‹ Curiosités médico-artistiquesChapitre 10 sur 23 · LES NEVROPATHES D APRES LES ARTISTES · texte numérisé non relu

LES NEVROPATHES D APRES LES ARTISTES

Léopold Flameng (d’après Armand Gautier). — La Salpêtrière.

document. La paralytique générale qui soliloque en se promenant est prise sur le vif; les autres personnages, abîmés dans leur rêve

Albert Durer. — La Mélancolie.

intérieur, ont des attitudes tragiques, mais sincères et vraies. De l’ensemble se dégage une impression de douloureuse tristesse qui est bien celle du visiteur lorsqu’on l’introduit dans un asile de fous.

LES NéVROPAtHES d’après LES ARTISTES 95

Avec Albert Dürer^ nous tombons dans le romantique. Sa personnification de la Mélancolie fait plus honneur à son prestigieux talent d’aquafortiste, à son imagination aussi, qu’à son souci de la vérité, La Mélancolie nous est présentée par lui sous les traits d’une femme forte, au visage pensif et dur; sa tristesse lui vient sans doute du sentiment de son impuissance à arrêter la fuite implacable du temps. C’est, paraîLiL, une des œuvres du maître allemand qui ont exercé le plus? d’influence sur la pensée de son siècle. Nous n’en disconvenons pas, mais nous sommes obligés de reconnaître que la philosophie ne s’allie pas, dans cette composition, avec la simple vérité. Dürer avait pour excuse que les types cliniques mentaux n'étaient point alors définis, et que la mélancolie symbolisait, à ses yeux, plus une pensée métaphysique qu’une réalité observée.

La névropathie d’intoxication a été traitée récemment par Artigue, qui, au Salon de f90l, exposait une toile curieuse : V Enivrement. Une houri de harem, lasse de la monotonie de la vie, s'est laissée griser, non par l'opium ou le haschich, mais par des parfums brûlés à ses côtés, par les fleurs à senteur vireuse dont elle s'est parée. Sous cette ivresse raffinée, son corps et son esprit défaillent et sa pensée suit le fil du rêve toxique. Composition plus esthétique que sincère, où la clinique perd ses droits.

Par contre, les évanouissements sontj en général mieux traités. La célèbre syncope d’Esther, en présence de son époux et roi Assuérus, a tenté le pinceau de plus d’un peintre d'histoire. Une des meilleurs toiles consacrées à cet événement est celle de Tassaert. Esther tombe à genoux entre les bras de sa suivante, cependant que le bon monarque s’approche d’elle. L’attitude est suffisamment languissanle, le regard se voile, la prunelle chavire, le nez se pince, la bouche se ferme. Au moins l'artiste a-t-il observé consciencieusement les belles dames de son temps sujettes aux vapeurs.

De même, dans l'évanouissement de Catherine de Sienne, retracé par le Sodoma, on peut remarquer une grande sincérité dans

Artigüe. — Enivrement.

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