LULLY
Alceste.
On sait que Lully, « une fois satisfait du poëme, faisait le chant et la basse des scènes dans l'ordre où elles se trouvaient dans la pièce, et remettait ensuite ses brouillons à ses élèves Lalouette et Golasse, pour qu'ils écrivissent les parties d'orchestre sur ses indications : sorte de travail qu'il n'aimait pas et qu'il ne faisait pas avec facilité ».
On sait aussi que « les opéras de Lully, en partitions d'orchestre, ont été imprimés en caractères mobiles ; les mêmes partitions réduites pour le chant avec une partie de violon, et l'indication des rentrées d'instruments , plus la basse, ont été gravées » .
La partition d'orchestre à'Akeste ce lr8 édition imprimée, Paris, 1678 », si toutefois (comme le dit M. Fétis) elle a été imprimée , n'existe vraisemblablement plus , car on n'en trouve aujourd'hui que des copies. La partition réduite gravée (Paris, 1708) est la seule qui nous soit parvenue. Elle
diffère entièrement de toutes les copies que nous avons consultées. Les partitions réduites, publiées postérieurement et gravées, il est probable, d'après les manuscrits (brouillons) de Lully, seraient donc l'expression vraie de la pensée de l'auteur.
En ce qui touche certains points à'Aïceste, nous sommes tout disposé à le croire.
On distingue, en effet, dans la partition gravée le sentiment d'une harmonie nouvelle non exprimée, qui n'a pas toujours été réalisée par l'instrumentation. Le génie outrepassait la science.
Cette dissemblance se manifeste surtout dans l'interprétation du mode mineur.
La gamme mineure, d'après le système de la tonalité moderne, est établie, comme chacun sait, de la manière suivante : la, si, ut, ré, mi, fay sol jf, la. Cette disposition présentait alors, comme aujourd'hui encore, des difficultés d'enchaînement harmonique et de succession mélodique. C'est pourquoi on la faisait plus généralement avec le fa dièse, soit dans la mélodie, soit dans l'harmonie.
Dans la gavotte et le rondeau d'Alceste que nous avons cités dans notre Trilogie, le sentiment du mode mineur avec la sixte mineure domine en divers endroits de la partition gravée. Au contraire , la gamme mineure avec la sixte majeure a été la base du système harmonique adopté dans la réalisation des parties d'orchestre. Et ce système est tellement opposé au sentiment de l'idée mélodique, que celle-ci se trouve souvent faussée par une harmonie arriérée, dure, étrange, que l'inhabileté des traducteurs a fait prévaloir.
Il faut reconnaître que ce sentiment moderne était instinctif chez Lully, car, malgré l'apparition de ce genre nouveau, on rencontre parfois le chiffrage d'une harmonie moins avancée, tel que, par exemple, celui qu'on a laissé subsister à la neuvième mesure de ladite gavotte. Il semble que l'habitude ait eu peine à céder.
Ce n'est pas que cette forme de l'époque ancienne ne présente encore , dans la réalisation harmonique, un certain charme, même à cause du sentiment de l'époque qu'elle présente. Mais nous savons aujourd'hui lui donner la réserve et le soin nécessaire qu'elle réclame.
Nous avons donc traité ce morceau de deux manière* dans notre Trilogie : 1° en réalisant selon le sentiment harmonique moderne , indiqué seulement, mais bien certainement conçu dans la pensée du compositeur (1); 2° en le transcrivant textuellement, d'après la partition gravée, et dans sa simplicité première. Cette version laisse sousentendre le sentiment de l'harmonie moderne non exprimée (2).
Voici un exemple des deux textes dont nous venons de parler.
Gavotte.
Partition réduite gravée.
WÊ
3ËÉ
( 1) Pièces diverses choisies dans les œuvres des compositeurs célèbres, etc. (2e suite), par E. Deldevez.
(2) Fondation de l'opéra en France, elc, (3e suite), parE. Deldevez.
etc,
Partitions d'orchestre copiée?.
Gavotte.
rr