LE TRIOMPHE DE HAULTE ET [‘HISSANTE DAME VEROLLE
Les larrons clandestins, ce sont les séducteurs qui, autour du puits d’amour, cueillent des fleurs empoisonnées. Le seigneur du lieu est conduit par de vieilles femmes précédant le char de la reine, daine Vérolle (le graveur ayant omis de renverser son dessin, celui-ci est venu à l'opposé des autres).
Enfin la cavalcade est close par le Bagage, troupe d’éclopés, pourvus de béguins, de bandes, de mentonnières, de fronteaux, d’emplâtres et de béquilles.
^ De ce Triomphe ici est le bagage
(Comme on peult veoir) accoustré pauvrement.
Garde toy bien d’en estre, sy es sage,
Sy à jamais ne veux souffrir tourment :
Car ceulx, à qui oste l’entendement Venus l’infecte, et les réduict à elle,
Comunément sont de notre sequelle,
Submiz (soumis) à mal et privez de plaisir ;
Parquoy ne dois suyvre Deesse telle Si de sain vivre as vouloir et désir.
UeS AvsüSîes dans
Notre éminent confrère, le D’’ Paul Richer, a publié, dans son beau volume VArt et la Médecine, un chapitre fort documenté sur les aveugles dans l’art. On y trouve, joint à l’interprétation clinique des documents iconographiques, ce sens de l’esthétique dont cet artiste a si souvent fait preuve.
Toutefois, il ne lui était point loisible de reproduire tous les documents iconographiques concernant les aveugles. Ce n’est point, alors, un chapitre de son volume qu’il aurait dû y consacrer, mais un livre tout entier. Ces documents sont nombreux en effet, et justifient pour la plupart le souci qu’ont les artistes de tous les temps et de tous les pays de faire œuvre belle, parce que conforme à la vérité. L’expression de la douleur, physique ou morale, est encore de la beauté, à condition qu’elle soit sincère.
Nous n’avons point, à notre tour, la prétention d’être complet. Cependant il nous a paru intéressant de nous arrêter un instant sur quelques toiles ou quelques marbres consacrés aux aveugles, et dont quelques-uns sont peu connus.
Un fait est à noter : c’est que la plupart des sujets traités par les artistes sont des amaurotiques qui marchent, « seuls, la canne en avant, tout d’une pièce, l’œil sans regard dirigé en haut, avec une assurance et une connaissance du chemin qui étonnent le passant ». Ce type a été admirablement traduit par Pighlein, dont la jeune aveugle est campée dans une attitude d’une vérité frappante. C’est bien là le cas de cécité invétérée, dont parle Paul Richer; l’infirme tend la tète vers la lumière comme si, en approchant de la source lumineuse, elle pouvait faire pénétrer quelques rayons à ses yeux indifférents. En outre, cette attitude présente un caractère de douloureuse résignation qui ajoute à la mélancolie du tableau.
PiGHLEiN. — L’Aveugle.
LES AVEL'GLES DANS L ART
Nous retrouvons dans la toile de Dyckmans, — le Gérard Dow de la Belgi(|ue, — le même caractère de vérité. Son mendiant aveugle, tendant le chapeau aux fidèles qui sortent de l’église, est un amaurotique, de naissance, très probablement. A coup sùr, ce n'est point un simulateur. Ses paupières fermées, sa tête lelevée ne sont point non plus celles d’un vieillard atteint par la cataracte,
Dyckmans. — Le Mendiant aveugle.
car dans ce cas il présenterait de la pholopliobie, baisserait la tète, et se couvrirait les yeux du rebord de son chapeau. Au reste, ce type photophobique, si fréquent cependant, ne semble pas avoir souvent tenté les artistes. Presque tous ont traité des amblyopiques ou des amaurotiques.
L'Aveugle et le Paralytique àu Luxembourg s’inspire de la même esthétique. Sujet médical par excellence. Constatons cependant que le vieux paralytique est mieux traité, mieux venu que le jeune
28 CURIOSITÉS MÉOICO-ARTISTIOUES
aveugle. Celui-ci est obligé de porter son compagnon en paquet, la paraplégie du vieillard l’empêchant de s’installer à califourchon
TuiiCAN. — L’Aveugle et le Paralytique (Luxembourg).
sur le dos du jeune homme. Aussi le paralytique s’accole-t-il étroitement à son porteur. Delà main droite, il se cramponne à
LES AVEUGLES DANS L ART
Lefebvre. — Jeunes Aveugles (L uxembourg).
Mari-et. — Troubadours du xix® siècle.
LES AVEUGLES DANS l’aRT /( 3]
l’épaule. Aussi quelle force dans cette main et son avanl-nras gonflés de veines, quelle énergie vigoureuse contrastant avec la flaccidité des jambes impuissantes ! De l’autre main étendue comme une barre de gouvernail, il guide l'aveugle; cette fois, point de force dans la main; c’est par pressions légères que le vieillard
Gaule Veuiset. — Les Aveugles.
opère, car évidemment la paralysie a frappé sa circonvolution frontale et le vieux est aphasique.
L’aveugle n'a point l’attitude que nous avons détaillée dans les toiles de Pighlein et de Dyckrnans. Cela tient à ce qu’il a une charge sur le dos et qu’en conséquence il ne peut marcher, comme l’aveugle de Pighlein, redressé, cambré pour ainsi dire, le cou rigide et tendu. Ce n’est que dans ses yeux éteints, dans l’effarement inquiet de son visage que l'on peut reconnaître la cécité (pii l’accable.
Quoi qu’il en soit, ce groupe de Turcan, au Luxembourg, est un des
plus beaux échantillons d’iconographie médicale tant par la vérité des altitudes que par l’indéfinissable sentiment de pitié qui s‘en dégage.
Les Jeunes Aveugles, de H. Lefebvre, également au Luxembourg, constituent un ensemble remarquable digne de figurer dans une collection médicale. 11 s'agit, cette fois, de jeunes filles, aveugles congénitales, élevées dans un orphelinat. Les unes ont la tête baissée, une autre fixe au contraire la lumière; une d’elles chante, en s’accompagnant d un instrument à cordes. On sait combien le sens musical est développé chez les aveugles. Leur faculté de perception sensorielle s’est reportée presque tout entière sur l’ouïe et le toucher. Beaucoup d’aveugles sont des musiciens de premier ordre. C'est ainsi qu’à l’école Braille, les élèves exécutent magistralement des cantates de Saint-Saëns et de Th. Dubois, et qu’un bon nombre sont des pianistes, au moins égaux aux lauréats du Conservatoire.
Dans ses Curiosités de la Médecine, Cabanes rapporte l’opinion d'un célèbre oculiste de Lausanne, le D^ Dufour, préoccupé des professions accessibles aux aveugles-nés. Dufour affirme qu’ils pourraient très bien être embarqués à bord des transatlantiques comme pilotes. Cette assertion peut paraître paradoxale; Dufour l’explique en disant que seuls des aveugles-nés sont capables, par temps de brouillard de percevoir le bruit d’un navire en marche à une grande distance. Ainsi pourraient-ils éviter des catastrophes comme celle où sombra la Bourgogne.
Cet instinct musical des aveugles, nombre d’artistes l’ont traduit, voire des caricaturistes, voire des compositeurs d’opéras-boufies, comme Ofienbacb.
En caricature, — caricature transcrite et peu déformée, — nous trouvons l'intéressant cortège des troubadours du dix-neuvième siècle, par Marlet. Cortège lamentablement pittoresque des déchets de l’humanité : aveugles, fous, musiciens amputés constituent cet orchestre cacophonique, digne de charmer les pensionnaires de Bicêtre.
(^^arle Vernet, moins fantaisiste et plus humain, a campé deux mendiants aveugles d’un réalisme saisissant; le chanteur, notamment, plus encore que le joueur de clarinette, donne une impression de profonde misère physiologique.
LÉS AVËÜGLES DANS l'arT
Une autre fois, Marlet nous montre la famille de l’aveugle : inutile d’insister sur la description du tableau qui, suivant le cli-
ché, est parlant. En raclant son violon, le malheureux quete le pain de sa femme et de ses mioches. Point n’est besoin d’y voir clair pour faire des enfants. L’aveugle de Marlet, un embrasé malgré son infirmité, s’en est offert trois. La nuit, tous les chats sont gris.
CÜRtOSiTÉS MEDICO-ARtlSTlOUËS
OEdipe, celle lamentable victime de l'implacable destin, a tenté
Hugues. — OEdipe à Coloue.
souvent la plume du poète, le pinceau du peintre, le ciseau du sculpteur.
De tous les dramaturges, c’est l'ancêtre, c’est Sophocle qui a le mieux traduit le désespoir du criminel malgré lui ; de tous les
LES AVEUGLES DANS l’aRT
acteurs, nul mieùx qué Mounet-Sully n’a évoqué la terrible légende du père se crevant lui même les yeux. Qui n’a pas vu, Mounet-Sully descendre les degrés du palais, la fSce ensanglantée-.
BodenhaÎÎsen. — Œdipe,
les orbites horribles, se guidant de ses mains projetées en avant, a certainement manqué une des scènes les plus poignantes de l’art dramatique de tous les temps et de tous les pays.
Les artistes, peintres ou sculpteurs, nous ont montré OEdipe, non pas à l’instant même de son inutile sacrifice, mais lorsqu’il
vient, conduit par sa fille Antigone, chercher en Attique le repos suprême. Le sculpteur Jean Hugues Ta campé, affaissé sur un banc, la tète inclinée sur la poitrine, le buste amaigri, les bras émaciés.
Rkynoi.ds. — Portrait de myope.
Contre lui, la douce Antigone se presse, murmurant à son oreille la douce consolation de son amour filial.
Puis voici un portrait dû au peintre anglais Reynolds, que nous avons toutlieu de croire peu connu. 11 pourrait entrer dans la collection, non plus des aveugles, mais des myopes dans l’art. Gomme tous les sujets à vue courte, celui de Reynods tient son livre tout près de ses yeux ; il lit, comme dit le peuple, avec le bout de son
LES AVEUGLES DANS l’aRT
nez ; en outre, ainsi que la plupart des myopes, il lit d’un seul œil, soit par astigmatisme, soit par habitude vicieuse, soit parce que réellement il n’existe point de parallélisme d’accommodation dans chaque œil.
L’estampe valait d’être reproduite. D’abord pour sa réelle valeur artistique, puis parce que les documents iconographiques n’abondent pas sur cette infirmité, pourtant si fréquente.
Il s’en faut que la série soit épuisée. (Vest qu’en effet, les aveugles, autrefois beaucoup plus nombreux qu’aujourd’hui, ont toujours excité tant de pitoyable commisération qu’ils offraient aux artistes des sujets intéressants et captivants.
C’est ainsi que Raphaël, dans cette formidable fresque vaticane qui s’appelle Y Incendie du Bourg, a, le premier peut-être, évoqué l’épisode de l’Aveugle et du Paralytique, que le sculpteur Turcan a si magistralement traité dans son groupe du Luxembourg. Mais il convient de rendre à César ce qui lui appartient. Si on rapproche l’œuvre de Turcan de celle de Raphaël, on devra considérer la première comme une réplique de la seconde. Mêmes attitudes, même mouvement, dans l'attelage des deux infirmes. Cependant Raphaël n’a pas hésité à placer le paralytique à califourchon sur le dos de son porteur, tandis que Turcan, serrant de plus près la vérité clinique, l’y place comme un fardeau inerte, un poids mort.
En outre l’aveugle, dans le fardeau de Raphaël, est guidé non plus par le vieillard qui le dirige par des pressions de la main, mais par un enfant qui marche à leurs côtés. Toutefois, le mouvement du bras est identique, avec sa musculature saillante, inférieure cependant à celle des épaules et des biceps de l’aveugle, taillé en athlète. La fresque de Raphaël est si grande et comprend tant de personnages, qu’on ne peut guère l'étudier que par morceaux; aussi cet épisode du sauvetage des incendiés
passe-t-il souvent inaperçu de ceux qui admirent ce magnifique \
chef-d’œuvre. On sait que l’ensemble de la toile était destiné à
l’apothéose du pape Léon IV qui, des marches de Saint-Pierre éteint l'immense incendie par l’élévation de la croix pastorale.
Ri^PHAEL. — L’Incendie du bourg (Détail).
Au'musée national de Naples, se trouve une toile de Sche-done, intitulée la Charilé Chrélienne,&on{ un des personnages figure un
LES AVEUGLES DANS L ART
aveugle aux yeux blancs, largelment ouverts. Ce type d’amaurotique n’a pas été souvent traité par les artistes, qui lui préfèrent le type de l’aveugle aux paupières prestjue closes. Aussi l’aveugle
ScHEDONE. — La Charité chrétienne (Musée de Naples).
de Schedone donne-t-il plus une impression de réalisme douloureux que la plupart de ses congénères portraiturés par les artistes. Ces globes oculaires, vides de regard, et semblant implorer la douceur d’un rayon lumineux, ne sont peut-être pas d’une exactitude clinique irréprochable, mais donnent au personnage une
facture romantique, — et pourtant le tableau date du commencement du dix-septième siècle.
C’est le même sujet qu’a traité un moderne, Many Benner, dont
Many Benner. — La Charité (Salon de 1903).
le tableau la Charité, figura au Salon de 1903, L’aveugle est dans son attitude classique, la tête droite, indifférent au monde ambiant qu’il ignore désormais, et tendant sa large main à l’aumône charitable. Cette scène, sobre et touchante, renferme une bonne leçon de solidarité, car se sont des humbles, cette femme et cette enfant.
LES AVEUGLES DANS L ART
Lévy Dhurmer. — Les Aveugles de Tanger (Luxembourg).
CURIOSITÉS MÉDfCO-ARTJSTIQUES
qui s’approchent du malheureux pour lui donner un sou. Mais — les médecins ne l’ignorent pas — n’est-ce pas souvent chez les pauvres gens qu’on rencontre le meilleur esprit de charité et de fraternité? Ne quittons point les modernes sans nous arrêter à l’extraordi-
naire toile de Lévy Dhurmer (au Luxembourg), dont il est bon d’éloigner les femmes enceintes et les jeunes filles nerveuses Les Aveugles de Tanger, s'ils sont traités avec une maîtrise remarquable, sont assurément d unelaideur repoussante. Celui de gauche, notamment (homme ou femme ?) au visage couvert de pustules (lèpre ou syphilis ?) est un triste échantillon d’humanité suppu-
LES AVEUGLES DANS l’aRT
rante. Les deux autres, pour être moins hideux, n'en sont pas moins de lamentables déchets. Sans doute doit-on les considérer comme atteints de cette cécité spéciale aux pays chauds et très ensoleillés, décrits par les médecins militaires, et afïedant un caractère épidémique très net. (D’^ A. Piéchaud.)
Tout autre est le portrait de Jean de Luxembourg, roi de Bohème, dont on a, il y a peu de temps, inauguré la statue. Pour le représenter en effigie ressemblante, il a fallu faire de nombreuses recherches :
les documents manquent, en effet, sur ce prince qui mourut aveugle à la bataille de Crécy en 1846. Cependant, on a découvert dans le Recueil d’Arras un dessin qui a permis au sculpteur de sla tutier son sujet. C’est ce dessin que nous reproduisons ici. Ce ne fut point un prince banal que ce batailleur qui se promena à travers l’Europe, guerroyant contre les uns et les autres, devenant aveugle, mais continuant toutefois sa vie d’aventures et de batailles, et venant à Crécy mourir en preux chevalier. Les historiens ont dit de lui qu'il fut un héros, mais non un bon roi, ce qui est plus difficile. Quoiqu’il en soit, il aurait pu, comme le valeureux comte de Fontanes, servir d'exemple à Bossuet affirmant, contre toute vérité, qu’une âme guerrière est maîtresse du corps qu’elle anime. Le roi de Bohême, comme le comte de Fontanes furent de rares exceptions à cette loi que le moral est toujours sous l’empire du physique.
A côté de l’aveugle belliqueux et héroïque, il nous plaît de placer l’aveugle philanthrope et ingénieux, Louis Braille, l’inventeur de l’écriture en relief et en points. C’était le fils d’un bourrelier : il eut le malheur, en jouant dans l’atelier de son père, de se crever
Louis Braille.
l’œil avec un tranchet. Par ophtalmie sympathique, il perdit totalement la vue. II entra alors à l’Institution des Jeunes Aveugles, y apprit l’écriture de Valentin Haüy, et la perfectionna. Le principe de sa méthode devenue classique est fort simple : avec des combinaisons diverses de nombre et de position de dix points saillants placés sur deux lignes perpendiculaires, il a obtenu tous les signes nécessaires pour reproduire les lettres de l'alphabet des voyants, les accents, la ponctuation, les chiffres, la musique. Procédé d’une simplicité remarquable — encore fallait-il le trouver.
Voici enfin quelques estampes d’un caractère plus anecdotique que documentaire, touchant les aveugles. C’est d’abord V Aveugle, de Bouchardon, tiré des Cris de Paris, et qui est intéressant par le costume d’uniforme des Quinze-Vingts. On voit aussi par cette estampe que les pensionnaires de cette maison avaient le droit de mendier.
Puis c’est le Pauvre Aveugle, de Charlet, gravure à la manière noire, plus caricaturale que véridique, et les Aveugles jouant au piquet, de Marlet ; cette dernière estampe est amusante par l'attitude des personnages, leurs costumfes et même leurs occupations, puisqu'on voit un jeune moutard évacuer tranquillementsa vessie, sans se soucier des éclaboussures dont il gratifie ses voisins. Quant aux deux joueurs, ils ne présentent guère les attitudes ni le faciès des amaurotiques, et, n’était la légende de l’estampe, on ne se douterait guère de leur infirmité !
Dans le mode grave, signifions un Jacob bénissant ses enfants, de Rembrandt. Le vieillard, âgé de 147 ans, les prunelles déjà éteintes, bénit avant de mourir ses petits enfants. Tableau pittoresque surtout par les costumes ne rappelant que de très loin les costumes juifs. Quant au moribond aveugle, il est correctement traité, sans plus.
LES AVEUGLES DANS L’aRT
Par contre, on ne saurait trop remarquer l’originalité des Mendiants, de M. Jean Dalbin, qui exposa sa toile au Salon de Lyon voici quelques années. Son adolescent, atteint de blépharoptose, probablement congénitale, est supérieurement traité. Son attitude est cliniquement exacte : la tête est relevée pour permettre au
Boucuaudon. — Aveugle des Quinze-^Vingts {Cris de Paris).
regard de filtrer à travers la fente étroite des paupières, et par suite les épaules ont pris une attitude vicieuse. Au reste, son infirmité s’accompagne de déformations thoraciques qui peuvent permettre de penser soit à la diathèse rhumatismale, soit à une hérédilé syphilitique. Quoi qu’il en soit, M. Dalbin a très fidèlement interprété son modèle. C’est un des cas fort rares que nous ayons relevé de ptosis dans fart.
Cii.vm.Er. ~ Le Pauvie Aveugle.
Marlet. — Aveugles jouant au piquet.
Rembrandt. — Bénédiction de Jacob.
LES AVEUGLES DANS L ART
Jean Dalbin. — Mendiants (Salon de Lyon 1903).
Terminons enfin cette série par le fameux Portrait du cardinal loiicheur Thomas Siighirami, de Raphaël- Ce n’est pas souvent que les peintres reproduisent fidèlement le strabisme de leurs modèles. Ils ont une tendance bien excusable à les flatter et à atténuer leurs fâcheuses tares. C’est ainsi que les portraitistes de Mirabeau
Raphaël. — Le Cardinal Thomas Sughirami.
ornent son visage de quelques grains de beauté qui prennent la place des nombreuses et profondes cicatrices varioliques dont son visage .était orné.
Raphaël a traité le cardinal bigle d’après nature : son œil droit est atteint d‘un strabisme fort net et nullement dissimulé, qui dépare le visage sévère et régulier du modèle. Si Raphaël ne l’a pas atténué, c'est sans doute qu’il avait à se venger du cardinal.
U^riterprétatïori la Vu^
' ' à travers
les trois siècles derr]iers
{Dessins d'après les Documents de la Collection de M. le Bègue
de Paris.)
La vue est le premier des cinq sens « de nature », c est celui que les poètes ont le plus chanté, abstraction faite du sixième, le sens de 1 amour, qui tient une si grande place dans l’existence. C’est aussi celui qui a le plus prêté aux allégories symboliques. Tandis que les anatomistes s’ingéniaient à décrire l’appareil de la vision, que les physiologistes établissaient le rôle de la rétine et du nerf optique, que les philosophes dissertaient en -longues hypothèses sur le mécanisme psychique de la sensation et de la perception visuelles, poètes et artistes, délaissant les sentiers arides de la science, traduisaient le plus clairement possible le rôle de la vue et son adaptation aux rapports de l'homme avec le monde extérieur. A ce titre, la vue est le sens le plus précieux, puisque, à lui seul, il permet de mesurer l’étendue, de saisir le contour des objets, de les situer dans l’espace.
Mais, et c’est le point sur lequel les artistes furent à peu près unanimes, la vue est surtout le sens de la beauté. Il a été donné à I homme pour contempler les merveilles de la nature, à la femme pour se mirer, car, de son propre aveu, elle est le plus bel objet de l’imivers. *
Abraham Bosse, qui a consacré à cijacun des cinq sens une planche curieuse, n’a point manqué d’établir cette opposition.
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«SiB112îgaîUMm« niüi
Bisse. — Les Cinq Sens ; la Vue.
L INTËRPRETATION DE LA VUE
La Vue (gravure allemande du xvn« siècle).
CURIOSITÉS MÉniCO-ARTISTIQUES
Tandis que l'homme, à l'aide d'un télescope, regarde le soleil en face, et en perçoit peut-èlre les taches de la surface, la coquette est assise devant son miroir ; elle se sourit à elle-même, admire l’effet de son collier de perles et de sa coiffure basse; la servante qui l'assiste, si elle veut conserver ses bonnes grâces, doit assurément l'accabler de compliments flatteurs et hyperboliques, lille se soucie bien du soleil, la toute belle, qui sait la puissance de ses charmes et l’attrait de sa grâce. Mais la légende de l’estampe semble plutôt donner raison à l’astronome qu’à la coquelte :
Il n’est rien de pareil sur la terre ou sur Fonde Aux charmes que la vue a dans ses facultés.
Puisque c’est par les yeux qu’on voit tant de beautés Et que l’astre du jour est l’œil de tout le monde.
Dans une gravure allemande anonyme de la même époque, c’est encore une superbe femme, au sein découvert, qui occupe le premier plan. Elle tient à la main l’inévitable miroir et dispose sa coiffure selon Fart. A ses côtés l’aigle aux serres puissantes, aux ailes largement empennées, symbolise la vue perçante : il fixe le soleil. Aux secondes places, différentes scènes rappelant des épisodes bibliques : Tobie rendant la vue à son père. Dieu montrant à Adam et Ève l’arbre dont ils ne devront point goûter le fruit défendu.
Une autre composition anonyme du dix-septième siècle nous m )nlre une contemporaine d'Abraharn Bosse occupée non à s’admirer soi-même, mais à fixer avec une longue-vue un point éloigné. Elle pourrait servir d’allégorie pour marchands de lorgnettes :
Par moy l’œil aperçoit avec ravissement Le bel esmail des fleurs hors de la terre écloses El le roy des oiseaux contemple fixement L’astre qui fait tout voir et qui voit toutes choses.
Ledit roy (l’aigle) se tient modestement derrière la majestueuse et opulente dame à la longue vue.
Par contre, deux autres estampes du dix-septième siècle nous ramènent aux éternelles coquettes, inséparables de leur miroir. L’une dessinée par un artiste anonyme se trouve parée à point
L INTERPRETATION DE LA VUE
pour l’aniour, réternel mobile féminin; l’autre, déjà sur le retour, constate avec désespoir « un mal qui la fait mourir ». Ce mal,
L A Ve VE
Pa-r loei-i' a-ot-e^
-Z/S- ^ôc^r'é A-<rr^ 60, t^r-r-e.'
<5!Z, 6ey CXcy^^e-OL.o^on-' ^ c^ü^r^rn
âot-tV: eZ i.<--c^oé:
La Vue (composition anonyme du xvii' siècle).
n’en douiez point, ce n’est autre que cheveux blancs et rides plus assassines que les mouches. A quoi bon dès lors ces parures
somptueuses, colliers et bijoux de prix qui masqueront difficilement l’irréparable outrage des ans ?
La Vue (composition anonyme du xvn“ siècle).
Les artistes du dix-huitième siècle, dans leurs allégories sur la vue, s’inspirent des mêmes principes que ceux du dix-septième.
L INTERPRETATION DE LA VUE
mais ils apportent plus de fantaisie, moins de majesté dans l’interprétation de ce sens. La mythologie, fort à la mode alors, fait
J^our Je tru/Tif' {a- fonÀeUne
en, receu,t j\eu.rJii,jt,ccn£' Vu- mcti dofttjù nJa.
LaVeve
SC celle cy pu. n est moins éelle dôedoevS ce moroin jfnJioUlla Urouue ün,m<xl'i^ui,leejàit mourir
La Vue (dessin de Huret, gravure de Ragot, xvii' siècle).
souvent les frais de ces compositions. Dans une gravure sans désignation d’auteur ni de graveur, et portant comme toute signa-
ture: Bonnart, imprimeur, c’est la nymphe lo, fuyant Argus figuré
La Vue (Bonnart, imprimeur, xviiu siècle).
par un paon et se mettant sous la protection de Jupiter figuré par un aigle; cette pauvre nymphe, suivant la légende, avait été mise
l'interprétation de la vue
par sa propre mère sous la garde du terrible Argus, qui possédait cent yeux, dont cinquante étaient toujours ouverts; mais il n’est geôlier qui ne se laisse séduire, et ce fut le cas de celui-ci qui s'endormit aux accents divins d'une flûte de Pan> Jupi'er, qui voulait du bien à lo, en profita pour couper la tête d’Argiis (d’autres disent que ce fut Mercure); et Junon sema ses cent yeux sur
la queue du paon, qui devint l'oiseau préféré de l’autoritaire déesse. C’est cet épisode que rappelle la gravure reproduite ici ; aux pieds de la nymphe, la flûte enchantée, et l'inévitable longuevue.
La gravure d’Adeline (Pierre II, comme on l’appelait pour le distinguer de son grand-père Pierre I®*') est traitée avec beaucoup de délicatesse et de poésie. Cette fois, plus de fade mythologie, mais encore la mièverie des petits maîtres, où excellaient Watteau et Lancret. Le paysage qui sert de fond est ravissant et
CURIOSITÉS mÉdIGO-ARTISTIQUËS
la perspective bien ménagée. Au premier plan, un clair ruisseau assez clair pour que chacun s’y mire : la bergère, à la houlette enrubannée; les personnages accoudés au parapet rustique, jusqu’à l’âne et au chien; de fort mauvais vers accompagnent la gravure, c’est de rigueur.
Au dix-neuvième siècle, l’esprit reprend ses droits sur la poésie et le symbole. On a déboulonné le symbolisme, la mythologie et autres fadaises ; le souffle de Voltaire et de la Révolution les a balayés. Aussi est-ce caricaturalement que les artistes interpréteront la vue. Engelmann met en scène une marchande de lunettes courtisée par un superbe militaire, lequel jette un regard plongeant dans l’entre-bâillement du corsage; un distrait qui se cogne la tête aune croix, pourtant bien visible; dans le fond, un aveugle conduit par son chien; sur le dôme d’une maison, un appareil de Chappe pour télégraphie optique.
Daumier aborde franchement la note caricaturale. Quel couple superbe que ce bourgeois crétin et sa compagne contemplant avec une joie naïve le croissant d’argent qui surplombe les tours de Notre-Dame ! ce n’est pas, ainsi que disait Musset,
Dans la nuit brune La lune
Comme un point sur un i,
mais ce sont les cornes emblématiques du conjungo que cette brave femme, en dépit de son œil de batracien et de son nez pointu, fait porter à son époux candide et souriant.
Enfin, terminons la série par la reproduction d’une estampe moderne due à Detouche.
L’artiste a interprété son sujet, la vue, en nous montrant tout simplement une Parisienne en corset devant son miroir, avec son griflon comme unique témoin de ses charmes opulents.
Et c’est bien la meilleure manière, — pour un artiste, s’entend, — de concevoir le rôle du premier des sens, de la vue.
L INTERPRETATION DE LA VUE
JLA VUE
Ce cécLcr' r'u^jetzLt, éccrvt CôetA.cée, m-r^rocr* à. Cltmè/w : Ceââe •JecLn£ Ser^ere- en, <Se ooco-tté: Sc éeCùe ,
A le trouÀler ^ e.,rn^Lylciy,€. ôori. A<x^Cecn,€ , Pou,roct Cie*-v ^ ctvcsecr^ cte ^J<x,cre 6cc cruelle
P(xc£ conterryjle^ elle ^erdjo ^See Soon.ô : Et pe>ur,se àr-o;t ULmer, m, eterrheroté éeauc<?up motns.
La Vue (Composition et gravure d’Adeline, xvin® siècle).
l’interprltation de la vue
Les Cinq Sens : la Vue.
Pas besoin de nymphes, d’Argus, de télescopes ni d’appareils Chappe pour symboliser cette fonction si simple et si nécessaire : la meilleure façon de remercier la nature de nous avoir dotés de
H. Detouche. — La Vue.
deux yeux, c’est de nous en servir pour contempler les belles choses et surtout les belles femmes — pour faire œuvre M’art, aussi... Mais ce n’est point du ressort de tout le monde.
Blsssés et ^^varîés
La grande chirurgie date d’hier. Elle constitue, pour parler le langage symbolique des poètes, un des plus beaux fleurons de la couronne du dix-neuvième siècle. C’est à la double découverte de l’antisepsie et de l’anesthésie qu’elle doit ses prodigieux progrès : elle a plus avancé en cinquante ans que pendant de longs et nombreux siècles.
Toutefois, surtout dans l'antiquité, la chirurgie fut moins rudimentaire qu'on serait porté à le croire. Le livre de Celse nous renseigne très exactement à ce sujet : taille, cure radicale des hernies, amputation des membres, rhinoplastie, etc., sont fort bien décrits par le praticien-écrivain. Par contre, il nous reste fort peu de documents figurés se rapportant à l’ancienne chirurgie. Cela tient à ce que, ainsi que le dit Paul Richer, l’antiquité se refusait à peindre la maladie.
A part l’interprétation de quelques légendes homériques, Achille, Philoclèle, etc., on trouve peu de peintures ou de statues se rapportant à ce sujet. Un bas-relief de la colonne Trajane montre un infirmier bandant la cuisse d’un soldat; une coupe du musée de Berlin est consacrée à Palrocle blessé pansé par Achille.
Le document le plus curieux est une peinture murale de Pompéi, aujourd’hui au musée national de Naples, figurant Enée recevant les soins d'un chirurgien. Le chirurgien Japis est occupé à retirer de la plaie le fer qui s’est brisé et dont une partie est demeurée dans les chairs. Virgile raconte que cet excellent chirurgien sut guérir la blessure immédiatement, grâce à un remède précieux apporté par Vénus à son fils. Piètre mérite du guérisseur. Le plus amusant
66 CURIOSITES MEDIGO-ARtlSTlOUES
dans cette fresque, c’est outre l’arrivée de Vénus, le regard plein de rage furieuse que le héros troyen lance à ses ennemis. Par contre, comme le remarque Paul Richer, le chirurgien est très exactement campé : un genou en terre, il soutient d’un geste
Chirurgien pansant la blessure d’Énée (peinture murale de Pompéi).
très naturel la cuisse du guerrier avec sa main gauche, pendant que sa main droite conduit la pince dans la plaie. La tête attentive et légèrement penchée achève de donner à la figure du disciple d'Esculape une expression réfléchie, bien en rapport avec le caractère du personnage (1).
(L) Paul Richer, l'Art et la Médecine, p. 387.
L’Enfanl à l’épine (Florence, Galerie clés Ol’licesi
Salyre retirant une épine du pied d’un faune (Rome, Vatican).
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Si les documeDts médico-iconographiques de l’aiiliquité sont
La Femme à l’épine (Tanagra, collect. partie.).
rares, par contre, on en trouve de nombreux consacrés à des scènes para-médicales, telles que V épine du pied.
C'est un sujet qui a été traitépar les sculpteurs auciensà plusieurs reprises, et avec un rare bonheur d’exécution. Artistes, ils ont vu un joli et gracieux mouvement dans le geste de l’enfant, arrachant de sa plante la fâcheuse épine qui s’est enfoncée pendant une course folle à travers la prairie. L’inclinaison du tronc et de la tête, dans le marbre de Florence, sont d’un rendu très exact et l’ensemble constitue un petit chef-d’œuvre antique. Le groupe du Vatican, Satyre retirant une épine du pied d'un faune ^ n’est pas moins intéressant. 11 constitue, tout d’abord, un tour de force d’équilibre ; l’énorme masse du faune ne repose que par trois points, et la jambe, qu’il présente au satyre, s’appuie avec une légèreté gracieuse sur les mains de l’opérateur qui ne paraissent point en supporter le poids. Ce chirurgien d’aventure, au reste, est fort bien campé : dans la crainte d’une maladresse, il s’est rapproché le plus possible du champ opératoire, afin d’y mieux voir, ce qui ne l’empêche pas de torturer son client, si l’on en juge par la grimace de celui-ci. ‘ .
Autrement adroit est le chirurgien du délicieux groupe de Tanagra, la Femme à l'épine. Sa main gauche soutient sans effort le cou-de-pied ; du pouce droit, il déprime les chairs pour faire saillir l’épine ; la femme, svelte et de lignes délicates et harmonieuses, sourit, la tête penchée, à l’opéraleur : l’ensemble est bien représentatif de l’esthétique grecque, où tout est grâce, beauté, où la douleur même s’éclaire d’un sourire.
Les artistes de la Renaissance et ceux des temps modernes ont une philosophie moins souriante, mais sacrifient davantage à la vérité. Voici, par exemple, un dessin très peu connu, croyonsnous, du peintre Barbiéri, dit Lé Guerchin (autrement dit le Loucheur). La légende porte : Une opération chirurgicale. Il ne s’agit point, comme on serait tenté de le croire, d’une ligature artérielle, puisqu’à l’époque du peintre la circulation du sang était encore inconnue. D’autre part, il est incontestable que le chirurgien opère sur une région tuméfiée, car, normalement, au pli du coude, on n’observe pas cette voussure des chairs marquée sur le dessin;
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on peut donc conclure : ouverture d’un phlegmon. Le dessin est remarquablement exécuté : la main du chirurgien est ferme et tient correctement le scalpel ; l’opéré, soutenu par l’aide (l’apprenti)
Le Guerchin. — Une Opération chirurgicale.
souffre courageusement, et son corps amaigri, ses côtes saillantes, témoignent de son mauvais état général.
Contemporain du Guerchin, Simon Vouet a peint une Carie osseuse, qui, comme tous les tableaux de cet artiste trop fécond, témoigne de quelque négligence dans l’exécution, mais n’en est
pas moins curieuse, au point de vue qui nous occupe. La malade est dans une position assez difficile : elle ne veut point voir sa pauvre jambe, devenue le siège d’un mal douloureux et fort laid ; aussi s’est-elle soulevée sur son séant et détourne-t-elle un visage éploré et fort beau toutefois. Ainsi présentée, la jambe malade est en raccourci, ce qui n’est point d’un heureux effet, ni sans doute d’une exactitude parfaite. Le chirurgien se penche, attentif, sur
les deux plaies : il vient de les sonder et son regard inquiet laisse deviner un fâcheux pronostic. Et, détail peu ragoûtant, l’aide se bouche le nez...
Passons rapidement sur les fameuses opérations de tête des Brouwer et autres artistes, que nous avons déjà reproduites, et arrivons aux temps modernes. La chirurgie y trouve de nombreux iconographes. Nos lecteurs connaissent leurs tableaux : c’est Péan, c’est Verneuil, croqués dans leurs occupations professionnelles.
La toile de Gautherot, rappelant la légère blessure de l’empe-
SiMON VouET. — La Carie osseuse.
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Gautherot. — Napoléon blessé^ devant Ralisbonne (Versailles),
reur à Ratisbonne, fixe un point d’histoire intéressant. On sait, en effet, que Napoléon passa à travers la mitraille de toutes les batailles sans être touché qu'une seule fois : et combien légère-
Monteverde. — La Vaccine (Palais Blanc, Gênes).
ment ! Une balle morte vint, en avril 4810, à Ratisbonne, frapper son pied. Le baron Larrey lui fit un pansement sommaire et l’empereur remonta à cheval, sans plus se soucier de sa contusion qui n’eut au reste aucune , suite. La balle qui pouvait le tuer ne fut jamais fondue. Cette scène fut l’occasion pour Gautherot d’une toile, aujourd'hui au musée de 'Versailles, — où le conventionnel
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et \e chiqué tiennent une large part. Toutefois le mouvement de l’empereur prêt à remonter à cheval est bien enlevé.
Parmi les artistes contemporains qui ont apporté à Tart médical leur tribut de reconnaissance, il faut mentionner tout spécialement Monteverde, le statuaire italien qui a consacré à Jenner un groupe admirablement traité. Ce groupe figura à l’Exposition de 1878, où il remporta une médaille d'honneur. Les détails sont traités avec une précision digne d’éloges ; l’attitude de l'enfant, notamment, est fort bien conçue : le thorax incurvé, maintenu contre l’opérateur, les jambes allongées, l’une reposant sur la face externe, sont d'une scrupuleuse exactitude ; Jenner, en culotte et souliers à boucle, inocule lentement et avec soin le petit sujet; sa face est grave, son front soucieux... Son expérience ne doit-elle pas bouleverser le monde ?
Au lendemain de la fausse épidémie de variole, il est d'actu.alité de reproduire ce chef-d’œuvre de Monteverde...
Les avariés, eux aussi, ont eu leurs nombreux iconographes. Nous n’en retiendrons qu’un pour aujourd’hui, mais le document vaut qu’on s'y arrête. Il est signé Jean Stradanus et porte comme inscription :
Hyacum el lues venerea.
Gravala morbo ab hocce rnembra mollia Levabit isla sorpla coclio arboris.
Autrement dit : « Corruption vénérienne ».
« Par l’absorption de cette décoction d’arbre, on soulage les membres attaqués par la maladie. »
Il s’agit, en l’espèce, du gaiac, réputé pendant longtemps comme le meilleur des antisyphilitiques.
Dans ses Indiscrétions de V Histoire, tome II, Cabanès discute les divers procédés empiriques mis en usage contre l’avarie aux siècles passés; il montre que ces procédés, aussi nombreux que charlatanesques, se disputaient la faveur du public, grâce à une réclame
SïRADANus. — Contre l’avarie (Bibl. Nat.)-
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éhontée. C’est à une de ces médications soi-disant souveraines qu’gst consacrée la planche de Stradanus.
C’est d’abord la préparation du remède : on concasse le bois, on le pèse, on en fait une infusion, puis on la porte au malheureux avarié, couché dans son lit. Un personnage (le médecin ?) lui présente une fleur (la fleur de l’arbre bienfaisant ?) cependant que derrière lui, il dissimule un bizarre instrument.
A côté de la chaise percée et au-dessus de la banquette, un grand tableau symbolique représentant la genèse de l’avarie : après un bon dîner, deux galants se dirigent vers l’alcôve.
Les dessins consacrés aux sujets de vénéréologie sont fort curieux. Bien plus curieux encore serait le dessin consacré à cet épisode rapporté par Bachaumont dans ses anecdotes :
6 mai 1771. Le docteur Guibert de Préval, médecin de la Faculté de médecine de Paris, homme à système, a prétendu avoir perfectionné un remède venant d’Écosse, spécifique sûr, à ce qu’il dit, avec lequel on peut, sans rien craindre, se livrer aux embrassements amoureux, avec quelque personne que ce soit. En conséquence, il y a quelque temps qu’en présence de M. le duc de Chartres et de M. le prince de Condé, il s'est fait présenter une fille publique, la plus affectée du mal immonde, et s’étant frotté de son huile miraculeuse, il s’est livré à plusieurs reprises aux actes les plus voluptueux et les plus lascifs que la passion puisse suggérer. Il est sorti sain et sauf de ce combat valeureux et a prétendu n’en avoir éprouvé depuis aucune suite funeste...
Joli sujet de concours pour le prix de Rome, n’est-il pas vrai ?
Ua patî^oîoSî^ par TlnnaS^
Dans la première série des Curiosités Médico-artistiques^ nous avons publié des reproductions d’estampes plus ou moins caricaturales, consacrées à la pathologie. En même temps, notre distingué confrère Meige entretenait la Société d’Histoire française de la Médecine d’une communication fort intéressante sur quelquesuns de ces documents (mars 1905).
Nous sommes en mesure de compléter aujourd'hui nos recherches. Ces diverses estampes, V Asthme, la Migraine, le Ver solitaire, etc., ainsi que celles que nous publions ci-contre, se trouvent réunies dans un album dit de Pathologie interne, catalogué au cabinet des Estampes de la Bibliothèque nationale. Elles ont été lithographiées par Langlumé, et dessinées originalement par les divers humoristes de la Restauration, Aubry, Pigal, Bellangé, Colin, etc.
C’est d’abord l’amusante charge de l’apoplexie : le malade, puissant, sanguin, vient d’être foudroyé par une attaque, il est étendu sur la chaise longue, dépoitraillé; les yeux sont clos, la bouche inerte laisse passer le souffle de la respiration stercoreuse, les membres sont en complète résolution. Les médecins s’empressent; l’un va pratiquer une saignée, inutile probablement, si on en juge par la moue caractéristique du confrère qui explique à la gentille petite femme du malade que le cas lui laisse peu d’espoir. Mais ne semble-t-il pas que l’épouse envisage bien placidement son prochain veuvage ? Quoi d’étonnant du reste ? Son mari est un poivrot, ainsi qu’on en juge par la quantité de flacons restés sur la table, — car, en bon observateur, Aubert a placé sa scène à la fin d’un copieux dîner. Le quart d’heure de Rabelais, — la douloureuse, dit-on aujourd’hui.
Tous les bons dîners n’ont point cette fin tragique. Ce n’est parfois qu’une vulgaire indigestion qui les clôture. Tel est le cas du
malade qui regagne son lit, après une visite aux water-closets. Les émanations qui se dégagent de son intéressante personne sont
L’Apoplexie.