DES CENTONS
On appelle centon (du latin cento, habit fait de pièces et de morceaux) un ouvrage composé devers ou de passages en prose tirés d'un ou plusieurs auteurs. Le plus ancien centon qui nous ait été conservé est la Médée, d'Hosidius Ge'a, formée de vers de Virgile, et publiée par Lemaire, dans le tome VU des Poetss latini minores. Mais le plus célèbre est le Chant nuptial d'Ausone, où le poète, défié par Tempereur Valentinien, parvint à rendre obscène la chaste muse de Virgile. Voici du reste comment il apprécie et décrit lui-même son œuvre : « C'est, dit-il (dans sa lettre d'envoi à Paulus), un pur travail de mémoire : rassembler des lambeaux épars et former un tout de ces découpures, cela peut mériter un sourire plutôt qu un éloge. Si une telle œuvre aux stgillaiia (espèce de foire où se vendaient des livres) se vendait à Tenchère, Afranius n'en donnerait pas un zeste, et Plante n'en offrirait pas sa pelure de grenade. C'est une honte en effet qne de prostituer à ce burlesque usage la majesté du vers virgilien. Mais que faire? on me l'avait ordonné... Ce poème, écrit à la hâte en un jour et une nuit, je l'ai retrouvé dernièrement parmi mes brouillons. Reçois donc un opuscule où, avec des morceaux décousus, j'ai fait un récit suivi, un tout avec des parties diverses, du burlesque avec des idées sérieuses, et avec le bien d'autrui le mien. Et, si tu permets que je t'instruise, toi qui serais mon mattre, je vais te définir le centon. C'est un échafaudage poétique construit de morceaux détachés et de divers sens; on accole deux hémistiches différents pour en former un vers, ou on joint un vers et la moitié du suivant à la moitié d*un
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aatre. Placer deux vers entiers de suite serait une maladresse, et trois à la file une pure niaiserie. On découpe ces lambeaux à toutes les césures admises par le vers héroïque. » (Idylle XIII. Traduction de M. Corpet.)
A la même époque qu*Ausone (mort en 394), Proba Falconia, femme du préfet du prétoire Ânicius, formait avec des vers de Virgile une histoire de FAncien et du Nouveau Testament, qui, publiée avec les œuvres d'Au* sone, Venise, \Vl% in-foUo, a été depuis souvent réimprimée. Voici quelques vers où Dieu défend à Adam et à Eve de toucher au fruit défendu :
E. 2. 712. Vos, famuli, qu» dicam animis advertite vestris : E. 2. 21*. Est in conspectu* ramis felidbus arbos. 6. 2. 81. Ë. 7. 692. Quam neque fas igni cniqaam nec stemere ferro, E. 7. C08*. Relligione sacra * nunquam conceasa moveri.
E 14. 591. Ifae quicumque sacros * decerpserit arbore fœtas,
Ë. 11. 849*. Morle luet mérita % nec mo sententia verlit.
(E. désigne VÉnéide, 6. les Géorgiquei.)
Ce centon a été traduit en vers- français, au seizième siècle, parDuprat, sous le titre à'Amus chrétien.
On attribue à Atbénaïs, devenue femme de Tempereur Théodose le Jeune, sous le nom d'OElia Eudoxia, et morte en 460, une vie de Jésus-Christ, uniquement tirée d'Uomère. Cetouvrageestinsérédansla Bibliothèque desPères.
Nous ne connaissons guère d'autre centon dans le moyen âge qu'un cantique d'actions de grâce en l'honneur d'Anne Musnier, héroïne qui, vers 1175, avait sauvé la vie à Henri le Libéral, comte de Champagne. Il est composé de versets de la Bible et a été publié en 1840, pour la première fois, et avec un bon commen-
taire, par M. F. Bourquelot, dans le tome I" de la Bt" bUothéque de l École des Chartes.
 la renaissance des lettres, les centons furent remis en honneur, et la famille des Gapilupi (Lélio, Hippoljrte et Jules) s'acquit en ce genre une grande réputation. On connatt surtout les trt)is centons tirés de Virgile, dus d Lélio et intitulés : De Vila monachorum quos vulço fratres appellant ; In Fœminas ; In Syphillim.
Au dix-septième siècle, un laborieux philologue allemand, Morhof, mit à contributiou Virgile, Stace et Glaudien pour sa Lanx satura, sive Centoin christogo^ niaiUf 1657. Raoul Fournier fit chanter à Ovide les miracles du christianisme, dans un poème latin de six cents vers, connu sous le nom de Cento christianus, et imprimé en 1644, tandis que le médecin modéhois Ber» nard Ramazzini adressait à Louis XIV le poème de Bello SiciMm, cento ex Virgilio, 1677, in-4% où. il célébrait les victoires de Duquesne. L'auteur fut assez mal récompensé de son travail, car le présent que le roi lui envoya fut perdu en route. Nous mentionnerons encore VEneis sacra, d'Etienne l'ieurre, chanoine régulier de Saint-Victor de Paris, 1618, in-4*.
Parmi les centons latins en prose, Tun des plus connus a pour auteur un Écossais, G. Bellenden, qui a publié en 1608, sous le titre de Cicero princeps, un livre composé de passages détachés des écrits de lorateur latin^ et où sont contenues les règles du gouvernement monarchique.
Les événements qui se sont passés en France depuis cinquante ans ont donné naissance à plusieurs centons en vers et en prose. Parmi les premiers, on remarque le centon tiré de Virgile, adressé en 1802 par E.Jacquemard à Bonaparte, et parmi les seconds : 1* les Essais sur l'hiS" loire de la Révolution française, par une société d* auteurs
VERS FIGURÉS. fô
latins (parM. Héron de Villefosse, ingénieur en chef des mines), Ranmprope Cmsam Ao'rtos (Paris). i«03, in*8^ — Les morceaux sont tirés de Cicéron, Salluste, Tite-Live, Cornélius Nepos, V. Patercnlus, Tacite, Pline, Suétone, etc. — Le Plaidoyer de Lysias contre les membres desan^ ciens comités. de salut public et de sûreté générale (par Dupont de Nemours), Paris, an m, in 8;'-5* C. C. Tadu y historien du roi, de Madame , de Buonaparte, par une société de gens de lettres (M. Beuchot), Paris, 1814» in-S** de trente-neuf pages.
Nous ne connaissons pas de centons en vers français.