LES JOIES ET LES DOULEURS DE LA MATERNITÉ
« N'ayez pas peur, ma bonne amie... » Et ici encore, même philosophie, mfime optimisme. Il est entendu qu'on ne soufïre pas, qu'on ne doit pas souffrir. L'amour le tolérerait-il? Ce n'est donc rien,
— un court moment, une légère vapeur, et crac! on est délivrée du cher fardeau, qui, lui aussi, bien entendu, est mignon, charmant, ravissant. . Et l'abbé de cour, — que diable fait-il donc là?
— confirme en souriant les précieux caquetages de ces dames « N'ayez pas peur, ma bonne amie. »
Enfin, le grand jour est arrivé. Moreau le Jeune fait-il comme Abraham Bosse, nous montre-t-il la scène dramatique, la mère étendue, les jambes relevées, sur son lit obstétrical, et, à ses côtés, l'entourage anxieux et consolateur? Point du tout, il escamote l'acte principal de la tragi-comédie et, de suite, arrive à l'épilogue, à la post-face : la présentation de l'héritier à l'heureux papa : « C'est un fils, Monsieur! » Et quel amour de fils ! déjà gras, rose et potelé, c'est un enfant qui n'a gardé aucune trace de sa vie fœtale; il n'a point la face ridée ni la peau plissée : il est beau, puisqu'il est convenu que tout doit être beau, a-nsi que la nourrice plantureuse, la femme de chambre délicieusement accorte, le papa aux traits féminisés, — et le moutard qui parait avoir trois mois.
Et c'est ainsi qu'on écrit l'histoire, — même 1 histoire des mœurs.
Si nous quittons les privilégiés de Moreau le Jeune pour pénétrer dans un monde plus bourgeois, nous trouverons m ins d'apprêt, moins de préciosité, et par conséquent plus de sincérité et de vérité. L'accouchée de Jeaurat, contemporaine, au reste, des personnages de Moreau le Jeune, est consciencieusement traitée. Bien calée dans son fauteuil, — c'est peut-être le jour de ses rclevailles, — elle n'ose remuer, car elle est encore bien faible et, — pourquoi le cacher? — le choc a été rude et l'épreuve douloureuse. La servante lui présente une tisane bienfaisante ou peut-être un
de ces excellents bouillons de veau dont nos ménagères actuelles ont perdu le secret.
Jeahrat. — L'accouchée,
Avec le peintre Morland, nous pénétrons dans un intérieur encore plus simple : quelques meubles et le lit enveloppé comme un catafalque dans ses immenses rideaux, refuge inviolable des microbes de toutes espèces. Le médecin est venu au débotté, rendre
LES JOIËS ET LES DOULEQRS DE LA MATERNITE
visite à l'accouchée et au bébé. Il donne ses dernières instructions à la nourrice : se peut-il d'ailleurs qu'à une source si féconde ce
MoRLAND. — La visite du Docteur.
nourrisson puisse boire du mauvais lait? L'intention de l'artiste n'en prête pas moins à rire, si on se rappelle que lui-même lut un ivrogne invétéré, brûlé d'alcool jusqu'aux moelles et plus connaisseur en whisky et en gin qu'en lait...