LA PATHOLOGIE PAR L IMAGE
loin d’être suaves, si on en juge par le geste de la maman et celui du jeune enfant que le respect filial n’empêche point de se boucher
le nez. Mais un clystère savamment préparé par la vieille domestique mettra à^la raison l’intestin rebelle de monsieur.
L’Indigestion.
(.nOdOrC'i
D’autres fois, c’est la colique impérieuse, autoritaire, qui torture sa victime. A l’époque (1822), les chalets de nécessité n’exis-
taient point; mais, en revanche, certaines boutiques étaient aménagées en water-closets, fosses mobiles inodores, disait l’enseigne.
La Colique.
LA PATHOLOGIE PAR l’iMAGE
On sait ce que parler veut dire, et la puanteur immonde que dégageaient ces tinettes, surtout lorsqu’au matin on procédait à
leur enlèvement. Le tout-à-l’égout a remplacé ces « cabinets d’aisânces ». Niez donc le progrès î
Le Cauchemar.
Voici maintenant le cauchemar, violent, tenace, obsédant. Une pauvre jeune femme, dont la digestion se fait mal, est la proie
d’un rêve effroyable. Elle a lu avant de s’endormir quelques pages de CharlesjNodier, et cela a suffi : elUvoit en songe un horrible
Les Vapeurs.
LA PATHOLOGIE PAR l’iMAGE
vampire, un succube pour le moins, qui va abuser de ses charmes, fort sémillants, ma foi. Elle pousse de tels cris que le mari,
apeuré, pénètre dans la chambre ; allons, tout s’arrangera, car s’il est habile, il saura calmer les frayeurs de sa conjointe. Mais pour-
La Folie.
quoi diable aussi fait-il lit à part ? S’il eût été aux côtés de son épouse, il eût chassé le petit chien qui dort sur le ventre de sa
maîtresse, et eût versé à celle-ci l’ambroisie de la volupté. Il n’est rien de tel pour faire dormir et dissiper les cauchemars.
Le Cor aux pieds.
LA PATHOLOGIE PAR l’iMAGE
Une autre fois ce sont des vapeurs qui tourmenteront une belle enfant : la marchande à la toilette est là, qui lui détaille la beauté
de fanfreluches fort enviables. Un jeune homme, amant ou mari, habitué aux vapeurs de la chère mignonne, verse sur un morceau
La Goutte.
CURIOSITES MEDICO-ARTÎSTIOÜES
de sucre quelques gouttes d’eau de mélisse, cependant qu’un visiteur fort indiscret, qu’on a prié de passer derrière le paravent
pendant que se déroule la petite crise, glisse un regard curieux ; le spectacle en vaut la peine, car lorsque la syncope menace, la
La Gale.
LÀ paThôlogië par l’image
pudeur perd ses droits. Le visage de Tintéressaute malade est bien traité et reflète exactement l’angoisse subsyncopale.
La folie est moins heureusement traitée. C’est qu’aussi les connaissances de pathologie mentale n'étaient point ce qu’elles sont aujourd’hui et les distinctions entre les divers états pyschiques morbides n’atteignaient point le degré de précision que leur a donné l’école moderne. Le fou, couché sur un banc, est évidemment entouré des personnages de seshallucinations ou qui peuplent son délire : la mégalomanie est représentée par l’ambassadeur en culotte courte, à tête de singe ; la persécution par le grand escogriffe qui brandit une pelle ; la mélancolie par cette femme qui tient un balai ; l’alcoolisme par la gourde attachée audit balai : allégories à peine caricaturales.
Le cor aux pieds est plus amusant ; il est symbolisé par un pauvre diable que la mode condamne à porter des bottes à tige. Désagréable moment que celui où le patient enfile ses bottes : les cors, œils-de perdrix, durillons, orteils en marteau et autres infirmités locales manifestent douloureusement leur présence, et ce, en dépit des nombreuses opérations qu’ils ont au préalable subies ; l’attirail complet de pédicure étalé sur la table témoigne que le bonhomme coupe et rogne ses cors bien consciencieusement, ce qui leur donne une vigueur nouvelle pour repousser de plus belle.
La goutte est figurée sous les traits d’un haut fonctionnaire, impotent et les jambes bandées, que ses domestiques poussent en voiture jusque dans l’antichambre d’un ministre ; il vient demander une place de tout repos qui lui permettra de soigner sa terrible goutte; une recette générale ferait bien son affaire. Le bonhomme, escorté d’une nombreuse valetaille qui pousse à hue, tire à dia, n’a point l’air de bonne humeur, c’est que ces orteils se rappellent trop fâcheusement à son mauvais souvenir.
Enfin, la gale, scène militaire : la cantinière du bataillon a généreusement gratifié les soldats de son acarus, et tous, mettant en pratique une solidaire mutualité, se grattent, se frottent, se brossent, s’étrillent à qui mieux mieux ; mais le parasite est tenace ; il tient bon. Une pommade sulfureuse le mettrait en fuite, mais à l’époque Hardy n’avait point encore institué son traitement.
Ues névropathes
diaprés les A^'^îs^^s
Les artistes, qui sont, la plupart du temps, heureux dans la reproduction exacte de l’anatomie normale ou pathologique, le sontils autant lorsqu’ils mettent en scène des névropathes?
On peut en douter. Les artistes, comme le public, s’imaginent que la tare névropathique se traduit, au physique, par une simple expression de physionomie, par une grimace plus ou moins significative, par des gestes désordonnés. En un mot, ils ne voient guère que le côté théâtral, dramatique chez le névropathe ou le fou, et ils négligent les autres éléments de vérité clinique.
Cependant, certains ont évité cet écueil. Le peintre Muller, dont la célèbre toile Pinel faisant enlever les fers aux aliénés orne la salle des Pas-Perdus de la nouvelle Académie de médecine, a fait une œuvre de belle allure et de réalisme sincère, en dépit du romantisme des contrastes. Le mélancolique qui larmoie dans son coin, le mégalomane affaissé à terre qui poursuit son rêve heureux, le dément sénile qui tend les poignets au libérateur, le persécuté qui se dresse derrière lui, ont été dessinés d’après nature et sont scrupuleusement exacts.
Vérité également dans l’eau forte, peu connue de Léopold Fiameng, intitulée la Salpêtrière, encore que l’auteur ignore qu’il n’y a que des folles dans les quartiers de la Salpêtrière affectés aux aliénés. Le sexe fort est dirigé sur d’autres asiles, sur Bicêtre notamment. Le maniaque auquel on a passé la camisole de force n’est donc point à sa place dans cette estampe. Cette réserve faite, nous aurions mauvaise grâce à ne point reconnaître la valeur du
Muller* — Pinel délivrant les aliénés (Ac. de Médecine).