième siècle furent celles de Poitiers, de Paris, du Mans, de Bourges, de Vienne, deChëlons-sur-Saône, d'Arles et de Gap. Parmi les écoles monastiques on remarquait celles de Luxeuil, de Saint-Vandri lie, de Lérins {île d'JIyères), de Sithin (Normandie), de Sainl-Médard (Soissons).

* Voici le commencement de h préface de son llitiloirede* Frotta: « La cuUurc des Ici lie» et des sciences libérales dépérissant prri»sant même dans les cilés de la Gaule...... il ne s'est reuooniré aucun

grammairien. Iiabile dans l'art de la dialectique, qui ail entrepris de décrire ces tlioses. soit eu prose, soit en veis. Aussi b<iiucoup d hommes gémissaient, disant : • Malheur à nos jours! iVtudedes lettres jiéril « parmi nous, et on ne trouve ptivonne qui puisse raconter dans ses « écrits les taiis du lenips ai lue). «Voyaul cela j ai JH;.é à propos de coîiierver, bien qu'eu un lanyaye incutie, la mémoire des choses i«sséts *

no CURIOSITÉS LITTÉRA1RI£S.

Sous les derniers Mérovingiens, par suite du désordre et de l'anarchie où la société se trouvait plongée» ces écoles tombèrent en décadence ; mais Gharlemagne» à peine monté sur le trône, travailla avec ardeur à leur rétablissement. Lui-même avait établi près de lui une école palatine, qui le suivait dans toutes ses expéditions, et à la tête de laquelle il avait placé le savant Âlcuin, qui le seconda dans son oeuvre de civilisation, il nous reste un échantillon curieux de renseignement de ce dernier. C'est une espèce de discussion ou plutôt de conversation (dùpulatio) entre Alcuin et un iîls de Charlemsgne. Pépin, qui n'avait alors que quinze ou seize ans. En voici une partie :

Pépin. Qu'est-ce que l'écriture?

Alcoin. La gardienne de l'histoire.

P. Qu'est-ce que la parole?

A. L'interprète de l'âme.

P. Qu'est-ce qui donne naissance à la parole ?

A. La langue.

P. Qu'est-ce que la langue ?

A. Le fouet de l'air.

P. Qu'est-ce que l'air?

A. Le conservateur de la vie.

P. Qu'est-ce que la vie?

A. Une jouissance pour les heureux, une douleur pour les misérables, l'attente de la mort.

f. Qu'est-ce que la mort?

A. Un événement inévitable, un voyage incertain» un sujet de pleurs pour les vivants, la confirmation de$ testaments, le larron des hommes.

P. Qu'estK» que Thomme ?

A. L'esclave de la mort, un voyageur passager, hôte dans sa demeure.

P. Comment rhdmmeestii placé?

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