L ANATOMIE DANS L ART
vérité que des injonctions religieuses, ne se faisaient pas faute d’étiD
Rube?<s. — Enlèvement des filles de Leucippe (Munich).
dier le nu et de poindre d'après nature. L'Ecce Homo, du célèbre Gossaert (Jean de Maubeuge), ce peintre qu’Albert Dürer admirait
tant, fut dessiné suivant cette méthode. Encore que la musculature n'y soit guère mise en r-elief, tout au moins dans la proportion de l’ossature, dans les attaches, fortes mais exactes, on trouve ce souci de vérité artistique dont les peintres de la Renaissance devaient faire un précepte fondamental.
Nous avons le choix entre mille pour trouver des œuvres véritablement humaines, au sens iconographique du mot, sitôt que nous abordons la Renaissance. Qu’il s’agisse de la représentation de vieillards, d’adultes, de femmes, d’enfants, partout nous trouvons une étude approfondie et minutieuse de l’anatomie. h'Isaac, de Pierre Van Mol, est sous ce rapport un chef-d’œuvre. Les pectoraux, la masse deltoïdienne, les biceps, Ls extenseurs saillent sous la peau plissée de rides. Ce patriarche voûté, à l’abdomen profond, donne encore une impression de force musculaire en dépit de la sénilité. A noter spécialement le raccourci de l’avant-bras gauche, supérieurement traité.
Du reste, voici un portrait de peintre, de Baptiste Moroni, qui prouve surabondamment comment, sous l’impulsion de Léonard de Vinci, l'étude de l’anatomie devint le substratum de l’art plastique. Le peintre tient dans ses mains un antique amputé de la tête, des jambes et des bras, mais dont le torse et les cuisses sont d’une précision académique indiscutable. C’est, en etïet, par un retour à l’antiquité que la Renaissance italienne proclama la nécessité de la vérité anatomique dans l’art. Passant d’un seul bond par-dessus le moyen âge fantaisiste et imaginatif, les deux écoles se joignent et se continuent, comme si les maillons n’avaient jamais été coupés.
Avec Rubens triomphe le nu féminin. Nul n’a mieux étudié la musculature humaine dans ses formes puissantes et parfois athlétiques, ce qui fait que ses femmes sont souvent des obèses majestueuses, sortes de Junons aux masses rebondies et hommasses. Cependant certaines de ses toiles montrent qu’il savait apprécier également la femme de proportions moyennes, et néanmoins radieuse de santé et de vie. L’Enlèvement des filles de Leiicippe, qui se trouve à la Pinacothèque de Munich, est une de ces toiles remarquables. Le dos cambré de la femme agenouillée, ''dans un suprême mouvement de défense, est d’une excellente facture et la ligne har-
Rembrandt. — Le Christ à la colonne (Dusseldorff).
monieuse qui va de là main gauche jusqu’au genou est d’un dessin gracieux et scrupuleusement exact. L’autre femme est peut-être
CoYPEL. — Femme drapée (Dessin du Louvre).
d'une venue moins heureuse, encore que les amateurs de formes callipyges en souhaiteraient voir volontiers le modèle ; mais où
l’anatomie fans l' art-
su
l’art de Rubens excelle, c’est dans la fusion étroite de la grâce et de la puissance, d’où l’impression que dégage son chef-d’œuvre de la Pinacothèque.
Mais c’est Rembrandt qui a le mieux asservi l’art à l’anatomie. Chez lui, le dessin n’est pas seulement sincère et exact; il s’en
Gérard. — Académie d’homme assis.
dégage une poésie d’une rare intensité, une impression unique d’idéal et de beauté. Son Christ à la colonne est typique, sous ce rapport. Rien à reprendre à l’anatomie de son sujet, mais quel art suprême dans l’attitude résignée et contrite ! Ce n’est point seulement sur ce triste visage, aux yeux mi-clos, aux lèvres minces que se reflète la douleur muette du martyr, c’est aussi, c’est surtout dans l’ensemble de l’attitude, le corps légèrement penché en avant, le genou droit légèrement fléchi, le tassement de ce
âl2
pauvre corps qui bientôt sera une loque humaine. Rarement, l’art a atteint cette perfection qui le rapproche de l’idéal.
Science d’attitude également que celle de Coypel dont la Femme drapée exprime la douleur résignée et qui, en dépit d’un ventre bedonnant, est d’une belle facture. Mais c’est encore au dessin académique qu'il faut demander la franche vérité anatomique. L’étude d’homme assis, du baron Gérard, montre combien ce peintre, dont l’art a été traité de mièvre et de factice, campait au contraire ses personnages, tout comme David, en pleine vérité. Le raccourci de la cuisse gauche, la ligne qui va de la nuque à l'épaule gauche, la masse puissante des pectoraux sont d’un artiste qui voyait juste et rendait bien ce qu’il voyait.
Ce n’est pas à cette race d’artistes qu’on peut appliquer ce mot cruel : « S’ils peignent ce qu’ils voient, ils ne voient pas ce qu’ils peignent...»
UeS ImaSîers du
sïècl^
Si les artistes de la Renaissance et leurs successeurs plus modernes ont appliqué à la représentation de leurs sujets des connaissances approfondies d’anatomie, une observation sagace de la clinique, si, en un mot, ils ont fait, sans s’en douter — tout comme M. Jourdin de la prose — œuvre d’iconographie médicale, il n’en fut pas de même de leurs prédécesseurs, les primitifs. Chez ceux-ci, nulle observation de la réalité, rarement une interprétation de la vérité, mais en revanche une fantaisie imaginative, une conception à la fois puérile et idéalisée dans la composition de leurs sujets. Une courte promenade chez les imagiers du quinzième siècle, et notamment à travers l’œuvre des graveurs sur bois, nous permettra de nous faire une idée exacte de cette esthétique singulière.
C’est évidemment sous Tinfluence des textes sacrés qui, eux, débordent de paraboles imaginatives, que leur inspiration se développe. La tératologie, la lycanthropie leur sont familières. Voici par exemple, une sainte Marguerite, sortant toute vêtue et armée d’une croix, du corps d’un immonde dragon, à la tête porcine, au corps fantastique. Elle sort de son dos, — accouchement plus extraordinaire encore que celui d'Ève, issue du côté de son époux Adam. En réalité, il s'agit, si l’on interprète cliniquement la légende, d'un cas de possession démoniaque. La sainte, aux prises, dans sa prison, avec un dragon terrible, le mit en fuite par le signe de la croix, — traitement classique de l’exorcisme.
Voici maintenant saint Denis portant sa tête, soutenu par deux anges qui le guident. L’auréole est restée à sa place habituelle, et
le sang continue à gicler par les carotides tranchées, sous forme de petits crochets (au nombre de trois) !
Puis c'est Berthe aux grands pieds, endormie sous un arbre, et
g •aarg.otr
Fig. 1. — Sainte Marguerite sortant du corps du dragon,
que son royal epoux Pépin retrouve par hasard, après huit ans d’un chassé-croisé vaudeviilesque, ainsi que le narrent la célèbre chanson de geste et le roman du trouvère Adam Le Roy. Le dessin est tiré du manuscrit de la Bibliothèque impériale : .Miracle de N.-D. de Berlhe, fème du roi Pépin, à ly fui. changée . eï puis la
LES IMAGIERS DU XVe SIECLE
retrouva, hdi pose de la dame endormie est d’une naïveté touchante et d’une fantaisie puérile.
Signalons un saint Christophe — porte-Christ — traversant une mer peu profonde, avec le Christ sur les épaules. C’est un des sujets
Fig. 2. — Saint Denis portant sa tête.
les plus souvent représenté au moyen âge, soit sur les monumen ts, soit par la gravure, parce qu’on s’imaginait ne pouvoir mourir ni subitement, ni par accident, le jour où l’on avait vu une image do ce saint ; la thaumaturgie par l’image.
Le Voyage du Puys Sainl-Patrix nous initie aux tourments qui, aux enfers, attendent les damnés. Dans une de ces figures, les
malheureux se débattent dans les ondes d’un fleuve de feu ; dans une autre, ils ont affaire à des démons armés de vipères terribles ; dans une autre, Ils sont entassés à coups de fourche dans des barques en forme de cuves, qui les conduisent au lieu du supplice ;
Fig. 3. — ;;La Reine BeiThe couchée au pied d’un arbre.
dans une autre, enfin, on les voit bouillir, cependant que d'enragés suppôts de Belzébuth remuent le ragoût humain. Ces quatre gravures symbolisent la conception que le moyen âge se faisait de l’enfer; elle diffère sensiblement de celle des anciens et le feu y joue un rôle primo'rdial. Le symbole n’a pas non plus la haute portée philosophique d’un Sisyphe roulant sa pierre ou d’un Tantale tor-
LES IMACIERS DU XV® SIECLE
turé par le désir. Il faudra qu’à son tour, le Dante descende dans le milieu infernal pour en revenir avec une moisson lyrique qui étonnera les hommes et les éveillera de leurs rêves enfantins.
Fjg. 4. — Saint Christophe (image de thaumaturgie),
xVlêmc fantaisie imaginative dans la représentation iconographique des démons, telle que nous la montre le Testament de Lucifer, de Pierre Gringoire. Le roi des enfers, assis sur un rocher, au milieu des flammes, est porteur de deux têtes, une sur ses épaules, hideuse, l’autre incluse dans sa paroi abdominale. A sa
Fig. 5.— Le Fleuve de feu. tiré du Voyage du l’uys Sainl-Palrix.
LES IMAGIERS DU XV' SIÈCLE
Fig. 7.' — Le Départ pour l’enfer, tiré du Voyage da Pays Sainl-Palrix.
gauche, un de ses secrétaires transcrits les arrêts ; il est velu et fort laid, ainsi que son camarade qui tient à la main une fiole de fiel.
Les personnages velus ne sont point rares dans les dessins des primitifs, notamment dans les blasons. Le professeur Ledouble, de Tours, qui prépare sur l’hypertrichose un travail des plus do-
Fig. 9. — Lucifer, tiré du Teatamenl de Lucifer.
cumentés — contribution qui sera considérable à l’étude des rapports de l'art et de la médecine — nous a donné une explication fort curieuse de cette fréquence insolite ; mais il ne nous appartient pas de déflorer sa pensée. En tout cas, voici, deux écussons, l'un de Michel Tholose, l’autre de Philippe Pigouchet, libraire du quinzième siècle, qui représentent deux personnages aux membres garnis de touffes de poils ; il s'agit, évidemment, d’Adam et d'Ève. Faut-il voir dans la représentation de ces deux ancêtres une intuition de la théorie darwinienne, suivant laquelle l’es-
LES IMAGIERS DU XV' SIÈCLE
pèce humaine descend d’une autre, moins parfaite et vraisemblablement velue ?
De même, les trois personnages macabres, qui appartiennent
Fig. 10. — Blason de Michel Tholose.
évidemment au DU des Trois morts et des Trois vifs, sont couverts de poils ras mais nettement marqués. Ils sont, au reste, d’une anatomie mortuaire tout à fait fantaisiste.
Dans le domaine du plaisant, signalons une image populaire
tirée du Discours facétieux des hommes qui font sattev teurs femmes, à cause qu'ettes sont douces. Les costumes sont du com-
Fig. 11. — Marque de Philippe Pigouchet.
mencement du seizième siècle. L’allégorie est facile et d’une saveur toute rabelaisienne.
Enfin, nous serions incomplets si nous n’ajoutions pas à cette collection l’évocation d’un supplice judiciaire. Le supplice tenait
LES IMAGIERS DU XV° SIECLE
uDe telle place dans les mœurs de l’époque qu’on en retrouve une description dans tous les manuscrits, une représentation icono-
Fig. 12. — Les Trois Morts.
graphique dans toutes les miniatures. Celle-ci est tirée du Miracle de N.-D. de la Marôsede la Gaudine. Une femme est conduite au bûcher en chemise et les cheveux épars. Elle est assise sur une
Fig. 14. — La Charrette du supplice, tiré du Miracle de N.-D. de la Marôse de la Gaudine.
LES IMAGIERS DU XV® SIÈCLE
charrette, le dos tourné du côté du cheval, les mains liées derrière elle. Le charretier, à cheval, la lient par un bout de corde. Autour de la charrette, le peuple manifeste sa pitié ; maigre consolation pour la victime...
FÇabelaiâ artiste ?
En feuilletant un album du Cabinet des Estampes, nous sommes
Fig. 1. — François I" (?).
récemment tombé en arrêt devant une série de dessins d'allure fantastique, un peu dans la manière de Callot, et dont le premier
portait cette signature inattendue ; Rabelais del. Il y en avait bien une cinquantaine en tout, tous aussi fantaisistes, aussi extravagants les uns que les autres, mais sans autre indication d’auteur ou de sujet.
Nous aurions été impardonnable de ne pas poursuivre notre
enquête. Avions-nous mis la main sur un trésor inestimable, sur une trouvaille miraculeuse, sur des dessins bien et dûment authentiques de notre illustre et prestigieux confrère maître François Rabelais? Toutefois, nous avions bien la certitude d’avoir devant nous, non des dessins originaux, mais des épreuves de gravure, puisqu’une deuxième signature, Thomsen «cu/p., complétait la première.
RABELAIS ARTISTE
Une recherche plus minutieuse à trayers les collections du département nous mit en présence de deux autres éditions de ces dessins, moins bien venues que la première et portant comme titre : les Songes drolatiques de Pantagruel. Mais tout cela ne
nous donnait pas la solution du problème : Rabelais avait-il réellement illustré ses œuvres?
Nous ne pouvions mieux faire, pour avoir une opinion autorisée sur la question, que de nous adresser au savant commentateur de Rabelais, à notre distingué confrère le docteur Redouble, de Tours, auquel on doit le Rabelais anatomiste et physiologiste. On sait que, dans cette étude approfondie, Redouble a tiré au clair les chapitres du Pantaqruet consacrés à la description de l’anatomie
de Quaresmeprenant (l).Eii s’étayant sur des considérations philologiques, et grâce à d’ingénieux rapprochements, il a démontré que les comparaisons de Rabelais prouvent chez lui une connaissance scrupuleuse de l’anatomie descriptive, alors ignorée — ou presque — des notions exactes de physiologie, notamment en ce
qui concerne la digestion, et une science remarquable de la chirurgie. Nul, mieux que Ledouble, ne pouvait nous renseigner sur Rabelais artiste. Voici la réponse qu’il a bien voulu faire à notre question.
« Dans leur amour de Rabelais, nous écrit le professeur de
(1) Cf. aussi Chronique médicale, 1906, p, 351, un article du D’’ Ledouble sur la braguette de la cuirasse de l’arme de Bayard, dans lequel il parle des Songes drolatiques de Pantagruel.
RABELAIS ARTISTE
Tours, plusieurs rabelaisophiles ont voulu faire du maître un dessinateur de talent. Rien n’est moins prouvé. Et s’il a été possible d’écrire un Rabelais botaniste (Faye, Marchand), un Rabelais médecin (Brémond), un Rabelais navigateur (Ducrot), un Rabelais chirurgien (Heulhard), un Rabelais pédagogue (Compayré, Guizot,
Gérusez, etc.), s’il serait très facile — et que, sous ce rapport, un livre ne tarde pas à paraître si mon ami, le grand orateur belge P. Janson, bâtonnier de l’ordre des avocats de Bruxelles, député de Bruxelles, poursuit ses recherches — s’il serait très facile, dis-je, d’écrire un Rabelais légiste (Heulhard a déjà écrit, ce me semble, une plaquette bien incomplète sur ce sujet), il me paraît, à l’heure présente, impossible d écrire un Rabelais artiste, je dis à l’heure présente, car on ne peut répondre de ce qu’on découvrira plus tard.
« Je ne possède plus les Songes drolatiques de Pantagruel que j’avais pu acquérir (on en trouve encore dans les stocks de vieux fonds de librairie) ; mais, si mes souvenirs sont exacts, les dessins que vous m’indiquez doivent, sinon tous, du moins la plupart, y figurer...
Fig. <i.
«... On a attribué les portraits des Songes drolaliques de Pantagruel à maître François, mais aucun argument vraiment probant n’a été apporté encore, que je sache, à l’appui de cette assertion.
« On a voulu également voir dans ces dessins des grands personnages contemporains de l’illustre médecin chinoriais. Mais, avant la publication de mon livre, dans tous les glossaires, on disait que les personnages de l’épopée pantagruélique correspondaient à
RABELAIS ARTISTE
des personnalités de la cour de François voire même un d’entre eux à ce roi. J’ai, ou plutôt nous avons prouvé, en Touraine, que tous ces personnages correspondaient à des gens du pays (voir les dernières pages des addenda de mon livre). A l’heure actuelle, aucun des personnages des Contes drolatiques de, Pantagruel n'Qsi
encore — à ma connaissance, du moins — identifié positivement.
« Récemment a paru un Rabelais stra légiste (excellent), un Rabelais hygiéniste ; un élève de Lacassagne, de Lyon, a essayé d’écrire un Rabelais accoucheur, il a dû renoncer à son projet par suite de l’absence de documents. Je doute fort que le moment soit encore venu d’écrire un Rabelais artiste...»
Nous n’écrirons donc point ce chapitre, puisque, de l’avis auto-
risé du docteur Ledouble, les documents ne sont point d’une authenticité formelle. Aussi bien n’était-ce point là notre ambition. Mais nous avons pensé qu’il serait intéressant de mettre sou les yeux des lecteurs ces dessins, apocryphes ou non, qui présentent, au- point de vue médical, un singulier attrait.
On ne pourra s'empêcher d’admirer, en effet, la verve romantique, l’imagination étonnante de l’artiste auquel sont dus ces dessins. Le premier représenterait, d’après une note au crayon qui se trouve sur la gravure du département des Estampes, le roi François 1®^. De fait, il y a quelque chose, dans cette caricature, du profil accusé de l’amant de la duchesse d’Étampes. Les attri-
RABELAIS ARTISTE
Fig. 10.
CUHIOSITÉS MÉDICO-ARTISTIQUES
buts amoureux et guerriers dont il est paré cadrent bien avec son caractère. Le suivant, dont le menton est en galoche, le nez démesuré, l’oreille immense (signe de dégénérescence), serait Pantagruel-Henri IL
Les autres dessins n'ont point été identifiés, et chacun peut.
à sa guisé, y voir tel ou tel personnage du roman de Rabelais.
Les questions de cuisine, qui tiennent une si large place dans l'œuvre du curé de Meudon, sont symbolisées par deux marmites à formes humaines où bout le gigantesque pot-au feu, où cuit le formidable ragoût nécessaire à calmer l’appétit insatiable de Gargantua et de sa famille : le caractère géantiqiie des personnages rabelaisiens se trouve ainsi traduit.
Un certain nombre de ces dessins sont d'observation médicale,
RABELAIS ARTISTE
tel celui de la figure 5 où l’éléphantiasis du scrotum est tel, que le personnage est contraint de placer sa volumineuse tumeur sur une roue ; celui de la figure 6 qui est pied-bot et porte un nez si démesurément long que l’ensemble de la face rappelle celle de l'éléphant.
Fig. 12.
Le personnage de la figure 7 est un hydropique qui aurait besoin d’une copieuse ponction pour le débarrasser de sa gênante ascite. Le suivant (fig. 8) est un gibbeux échappé de la Cour des Miracles, et qui présente, en outre, des déformations rachitiques très accentuées. Gibbeux aussi le numéro 9, dont nous avons été obligé, par respect pour la décence, de supprimer un attribut pornographique. Bien curieux aussi, ce type de dégénéré (fig. 10)
dont l’extrémité nasale s’épanouit hideusement, dont la lippe inférieure — presque la lèvre autrichienjie — est atteinte d’une horrible hypertrophie.
Ce sont aussi des personnages lycanthropiques qui intéresseront
Fig. 13.
le médecin : le numéro 11 à la face humaine, dont le ventre se termine en avant par une tête de bouc, singulière allusion aux appétits du monsieur ; le numéro 12 qui symbolise les rapports de rhomme et du crapaud.
Parfois enfin, la pure fantaisie guide l’artiste, comme par exemple dans le numéro 13, ce qui ne l’empêche pas de donner à la physionomie de son sujet un caractère bien net de dégé nér escence
RABELAIS ARTISTE
Ed résumé, qu’ils soient de Rabelais ou d’un autre, ces dessins sont curieux et témoignent que leur auteur était doué d’une remarquable puissance d’imagination à laquelle se joignait une observation psychopathologique vive et précise.
A d’autres, plus compétents que nous, 'de les commenter, de les authentiquer et de les identifier.
TABLE DES FIGURES
' Pages
Tel refuse d’une main qui le voudroit tenir de l’autre .... 2
Jean Steen. La Visite du médecin 3
Van Mieris. Dame et son médecin 4
Isidore. L’Amour médecin. . 5
CÉzAiRE. Consultation villageoise 6