LE TRIOMPHE DE LA MORT
Bâle a eu ses danses macabres ; l'Italie nous a transmis le Triomphe de la Mort. C'est en eflet la même conception philosophique qui a dicté l'inspiration des deux artistes, l'Allemand Holbeinet le Florentin Orcagna: l'égalité de tous, riches ou pauvres, dans le sépulcre, la vanité des grandeurs humaines, la résignation et l'espérance, tel est le symbole qui se dégage de ces compositions allégoriques. Mais Orcagna est encore plus puissant qu'Holbein, C'est le Dante du pinceau, un Dante parfois malicieux dont la fantaisie ajoute encore à l'horreur du sujet. Du reste, il a suivi Dante et s'en est inspiré littéralement pour son célèbre Juge = ment dernier qui était, dit-on, admirable.
Il reste peu de chose aujourd'hui de ces fresques vieilles de plus de cinq cents ans; comme elles ornaient les murs du Campo Santo de Pise, elles ont subi l'irréparable outrage du temps qui les a d'abord patinées, puis peu à peu effacées. La partie que nous reproduisons ici porte en titre : Le dit des trois morts et des trois vifs. Elle est caractéristique delà verve macabre de l'artiste : les trois cadavres des trois seigneurs et évêque, sontcouchés dans leur bière ; la pourriture deleurs corps décomposés empeste l'air au point que le roi qui vient leur rendre visite sebouchele nez ; la belle reine défaille non de douleur, mais à la pensée que son corps charmant deviendra comme ceux-ci un objet d'horreur. En haut, sur terre, des moines mènent une vie tranquille et laborieuse; un d'eux est béquillard, ■ce qui ne l'empêche pas d'avoir atteint un âge respectable. L'artiste :a voulu nous présenter ainsi le contraste des trois morts, jadis ipuissants et riches, et des trois vifs humbles et modestes, à qui. le iroyaumedes cieux sera ouvert.
L'autre composition est reproduite d'après une tapisserie du ■pillais de Madrid. Mais il est hors de doute que celle-ci a été exc- <jut)ée d'après les cartons d'un maître italien, peut-être de cet Orcagna, l'artiste des fresques de Pise. Elle est également consacrée
CURIOSITÉS MlÎDICO-ÂRTÏSTlQUÈg
au Triomphe delà Mort. La déesse, reine souveraine des humain^, parcourt l'espace dans un char traîné par des chimères apocalyptiques, des furies lui servent de postillons, le char est construit avec des ossements. Sur terre, le cortège des femmes éplorées suit la procession funèbre, rythmée par l'olifant lugubre des sonneurs. Et autour de cette vision désolante la nature immortelle déploie ses splendeurs, ses richesses innombrables...
Ces deux dessins tiennent une place importante dans le recueil iconographique de la mort. Mais ce sujet a tellement hanté les artistes que les œuvres sont innombrables où la Camarde est glorifiée, implorée, humiliée, bravée... tant il est vrai que la peur de l'au-delà est un des plus puissants mobiles de nos actes.