MADAME
Vous faites bien du bruil pour un sale mystère Qui me déplaît si fort qu'à regret j'y consens. Mais vous ne voyez pas qu'avec voire clystèrc, Vous ne sauriez guérir la fièvre que sens.
LA SERVANTE, reprenant.
Du mal que j'ai céans je suis déjà lassée Et veux sortir d'ici malgré les médecins Oui condamnent madame h la chaise percée, El me font tous les jours nettoyer cent bassins.
De fait, à cette époque, la vogue des bouillons pointus commençait à faire rage. La thérapeutique nouvelle s'affirmait : Ch/sleriiim donare... ensuila sa ignare. Aussi, voici le barbier saigneur, accomplissant son office auprès d'une charmante malade. La piqûre est faite, le sang a jailli, l'opérateur serre la ligature. Un mieux sensible ranime les esprits de la jeune femme. Et comme la galanterie ne perd jamais ses droits, même en si importune circonstance, l'opérée s'écrie avec transport :
0 dieux ! la douce main, l'agréable piqûre Le souvenir m'en fait revenir le soubriz... Sy vous reconnaissez qu'il me fut nécessaire. Recommencez le coup ; j'ay bien assez de cœur J'endurerais autant que vous en voudriez faire.
Personne ne doute, au reste, du... courage de la malade à supporter les assiduités du galant barbier.
Mais les meilleures choses ont leur pire rançon, et les douleurs de l'enfantement sont le rachat de l'amour. La scène de l'accouchement d'Abraham Bosse est quasiment classique. Tout y est noté avec un souci scrupuleux de l'exactitude. Aussi est-ce là un document des plus importants pour l'histoire de l'obstétrique. La femme accouche sur un lit improvisé, près du feu. La pudeur ordonnait qu'elle fût entièrement couverte, ce qui ne devait pas rendre facile la tâche de la sage-femme : touchez, n'y voyez pas ! Celle-ci, agenouillée sur une chaise basse, se borne à soutenir la
CURIOSITÉS MÉDICO-ARTIStlQUËS
tète fœtale au moment de l'expulsion. Le colTretà pansement, orné d'une fermeture de sûreté, comprend les linges nécessaires, bandes, charpies, etc. Une nombreuse assistance encourage la parturiente, contribuant par sa présence et ses manœuvres intempestives, à favoriser l'infection puerpérale. Ouant au mari, il est ridicule comme il convient; il pousse des cris quand sa femme accouche, et se déclare soulagé quand le garçon est venu au monde.
Enfin, l'estampe suivante nous montre comment on procédait au dix-septième siècle à la toilette du poupard. Celui-ci était ficelé comme un saucisson, toujours de crainte qu'il ne prit froid. Une pièce de toile lui couvrant la tête comme un fichu posé en guise de coiOure, était maintenu en place par des bandes qui serraient l enfant depuis les épaules jusqu'aux pieds. Ainsi habillé, il ressemblait vaguement à une chrysalide. On comprend dès lors comment avec ce système d'emmaillotemeut ou plutôt de momification, les nourrissons payaient un si lourd tribut aux convulsions tant redoutées des parents. Et remarquez que cette scène a pour théâtre un intérieur très cossu, ainsi qu'eu témoigne le mobilier confortable de la maison. Si les bourgeois du dix-septième siècle pratiquaient une hygiène si défectueuse, que devait-ril eu être dans les classes pauvres, chez les miséreux des faubourgs ou les paysans des lointaines campagnes ?
UeS Joies et les Douleurs la ^aterriHé
Avec Abraham Bosse, nous avons assisté à une scène d'accouchement, que le grand artiste retraça fidèlement, grâce au souci constant qu'il a toujours montré de 'faire juste et vrai. Cependant, il y manque ce je ne sais quoi de poétique et de gracieux que nous ne trouvons guère que chez les petits maîtres du dix-huitième siècle. Ceux-ci qui ont été les véritables peintres de l'amour, n'ont eu garde, assurément, d'oublier dans leurs œuvres l'épilogue fatal de bien des intrigues amoureuses, de bien des liaisons dangereuses, pour parler comme Choderlos de Laclos. Mais sachant que l'acte physiologique de l'accouchement n'a par soi-même rien d'esthétique ni de gracieux et qu'il contracte le visage de la parturiente en de douloureuses grimaces, ils se sont bien gardés de reproduire cette scène. Car leur philosophie amène et souriante avait pour objet de montrer la vie sous le jour le plus gai, d'en supprimer toutes les occasions fâcheuses et moroses, notamment la souffrance morale ou physique. Toute l'esthétique du dix huitième siècle est contenue dans l'adorable Ernbarqaemenl pour Cijlhère, du maître des petits maîtres, de Walteau. Chacun procède de cette morale attrayante, mais combien dangereuse : la vie est faite d'amour; aimons donc, sans souci ni chimère.
Et quand la Jeune fille de bonne maison s'est laissé conter fleurette par un galant du voisinage, maraud ou gentilhomme, et qu'elle porte en elle ce qu'on appelait alors le « fruit de l'amour secret », on ne s'en effrayait guère, dans la famille de la jouvencelle.
Cris, tapage, gronderie, bouderie, bien entendu. Mais bientôt les couches se faisaient, clandestines, et quasi-muettes ; une matrone emportait le malheureux bâtard qu'on ne revoyait jamais, et, à ses
MoREAU LE Jeune. — Les Précautions.
relevailles, la jeune malade, qu'on soignait pour une prétendue anémie, pouvait à nouveau couronner de marguerites blanches son front innocent. Le délicat peintre xMoreau le Jeune a, sur ce sujet, brodé quelques variations, — que nous ne reproduisons pas, car elles sont bien connues, trop connues, — dont la plus célèbre est le Fruil de l'amour secrel.