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Réalisaiion du chiffrage exprimé.
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JOSOUIN.
Canon.
« Louis XII, qui aimait beaucoup une chanson populaire, demanda un jour à Josquin d'en faire un morceau à plusieurs voix où il pût (le roi) chanter sa partie. La proposition était embarrassante parce que Louis XII n'était pas musicien et n'avait qu'une voix faible et fausse ; cependant le compositeur triompha des difficultés en faisant du thème un canon à l'unisson pour deux enfants de chœur; à la partie du roi, qu'il appela vox régis, il ne mit qu'une seule note qui se répétait pendant tout le morceau, et il garda pour lui la basse. Le roi s'amusait beaucoup de l'adresse de son musicien, qui avait trouvé le moyen de le faire chanter juste. » F.-J. Fétis,
<( Louis XII, qui ferma le quinzième siècle et commença le seizième tint à se conformer à la mode : il voulut chanter. Il n'avait pas de voix; une seule note sortait de son gosier, note douteuse et rauque; Josquin Desprez utilisa cette seule
note, qui avait peut-être des charmes pour ceux qui aimaient le roi, et il écrivit un canon où Louis XII n'avait à faire entendre que le son mis par la nature à la portée de ses moyens. » Ludovic Geller.
« Le petit air, que Louis XII aimait tant entendre, au point d'y vouloir faire une partie, n'a pas, comme bien l'on pense, une valeur musicale réelle; mais l'idée d'en faire un petit canon, et de le traiter si simplement que le roi pût y faire une partie (lui qui était complètement dépourvu de talent musical) prouve tout au moins que Josquin était un homme d'invention. » J.-N. Forkel.
Voici ce petit morceau, tel qu'il est indiqué par Glarean.
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" 1 sUJ-^o ii l ° à 6 ,J ,J g j-
f ° g p p p .. - S ° p p p Bâ
Régis jp^^^EE=EE3
vox.
C iq— — ^ - M ^let. |q[ M ^ loi
bi , , M ,^l^^JgU^J^--t-^Qh^=^^F^
(textuel)
Avant de nous occuper de la réalisation donnée par Forkel, nous chercherons à résoudre, nous aussi, le problème en analysant ce canon.
Nous commencerons par définir la nature de la notation du texte original cité par Glarean.
La partie mélodique du canon est écrite, comme on vient de voir, sur une portée contenant quatre lignes, en tête desquelles, au lieu de clef, sont placées deux lettres : Tune, le b, sur la ligne au-dessous de la supérieure , l'autre, le g, sur la ligne au-dessus de l'inférieure, c'est-à-dire sur les deux lignes tenant le milieu de la portée; la mesure est indiquée par
un c , c'est-à-dire un cercle ouvert barré (h ; les valeurs exprimées, mais non séparées par des barres de mesures, sont la ronde et la blanche, et les silences représentés sont la pause, la demi-pause et la pause double, se rapportante la ronde, à la blanche, et à la ronde double ou note carrée.
La mesure étant établie à deux temps, on doit considérer naturellement comme valeur distinctive de chaque temps, soit la pause, soit la ronde, par lesquelles commence le thème, et la pause double comme unité de valeur pour la mesure entière; la blanche et la demi-pause sont une subdivision du temps.
Cette mesure binaire, double, se marque aujourd'hui par 2/1 .
La partie destinée à la voix du roi {régis vox) est représentée par une seule note, de valeur longue, écrite sur une portée composée de trois lignes seulement; la clef et le bémol placés en tête de la portée lui assignent le nom de ré. — En effet, la clef d'z// est posée sur la ligne du milieu, et le bémol a été., comme on sait, appliqué premièrement à la note si. — Le ré, cette note unique , est donc exposé ainsi pour se reproduire tout le temps du canon.
La partie de basse, réservée à l'auteur, est notée sur quatre lignes. La clef de fa est placée sur la ligne supérieure; la mesure est exprimée par un signe dont la signification n'est point connue aujourd'hui, et la valeur des deux seules notes exprimées (sorte de sonnerie), reproduites à l'infini et sous la forme de notes carrées, ou brèves, se rapporte parfaitement à celle de l'unité représentée par la note royale , c'est-à-dire la longue. Le rapport des notes, entre les deux parties d'accompagnement, s'établit donc de la manière suivante :
Régis
vox.
Bassis jr-ffi ht^ elc*
Mais, d'un autre côté, les accords devant se rapporter, suivant l'usage de cette époque, à chacune des notes, ou degrés contenus dans la mélodie, il s'ensuit que, d'après cette condition, la valeur des notes de l'accompagnement est en rapport double avec celle des notes de la mélodie, et que pour trouver le rapport exact des accords, eu égard à l'harmonie de placage, la seule admise alors, il est de toute nécessité de combiner un ensemble dans la disposition suivante :
Canon. |j(E= 5 j. o pjjp j ^j àrT« " j j jjjjp JpiEË Canon. |jg - ,, j o p|B S = j ■■ 5EE)
Recis vox.
E P 5f*= EpEE Ef*EE E^EE 5{ï
Cassis fe^ = M , l^E 3^ E^ =EES ^
etc.
Dans ce cas, 2/1 = 4/1, comme on le verra plus loin.
Mais revenons à la partie proprement dite du canon, au thème principal, à cette chanson populaire. Le signe placé au-dessus de la troisième ronde indique, comme d'ordinaire, l'entrée d'une nouvelle partie en imitation avec la première. Rien n'est douteux ni contestable en cet endroit. Mais il faut encore trouver le nom des notes correspondant aux lettres.
Ce genre de notation appartient, comme on sait, au système des muances. Pour déterminer exactement le véritable sens de cette notation , eu égard à la place assignée aux deux demitons de l'échelle diatonique, il faut reconnaître d'abord que les lettres g et b correspondent, en chantant par bémol, aux notes ré et fa, et que par conséquent, en conservant l'ordre diatonique établi dans la gamme italienne (1), par bémol, on aura pour note intermédiaire le mi, et pour note inférieure Yut : soit les quatre lettres F, G, a, b, représentant, par bémol, les notes ut, ré, mi, fa, lesquelles se traduisent pour l'oreille par /a, sol, la, si [>. Telles sont les notes réclamées par celles de l'accompagnement. Elles sont d'ailleurs déterminées d'une manière positive par la clef d'ut placée à la fin du canon.
(1) Voir la page suivante,